La notion de politique joue un rôle important chez Buber1 d’autant plus qu’on connaît sa biographie. Il est né dans la Vienne fin de siècle (1878) et a été élevé en Galicie à Lemberg. Après avoir étudié à Vienne, Leipzig, Berlin, Zurich puis de nouveau Vienne, où il soutient sa thèse sur Jacob Boehme et Nicolas de Cues en 1904, Buber a passé un an à Florence puis à Berlin (1906-1916).

Il s’installe en Hesse du Sud à Heppenheim jusqu’à son départ pour la Palestine (1938) où il enseignera à l’université hébraïque de Jérusalem qu’il a contribué à créer par son écrit programmatique de 1902 (avec Weizmann et Feiwel). Il fut donc non seulement un sujet de l’Empereur, mais aussi un citoyen de la République de Weimar.

Durant le nazisme, il sera surveillé et discriminé comme sa communauté auprès de laquelle il a voulu rester. Il vit ensuite à Jérusalem où il a assisté à la genèse de l’État d’Israël dont il fut une des consciences jusqu’à sa mort en 1965.

Buber vit s’effondrer quatre empires, fut témoin de deux guerres mondiales, fut contemporain de la Shoah et spectateur engagé des premières années de l’État, à commencer par la guerre « de libération » de 1948. Outre ses ouvrages sur le Hassidisme, son livre philosophique majeur, Je et Tu (1923), ses travaux sur la Bible qu’il traduit avec Franz Rosenzweig (1925- 1929), il est célèbre pour son engagement inlassable pour le respect de la population arabe de Palestine dont il partagea la vie quelques années lorsqu’il habita à Abou Tor2.

Nul doute qu’il fut marqué – comme beaucoup de Juifs de sa génération — par l’expérience de l’Empire austro-hongrois qui fut assez favorable aux Juifs. Bien sûr, les communautés de Galicie ne peuvent se comparer avec elles de Vienne et de Budapest, mais le vivre ensemble fut cependant la règle. À Lemberg où il habita de l’âge de trois à quinze ans, il rencontra jusque dans son lycée (polonais) la diversité des langues, des religions et des cultures. Outre les descriptions célèbres de Shai Agnon, Alfred Döblin et Joseph Roth, on oublie souvent celle de Léopold de Sacher Masoch aujourd’hui connu pour d’autres habitudes, qui, en tant que fils du directeur de la police de la ville de Lemberg, connaissait admirablement les milieux juifs qu’il décrit avec affection et sensibilité. Il était lui-même de vieille « souche » catholique.

Après le divorce de ses parents, Buber alla à Lemberg chez son grand-père, immense érudit en science juive, homme d’affaires avisé et correspondant de l’Alliance Israélite Universelle (AIU). Dans cette ville, les Juifs sont pris dans le creuset des différents nationalismes (austrohongrois, allemand, ukrainien, russe, polonais, etc.). De même son grand-père était à égale distance des maskilim (partisans de la « Haskala », des « Lumières » juives), des orthodoxes et des sionistes, ce que le jeune Buber voyait quotidiennement.

MARTIN BUBER ET LA POLITIQUE Dominique Bourel

C’est en 1898 à Leipzig que Buber crée la première association locale sioniste. Il participe ensuite au troisième (1899) et au cinquième (1901) congrès sioniste. Il crée avec Haim Weizmann et quelques amis une fraction démocratique à l’intérieur du mouvement, prônant un sionisme culturel et humaniste peu intéressé par la volonté de Herzl qui attend de la diplomatie et de ses rencontres avec les grands de ce monde qu’on lui offre une patrie pour les Juifs, si possible la Palestine. Buber est déjà un excellent orateur et possède une plume alerte. Il cofonde une maison d’édition pour les juifs et prépare avec Haim Weizmann, en 1902, un plan pour l’université hébraïque à Jérusalem Sa première véritable initiation politique, dont il gardera la trace toute sa vie, fut sa rencontre avec Gustav Landauer (1870-1919). Grâce aux travaux de Michael Löwy, on connaît assez bien cette figure assassinée durant la révolution avortée de novembre, et dont on édite actuellement en Allemagne les œuvres complètes. Buber avait été à Munich pour s’entretenir avec les artisans de cette révolution qui se terminera dans le sang ; y compris celui de Landauer. Ce dernier n’est pas seulement un anarchiste3, mais aussi un traducteur de Shakespeare et un grand lecteur de Maître Eckhart. Buber fut son légataire testamentaire. Il édita quelques volumes de son œuvre notamment une partie de sa correspondance et pendant dix ans se consacra à faire publier les textes de son ami. Son opuscule Révolution4 fut commandé par Buber pour sa série « La société », collection d’une quarantaine de monographies que Buber dirigea entre 1906 et 1912. Au fond, cet anarchisme éclairé et spiritualiste n’a jamais 3. Amedeo Bertolo (éd), Juifs et anarchistes. Histoire d’une quitté Buber qui fit beaucoup pour que la pensée inachevée et l’action désespérée d’une révolution allemande soient connues en Europe, dans la Palestine mandataire puis en Israël. En 1911, le texte de Landauer Appel pour le socialisme marqua Buber qui participera aux réunions d’un petit groupe antiétatique de « Alliance socialiste ».

La série crânement intitulée « La Société » (Die Gesellschaft) nous rappelle que Buber fut présent au premier congrès de la société allemande de sociologie et il y eut un débat remarqué avec son fondateur et premier président, Ferdinand Tönnies, ce qui d’ailleurs donnera aussi un volume sur Les mœurs. Lorsqu’on parcourt la liste des contributeurs, on reste surpris par l’ampleur de la tâche et il est évident que cet ensemble doit être interprété comme un geste philosophico-politique.

Qu’on en juge : Le Prolétariat (W. Sombart) qui ouvre la série, suivi par La Religion (G. Simmel5), La Politique (A. Ular), La Grève (E. Bernstein), L’État (F. Oppenheimer), Le Parlement (H. von Gerlach), La Bourse (F. Glaser), Le Féminisme (E.

Key), Le Parti (C. Jentsch), Le Droit (J. Kohler), Le Mouvement ouvrier (E. Bernstein) et bien entendu Éros (L. Andreas-Salomé6)7. À vingt-sept ans, Buber est donc à la tête d’une véritable introduction générale à la société.

Un des aspects controversés de la vie de Buber fut son engagement de quelques mois dans le patriotisme germanique de l’année 1914, alors qu’il avait fait partie des cercles pacifistes.

L’homme de paix qu’était Landauer lui en fera d’ailleurs reproche. Très vite, cependant, Buber abandonnera cette position, observant que des 5. Trad. Philippe Ivernel, postface Patrick Vatier, Paris 1998 6. Trad. Henri Plard, introduction Ernst Pfeiffer, Paris 1984

Juifs tiraient sur d’autres Juifs8. En 1916, Buber déménagea « à la campagne », à Heppenheim dans l’Odenwald. Il fonde et dirige un mensuel qui jouera un rôle central dans la culture juive, Le Juif (Der Jude). Très présent dans les milieux progressistes de Francfort où il enseigne dans deux lieux stratégiques, l’université et le Lehrhaus, établissement fondé par Franz Rosenzweig conjuguant idées de beit hamidrach (« maison d’étude ») et université populaire, Buber est en contact permanent avec les cercles dirigeants de l’éphémère République de Weimar qui, lorsqu’ils sont juifs, le considèrent comme leur mentor.

Après 1933, et... une visite de la Gestapo puis une interdiction de parole vite levée, Buber anime la résistance spirituelle, sillonnant l’Allemagne pour des séminaires, des lectures, des colloques, en faveur de la formation pour adultes.

Former des formateurs : voilà qui fut, toute sa vie, sa mission – tant en Allemagne (alors qu’il fallait rejudaïser une communauté mise au ban alors même que son judaïsme se limitait à la lecture de la Bible de Luther et à l’écoute de la musique de Bach) qu’en Palestine et en Israël (où il fallait aussi en quelques mois scolariser des centaines de milliers de nouveaux immigrants).

Dans les deux cas, il conçut et dirigea des institutions dévolues à cette tâche colossale.

Mais revenons un peu en arrière.

Tenant du sionisme culturel, Buber s’est battu très tôt contre le chauvinisme importé d’Allemagne ; car si les Juifs sont majoritaires à Jérusalem, il n’en est pas de même dans le pays.

Ainsi le socialisme des kibboutz qui doit tant à la 8. Rappelons qu’en 1916, le ministère de la Guerre allemand fit faire un sondage pour savoir si les Juifs n’étaient pas des embusqués. Le résultat démontrant l’inverse, on n’en fit pas de publicité : sur 120 000 combattants juifs, 12 000 sont morts pensée de Buber, et où on lit beaucoup de Landauer, doit-il veiller ne pas spolier les Arabes, l’idée étant qu’il y a de la place pour tout le monde. Mais les puissances occidentales négocient, mentent et s’adjugent des régions qui ne leur appartiennent pas. Les accords (secrets) Sykes-Picot, en 1916, précèdent d’un an la déclaration Balfour, la même semaine que la révolution russe en novembre 1917.

La fin de la guerre va modifier les alliances et le sionisme va évoluer. Rappelons que Herzl est mort en 1904. Buber est devenu le chef de file d’une nouvelle génération dévolue à une autre conception du sionisme. À Stefan Zweig, qui redoute que le nationalisme juif ne soit qu’une pâle imitation des nationalismes qui commencent à ravager l’Europe, il répond le 4 février 1918 : « Je veux simplement vous dire aujourd’hui que j’ignore tout d’un “État juif” avec canons, drapeaux et médailles », même sous forme de rêve. Ce qui surviendra dépend uniquement de ceux qui créeront cet État ; c’est pourquoi des gens qui partagent mes idées sur l’homme et l’humanité doivent jouer un rôle déterminant maintenant qu’il est donné à nouveau à des hommes de fonder une communauté. Concernant le peuple nouveau appelé à naître d’une ancienne lignée, je ne peux prendre en considération vos déductions fondées sur l’Histoire.9 » Buber et ses amis seront immédiatement dans l’opposition au mainstream qui cherche à créer une majorité juive en Palestine. Au fidèle Shmuel Hugo Bergmann qui vient de Prague, il écrit : 9. Martin Buber à Stefan Zweig 4 février 1918. Tous les textes cités dans cet article sont empruntés à deux anthologies remarquables : Martin Buber, Une terre et deux peuples, textes réunis et présentés par Paul Mendes-Flohr, trad. Dominique Miermont et Brigitte Vergne, Paris 1985. On trouvera

« Nous ne devons pas nous cacher que la plupart des sionistes à la tête du mouvement (et sans doute aussi la plupart de ceux qui le suivent) sont aujourd’hui des nationalistes effrénés (sur le modèle européen), des impérialistes, voire des gens qui, sans même le savoir, sont des esprits mercantiles assoiffés de réussite. Ils parlent de renaissance et pensent en termes d’entreprise. Si nous ne parvenons pas à leur opposer une force qui fasse autorité, l’âme de notre mouvement sera peut-être à jamais corrompue » (3/4 février 1919).

Certes, l’accord Faycal-Weizmann du 3 janvier 1919 pourra faire illusion, mais elle sera de courte durée et surviennent les premiers pogroms en Palestine les 4 et 5 avril 1920. Les grandes puissances sont incapables de réaliser une paix véritable. Elles feront encore pire au Moyen- Orient. « Le principe de l’État centralisateur s’est révélé incapable de restructurer l’Orient et l’Europe et il échoue tout autant dans l’instauration d’une nouvelle société. C’est le principe du socialisme fédératif qui est appelé à rénover la société et c’est lui seul qui peut réussir à régénérer les relations entre les peuples et, en particulier, entre l’Europe et l’Asie. » Et de livrer son credo dont il ne se départira pas : « Seuls des systèmes communautaires décentralisés et composés de travailleurs autonomes peuvent s’unir pour former une véritable Société des Nations qui pourra tendre la main à l’Orient ; et l’Orient répondra par une poignée de main fraternelle, car une telle Société des Nations n’aura plus la volonté de faire violence à quiconque ».

C’est au XIIe congrès sioniste (tenu à Karlsbad) en 1921 que Buber souhaite porter un coup décisif pour faire passer ces idées, avec une « Pour un peuple, l’affirmation de soi est un instinct aux effets créateurs ; pour une nation, elle est indissolublement liée à une mission, à une idée ; pour le nationalisme, elle devient un but, un programme ». Ainsi la nation ne saurait être un but en soi, et il faut trancher entre deux nationalismes, un légitime et un illégitime.

Certes le judaïsme est une nation, mais il est bien plus, il est un peuple ainsi qu’une structure religieuse qui doit aider à établir une communauté juive en Palestine. Changer de nation, changer de judaïsme, pour changer les hommes et les femmes afin de promouvoir une exigence éthique supranationale, voilà le but. Il est donc chargé d’une proposition pour le règlement du problème arabe. Bien qu’il déplore le temps perdu (la déclaration Balfour date de 1917), Buber sait qu’il n’y a plus un moment à perdre malgré les affrontements violents en Palestine : « Notre retour en Eretz-Israël, qui doit s’effectuer sous la forme d’une immigration sans cesse croissante, ne veut porter préjudice à personne. En alliance avec le peuple arabe, nous voulons créer sur cette terre que nous partageons une communauté économique et culturelle florissante, et dont le développement permette à chacun de ses membres de devenir autonome et de s’épanouir sans entraves ». Cette résolution rencontrera une telle opposition que les bureaux l’amenderont considérablement au grand dam de Buber. Mais il a compris que les politiciens avaient la haute main sur les congrès sionistes.

Lors de l’inauguration de l’université hébraïque (1er mai 1925) les arabisants invités, souvent des Allemands qui seront l’ossature du département orientaliste de la nouvelle institution se réunissent chez Arthur Ruppin (1876-

Ils créent une association dont le nom sera très connu, le Brit Schalom, cette alliance pour la paix qui rassemblera une grande partie de l’émigration intellectuelle d’Europe centrale et occidentale.

On y retrouve Gershom Scholem, Ernst Simon, Shmuel Hugo Bergmann, Hans Kohn, Robert et Felix Weltsch et bien sûr Judah L. Magnes, charismatique rabbin américain qui sera chancelier puis président de l’université hébraïque, tout ce monde est docteur et constituera le corps des futurs professeurs. On notera une forte présence de juifs venus de Prague au milieu d’un empire multiethnique, comme si le bilinguisme prédisposait au binationalisme !

L’objet de l’association est clair : « parvenir à la compréhension entre les Juifs et les Arabes, organiser leurs relations mutuelles en Palestine sur la base d’une absolue égalité politique entre les deux peuples culturellement autonomes, et déterminer le cadre de leur coopération pour le développement du pays ». Suit une série de propositions afin de modifier l’opinion publique, et surtout de l’informer d’une réalité que bien des Juifs allemands ignorent. Il y a toujours une différence démographique énorme, 75 000 Juifs pour une population de 750 000 Arabes ! Pourtant il faut faire vite, car cette même année est créé par Vladimir Jabotinsky un sionisme « révisionniste » nationaliste, chauvin, musclé et dévastateur. Il jouera longtemps et joue encore un rôle capital dans la vie politique des juifs surtout en Israël. Buber voyage en Palestine en 1927, écoute beaucoup, consulte encore plus et prépare son départ pour Jérusalem où il reviendra avant de s’y installer définitivement à la fin du mois de mars 1938.

Entre-temps les massacres d’Hébron et de Safed puis les événements du Mur des Lamentations sente sa solution d’un état binational sur lequel on daube aujourd’hui oubliant simplement qu’il a été pensé alors que les Juifs étaient en minorité en Palestine. « Quand nous parlons de colonisation, nous ne pensons pas à étendre notre puissance, mais à nous rassembler ; nous ne pensons même pas à acquérir de la puissance ». Et de réaffirmer : « Notre relation avec les Arabes devrait s’établir de manière positive dans tous les domaines.

Sur le plan économique, nous devrions fonder une solidarité d’intérêt concrète au lieu de donner des assurances à une solidarité d’intérêts existante, comme cela a toujours été le cas ; partout, à tous les moments où des décisions d’ordre économique sont à prendre, nous devrions tenir compte des intérêts du peuple arabe. Cela n’a pas suffisamment été fait. Quiconque connaît la situation sait que beaucoup d’occasions ont été perdues ».

Les membres du Brit Schalom vont chacun prendre leur liberté et Hans Kohn va même quitter la Palestine pour faire une grande carrière aux USA.

Une longue célèbre lettre à Gandhi en 1938 permet à Buber de rassembler ses arguments pour défendre la présence juive en Palestine.

Buber ne désarme pas et crée en octobre 1939 une ligue pour la compréhension et la collaboration entre les Juifs et les Arabes. Celle-ci publie entre 1940 et 1942 une revue en hébreu Be’ayot ha-Yom, (problèmes du jour), qui deviendra ensuite Be’ayot ha-Zman (problèmes de notre temps). Au fur et à mesure, Buber intervient aussi en anglais, en hébreu. Entre-temps, commence la mise en place de la solution finale et la conférence de l’hôtel Biltmore de New York prévoit la création d’un État juif, réponse à la possibilité de création d’un État arabe prévue dans le livre blanc de 1939. Buber crée alors l’Ihoud (Union)

refuge pour les Juifs. Il s’agit toujours, restant bien entendu à l’intérieur du mouvement sioniste, « d’élaborer en Palestine une forme de gouvernement sur la base des droits politiques égaux pour les deux peuples ». C’est donc vers une fédération d’États souverains qu’il faut s’orienter, et la relier avec l’union anglo-américaine. La révélation de la Shoah va précipiter les événements. Il vient même parler devant la commission anglo-américaine en mars 1946 qui avait déjà entendu Einstein aux USA. Pour Buber il ne faut absolument pas de séparation entre les deux communautés. La commission semble d’ailleurs d’accord avec lui.

C’est bien le binationalisme qui est la solution.

Entre temps, le King David explose, le pays est à feu et à sang, c’est la guerre civile et l’opposition aux Anglais. Buber publie avec son groupe Vers l’union en Palestine. Essais sur le sionisme et la coopération judéo-arabe en anglais en 1947. On connaît la suite : Plan de partage, déclaration unilatérale de l’État d’Israël puis… la guerre soldée par une victoire. Mais Buber ne relâchera pas son attention et la pression sur le gouvernement, ce qui emplira Ben Gourion de respect ! « Je crains qu’une victoire des Juifs ne signifie la défaite du sionisme », dit-il en 1948 ! Bernadotte est assassiné en septembre 1948. En avril 1949, Buber crée une nouvelle revue Ner, et remet l’ouvrage sur le métier avec une constance admirable. Il exerce aussi une influence grandissante sur certains kibboutz, fondés par ses élèves et par le séminaire de formation permanente dont il rêvait depuis longtemps.

En 1954, dans un journal israélien il constate : « Notre principale erreur a été que nous ne nous sommes pas efforcés, dès notre arrivée ici, de faire naître la confiance dans le cœur des Arabes, aussi bien sur le plan politique qu’économique Nous avons contribué à renétrangers, des gens de l’extérieur qui ne s’intéressaient pas à un accord avec les Arabes.

Ceci a préparé la voie à tous les conflits ultérieurs ».

Désormais le problème des réfugiés et les confiscations de terres vont être au centre de ses prises de parole et il deviendra une sorte de conscience du jeune État, intervenant lors des massacres de Deir Yassin, Kfar Kassem, remettant en cause l’administration militaire, le procès Eichmann.

Mais Buber sait bien que, depuis les années vingt, il y a avait très peu de réponse du côté des Arabes. Certains furent même assassinés pour avoir rencontré régulièrement des Israéliens.

En 1950 il rassemble sa position politique dans Utopie et socialisme10. En 1960, il participe à Paris à une rencontre destinée à alerter l’opinion publique internationale sur les juifs d’URSS avant de rallier Florence où il va dialoguer, dans le cadre des rencontres de la Méditerranée organisées par Giorgio La Pira, charismatique maire de la cité, avec des intellectuels arabes. Ainsi parti d’une réflexion politique à l’intérieur du judaïsme, il est venu à la politique internationale où sa voix a été très entendue comme en témoignent ses rencontres avec Dag Hammarskjöld, secrétaire général de l’ONU, abattu en vol alors qu’il traduisait Je et Tu en suédois afin de faire attribuer le prix Nobel à Buber.

Aujourd’hui sur les murs de l’université hébraïque ou sur des tracts politiques, des citations rappellent cet engagement et cette utopie.

Auteur, à ce jour, de dix romans, de quatre recueils de nouvelles et de cinq pièces de théâtre, Avraham B. Yehoshua est aussi ce que l’on appelle communément un « intellectuel engagé »

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