fication et de communication d’un territoire à l’autre. De là le panorama à la fois dans l’espace et le temps que constitue l’anthologie : depuis les « classiques » au XIXe siècle, qui ouvrent le recueil, jusqu’aux modernistes, qui seront davantage représentés dans le second volume, mais qui occupent d’emblée une place importante dans ce tome 1 avec les œuvres des deux auteurs yiddish soviétiques parmi les plus impressionnants du XXe siècle, Der Nister et Dovid Bergelson, tous deux assassinés pendant la période stalinienne. À partir d’un territoire relativement circonscrit, qui est celui de la « zone de résidence » russe, où sont concentrées les bourgades juives aux formes de vie spécifiques, à mi-chemin entre contrainte subie et autonomie préservée, le parcours littéraire déroule sa richesse et sa diversité : géographique (Russie, Ukraine, Pologne), historique (la vie juive en Russie tsariste, mais aussi le souvenir du passé, en écho avec le présent, comme dans le roman historique de Sholem Asch La Sanctification ravages de la guerre civile en Ukraine les événements tragiques de 1648 et la révolte cosaque contre la Pologne), générique (roman populaire, comme Fichké le boiteux de Mendele Moïkher Sforim, contes « populaires » ou symbolistes, toujours filtrés par la fantaisie et l’ironie de l’artiste, comme chez Peretz ou Der Nister, feuilleton héroïco-comique de la vie de la bourgade, avec ces Gens de Kasrilevke, de Sholem-Aleykhem, trésor d’inventivité langagière et d’humour à la fois tendre et acerbe, jusqu’à l’écriture moderniste d’un Bergelson, qui débute comme Tchékhov par la peinture de l’ennui et de la vacuité d’un monde en transition)… Au-delà de ces espaces-temps historiques, c’est la permanence de formes de pensée et de narrativité que le lecteur est invité à découvrir, un monde fait de mondes, d’espaces gigognes qui nous font communiquer avec le passé, avec nous-mêmes, avec la littérature, dans son geste unique et universel. Nous attendons le deuxième volume...

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