Dans un article publié en 1899, le Juif fran- çais radical Bernard Lazare écrivait : « Les antisémites bourgeois et cléricaux reprochent (…) aux Juifs d’être des révolutionnaires. Travaillons à mériter ce reproche. »1 Certes, un nombre non négligeable d’intellectuels juifs radicaux étaient déjà actifs au XIXe siècle, en Allemagne en particulier : Karl Marx, Heinrich Heine, Moses Hess et Ferdinand Lassalle sont parmi les plus connus. Mais après 1890, et tout au long du XXe siècle, une très forte présence d’intellectuels juifs rouges est visible dans les sphères politiques et culturelles, tant en Europe qu’aux États-Unis.

Les antisémites avaient tendance à associer le judaïsme et le radicalisme : c’est Henri Ford qui, dans un livre important The International Jew (1920), a inventé le mythe du « judéo-bolchevisme », qui allait devenir un thème central dans la propagande nazie. Le fait est que la majorité des intellectuels juifs ont été de doux libéraux, mais il est vrai aussi qu’un groupe formé d’intellectuels juifs de premier plan a joué un rôle significatif dans la politique et la culture radicales : cela a commencé au début du XIXe siècle avec Rosa Luxemburg et Emma Goldman et s’est poursuivi au XXe siècle. Ce phénomène a duré jusqu’à notre époque, même s’il semble que le radicalisme juif soit en déclin tant en Europe (où il est resté peu de Juifs) qu’aux États-Unis., après l’extermination des Juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale et la création de l’État 1. Bernard Lazare, « Le prolétariat juif devant l’antisémid’Israël en 1948. Une telle dé-radicalisation a été renforcée par la guerre des Six Jours entre Israël et les pays arabes.

Je vais traiter ici des intellectuels juifs radicaux de gauche2. Il est clair que ces intellectuels ne forment pas un bloc, le développement culturel et les conditions dans lesquelles ils apparaissent différant considérablement en fonction de moments historiques spécifiques ou d’aires géographiques et culturelles concrètes. Mes propres recherches concernent d’abord l’engagement radical social et politique d’intellectuels juifs en Europe centrale pendant la première moitié du XXe siècle, c’est-à-dire avant Auschwitz. Mais en partant de ce groupe spécifique, on peut suggérer quelques hypothèses et propositions comparatives, qui concernent à la fois les intellectuels juifs radicaux européens et américains.

Je ne me lancerai pas dans une définition de « juif », mais je peux dire ce que j’entends par « intellectuel » : une catégorie sociale, c’est-à-dire un groupe d’individus défini à partir de critères non économiques comme la production ou la création de biens culturels et symboliques – à la différence d’une masse plus large de travailleurs intellectuels qui exercent des professions libérales, ou qui travaillent dans l’éducation ou les médias. En tant que catégorie sociale, ils ont une certaine autonomie par rapport aux classes sociales. C’est la raison pour laquelle Alfred Weber et Karl Mannheim ont inventé le concept de freischwebende Intelligenz, intellectualité sans attaches, particulièrement adapté pour les intellectuels juifs LES INTELLECTUELS JUIFS RADICAUX EN EUROPE ET AUX ÉTATS-UNIS Michael Löwy

Les intellectuels juifs radicaux en Europe En Europe centrale Quelles différences y avait-il parmi les intellectuels juifs radicaux d’Europe centrale ? Plutôt que d’adopter une typologie politique classique – anarchistes, socialistes, communistes, sionistes de gauche, etc. – je propose une autre approche qui commence par dépasser ces distinctions politiques. Les intellectuels juifs radicaux de la Mitteleuropa étaient attirés par les deux pôles de la vie culturelle allemande, emblématisés par les deux fameux personnages du roman de Thomas Mann, La Montagne magique (1924) : Settembrini, le philanthrope libéral, démocrate et républicain – partiellement inspiré par son propre frère Heinrich Mann – et Naphta, l’étrange jésuite (!) juif romantique, conservateur et révolutionnaire, probablement inspiré par Georg Lukács.

Le premier groupe était constitué d’Aufklärer, c’est-à-dire d’intellectuels fidèles aux Lumières, partisans de la modernité occidentale et du rationalisme, non-religieux et confiants dans le progrès, qu’ils soient sociaux-démocrates, marxistes ou communistes : Edouard Bernstein, Paul Singer, Max Adler, Otto Bauer, Paul Levi et Paul Frölich, entre autres.

Le second groupe, les romantiques, partageait une vision critique de la Civilisation industrielle/ capitaliste, qu’ils considéraient comme responsable du désenchantement du monde. Leur protestation contre la société bourgeoise était inspirée par une nostalgie de certains aspects du passé prémoderne. Parmi les radicaux romantiques, l’anarchiste Gustav Landauer ou le marxiste Ernst Bloch étaient peut-être les plus importants.

Dans le contexte spécifique du judaïsme d’Europe centrale, un réseau complexe de liens – d’DI¿QLWpV pOHFWLYHV, pour utiliser un concept s’était établi entre le romantisme, le messianisme juif, la révolte culturelle anti-bourgeoise et les utopies révolutionnaires (socialistes et/ou anarchistes). Un tel messianisme n’était pas celui de l’orthodoxie juive, mais, vu au travers du prisme romantique allemand, il en était une nouvelle version, à teneur hautement politique.

Au sein de la constellation romantique/messianique de la culture juive radicale d’Europe centrale, il y avait deux pôles. Le premier était constitué de Juifs religieux à tendance radicale/ utopique : Rudolf Kayser, Martin Buber, Gershom Scholem, Hans Kohn et le jeune Leo Löwenthal.

Le caractère prédominant de leur pensée était le rejet de l’assimilation et l’affirmation d’une identité juive religieuse et/ou culturelle. La plupart d’entre eux étaient sionistes, mais ils ont rapidement quitté le mouvement (Kohn, Löwenthal) ou y sont restés tout en étant marginalisés à cause de leur position antinationaliste (Buber, Scholem).

Mais tous partageaient, à des degrés divers, une perspective utopique universaliste, une sorte de socialisme libertaire (anarchiste), qu’ils articulaient avec leur foi messianique.

L’autre pôle était composé de Juifs assimilés, athées, sympathisants anarchistes et/ou marxistes :

Gustav Landauer, Ernst Bloch, Erich Fromm, le jeune Georg Lukács, Manès Sperber et Walter Benjamin. À la différence des autres, ils avaient pris leurs distances avec le judaïsme sans rompre tous les liens avec lui, avec sa tradition messianique en particulier. L’expression athéisme religieux, que Lukács utilisait à propos de Feodor Dostoïevski, nous aide à comprendre cette figure spirituelle paradoxale, qui, avec l’énergie du désespoir, semblait chercher le point de convergence messianique entre le sacré et le profane. Parmi ceux qui repré-

Sperber), mais la plupart d’entre eux ont découvert le judaïsme plus tard dans leur vie.

En Europe orientale Trois éléments essentiels distinguent les intellectuels juifs radicaux de culture allemande de ceux qui vivaient en Europe orientale : la culture yiddish (plutôt qu’allemande) ; un leadership politique très visible dans les mouvements radicaux ; et le rejet de la religion.

La culture yiddish En Europe orientale, toute une littérature en yiddish, profondément enracinée dans la vie du shtetl (le village juif) et des communautés juives, était largement répandue. Des auteurs (radicaux d’une façon ou d’une autre pour la plupart d’entre eux) comme Mendel Moicher-Sforim, Sholem Aleichem, David Bergelson, I. L. Peretz, Moïshe Kulbak, S. Ansky – et plus tard aux États-Unis, Sholem Asch et Isaac Bashevis Singer – ont créé un univers littéraire authentiquement juif tout en ayant une signification universelle, sans équivalent en Europe centrale ou occidentale. Des écrivains juifs de langue allemande comme Arnold Zweig et Franz Kafka étaient fascinés par cette culture, alors que leur propre littérature était d’une tout autre sorte.

Les intellectuels politiques La participation d’intellectuels juifs aux mouvements révolutionnaires était bien plus importante en Europe orientale – c’est-à-dire dans le Yiddishland qui comprenait tout l’espace de l’ancien empire tsariste – qu’en Europe centrale ou occidentale ; une frange très large, quand ce n’était pas la majorité, des intellectuels liés aux différents groupes anarchistes ou marxistes étaient juifs. (Bronstein), Julius Martov (Tsederbaum), Raphael Abramovich, Lev Deutsch, Pavel Axelrod, Mark Liber (Goldman), Fiodor Dan (Gurvitch), Lev Kamenev (Rosenfeld), Karl Radek (Sobelsohn), Gregory Zinoviev (Radomilsky), Jakov Sverdlov, David Riazanov (Goldendach), Maxim Litvinov (Wallach), Adolphe Joffé, Michael Borodine (Grusenberg), Adolf Warszawski, et Isaac Deutscher; et parmi les anarchistes, Voline (Vsévolod Mikhaïlovitch Eichenbaum), Efim Yartchouk, Abba Gordin, Alexander Shapiro, Aron Baron, Senia Flechine, Olga Taratouta, et Emma Goldmann.

Il faut ajouter à cette liste les intellectuels liés à des organisations radicales spécifiquement juives, comme le Bund ou les sionistes de gauche, ainsi que les intellectuels juifs d’Europe orientale qui émigrèrent en Allemagne et jouèrent un rôle important dans le mouvement ouvrier :

Rosa Luxemburg, Leo Jogisches, Parvus (Israel Helphand), Arkadi Maslow (Isaac Tchereminski), August Kleine (Samuel Heifiz), et bien d’autres.

L’athéisme Qu’ils aient été marxistes ou anarchistes, bundistes ou communistes, sionistes de gauche ou socialistes internationalistes, tous ces intellectuels révolutionnaires rejetaient la religion. Le courant romantique, attiré par le « réenchantement du monde », si important dans la Mitteleuropa, était pratiquement absent parmi eux. Leur vision du monde était résolument rationaliste, athée, séculière, Aufklärer, matérialiste. À leurs yeux, la tradition religieuse juive et en particulier le mysticisme de la Kabbale, le hassidisme ou le messianisme, n’étaient que des survivances obscurantistes du passé – des idéologies médiévales réactionnaires dont on devrait se débarrasser le plus vite possible,

écrivit sur le messianisme dans son roman Lundi (1926), ce fut pour dénoncer le rôle sinistre de faux messies comme Jacob Frank qui entraîna ses disciples à la catastrophe3.

En Europe occidentale La situation en Europe occidentale était considérablement éloignée de l’expérience intellectuelle juive des deux autres régions. Bien plus intégrés dans la société établie, les intellectuels juifs occidentaux étaient rarement radicaux. Ils soutenaient généralement la culture dominante dans sa version libérale et démocratique. Une telle orientation découlait des grandes révolutions bourgeoises de ces pays – la Hollande, l’Angleterre et la France – qui émancipèrent les Juifs et rendirent possible leur participation économique, sociale et politique à la société4. Pour les intellectuels juifs occidentaux, des regains d’antisémitisme comme l’affaire Dreyfus étaient des survivances du passé, condamnées en fin de compte à disparaître.

Prenons l’exemple de la France.

Les sociaux-démocrates On peut bien sûr trouver des intellectuels juifs français socialistes, mais ils étaient généralement des sociaux-démocrates modérés, comme Lucien Herr, le bibliothécaire influent de l’École 3. Voir l’introduction de Rachel Ertel au roman de Kulback, Lundi (Montog), 1926, Lausanne, L’Age d’Homme, 1982. On peut trouver un point de vue similaire, des années après, dans le roman d’Isaac Bashevis Singer, Satan in Goray (1928).

Les radicaux Bernard Lazare (1865-1903), écrivain symboliste et penseur anarchiste, l’un des principaux animateurs de la campagne de défense d’Alfred Dreyfus, est une exception. Les idées révolutionnaires de Lazare étaient ancrées dans le romantisme, c’est-à-dire la protestation culturelle contre la civilisation moderne bourgeoise/ industrielle, qui parlait au nom de valeurs communautaires précapitalistes. Il était radicalement anti-autoritaire, ennemi de l’État sous toutes ses formes – passée, présente ou future – et romantique libertaire. Lazare n’était pas religieux, mais il célébrait la valeur libertaire et égalitaire de la tradition prophétique biblique. L’une des conséquences de cette tradition était que : « les Juifs crurent non seulement que la justice, la liberté et l’égalité pouvaient être les souveraines du monde, mais ils se crurent spécialement missionnés pour travailler à ce règne. Tous les désirs, toutes les espérances que ces trois idées faisaient naître finirent par se cristalliser autour d’une idée centrale : celle des temps messianiques, de la venue du Messie »5

Il n’était pas étonnant que les Juifs aient été impliqués dans tous les mouvements révolutionnaires modernes, de Leo Frankel, le communard de 1871, à Heinrich Heine, Moses Hess, Ferdinand Lassalle et Karl Marx, ce « descendant d’une lignée de rabbins et de docteurs (…) animé de ce vieux matérialisme hébraïque »6.

Dans la première moitié du XXe siècle, on peut bien sûr trouver quelques autres figures d’intellectuels juifs radicaux en France (et dans d’autres pays d’Europe occidentale), mais la plupart d’entre eux étaient des immigrés d’Europe centrale ou orientale. Certains jouèrent un rôle important dans la culture française de gauche, surtout après la Seconde Guerre mondiale :

Lucien Goldmann, créateur d’une sociologie de la culture marxiste innovante et Georges Haupt, historien de l’internationalisme, tous deux originaires de Roumanie ; André Gorz (Gerhart Hirsch), fondateur d’une écologie socialiste, né à Vienne ; Joseph Gabel, sociologue de l’aliénation, né à Budapest ; Maxime Rodinson, l’historien marxiste de l’islam le plus important, dont les parents russo-polonais, avaient émigré à Paris à la fin du XIXe siècle7. Parmi les Juifs radicaux français, il y avait aussi quelques écrivains importants, dont les plus remarquables sont Tristan Tzara (Samuel Rosenstock), le fondateur du dadaïsme, Gherasim Luca, le poète surréaliste, et Paul Celan, l’un des plus grands poètes en langue allemande – tous trois étaient d’origine roumaine.

Après Bernard Lazare, l’un des premiers Juifs radicaux nés en France fut une femme, Claude Cahun, magnifique photographe et essayiste 6. Ibid., p. 346.

La génération d’après-guerre Ce fut surtout pendant les années 1950, dans la lutte contre la guerre coloniale de la France en Algérie, et dans les années 1960, autour de mai 1968, qu’une nouvelle génération de Juifs radicaux nés en France émergea. Pendant la guerre d’Algérie, le célèbre historien Pierre Vidal-Naquet, issu d’une vieille famille juive française républicaine était, avec son ami le mathématicien Laurent Schwarz, l’un des intellectuels anticolonialistes les plus importants en France. Quelques-unes des figures centrales de la révolte étudiante de mai 1968 étaient des Juifs radicaux, comme l’anarchiste Daniel Cohn-Bendit, les trotskystes Daniel Bensaïd, Janette Habel, Alain Krivine et Henri Weber ; les maoïstes Alain Geismar et Benny Levy ; et Pierre Goldman, l’outsider. Pendant les années qui suivirent, leurs routes divergèrent sensiblement : alors qu’un grand nombre d’entre eux, comme Daniel Cohn-Bendit, se dé-radicalisèrent, d’autres comme Benny Levy devinrent sionistes et se convertirent au judaïsme orthodoxe ; d’autres encore, comme Daniel Bensaïd, restèrent fidèles à leurs idées révolutionnaires, tout en commen- çant à s’intéresser au messianisme hérétique juif (souvent par l’intermédiaire de l’œuvre de Walter Benjamin). Pierre Goldman, qui écrivit en prison le best-seller Souvenirs obscur d’un Juif polonais né

de cette sorte aujourd’hui. Il faut noter cependant qu’un ancien résistant, juif et survivant du camp de Buchenwald, Stéphane Hessel, est devenu une icône internationale pour le mouvement radical de la jeunesse contre le néo-libéralisme, grâce à sa brochure ,QGLJQH]YRXV (2010). Ce pamphlet fut traduit en une douzaine de langues et il s’en est vendu des millions d’exemplaires dans le monde entier.8 Les intellectuels juifs radicaux aux États-Unis La gauche juive immigrée Le premier groupe de Juifs radicaux aux États-Unis était composé d’immigrés dont un certain nombre, déjà militants sociaux ou politiques dans leurs pays d’origine, tentèrent de poursuivre de telles activités intellectuelles ou militantes sur le territoire américain. Venant du Yiddishland, surtout russe et polonais, ils arrivèrent à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Emma Goldman et Alexander Berkman sont des exemples célèbres, de même qu’Isadore Wissotsky, né en Lituanie, engagé dans l’organisation de l’Industrial Workers of the World (IWW). Dans une large mesure, leur façon de penser et leur culture politique restèrent celles de leur milieu d’origine est-européen. Peut-être ontils essayé d’adapter leurs principes anarchistes ou socialistes au contexte américain, mais on peut difficilement parler d’une culture radicale juive-américaine spécifique. Abraham Cahan et les intellectuels qui gravitaient autour du journal socialiste Forwerts, le quotidien yiddish le 8. Nous ne pouvons pas parler ici des autres pays d’Europe d’occidentale. En Belgique, par exemple, on trouve deux éminents intellectuels juifs marxistes (trotskystes). Abraham Leon et Ernest Mandel, nés respectivement à Varsovie et Francfort. Le premier, auteur d’un essai classique sur la conception matérialiste de la question juive, est mort à Ausplus diffusé au monde, correspondent aussi à ce modèle. On peut dire la même chose, quelques années après, d’un autre groupe – Moyssaie Olgin et ses amis autour de Freiheit, le quotidien communiste yiddish – ou d’écrivains yiddish de gauche comme Shalom Asch. Comme l’a montré Alan Wald, l’arrière-plan de l’immigration affecta aussi la nouvelle génération : au fondement de la grande proportion de Juifs au sein de la gauche radicale, parmi les communistes en particulier – à peu près 50 % de ses intellectuels – on trouve « les familles d’immigrants juifs d’Europe orientale (qui) apportèrent dans leur nouveau pays (…) des loyautés ouvrières et socialistes »9.

On peut développer le même argument à propos des immigrants d’Europe centrale qui parvinrent aux États-Unis après 1933 en tant que réfugiés du nazisme. Que leur séjour ait été temporaire – comme pour Theodor W. Adorno, Max Horkheimer et Ernst Bloch – ou permanent, pour ceux qui choisirent de rester aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale – comme Leo Löwenthal et Erich Fromm –, dans les deux cas, la culture, les intérêts et le style de pensée qui caractérisaient ces figures étaient ceux du judaïsme allemand. C’était aussi vrai pour ceux qui, tel Herbert Marcuse, tentèrent dans une certaine mesure de s’intégrer à la vie culturelle et politique américaine.

Les milieux communistes et trotskystes Ce n’est que parmi les intellectuels juifs nés ou éduqués aux États-Unis que l’on peut trouver des manifestations politiques/culturelles spécifiquement américaines ainsi que la constitution d’un type intellectuel radical « juif américain ».

Ce radicalisme était en partie semblable au type européen oriental ou occidental, mais des diffé- 9. Alan Wald, Trinity of Passion: The Literary Left and the

rences significatives (peut-être évidentes) prévalaient. Alors que les Juifs radicaux avaient eu un poids culturel beaucoup plus important aux États-Unis qu’en Europe orientale, il y eut bien moins d’éminents leaders politiques révolutionnaires issus des milieux juifs américains que des milieux juifs dont l’héritage venait d’Europe orientale. La comparaison avec l’Europe centrale est encore plus frappante : la culture juive romantique/messianique/révolutionnaire de la Mitteleuropa eut très peu d’équivalents parmi les radicaux juifs-américains.

La culture yiddish, ou l’histoire juive, a pu être une source d’inspiration pour un grand nombre de juifs américains radicaux, mais la religion ou le messianisme a très rarement joué un tel rôle.

Dans un article de février 1930, « La religion et la bonne vie », Felix Morrow prétendait que l’élément dynamique du judaïsme se caractérisait comme une tradition éthique plus que comme une religion et sur ce point il parlait sans doute pour de nombreux intellectuels juifs radicaux de sa génération10. L’article de Morrow parut dans le Menorah Journal, un remarquable journal juif fondé dans les années 1920 qui attira un groupe brillant d’intellectuels de gauche : Elliot Cohen, Lionel Trilling, Herbert Solow, Felix Morrow (Mayorwitz), Clifton Fadiman, et Tess Slesinger.

La plupart de ces écrivains, dotés d’une sensibilité cosmopolite, devinrent communistes ou trotskystes dans les années trente.

Avec Philipp Rahv (Ivan Greenberg) et William Phillips (Litvinsky), quelques-uns des Juifs radicaux de Menorah Journal créèrent à leur tour Partisan review, qui se rapprocha de plus en plus de Léon Trotski à la fin des années 10. Cité par A. Wald, The New York Intellectuals: The Rise and Decline of the Anti-Stalinist Left from the 1930s to the trente. Les membres de ce groupe, ceux qu’on appelle les New York intellectuals, étaient peutêtre les plus « européens » des Juifs américains radicaux à cause de leur admiration pour les grands écrivains européens modernistes : Marcel Proust, Franz Kafka et même T.S. Eliott.

Alors que la religion juive avait rarement de l’importance dans leurs vies, les juifs-américains radicaux, en particulier (mais pas seulement) ceux qui gravitaient autour du journal communiste New masses, manifestaient une certaine tendance romantique assez proche de celle de la communauté juive allemande historique. Un exemple évident en est l’écrivain communiste Michael Gold, dont, selon Wald, le meilleur livre présentait un « mélange éblouissant d’ouvriérisme, de bohémianisme (et) de romantisme ». À la différence d’autres communistes juifs, qui étaient souvent des « Juifs non-juifs » selon le type identifié par Isaac Deutscher, Gold était profondément immergé dans la culture juive (yiddish). Son célèbre roman, Jews without Money (1932), reflète directement son engagement romantique/populiste en faveur de cette communauté. Le critique social et culturel Lewis Mumford, qui rencontra le jeune Gold avant la Première Guerre mondiale, se souvenait des années plus tard qu’il était « un jeune homme passionné, intelligent et véhément (…) un romantique et un anarchiste, plus proche de Rousseau et de Stirner que de Marx ». Mais même après sa conversion au communisme, la composante romantique resta vivante, par exemple dans le soutien enthousiaste de Michael Gold à un poète américain parfaitement romantique, Walt Whitman, à qui il dédicaça son « Ode à Walt Whitman »11 en 1935. Il y avait aussi des moments messianiques dans les textes de Gold.

L’un d’entre eux est une référence tendre, mais ironique à des espoirs enfantins : brutalisé par un gang antisémite, un garçon juif rêve du Messie comme une sorte de Buffalo Bill, chevauchant un cheval blanc et utilisant son fusil pour vaincre les ennemis des Juifs ! La formulation la plus importante du messianisme sécularisé de Gold apparaissait cependant en conclusion de la première édition de Jews without Money (ce passage fut supprimé dans les éditions postérieures) : « O Révolution du travailleur, tu m’as apporté l’espoir, à moi, garçon solitaire et suicidaire. Tu es le vrai Messie. Quand tu viendras, tu détruiras l’East Side12 et tu y bâtiras un jardin pour l’esprit humain. »13 L’antifascisme, l’engagement en faveur de la République espagnole et le lien avec des partis socialistes, communistes ou trotskystes étaient communs à la plupart des Juifs radicaux européens et américains. Ils étaient aussi liés par toute une gamme de techniques littéraires allant du réalisme socialiste à de l’expérimentation moderniste, parfois combinés de façon créative.

Ce qui différenciait le plus les Américains de leurs homologues européens était la primauté des intellectuels littéraires parmi les Juifs radicaux – ainsi que leur concentration sur des thèmes américains comme la race par exemple.

La primauté des intellectuels littéraires Mike Gold n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’étonnante importance du groupe des écri- 12. L’East Side (le lower East Side) est un quartier de New York, principalement peuplé – ou plutôt surpeuplé – au début du XXe siècle d’immigrants juifs venus d’Europe orientale, qui travaillaient pour des salaires de misère dans des ateliers surnommés sweatshops (boutiques à sueur). C’est là que se développa la culture yiddish new-yorkaise. Cf Irwing Howe, Le monde de nos pères, trad. C. Bloc-Rodot et H. Michaud, Paris, Michalon, 1997.( NdT) vains radicaux juifs-américains. Alors qu’il y avait moins de leaders politiques radicaux aux États-Unis qu’en Europe orientale – à l’exception de petits groupes trotskystes où de très nombreux Juifs jouèrent un grand rôle (Max Shachtman, George Breitman, George Novack, Albert Glotzer, Albert Goldman, Martin Abern et de nombreux autres) – la plupart des Juifsaméricains radicaux appartenaient au domaine de la culture littéraire et artistique. Cependant, à la différence de l’Europe centrale, il y avait peu de philosophes parmi eux, à l’exception de Sydney Hook.

Parmi les écrivains juifs-américains talentueux se trouvaient Nelson Algren (Nelson Abraham), Ben Barzman, Alvah Bessie, Vera Caspary, Guy Endore (Samuel Goldstein), Howard Fast, Kenneth Fearing, Michael Gold (Irwin Granich), Lilian Hellman, Norman Mailer, Arthur Miller, Clifford Odets (Gorodetsky), Tillie Olsen (Lerner), Dorothy Parker (Dorothy Rothschild), Abraham Polonsky, Muriel Rukeyser, John Sanford (Julian Shapiro), Irwin Shaw (Irwin Shamforoff ), Budd Shulberg, Jo Sinclair (Ruth Seid), Tess Slesinger, Nathaniel West (Nathan Weinstein) et d’autres encore14. Il n’y a pas de liste équivalente d’écrivains juifs radicaux dans aucun pays européen.

À la différence de la plupart de leurs homologues européens, un grand nombre de ces auteurs étaient désireux de participer à la culture populaire, en écrivant des romans policiers, des romans de gare ou des scénarios de films. La pré- 14. Comme par exemple, Nathan Asch (le fils de Sholem Asch), Maxwell Bodenheim, Stanley Burnshaw (Bodenheimer), Edward Dahlberg, Daniel Fuchs, Albert Halper, Walter Lowenfels, Carl Rakosi, George Oppen, Edwin Rolfe (Solomon Fishman), Henry Roth, Leane Zugsmisth, and Louis Zukofsky. Les noms juifs entre parenthèses sont ceux

sence impressionnante de Juifs radicaux, scénaristes et réalisateurs de films à Hollywood, est un chapitre en soi sans équivalent en Europe. Six des Hollywood Ten (les Dix d’Hollywood) persécutés par le maccarthysme en 1950 – tous de talentueux scénaristes – étaient juifs : Alva Bessie, Herbert Biberman, Lester Cole (né Lester Cohn), John Howard Lawson (Levy), Albert Maltz, et Samuel Ornitz15.

Les thèmes américains Les écrivains et les artistes n’étaient pas les seuls Juifs attirés par des mouvements radicaux, il faut y insister. En 1939, environ 40 % des membres du Parti communiste étaient juifs, et l’on trouverait sans doute un pourcentage analogue pour les petits groupes trotskystes. Il n’empêche que le champ de la production culturelle dans lequel les juifs-américains radicaux prospéraient se différenciait encore plus de la scène européenne par la présence de thèmes spécifiquement américains qui déterminaient leur travail. Parmi les thèmes prédominants, on trouvait certains héros américains, des traditions américaines positives ou au contraire la résistance à l’injustice sociale dans l’histoire américaine, comme l’extermination des Indiens et surtout l’oppression des Afro-américains par l’esclavage et le racisme.

Noam Chomsky est un exemple frappant de la réception positive des traditions américaines par des Juifs radicaux. Il présente son anarchisme, ou son socialisme libertaire, comme un prolongement actuel du libéralisme classique et de la démocratie jeffersonnienne. Comme de nombreux autres juifs-américains radicaux, Chomsky se définit lui-même comme un fils des Lumières opposé à toutes les formes de « croyances irra tionnelles »16. Il affirme qu’un fil rouge important et visible mène du rationalisme cartésien et des Lumières (Emmanuel Kant, Alexander Humboldt et même Adam Smith) aux idées anarchistes qu’il adopte17. Mais il insiste surtout – et cela est moins évident – sur le fait que la critique de l’État est « aussi américaine que l’apple pie (la tarte aux pommes) » : un grand nombre de représentants de la « vieille tradition américaine », comme Thomas Jefferson, ont dénoncé le « pouvoir coercitif de l’État » et ce n’est pas un hasard si des penseurs anarchistes ont souvent répondu favorablement à l’expérience américaine et à l’idée jeffersonnienne de la démocratie18.

Certains Juifs radicaux choisirent un autre groupe de héros : les Afro-américains rebelles.

L’antiracisme, mais aussi une identification passionnée aux souffrances et à la lutte des Afro-américains, ont longtemps été une forte composante de la culture radicale juive-américaine. L’une des raisons en était certainement l’association entre racisme anti-noir et l’antisémitisme, entre le lynchage des Afro-américains et les pogroms contre les Juifs en Europe (et les atrocités nazies antijuives). Mais aussi, comme 16. Noam Chomsky, Chronicles of Dissent: Interviews with David Barsamian, Monroe, ME: Common Courage Press, 1992, p. 118.

Son opposition à « toutes les formes de croyances irrationnelles » n’a pas empêché Chomsky de préfacer, au nom du droit à la liberté d’expression, le livre de Robert Faurisson Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent de falsi- ¿HUO¶KLVWRLUH/DTXHVWLRQGHVFKDPEUHVjJD] (La Vieille Taupe, 1980), tout en prétendant ne pas l’avoir lu. Sur Faurisson et Chomsky, cf. Pierre Vidal-Naquet, Les assassins de la mémoire. Un « Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme, Paris, Éditions La Découverte, 1987, pp. 93-103 (NDLR).

Alan Wald le fait justement remarquer, « l’idée que le racisme anti-noir était le symptôme d’un ordre économique capitaliste inégalitaire, dangereux pour les Juifs et pour les autres groupes opprimés », fut renforcée dans le sillage de la grande Dépression19. Certes les Juifs n’avaient pas le monopole de l’antiracisme américain : l’internationalisme et la solidarité avec les opprimés étaient en général des éléments clefs de la culture de gauche. Mais l’histoire des Juifs en tant que minorité persécutée contribua à renforcer cette empathie, ce qui conduisit de nombreux Juifs radicaux à écrire des romans dont les héros étaient des rebelles afro-américains. Cette empathie n’était d’ailleurs pas unilatérale, mais bien réciproque : un grand nombre d’afro-américains radicaux de premier plan, comme W.E.B. Du Bois et Paul Robeson, ne se contentaient pas de dénoncer l’antisémitisme, ils manifestaient aussi une sympathie active envers la minorité juive.

Comme l’écrit Nicole Lapierre dans son livre sur les combats communs menés par les Noirs et les Juifs dans le monde, l’empathie n’était pas de la compassion humanitaire, mais de la solidarité basée sur le respect et la réciprocité20.

Alors que certains écrivains, comme Guy Endore, célébraient les révoltes d’esclaves dans leurs romans (Babouk, 1934), d’autres, comme John Sanford, faisaient l’éloge de la revanche antiraciste d’un personnage féminin afro-américain (People from Heaven, 1943). Il est intéressant de noter que ces deux romans ont été cri- 19. A. Wald, Trinity of Passion, op.cit., p. 185.

Le représentant le plus archétypique de l’intelligentsia radicale juive-américaine était peutêtre l’écrivain Howard Fast, dont les livres présentent toutes les particularités non-européennes que j’ai mentionnées. Membre du Parti communiste de 1943 à 1956, mis sur liste noire, persécuté par l’HUAC (House Un-American Activies Committee) et emprisonné, il est l’auteur de nombreux romans très populaires, dont certains (comme Spartacus) furent adaptés au cinéma.

Howard Fast écrivit trois livres sur la période de la guerre révolutionnaire américaine : Conceived in Liberty (1939), The Unvanquished (1942), et Citizen Tom Paine (1943). Il rendit aussi hommage à la lutte des Indiens américains dans The Last Frontier (1941), qui traite de la tentative des Cheyennes de revenir dans leur pays natal, ainsi qu’à la lutte des Afro-américains contre le racisme au XIXe siècle dans Freedom Road (1944), préfacé par W. E. B. Du Bois. Freedom Road devint un succès mondial; on a dit que c’était l’un des livres les plus réédités et lus du XXe siècle22. Fondé sur une histoire vraie, il décrit la vie de Gideon Jackson, leader d’un groupe d’anciens esclaves pendant la Reconstruction23.

Leurs familles ayant été abandonnées par le gouvernement fédéral, Jackson et ses amis prirent les armes pour les défendre contre le Ku Klux Klan, 21. A. Wald, Writing from the Left: New Essays on Radi- cal Culture and Politics, London: Verso, 1994, p. 178-186 & 199-211.

mais ils furent vaincus et assassinés. Freedom Road correspond parfaitement à l’empathie spécifique des juifs-américains radicaux pour le calvaire des Afro-américains. Les nouvelles qui parvenaient d’Auschwitz affectèrent Fast dans l’écriture de ce livre antiraciste : « des rapports sur la destruction des Juifs commençaient à filtrer hors d’Allemagne. Toutes les notes que j’avais prises, tout ce que j’avais pensé pour un roman sur la Reconstruction, se télescopaient – et tous les moments que je pouvais voler à mon emploi à l’OWI (2I¿FHRI:DU,QIRUPDWLRQ) étaient consacrés à écrire le nouveau livre »24.

À l’instar des romans de Guy Endore et de John Sanford, le Freedom Road de Fast célèbre la prise d’armes et la lutte pour la liberté d’anciens esclaves contre le racisme des Blancs. Avec ces idées de l’autodéfense et de la lutte armée des Afro-américains, ces auteurs étaient en désaccord avec la ligne du Parti communiste qui n’a jamais défendu une politique aussi radicale que ce soit en 1934 (date de la publication de Babouk), en 1943 (The People from Heaven) et encore moins en 1944 (Freedom road), quand le CPUSA (Communist Party of the USA), dirigé par Earl Browder, fut officiellement dissous au nom de l’ » unité nationale » pendant la guerre. Ce n’est pas la ligne d’un 24. Howard Fast, Being Red: A Memoir , New York: Laurel Trade, 1990, p. 75. Fast écrivit aussi un roman sur l’histoire juive, Our Beloved Brothers (1948), à propos de la révolte des Maccabées. Il est loin d’être son meilleur roman, mais il est devenu très populaire parmi les sionistes. parti, mais de forts sentiments antiracistes ainsi qu’une profonde identification avec le destin des Afro-américains qui alimentèrent ces singulières explorations littéraires juives-américaines25.

Loin d’avoir été partout et toujours les mêmes, les cultures politiques des intellectuels juifs radicaux, varient de façon significative en fonction des générations et des différents contextes européens et américains qui leur ont donné naissance.

L’approche comparative que j’ai adoptée, prenant en ligne de compte des développements historiques, des dimensions culturelles et des conditions sociopolitiques, peut nous aider à comprendre, dans une certaine mesure au moins, ces particularités. Comme on pouvait s’y attendre, de nombreuses questions restent non résolues.

Comment et pourquoi tant d’intellectuels juifsaméricains sont-ils devenus radicaux (jusqu’au milieu du XXe siècle au moins et, dans une certaine mesure, aujourd’hui encore) alors qu’aucun parti radical de masse, aucun parti socialiste ou communiste de masse, du type de ceux qui ont prospéré en Europe – orientale, centrale et occidentale dans une certaine mesure (France) – n’existait aux États-Unis ? Je n’ai pas de réponse. (Traduit de l’anglais par Martine Leibovici)


  1. J’appelle « radicaux » ces intellectuels et militants de gauche qui veulent aller jusqu’à la « racine » de ce qu’ils perçoivent des maux de la société actuelle, qui veulent, en d’autres termes, supprimer le système capitaliste et/ou l’État.
  2. La Hollande est l’un des exemples les plus clairs de l’intégration des Juifs dans la société bourgeoise. Il y avait peu d’intellectuels juifs radicaux : Abraham Soep, qui était actif dans le mouvement socialiste aux Pays-Bas et devint plus tard l’un des fondateurs du Parti communiste belge ; Saul (« Paul ») De Groot, l’indiscutable leader du Parti communiste hollandais pendant des décennies ; parmi les trotskystes, Sal Santen, qui Normale ; Léon Blum, Premier ministre du Front populaire (1936) ; ou Victor Basch, le président de la Ligue des Droits de l’Homme (assassiné par la milice en 1944). De tels personnages étaient des rationalistes libéraux, des hommes des Lumières, sans aucun penchant pour le romantisme ou pour les utopies romantiques/révolutionnaires. L’historien Marc Bloch venait d’un même milieu, mais il rejoignit un mouvement de résistance d’orientation communiste pendant la Seconde Guerre mondiale ; il fut arrêté et fusillé par les nazis.
  3. Dans une sphère culturelle différente, on peut mentionner les fameux photographes de gauche Robert Capa (Endre Friedmann, Budapest), Chim (David Szymin, Warshaw) surréaliste, issue d’une vieille famille juive française. Lesbienne, vivant avec sa demi-sœur, Cahun commença comme écrivain symboliste, mais développa bientôt des idées radicales et des sympathies trotskystes. En 1934, elle fut la première à formuler une conception surréaliste des relations entre poésie et politique, et devint pendant les années 1940, l’organisatrice centrale de la résistance antinazie sur l’île de Jersey.
  4. A. Wald, Exiles from a Future Time : The Forging of the Mid-Twentieth Century Literary Left, Chapel Hill & London:
  5. Robert F. Barsky, Noam Chomsky: A Life of Dissent, Cambridge, MA, and London: The MIT Press, 1997, p. 137.
  6. Nicole Lapierre, Causes Communes : Des Juifs et des Noirs, Paris: Stock, 2011, p. 300. Sur les liens qui unissaient fortement les Juifs et les radicaux afro-américains aux Etats- Unis, voir A. Wald, « Jewish American Writers on the Left”, in The Cambridge Companion to Jewish American Litera- tiqués par les porte-parole du Parti communiste qui les accusaient de gauchisme et d’être influencés par le nationalisme noir21.
  7. A. Wald, Trinity of Passion, op.cit., p. 193-194.
  8. La Reconstruction aux États-Unis désigne la période qui a suivi la guerre de Sécession (1963-1877), marquée par la destruction du système esclavagiste et l’échec de l’intégration
  9. Dans les limites de cet article, nous ne pouvons pas traiter des Juifs radicaux dans la Nouvelle Gauche et dans les années 2000.
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