Le Texas, que j’habite depuis plus d’un quart de siècle, ne figure pas sur la carte de la littérature yiddish, mais comme on le verra, il pourrait y prétendre à deux titres. Parmi les États du Centre des États-Unis, c’est plutôt le Kentucky qui avait quelque résonance pour le lectorat yiddish, grâce à un long poème épique qui s’y déroule, écrit en 1925 par Y. Y. Schwartz. Cette œuvre, intitulée précisément Kentucky, chante les heurs et malheurs d’une famille de commerçants juifs de Lituanie qui s’y établit. Un géographe des lettres yiddish ne pourrait pas non plus ignorer le Colorado, car le grand poète H. Leivick y transférait des éléments de ses paysages sibériens enneigés, pendant le séjour qu’il effectua dans un sanatorium de Denver pour soigner sa tuberculose.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la littérature yiddish du Texas ne met pas en scène des cowboys, juifs ou autres. C’est plutôt le Dakota du Nord qui accueille ceux-ci, dans le roman intitulé Der Yidisher Cowboy, publié par Isaac Raboy en 1942. Le Texas, lui, est représenté au panthéon yiddish par deux écrivains qui y vécurent : Alexander Ziskind Gurwitz (ou Hurvits) et Chaya Rochel Andres.

L’œuvre de Gurwitz lui valut un article1 dans Le Dictionnaire biographique de la littérature yiddish moderne, publié à New York entre 1956 et 1981. Notre auteur naquit en 1859 à Minsk et reçut 1. « Aleksander-Ziskind Hurvits », Leksikon fun der nayer yidisher literatur, New York, Altveltlekher Yidisher Kultur-Kongres, vol. 3, 1960, colonne 99. une formation traditionnelle de rabbin et de sho- chet. En 1910, il émigra aux États-Unis, via le port de Galveston sur le golfe du Mexique. Des notables de la communauté juive américaine avaient commencé d’aiguiller vers celui-ci de nouveaux arrivants ; on craignait d’attiser l’antisémitisme en favorisant l’expansion de la population juive de New York, déjà très importante. Cette initiative reçut le nom de « Galveston Movement » ou « Galveston Plan »2, d’après cette ville portuaire texane, choisie comme destination en raison de sa taille moyenne. La rareté des débouchés professionnels qu’elle proposait ne permettant pas à une très grande communauté juive de s’y implanter, on pouvait présager une « meilleure » distribution de la population juive dans la région.

Le rabbin Gurwitz, pour sa part, s’installa à San Antonio, où il mourut en 1947. Il y enseigna l’hébreu à des centaines de jeunes Texans, tenus d’apprendre des rudiments de la langue sacrée en vue de leur bar-mitsva. Tâche pénible pour cet érudit qui aurait aimé étaler dans un cadre plus reluisant ses vastes connaissances en hébreu. Il se fit fort d’envoyer ses traductions de dictons talmudiques en rimes yiddish à un personnage aussi peu célèbre que Hayyim Nahman Bialik ; et celuici ne manqua pas de lui répondre de Tel Aviv le 3 juillet 1933, par une formule assassine… des plus diplomatiques : « Ce que la génération précédente 2. Hollace Ava Weiner, Jewish Stars in Texas : Rabbis and Their Work, College Station, Texas A & M University Press, 2006, p. 82. L’arrivée du rabbin Gurwitz est évoquée à la p. 84.

DEUX ÉCRIVAINS YIDDISH AU TEXAS Alan Astro

eût pu apprécier ne plaira pas forcément à celle d’aujourd’hui »3.

Bialik ne s’est nullement trompé ; la poésie yiddish de Gurwitz est un ramassis de vers de mirliton. Un exemple plutôt drôle est sa version d’une partie du dixième dicton figurant au premier chapitre des Maximes des pères : Ehov et ha-m’lachah u-s’na et ha-rabbanut. « Chéris le travail et hais le pouvoir », c’est-à-dire « refuse de dominer les autres » ; voilà au moins le sens traditionnel qu’on accorde ici à rabbanut, qui de nos jours serait plutôt entendu comme « rabbinat ». Or considérez la traduction rimée qu’en propose Gurwitz :

Arbet zolstu glaykhn Fun rabones zolstu vaykhn4, où l’on comprend exclusivement : « Tu aimeras le travail et éviteras le rabbinat ». Nulle surprise, quand celui-ci se résume à faire entrer dans la tête de petits Texans revêches les caractères hébraïques dont ils se moquent éperdument ! L’immense différence de registre linguistique entre l’hébreu ciselé des « Pères » et le yiddish populaire de Gurwitz s’apprécie dans le choix que fait celui-ci du mot glaykhn pour traduire « aimer ». Américanisme s’il en fut jamais, résultant de l’extension totalement injustifiée (sauf par une homonymie imparfaite) du mot yiddish signifiant « comparer » — glaykhn, cf. « to liken » en anglais — au champ sémantique couvert par « to like ». Cette douteuse tournure yiddish se répand même sur d’autres continents ; on la retrouve, par exemple, dans une des nouvelles parisiennes de Wolf Wieviorka (c’est le grand-père de la fratrie de chercheurs), qui en use apparemment sans ironie5. Il est vrai que le grand lexicographe 3. Cité dans Aleksander Ziskind Hurvits [Gurwitz], Seyfer pisgomey khazal bekharuzim, New York, Pardes, 1943, p.

Uriel Weinreich considère glaykhn utilisé dans le sens de « bien aimer » comme convenable à un niveau de style moins soigné, et non pas comme un solécisme à écarter à tout prix6.

Heureusement pour le rabbin Gurwitz, le yiddish populaire, qui sied si mal au contenu grave qu’il veut donner à ses vers, passe merveilleusement dans sa prose autobiographique. Ses mémoires7, dont les deux volumes sont publiés (très probablement à compte d’auteur) en 1935, sont écrits dans une langue fluide et savoureuse. Il ne recule même pas devant les pires excès du « potato-yiddish », allant bien au-delà des anglicismes modérément acceptables comme le glaykhn déjà cité.

Il écrit par exemple que Bialik lui avait envoyé une « letter » plutôt qu’un briv8 – choix qui n’est explicable que par le plus grand prestige attaché à tout ce qui est américain. Pourtant, c’est loin d’être le parti pris de Gurwitz.

Le récit qu il fait de sa vie fournit de riches aperçus sur des aspects moins connus de la vie juive dans l’Empire russe, détaillant, par exemple, l’existence ingrate d’un rabbin dans les colonies agricoles juives établies par le tsar Nicolas Ier. Mais ce sont ses impressions du Texas qui retiennent notre intérêt avant tout. Gurwitz réprouve durement ses coreligionnaires américains qui n’accordent plus leur prestige aux plus instruits : au nouveau pays, dit-il, le plus ignorant des hommes peut gravir les échelons communautaires les plus élevés – et accéder à la présidence d’une synagogue – pourvu qu’il ait amassé le pactole nécessaire. Qui plus est, le destin d’un rabbin de la vieille école serait semblable à celui d’une épouse juive du passé. Si celle-ci pouvait être répudiée au moindre mouvement d’humeur de son mari, l’officiant du culte en Amérique peut, quant à lui, être démis de ses fonctions suivant les caprices des fidèles les plus influents.

Quoique mieux payé qu’un rabbin en Europe de l’Est, il n’est pas protégé par la khazoke (titularisation, droit de possession) dont on jouissait là-bas9.

Gurwitz raconte avoir été licencié suite à son usage du yiddish, plutôt que l’anglais, comme langue d’instruction – avant de se faire engager à nouveau dès lors que le maître american style s’avéra ne pas donner les résultats escomptés.

Ces ironies du destin se révèlent particulièrement frappantes lorsque Gurwitz fait usage de la figure du chiasme :

Naguère, le nouveau marié devait faire une leçon talmudique mais ne recevait pas toujours les cadeaux attendus ; de nos jours, il obtient des présents sans devoir montrer aucun savoir. Jadis, un rabbin était riche en connaissances et pauvre en salaire ; mainte- nant, c’est le contraire. Autrefois, les écoles religieuses dispensaient la Thora sans péda- 9. Seyfer zikhroynes, vol. 2, p. 191. gogie ; or on ne manque plus de pédagogie mais on est à court de Thora. . Quand a-t-on été au mieux : alors ou maintenant ? Que cha- cun décide selon sa vision des choses !10 Gurwitz n’épargne nullement l’élite juive d’origine allemande, établie depuis longtemps au Texas, et qui méprise quelque peu les immigrés de l’Empire russe ou de Galicie. La misère des Mexicains de San Antonio et les compartiments de train réservés aux Noirs l’amènent à se demander si la vie est vraiment meilleure en Amérique. Vers la fin de ses mémoires il constate avec tristesse que s’il a « vécu durant » (opgelebt) soixante-dix ans, il ne saurait dire avec certitude qu’il a « vécu » (gelebt)11. * * * Notre second écrivain yiddish au Texas, Chaya Rochel Andres, est d’une tout autre génération que le rabbin Gurwitz. Elle naît quarante ans après lui, en 1899, à Suvalk, en Pologne, près de Bialystok ; elle émigre à Dallas en 1921 et y meurt presque centenaire en 1996. Poète à ses heures, c’est après guerre qu’Andres commence à publier sa production dans divers périodiques yiddish, tels Vokhnblat de Toronto ; Zamlungen de New York ; et Di Yiddishe Tsaytung de Tel Aviv. Elle réunit ses pièces de prédilection en quatre recueils bilingues yiddish-hébreu ou yiddish-anglais, dont le premier parut à Tel Aviv en 1968, et les autres à Brooklyn en 1979, 1981 et 1990 – ce dernier à l’âge de 90 ans12.

Les meilleures créations de Chaya Rochel Andres, si l’on ne peut y voir des chefs-d’œuvre d’originalité, sont de joli rythme et de belle métrique, sans céder au kitsch. Par exemple, un de ses poèmes sur la Shoah, intitulé Pesekh – zman khey- ruseynu (« Pessah : la saison de notre liberté »), s’inscrit dignement dans la tradition attestée par Jacob Glatstein et Aaron Zeitlin, qui remanient la liturgie traditionnelle en la chargeant de nouvelles interrogations :

Dayne kinder baym seyder veln fregn Kashes farvundert, Kler zey uf ! – – A « naye hagode » mir farmogn. Haynt vos iz tsum redn, tsum zogn ? A takhles – vi pulver tsefloygn. – – – Tserunen di blutn, af gasn, af rogn, Toyte, ofene, mentshishe oygn. Fregn bay vemen ; – – Vi kumt es ? Vi geshikt zikh ? – – – Aza groyl ! – – – aza khurbm ! – – Far gorer velt – – yidisher korbm ?13 Tes enfants au seder poseront Des questions, étonnés. Éclaire-les. 1981 ; et A langer veg mit lider un zikhroynes/ Youthful Aging, 1990. Les trois derniers recueils comprennent des versions en anglais par Yudel Cohen ; ils portent Dallas comme lieu de publication, mais ont été imprimés par la Faculty Press de Brooklyn.

Nous possédons une « nouvelle Haggada » ! Or de quoi parler, que dire ? Le sens – disséminé comme de la poudre. Le sang a coulé aux carrefours des rues. Les yeux morts, ouverts, humains. À qui demander ? D’où vient que… ? Comment ça s’est fait ? Pareille horreur ! Un tel holocauste ! Une offrande juive, pour le monde entier ? Chaya Rochel Andres relate sa vie dans une longue préface à son troisième recueil. Comme sa poésie, sa prose est écrite dans une langue plus pure que celle de Gurwitz. Elle ne recourt presque jamais à l’anglais, à moins qu’on puisse légitimement désespérer de trouver un terme yiddish pour désigner une réalité typiquement américaine (telle que « high school »14, qui n’est pas exactement une gimnazye). Dans ses pages autobiographiques, nous découvrons qu’Andres vint rejoindre des oncles et des tantes déjà établis à Dallas ; elle avait quitté son shtetl d’urgence, afin d’éviter un mariage sinon forcé, du moins très encouragé par ses parents. Son père dut s’excuser auprès du fiancé rejeté en ces termes : « Tu devrais, Moïshl, remercier Dieu de t’avoir débarrassé d’elle.

Dieu t’enverra celle qu’Il t’a prédestinée (dayn basherte) ». En réponse à la revanche, très précise, qu’avait imaginée le prétendant éconduit, le père ajouta : « Et il ne faut pas lui souhaiter de se marier avec un nègre »15.

Certes, c’est plutôt avec un garçon juif de bonne famille qu’Andres convolera en justes noces peu après son arrivée au Texas, une fois qu’elle aura surmonté son étonnement, dans un premier temps, de ce qu’on la laisse sortir seule 14. Andres, Zaynen yorn gelofn, p. 39. 15. Andres, Zaynen yorn gelofn, p. 21.

avec quelqu un du sexe opposé. Mais dans un Sud américain encore largement infecté du virus du racisme, elle s’enorgueillira d’habiter « un quartier où toutes les classes se mêlent, Blancs, Noirs et autres Mexicains »16 ; et en 1947 ne mettra-t-on pas sa maison sous protection policière, quand son mari et elle fêteront chez eux, avec quelques invités noirs, Henry Wallace, ancien vice-président sous Franklin D. Roosevelt, écarté en raison de sa politique alliant spiritualisme et pro-soviétisme ?

Cependant, Andres fuit les extrêmes : malgré le nombre réduit de périodiques existant en yiddish à la fin de sa vie, il lui arriva plus d’une fois de devoir annuler expressément son abonnement au Tsukunft de New York, clairement marqué à gauche, dont le bureau continuait à lui envoyer des numéros bien qu’elle eût cessé de payer sa souscription.

Le troisième recueil d’Andres reproduit des photos de famille. Nous y voyons l’archétypale bobe (grand-mère) ashkénaze, au visage rond, aimant, souriant. Andres joue volontiers sur cette corde affective qu’on désigne en anglais, quelque peu abusivement, par le mot yiddish de sch- maltz (littéralement « graisse », en français « guimauve »). La dédicace à ses petits-enfants qu’elle publie est signée en yiddish, y compris dans sa version anglaise, par ces deux mots : « The Bubbeh »17.

Homonymie qui serait surprenante pour le (rare) lecteur texan non prévenu : bubba (même prononciation, ou presque), déformation de « brother », désigne le plouc du Sud des États-Unis. Par exemple, ceux qui reprochaient à Bill Clinton son populisme le traitaient de « bubba ». Il n’est pas exclu que tel robuste descendant de notre « bubbeh » poétesse yiddish présente quelques caractéristiques du « southern bubba » : après George W.

Bush, la gouvernance du Texas n’a-t-elle pas été 16. Andres, Zaynen yorn gelofn, p. 39. 17. Andres, Zaynen yorn gelofn, p. 192. briguée par Kinky Friedman, chef du groupe de musique country-western « The Texas Jewboys » ?

Candidature provocatrice, loufoque à la manière de la campagne de Coluche, « Jewboys » en un seul mot ne valant guère mieux que « petits youpins ». Mais contrairement au comique français, Kinky Friedman s’est réellement présenté, et ses positions iconoclastes – à la fois libertaires, centristes et populistes – lui firent gagner plus de 12 % des suffrages exprimés en 2006.

Mais revenons à notre surprenante figure, Chaya Rochel Andres. On peut se demander pourquoi une grand-mère judéo-américaine – si typique à bien des égards ! – tenait tant au yiddish littéraire. Le rabbin Gurwitz, quant à lui, était arrivé au Texas à un âge bien plus avancé qu’Andres, et à une époque antérieure aussi. Il était donc entouré, pendant davantage de temps, d’un grand nombre de contemporains profondément sinon exclusivement yiddishophones. Par sa profession, il resta cantonné dans un univers juif ; et quand il se mit à publier dans les années 1930, le monde de l’édition yiddish était florissant. Écrirait-il des livres, ce serait inévitablement en yiddish, ou dans un hébreu mi-talmudique mi-maskilique.

Mais Chaya Rochel Andres ? Elle arriva bien plus jeune, vers la fin de la grande vague d’immigration juive aux États-Unis, et ses coreligionnaires de la même classe d’âge, surtout loin des grands centres de population juive, avaient déjà opté dans leur immense majorité pour une totale assimilation linguistique ; chez eux le yiddish servait surtout de bouche-trou affectif ou lexical. Par ailleurs, Andres, malgré son implication dans les institutions juives locales, aidait son mari dans un commerce qui la mettait en contact avec toutes les populations environnantes ; elle avait suffisamment d’identité anglophone pour se doter

d un prénom américanisé, « Ray » . Certes, dans les années 20, elle avait réussi pendant quelque temps à faire vivre à Dallas une école de l’amicale yiddish Der Arbeter-Ring, mais l’initiative succomba à la crise économique de la décennie suivante. Et ce n’est que bien plus tard, en 1968, alors que le déclin inexorable du yiddish littéraire était déjà bien entamé, qu’elle publia son premier recueil de poésie.

Vers la même époque, pourtant, elle organisa un cercle de conversation yiddish avec d’autres dames juives de Dallas, et réussit même à faire passer à la radio des lectures, en yiddish, de sa propre poésie, aussi bien que des monologues de Sholem-Aleichem ! Mises à part ses déclarations intempestives d’amour à la langue yiddish, on ne voit pas Andres s’interroger sur sa particularité.

Nous hasarderons donc l’hypothèse suivante : à part quelque vocation poétique dont la cause serait par définition insondable, l’engagement assez solitaire de notre écrivaine tiendrait à ce qu’elle fut, de sa nombreuse famille immédiate (sauf son père, qui mourut avant), la seule à avoir été épargnée par la Shoah. Situation peu usuelle dans cette strate démographique, si j’en juge d’après ma famille et tant d’autres semblables à Brooklyn, dont les ancêtres nombreux immigrèrent aux États-Unis dans les années 1910-1920. Il était assez rare sinon inouï qu’on arrive sans quelques-uns de ses plus proches parents – mère, père, frère, sœur, conjoint ou enfant – ou qu’on ne les fasse pas venir peu de temps après. En revanche, de sa famille d’origine, Andres ne fut entourée en Amérique que par des parents un peu plus éloignés : des oncles et des tantes. Tout accueillants qu’ils fussent, elle n’en devait pas moins être un électron libre.

Elle n est pas oubliée pour autant. Si l on part à la recherche de traces laissées dans les consciences par le rabbin Gurwitz, il faut recourir aux rares amateurs (et professionnels19) d’histoire juive locale ou aux familles juives les plus anciennement établies à San Antonio. Certes, Chaya Rochel Andres provient d’une génération ultérieure, mais il est notable qu’elle jouit d’une postérité cybernétique sous la forme de quelques pages liées au site de la communauté de Dallas ; sur l’une de cellesci, on va jusqu’à l’appeler « Glückel de Dallas », d’après Glückel (ou Glikl) de Hamelin, mémorialiste juive du dix-septième siècle, une des figures les plus remarquables de la littérature yiddish20. Sur ce même site web, on peut consulter bon nombre de versions anglaises – inégales – publiées dans deux recueils d’Andres, ainsi que quelques-uns des poèmes dans leur original yiddish.

La collection personnelle de livres yiddish possédée par Chaya Rochel Andres fut léguée par ses héritiers à la bibliothèque de l’Université du Texas à Austin, un des centres de recherche les plus importants du pays. Le fonds considérable de judaïca qui s’y trouve a été grandement enrichi d’œuvres en yiddish offertes entre autres par la Bibliothèque Medem de Paris. En sorte que les liens entre les écrivains yiddish au Texas et les lecteurs de la revue Plurielles sont peut-être moins ténus qu’il n’y paraîtrait à première vue… 19. Gurwitz, par exemple, est évoqué non seulement dans l’ouvrage de Weiner déjà cité, mais aussi, encore plus récemment, par Bryan Edward Stone, The Chosen Folks : Jews on the Frontiers of Texas (Austin, University of Texas Press, 2010), p. 88 et passim.


  1. Seyfer pisgomey khazal, p.
  2. Wolf Wieviorka, Bodnloze mentshn, Paris, V. Ve vior ke-Komitet, 1937, p. 144.
  3. Ainsi dans son dictionnaire, le mot glaykhn est accompagné dans cette acception-là d’un petit point indulgent et pas du triangle assassin : Uriel Weinreich, Modern English-Yiddish Yiddish- English Dictionary, New York, YIVO-McGraw Hill, 1968, p. 676.
  4. Hurvits [Gurwitz], Seyfer zikhroynes fun tsvey doyres, 2 vols., New York, Posy-Shoulson Press, 1935. Le tapuscrit d’une traduction de ces deux volumes en anglais, intitulée Memories of Two Generations, faite par Amram Prero, se trouve dans la bibliothèque de l’Université du Texas à Austin. Je me permets de signaler ma version d’un chapitre de ces mémoires : « San Antonio Twenty-Two Years Ago » dans Yiddish South of the Border : An Anthology of Latin American Yid- dish Writing, compilée par mes soins (Albuquerque, University of New Mexico Press, 2003), pp. 176-178.
  5. Seyfer zikhroynes, vol. 2, p. 221.
  6. Seyfer zikhroynes, vol. 2, p.
  7. Seyfer zikhroynes, vol. 2, p. 217.
  8. Chaya Rochel Andres, Mayn tatns yerushe (avec traductions en hébreu d’Esther Zametsky), Tel Aviv, Ha-Menorah, 1972 ; Far vemen zing ikh mayne lider/For Whom Do I Sing My Songs, 1979 ; Zaynen yorn gelofn/Years Have Sped By,
  9. Andres, Zaynen yor gelofn, p.
  10. Andres, Zaynen yorn gelofn, p. 53.
  11. http://www.dvjc.org/culture/years/
  12. Ce volume bilingue est doublement paginé : de gauche à droite et de droite à gauche. Nous suivrons ce dernier système qui correspond au texte yiddish.
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