Le dernier roman d’Orly Castel-Bloom a pour particularité de rendre exactement compte de ce qu’affrontent au quotidien les Israéliens : une situation schizophrénique où se tissent terreur et banalité, loin de tout héroïsme. Tel est le message de cette nouvelle littérature qui nous arrive de Tel-Aviv et que Textile illustre, hélas, à la perfection : les Israéliens sont fatigués.

Cette fatigue touche une société écartelée, représentée dans le roman d’Orly Castel- Bloom par la famille Gruber : le père fait des recherches, la mère fait des affaires (dans le textile), la fille a des chagrins d’amours, le fils fait la guerre.

L’histoire pourrait n’être que le récit assez banal d’une tranche de vie : un couple parental qui se dénoue, un chercheur qui part en Allemagne pour ses travaux, une fille déçue par son ami et qui change de vie, un fils à l’armée, une femme de cinquante ans qui se prépare pour une nouvelle opération esthétique dans son appartement situé dans un des quartiers les plus chics de Tel-Aviv.

Mais, dès les premières pages, la raison des opérations esthétiques est donnée : il est impossible à Mandy Gruber de vivre cette épouvantable  réalité,  savoir  son  fils  à  l’armée, risquer de le perdre. « L’on a fait de mon fils un tireur d’élite sur la ligne de front sans me demander mon avis et je suis incapable de faire face à cette tension. Je veux dormir, Texte, textiles, tissus, trame : de quoi parle ce livre ?

Des sept opérations déjà subies par Mandy et de la huitième à venir ? De l’art de se déguiser, de s’absenter, de se faire remplacer, de « ressembler à une œuvre d’art ambulante » ?

Ou du temps qui est l’objectif et des terroristes et des RG israéliens lorsqu’ils décident de faire abattre une cible : « Ce printemps-là, la simultanéité devint une arme à part entière de la guerre permanente. Les organisations terroristes rivalisaient en quantité d’attentats terroristes simultanés qu’elles étaient capables de commettre, et chacune avait son virtuose de la simultanéité. » Ou de la façon dont le jeune Da’el passe du tir à la vie normale : « le pouls de Da’el était élevé, il tremblait et avait besoin de cocaïne… Comme d’habitude, il se frotta pendant une heure sous la douche, puis s’étendit sur son lit et se connecta à la page où, la dernière fois, il avait interrompu sa lecture du Rouge et le Noir de Stendhal. » Ou du nouveau tissu révolutionnaire à base de toile d’araignées (sic) que le mari de Mandy veut mettre au point pour créer les nouvelles TT (Tenue de Terreur) que revêtira chaque citoyen en cas d’attaque terroriste ?

Ou des efforts de chacun pour exister à peu près normalement, le plus souvent pathétiquement, au bord des larmes et du réel, dans un pays devenu si fou, qu’y avoir Chantal Steinberg

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