Qu’est-ce qu’un intellectuel ? Quels sont son rôle dans l’espace social et son rapport au pouvoir ? Appartient-il à un groupe qui lui est propre ou émerge-t-il, de manière isolée, au sein de groupes divers aux intérêts desquels il adhère ?

D’Antonio Gramsci à Michel Winock, en passant par Raymond Aron et Edward Said, les penseurs ne manquent pas qui se sont interrogés sur cette figure particulière, omniprésente dans les sociétés européennes modernes, et dont l’émergence – en tout cas en tant que phénomène social et en tant qu’entité nommée – coïncide avec la progression des idées marxistes et avec l’intervention engagée, sur la scène sociale et politique, d’un nombre croissant de figures appartenant au champ du culturel. Alors que la définition de l’intellectuel et de la manière dont il s’inscrit dans la société varie d’un système de pensée à l’autre, on trouve cependant certaines constantes dans ce que recouvre la notion, entre autres caractérisée par l’établissement d’une zone intermédiaire, ni pleinement arrimée à la pensée idéologique ni

cantonnée à un art détaché de toute contingence. C’est en ce lieu de friction que le porteur du discours et de l’écriture se fait, par sa position et ses points de vue, le porte-parole d’un certain éthos politique, se manifestant ainsi comme une figure d’autorité dont le pouvoir se serait déplacé sur le plan du savoir et de l’intellect : l’écriture – et, plus largement, l’espace imprimé – deviennent alors un instrument de transmission et de diffusion qui permet à l’intellectuel d’agir sur le groupe social auquel il s’adresse, voire d’en remodeler les contours.

En ce sens, Mark Turkov1 est bien, non seulement un intellectuel, mais un intellectuel juif. Intellectuel parce qu’au croisement des sphères politico-sociale et culturelle ; juif non parce que ce qualificatif lui serait assigné de l’extérieur pas la réception, juive ou non-juive, de ses écrits, mais parce que l’ensemble de ses activités, artistiques, littéraires ou institutionnelles, s’est déroulé dans un cadre qui visait à redéfinir culturellement un judaïsme polonais dont la modernisation, la sécularisation et la migration avaient déjà profondément bouleversé les enjeux dans la première moitié du XXe siècle, et dont l’existence, dès lors ébranlée par toutes ces ruptures, a subi un nouveau type de remise en question au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Né en 1904 à Varsovie, Mark Turkov est le troisième d’une fratrie qui s’est illustrée par ses activités dans le milieu du théâtre 1. Il existe différentes variantes orthographiques de ce nom, dues à la translittération du yiddish, et donc au passage de l’alphabet hébraïque à l’alphabet latin. En alternance avec Mark Turkov, on trouvera donc égaleet qui, dans l’entre-deux-guerres, occupait une place active au sein de la vie culturelle et de l’espace public juifs polonais.

Zigmunt et Yonas Turkov, ainsi que leur frère Yitskhok – aussi connu sous le pseudonyme de Grudberg – ont tous fait carrière comme comédiens, metteurs en scène ou dramaturge. Mark Turkov est le seul qui fasse exception : bien qu’il ait étudié dans des écoles polonaises d’art dramatique et de cinéma, il ne s’est confronté à l’espace scénique que sur le papier : journaliste important de la Varsovie de l’entre-deux-guerres, il a en effet publié de nombreux articles traitant de l’activité théâtrale, opérant ainsi comme une sorte de relais intellectuel de ce qui avait lieu sur la scène culturelle et qui, à travers ses écrits, trouvait à se dire, à s’expliciter et à se mettre en pensée dans des formes qui contribuaient à instituer l’activité artistique en acte politique.

Le judaïsme polonais de Mark Turkov Ce pouvoir, celui d’agir sur la vie culturelle en l’énonçant, et donc de contribuer à former le regard que le groupe porte sur luimême, Mark Turkov a continué à en user au lendemain de la Seconde Guerre mondiale comme d’un moyen de redéfinir un judaïsme polonais que la destruction et la dispersion des communautés juives de Pologne en tant qu’entités spatiales et sociales constituées avaient rendu caduc. Installé à Buenos Aires dès 1939, directeur de la section latinoaméricaine du HIAS à partir de 1946, puis représentant du Congrès Juif Mondial pour l’Amérique latine à partir de 1954, il crée parallèlement à ses activités administra-

éditoriale ambitieusement nommée « Dos poylishe yidntum »2 [le judaïsme3 polonais] dont le but semble être de créer un espace d’écriture, d’impression et de lecture qui puisse servir de lieu d’existence alternatif aux héritiers d’une vie juive polonaise brusquement anéantie alors qu’elle était en train de se restructurer autour d’aspirations sociales, politiques et culturelles qui remettaient en question la traditionnelle organisation religieuse de la vie du groupe. La collection, créée en 1946 en collaboration avec Avrom Mitlberg – qui assurait la gestion administrative du projet tandis que l’aspect intellectuel, justement, revenait à Turkov – semble ainsi se comprendre comme une sorte de « communauté ima- 2. Sur la figure de Mark Turkov et sur la collection en général, on pourra consulter, outre le carnet Hypothèses précédemment cité, l’article de Malena Chinski, « Ilustrar la memoria: las imágenes de tapa de la colección Dos poylishe yidntum (El judaísmo polaco), Buenos Aires, 1946-1966 », in E.I.A.L., vol. 23, n. 1, 2012 ; ainsi que l’enregistrement en ligne des conférences du colloque Écritures de la destruction dans le monde judéo-polonais, qui a eu lieu au MAHJ en juin 2014, http://www.akadem.org/sommaire/colloques/ecrire-ladestruction-du-monde-judeo-polonais-1945-1960-/ 3. La notion de yidntum, qui désigne l’ensemble d’un groupe juif, est en réalité plus proche du terme de « judaïcité ». Dans ce contexte, la traduction de « poylishe yidntum » par « judaïcité polonaise » prêterait cependant à confusion puisqu’elle laisserait entendre que le terme se réfère à l’ensemble des Juifs vivant en Pologne, alors qu’il s’agit d’un groupe culturellement marqué par le judaïsme polonais, qui ne coïncide pas toujours avec les frontières politiques de la Pologne. Le terme de judéité pourrait également prêter à confusion, dans la mesure où l’usage prête à y associer des caractéristiques qui sont celles des Juifs français assimilés et qui ne recouvrent que très imparfaitement l’« être juif » qui s’exprime en yiddish. Il faut donc comprendre « judaïsme » dans son sens le plus large, non en tant que désignation exclusivement religieuse, mais en tant que terme évoquant à la fois la « civilisation, la culture, la philosophie juive » et l’« ensemble ginée » au sens que donne à ce terme Benedict Anderson, c’est-à-dire comme le lieu imaginaire de rassemblement d’individus qui se sentent appartenir à un même groupe4. La collection de Turkov, d’une certaine manière, fixe ou consolide en les énonçant les critères qui fondent la cohésion de ce groupe. Composée de cent soixantequinze volumes publiés sur une durée de vingt ans (entre 1946 et 1966), soit une moyenne de huit ouvrages par an s’échelonnant de manière irrégulière selon les années et déclinant petit à petit5, la collection rassemble des ouvrages de genres divers ainsi que des auteurs d’horizons et d’orientations politiques variés, rassemblés par la volonté de « donner une image complète et strictement détachée de tout parti du judaïsme polonais sous tous les aspects et toutes les sphères de ses activités sociales, politiques et culturelles6 ».

C’est en tout cas ce que postule Turkov, sous l’appellation neutre de « la rédaction », en exergue du tout premier volume de la collection, Malke Ovshyani dertseylt [Malke Ovshyani raconte], par ailleurs signé de sa main. Ces deux pages liminaires sont une véritable présentation des enjeux que se propose l’Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine en créant ce qui pourrait être une bibliothèque du Juif polonais en diaspora. La mission que se propose Turkov est de « rapprocher la large masse des lecteurs juifs du monde entier de tous les problèmes liés à 4. Cf. Benedict Anderson, /¶,PDJLQDLUHQDWLRQDO5pÀH[LRQV sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2006.

la vie juive de Pologne détruite », d’apporter « sa contribution à la glorieuse histoire du judaïsme polonais », et cela en évoquant à la fois l’existence actuelle des Juifs en Pologne, la mémoire des communautés disparues et les personnalités ou événements importants de l’histoire du judaïsme polonais avant sa destruction. Il s’agit, en somme, de construire par la compilation et l’ordonnancement d’œuvres diverses au sein d’une même collection un récit de soi dans lequel puisse se reconnaître le groupe des Juifs polonais.

Mais ce groupe, lui aussi, apparaît comme une forme de création intellectuelle que Mark Turkov, de par son autorité institutionnelle et éditoriale, contribue à inventer. Le « judaïsme polonais » de la collection, celui dans lequel se retrouvent ses auteurs et ses lecteurs, n’est pas si impartialement édifié que le laisse entendre la note introductive du premier volume. Dans tout dispositif éditorial enraciné dans le projet de créer une « bibliothèque », existe ce double mouvement qui consiste à s’adresser à un public particulier, sur lequel se trouvent projetées certaines attentes, et à éduquer ce public, à le former à la pensée que véhiculent les livres publiés et donc, d’une certaine manière, à pétrir les contours de ce qui le caractérise en tant que groupe. Il ne s’agit donc pas seulement pour Turkov de s’adresser à un « judaïsme polonais » déjà constitué, mais bien d’interroger un groupe dont l’existence est devenue problématique, d’en faire l’objet d’un discours et, ce faisant, d’en redéfinir les contours dans ce jeu d’échange et de miroir qui s’établit entre le directeur de collection, ses auteurs et ses lecteurs. Benedict Anderson a souligné, dans son essai sur l’imaginaire national, le rôle fondamental joué par l’imprimé dans la constitution de ces « communautés imaginées » qui se créent hors modernité, produit une forme de coïncidence temporelle qui, au lieu de faire fusionner le présent, le passé et l’avenir, comme le faisaient les sociétés rituelles, connecte des présents multiples qui se reconnaissent dans la simultanéité de leurs expériences. Le journal, en tant que denrée périssable, est lu par ses consommateurs à intervalles de temps égaux, en une cérémonie qui se répète au rythme de l’horloge et crée dans le réseau de ses lecteurs une concordance née de ce sentiment d’appartenir à un même temps. La collection, moins réglée dans sa cadence de parution que ne peuvent l’être le journal ou la revue, crée des objets moins éphémères mais non dénués d’une certaine forme de périodicité. Chaque publication appartient à un tout, qui implique la continuation de ce qui a été commencé ailleurs et l’attente de volumes à venir. À ce titre, il est significatif que l’Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine ait proposé des abonnements qui permettaient aux lecteurs de commander par avance les volumes annoncés et que, dans chaque publication, on trouve non seulement une liste des ouvrages déjà publiés mais également une annonce des livres en préparation. Par ailleurs, les préfaces sont presque toujours datées et donc empreintes d’une volonté de marquer le temps, de se mettre en relation avec un présent auquel l’ouvrage et, plus encore, la manière dont il est présenté, se veulent une réponse.

Tout cela inscrit la collection dans une forme d’interaction avec l’actualité, qui, sans se mettre au service d’une quelconque idéologie partisane, n’en oriente pas moins la définition du judaïsme polonais dans la direction que lui impulse Turkov.

Ainsi, s’il est vrai que des personnes diverses s’expriment au sein de la collection – écrivains de profession ou de hasard, historiens ou litté-

un espace de parole qui, ne serait-ce que par le choix de publier en yiddish, s’inscrit en marge des discours dominants, il n’en reste pas moins que Turkov lui-même représente un certain pouvoir. Autorité intellectuelle investie de la faculté de rendre publics les écrits d’un certain nombre d’auteurs, il occupe une position qui lui confère la possibilité de donner la parole aux autres tout en la prenant lui-même.

Ainsi, s’il est indéniable que les auteurs qu’il publie appartiennent à des horizons politiques variés, on remarque tout de même certaines récurrences et, à l’inverse, certaines absences, qui dévoilent les failles de l’ambition totalisante revendiquée par Turkov et indiquent la manière dont son autorité intellectuelle innerve la collection et oriente la représentation de l’avenir du judaïsme polonais qui s’y réinvente. L’actualité politique, si elle ne donne lieu à aucune prise de position directe de la part du directeur de collection, semble favoriser certains types de publications qui, prises dans leur contexte historique immédiat, apparaissent déjà comme une forme d’engagement. Les sympathies sionistes de Turkov, sans être ouvertement énoncées, sont assez évidentes et, dès 1948, probablement sous l’influence de la guerre d’indépendance et de la création de l’État israélien, on voit apparaître un certain nombre d’ouvrages évoquant, par le reportage ou la fiction, l’immigration des Juifs en Palestine : « Umlegale » yidn shpaltn yamen7 Des Juifs « illégaux » divisent les mers, de Sh. Izban (1948), Familye Karp8 Famille Karp du même auteur et de Di mentshn fun « Ekzodus 1947 » 7. Sh. Izban, « Umlegale » yidn shpaltn yamen, Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argentine,1948.

Les gens d’« Exodus 1947 » de Yitskhok Perlov9 en 1949. Les deux romans sont dénués de toute explication para-textuelle tandis que le reportage sur les Juifs « illégaux » tentant de rejoindre la Palestine est précédé d’une introduction, certes idéologiquement marquée, mais signée par Ruth Kliger, sans qu’intervienne une de ces notes « au lecteur », encore très fréquentes en ces premières années de parution de la collection, par lesquelles la rédaction avait coutume d’expliciter les raisons qui la poussaient à publier l’ouvrage en question.

Dans un contexte où une telle intervention risquerait de transformer la ligne éditoriale en étiquette politique, Mark Turkov délègue les paroles introductives à une voix extérieure ou laisse l’ouvrage parler de lui-même. Il ne s’exprime alors que par sa fonction structurante, par le choix qu’il fait d’intégrer le livre à l’ensemble que forme la collection, ainsi que par les jeux d’associations et de résonances qui se créent non seulement avec les autres ouvrages publiés, mais aussi avec l’actualité politique.

Dans la mesure où les parutions ne sont pas étayées par un discours éditorial qui mettrait les œuvres au service d’une idéologie institutionnelle, imposant aux lecteurs une ligne de pensée fixe, la manière dont le directeur de la collection use de sa propre parole et de son pouvoir d’infléchir la lecture des œuvres qu’il publie relève d’un positionnement intellectuel. Sujet en marge, exilé du pouvoir étatique aussi bien qu’institutionnel, l’intellectuel n’est pas, selon Edward Said, « quelqu’un dont on peut prédire les positions publiques, ni les enfermer à l’intérieur d’un slogan, de l’orthodoxie d’un parti ou d’un dogme immuable10 ». Si son statut veut qu’il se pro- 9. Yitskhok Perlov, Di mentshn fun « Ekzodus 1947 », Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argentine, 1949.

nonce devant les événements du temps, il semble ne devoir manifester d’engagement que dans la mesure où cette prise de position témoigne de sa propre responsabilité éthique, sans relation de dépendance ou de fidélité à une structure préétablie. Son rôle est de donner des événements une lecture détachée de l’emprise que peuvent exercer sur la pensée le pouvoir de l’État, des institutions ou du consensus. Il est certain que cette indépendance a ses limites : Turkov, ne serait-ce que parce qu’il s’adresse à une audience qui, potentiellement, est prête à adhérer à ses vues, ne serait-ce que parce qu’il crée sa collection sous l’égide de l’Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine et voit ses publications en grande partie financées par la Claims Conference11, n’échappe par à un certain nombre de de catégories de pensée qui, même de manière souterraine, peuvent interférer avec sa liberté d’intellectuel. Pourtant, s’il parle bien au nom d’un groupe, il s’agit d’un groupe 11. Cela a pu faire l’objet de difficultés avec certains auteurs, notamment Max Weinreich qui, dans sa correspondance avec Mark Turkov, refuse catégoriquement que la publication de son livre soit financée, totalement ou en partie, par l’argent des réparations. Dans une lettre du 30 avril 1955, il écrit : « J’ai lu aujourd’hui que votre maison d’édition avait reçu de l’argent de la part de la Claims Conference. Je ne sais s’il s’agit d’une information authentique, et si c’est le cas, je n’ai aucunement l’intention de vous dire si vous auriez dû ou pas prendre cet argent. Je suppose que vous avez bien réfléchi avant de prendre une décision, et vous avez le droit d’arriver à votre propre conclusion. Je connais plus d’une institution qui a tranché positivement et qui ne perd pas pour autant sa valeur à mes yeux. Il en serait de même pour votre maison d’édition et vous devez croire que je ne vous aurais même pas écrit à ce propos. Mais il est une chose dont je suis certain : moi-même, je ne dois en aucun cas faire usage de l’argent des réparations. … C’est pourquoi je suis contraint, à mon grand regret, de vous poser cette condition : mon livre devra paraître sans aucune aide des réparations et, par conséquent, la Claims Conference et ses fonds ne devront d’aucune être en devenir, qu’il veut constitué d’une mosaïque de points de vue : plus qu’une quelconque idéologie, le choix des auteurs qu’il publie semble indiquer une réponse, engagée mais en aucun cas définitive, à l’histoire en train de se faire. D’où une sympathie pour le sionisme qui, à l’orée des années cinquante, se manifeste par la publication des œuvres d’Izban et de Perlov mais aussi, plus généralement, par la présence au sein de la collection d’auteurs attachés à l’idée d’une renaissance nationale juive12. D’où également, en contrepoint, une critique du régime soviétique passant par des écrivains qui n’hésitent pas à remettre en question l’image bienfaisante que cherchait à se donner la Russie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Certains auteurs de la collection ont traversé les goulags : c’est le cas, par exemple, de Yisroel Emyot, qui rassemble dans Fardekte shpiglen13 Miroirs couverts plusieurs récits inspirés de son passage par les camps sibériens suite à la liquidation du comité antifasciste juif en 1948. Le témoignage d’Avrom Zak, Knekht zaynen mir geven14 Nous avons été esclaves est 12. On peut par exemple penser à Perzenlekhkeytn [Personnalités], de Nokhem Sokolov, fervent sioniste dont l’ouvrage, traduit de l’hébreu, évoque un certain nombre de personnalités ayant participé à la renaissance de la langue hébraïque ou s’étant politiquement engagé dans la cause nationale. La préface de la rédaction insiste pourtant peu sur cet aspect, soulignant plutôt que « les chapitres de ce livre constituent un véritable trésor pour l’histoire du judaïsme polonais ». Lecture et compte rendu par Daniel Kennedy.

aussi largement consacré aux goulags. On trouve par ailleurs, dans les mémoires d’écrivains et de personnalités culturelles ayant erré pendant plusieurs années à travers l’Union Soviétique pour échapper au nazisme, des descriptions de la tragique situation des réfugiés dans les territoires où régnait l’Armée rouge. Tanya Fuks15, notamment, évoque les formes de discrimination dont les Juifs polonais étaient l’objet une fois passée la frontière. Un ouvrage qui affirme très catégoriquement son antisoviétisme – puisque l’auteur annonce dans son introduction le double objectif de perpétuer la mémoire des anciens militants du parti communiste en Pologne, victimes de leurs propres illusions, et de faire connaître le rôle fatal joué par le communisme mondial sur le destin de l’humanité – paraît en 1954 sous le titre Di geshikhte fun a falsher iluzye [L’histoire d’une fausse illusion], œuvre d’un communiste repenti qui entreprend d’écrire, à partir de ses propres souvenirs, une histoire du communisme polonais16. Sans doute n’est-ce pas un hasard si ce volume paraît deux ans après l’assassinat organisé de treize écrivains yiddish et peu après l’affaire du complot des blouses blanches, dans un contexte marqué par les récents ravages de l’antisémitisme stalinien. Là encore, bien que ces œuvres soient dénuées de tout discours éditorial introductif, leur présence même au sein de l’ensemble que forme la bibliothèque de Turkov indique une préoccupation politique, un souci des problèmes actuels, qui font de la collection l’écho ecrire-la-destruction-du-monde-judeo-polonais-1945-1960-/ trajectoires-et-receptions-09-07-2014-60888_4534.php 15. Tanya Fuks, A vanderung iber okupirte gebitn [Errance à travers les zones occupées], Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argentine, 1947.

Les parutions, parce qu’elles sont datées, parce qu’elles s’échelonnent dans un temps auquel elles sont une réponse sans cesse renouvelée, apparaissent comme une invitation à réfléchir non seulement sur le judaïsme polonais, mais sur les enjeux et apories posés par le temps présent à l’éthique individuelle. 4XHO V OLHX [ SRXUOHMXGDwVPHSRORQDLV" Aux questions posées par la situation de l’immédiat après-guerre, la collection offre un espace de réflexion que partagent des auteurs et des lecteurs unis dans une histoire et un héritage culturel communs. Ce qu’est cet héritage et ce qu’est cette histoire, ce sont les écrits publiés qui l’énoncent et le construisent au fil des années, redessinant les contours de ce « judaïsme polonais » d’autant plus enclin à se recomposer qu’il ne renvoie à aucune délimitation géographique précise. Dans la mesure où, après la Seconde Guerre mondiale, les communautés juives de Pologne ravagées par le nazisme et privées de leurs anciennes structures socioculturelles occupent une place marginale par rapport aux nouvelles institutions qui se sont créées, avantguerre déjà, en Israël, en Amérique latine, aux États-Unis, ou en Europe occidentale sous l’égide de Juifs polonais immigrés, le judaïsme polonais tel que l’envisage Mark Turkov ne peut que se jouer hors des frontières géographiques de la Pologne, dans un espace qui évolue en marge de toute restriction territoriale, un espace représenté plutôt qu’habité.

Il faut cependant rappeler que cette disjonction entre la dénomination de « judaïsme polonais » et la répartition géographique du groupe auquel elle se réfère n’est pas nouvelle : elle s’en-

cesse recomposées par le jeu des retournements politiques et, d’autre part, dans les mutations propres aux communautés juives soumises à des lois internes et externes différentes de celles qui régissaient l’existence du reste de la population, à des crises qui lui étaient propres, ainsi qu’à des rythmes évolutifs et migratoires où entrait en jeu une expérience singulière. Dès la fin du XVIIIe siècle, époque des partages de la Pologne, la culture commune à laquelle se sentaient appartenir les Juifs de cette zone n’a plus trouvé de correspondance dans l’unité politique du territoire où elle s’inscrivait. Soumises à un remaniement constant des frontières, des lois ou des régimes politiques, les communautés juives se sont retrouvées écartelées entre la conscience d’appartenir à un même groupe, enraciné dans un héritage et une langue commune, et les influences divergentes qu’avaient sur leur évolution les environnements divers au sein desquels elles se situaient désormais. Divisées entre l’empire autrichien, la Prusse et la Russie tsariste, elles continuaient à se penser comme juives polonaises tout en évoluant dans une zone géographique dont les frontières ne cessaient de se redessiner. À partir de la Révolution russe et du traité de Versailles, cette mouvance s’est trouvée encore exacerbée par l’effondrement de l’empire des Habsbourg, par la courte période d’indépendance de l’Ukraine, par la création de l’Union soviétique et par la proclamation de la Deuxième République de Pologne.

Par ailleurs, au-delà de ces bouleversements externes, l’image du groupe et la représentation qu’il se faisait de son espace n’ont cessé de se ramifier au fil de ses mutations internes. Dès la première moitié du XIXe siècle, la concurrence entre hassidisme, Haskala et mouvement mitnaged redessinait une carte du monde juif au départ concentrée dans les grands centres et les milieux intellectuels, a connu un succès croissant dès lors que ceux-ci se sont mis à faire usage du yiddish pour diffuser leurs idées ; les hassi- dim, présents surtout aux abords de l’Ukraine, en Volhynie, en Podolie et en Galicie, s’organisaient en cours dont l’existence a rapidement bouleversé la répartition des centres et des marges, érigeant les petites bourgades où s’établissait un tsaddik en lieux de rassemblement de masse ; les mitna- gdim, enfin, sont longtemps restés associés à la Lituanie, où persistait l’influence rationaliste du Gaon de Vilna. Dans la seconde moitié du XIXe siècle enfin, la politisation croissante du monde juif, sa participation aux mouvements environnants – qu’il s’agisse du développement de la pensée socialiste ou de l’adhésion au nationalisme romantique polonais –, l’invention plus tardive de pensées politiques plus spécifiquement ancrées dans l’univers juif17, ont créé de nouvelles représentations de soi et institué des centres multiples, parfois uniquement symboliques, selon l’idéologie dans laquelle se reconnaissait chaque individu.

Ce n’est donc pas un hasard si l’intrication de toutes ces tendances reste un sujet privilégié de la collection dirigée par Mark Turkov. Entre 1946 et 1966, la question de ce qu’est le judaïsme polonais ne se pose certes pas de la même manière qu’au XIXe siècle ou au tournant du XXe siècle, mais elle doit composer avec cet héritage multiple, trouver à se situer par rapport à lui, inventer une façon de le poursuivre et de le transformer.

C’est pourquoi les volumes de « Dos poylishe yidntum » traitent de thèmes aussi variés que le hassidisme, la Haskala, l’orthodoxie religieuse, le socialisme, le sionisme, le communisme, les relations entre Juifs et Polonais à travers les siècles,

l’autonomie des structures sociales juives en Pologne, la tendance assimilationniste, la renaissance culturelle sécularisée ou les revendications nationales. Les publications abordent tous les sujets permettant d’approcher les changements qui se sont opérés dans le judaïsme polonais au fil des remaniements politiques externes et de ses propres bouleversements internes.

Et pourtant, dans les soubassements de cet épanouissement culturel éclaté, on voit également travailler un élément qui n’est que rarement abordé de front, mais qui sous-tend à la fois l’ensemble des courants ayant divisé le monde juif polonais et la matière dans laquelle est modelée la collection elle-même : il s’agit de la langue dans laquelle se dit ce monde, langue dont les contours dessinent pour ses locuteurs un espace d’existence alternatif. Dans un contexte où le rapport à la langue se trouve souvent teinté de positions idéologiques, le choix de publier en yiddish implique nécessairement une forme d’engagement. Pour la génération d’intellectuels juifs à laquelle appartient Mark Turkov, exilée du monde traditionnel à la fois spatialement, par la migration, et symboliquement, par la sécularisation des savoirs et des modes de vie, la langue constitue un lieu d’ancrage, l’assurance d’une certaine forme de continuité entre la tradition héritée et le renouveau culturel initié par les jeunes générations. Dans un contexte où la religion ne peut plus opérer comme facteur de structuration du groupe, le yiddish se comprend comme un lieu de reconnaissance collective matérialisé par la production d’écrits. La circulation de ces écrits au sein d’un lectorat mondialisé constitue autant de voies de communication qui permettent aux différents membres du groupe de rester liés les uns aux autres malgré la distance géographique. plupart des auteurs qu’il publie – a fortiori ceux dont il reprend les œuvres à titre posthume –, il est marqué dans ses rapports sociaux et ses travaux littéraires par les grands bouleversements qui se sont opérés dans la première moitié du XXe siècle. À cette époque, le sentiment qu’ont les écrivains yiddish de l’entre-deux-guerres et leurs lecteurs d’appartenir à un même groupe ne trouve pas son ancrage dans des repères spatiaux, mais dans la langue d’abord et – mais cela revient plus ou moins à dire la même chose – dans le partage des mêmes référents culturels. Lorsque, en 1946, Turkov publie les premiers volumes de la série « Dos poylishe yidntum », le groupe auquel il s’adresse est le même que celui qui, une ou deux décennies plus tôt, tentait de redéfinir son existence à travers la circulation de journaux, de revues et de divers matériaux qui, imprimés en yiddish dans différents centres de la culture et de l’édition, trouvaient des lecteurs dans l’ensemble du monde yiddishophone. Là encore, les publications sont trans-géographiques. Il s’agit désormais de reconstruire dans l’espace de l’écriture une géographie fantôme, produite par des « Juifs polonais » installés aux quatre coins du globe et dont le sentiment d’appartenance se construit moins dans l’interaction avec le monde juif de Pologne que dans l’effacement de ce dernier.

À l’intersection de leurs écrits, naît un espace remémoré et partiellement fantasmé, fonctionnant comme miroir et comme trace d’une géographie désormais disparue. La multiplication de volumes s’inspirant du modèle des yizker-bikher indique un désir de reconstituer une topographie qui n’existe plus que dans l’espace que délimite le tracé des mots sur la page. Car si un seul des ouvrages de la collection, dédié à la ville de Bełchatów18, est clairement identifié comme un

yizker-bukh, fidèle à la structure polyphonique et aux modes d’énonciation pluriels propres à ce type de mémoriaux collectivement élaborés par les survivants d’une même bourgade, les ouvrages organisés autour d’un lieu particulier, ou autour d’une constellation de lieux visant à quadriller une certaine zone géographique, sont nombreux. Les adresses symboliques de la vie juive d’avant-guerre, celles auxquelles se trouve associé tout un pan de la culture juive polonaise, occupent également une place centrale, puisqu’on trouve dans la collection deux volumes différents consacrés au numéro 13 de la place Tlomackie19, là où se trouvait l’union des écrivains juifs de Varsovie.

C’est souvent par l’arpentage, mental ou physique, de ces lieux que se tissent les liens de continuité entre le passé remémoré et sa répétition dans le présent de l’écriture ou de la publication. Dans le volume d’Avrom Teytlboym intitulé Varshever heyf20 Cours de Varsovie, le passage d’une cour varsovienne à une autre, déambulation narrative qui permet à l’auteur de se déplacer dans les unités temporelles segmentant sa propre existence, est ce qui permet le surgissement de la mémoire et du récit, de même que la création d’un espace virtuel sur lequel chaque lecteur est libre de projeter ses propres souvenirs et images. Dans d’autres ouvrages, où la mémoire est activée non par le parcours d’un itinéraire intérieur mais par la confrontation directe avec la réalité de la 19. Il s’agit de : Zusman Segalovitsh, Tlomatske 13, Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argentine, 1946 ; B. Rozen, Tlomatske 13, Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argentine, 1950. Lecture et comptes rendus par Daniel Kennedy.

L’une des questions implicites que pose Turkov, à travers les reportages et les recueils de témoignages qu’il publie, est celle de savoir s’il peut encore y avoir un judaïsme polonais en Pologne ou si celui-ci doit définitivement trouver à s’implanter et à se réinventer ailleurs.

Dans les premières années de publication en tout cas, les lieux à venir du judaïsme polonais restent indéfinis, et cela d’autant plus que, la question de savoir ce qu’il adviendra des survivants et des apatrides n’ayant pas encore été résolue, l’Europe déborde de réfugiés juifs qui se trouvent littéralement privés de tout espace de vie stable, réduits à exister dans ce non-espace que sont les camps de personnes déplacées, condamnés à vivre en transit en attendant qu’une quelconque autorité étatique consente à leur attri- 21. Khayim Shoshkes, Poyln – 1946, Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argentine, 1946. Lecture et comptes rendus par Akvilė Grigoravičiūtė et Constance Pâris de Bollardière.

buer un lieu où s’établir. Parmi les ouvrages qui évoquent cette dépossession spatiale, ce sentiment de non-ancrage et de profonde confusion provoqué par les indécisions politiques et les déplacements massifs de population de l’immédiat après-guerre, on peut citer Heymloze yidn23, qui raconte le voyage de Yisroel Efros dans les camps de réfugiés d’Allemagne. Bien qu’Efros soit – Turkov le souligne dans la préface – un poète et un professeur de littérature hébraïque dont le métier n’est pas de s’occuper de politique, son ouvrage apparaît comme « un document aux résonances tragiques car il nous dévoile l’image des conditions dans lesquelles vivent jusqu’à aujourd’hui des milliers et des milliers d’hommes et de femmes, de jeunes et d’enfants juifs, dans un monde soi-disant libéré ». Ce livre, ajoute encore le préfacier, « est un acte d’accusation contre le monde en général, non moins accusateur envers notre propre monde juif, contre nos dirigeants et nos organisations mondiales, qui se sont montrés tout à fait impuissants à ébranler la conscience engourdie du monde et à libérer ceux qui sont restés enfermés et réduits en esclavage dans les 23. Yisroel Efros, Heymloze yidn Juifs sans abri, Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argentine, 1947. camps d’Allemagne. » Heymloze yidn se présente ainsi d’emblée comme un écrit intellectuellement engagé, approchant sur le mode de la réflexion éthique l’universelle inertie qui, après avoir laissé prospérer les camps d’extermination nazis, abandonne les Juifs survivants à des lieux qui n’en sont pas. Turkov, en publiant cet ouvrage et en en soulignant la portée accusatrice, affirme à son tour sa volonté de porter ces faits « à la connaissance du plus vaste public juif possible », d’agir sur le présent en agissant sur le savoir de ses lecteurs. Les ouvrages, romanesques ou documentaires, qui évoquent la situation d’immigrants empêchés d’accéder au rivage de la Palestine et forcés de continuer à errer sur les flots ; l’insistance, dans le recueil de témoignages d’enfants édité par Noyekh Gris, sur la volonté de ces enfants de partir en Palestine et de participer à la construction d’un pays qui serait le leur, résonnent d’un nouvel écho dès lors qu’ils sont mis en regard des nombreux volumes évoquant la situation des réfugiés juifs pendant et après la guerre, contraints à mener une vie d’errance en attendant de trouver le lieu où pourra se reconstruire leur existence.


  1. Pour la rédaction de cet article, consacré à la posture d’intellectuel de Mark Turkov et à la manière dont elle se manifeste au sein de la collection « Dos poylishe yidntum », j’ai limité mon corpus de lecture aux œuvres de Mark Turkov lui-même, aux préfaces signées de son nom ou signées « la rédaction », ainsi qu’à un certain nombre d’ouvrages que j’ai eu l’occasion de lire et d’étudier en relation avec ma participation au projet de recherche collectif POLY : La collection « Dos poylishe yidntum » (1946-1966): histoire et mémoire d’un monde disparu au lendemain de la catastrophe, dirigé par Judith Lindenberg à l’EHESS d’octobre 2011 à septembre 2014 et bénéficiant du soutien financier de l’ANR. Se fondent sur une lecture exhaustive des œuvres les remarques sur : Fardekte shpiglen de Yisroel Emyot, A vanderung iber okupirte gebitn de Tanya Fuks, Moyshelekh, Yoselekh, Yisruliklekh de Janusz Korczak, Yanush Kortshak de Paula Appenszlak, Di velt iz ful mit nisim, de Y. Y. Trunk, Kinder- martirologye de Noyekh Gris, Yizker-bukh Belkhatov, Malke Ovshayni dertseylt et Di letste fun a groysn dor de Mark Trukov, ainsi que sur la traduction française des ouvrages de de mes lectures personnelles et leur présence dans cet article se fonde soit sur le paratexte et les comptes rendus parus dans la presse au moment de la sortie des ouvrages (c’est le cas pour ceux de Yisroel Efros, Sholem Izban, P. Mints, Yitskhok Perlov et Simkhe Poliakievitsh), soit sur le travail d’autres membres du projet. Je remercie donc tout particulièrement Éléonore Biezunski, Akvilė Grigoravičiūtė, Daniel Kennedy et Constance Pâris de Bollardière, dont les contributions sont mentionnées en note à la suite des références des ouvrages qu’elles concernent. Je n’oublie pas non plus les autres membres du projet qui, s’ils n’ont pas directement participé à la rédaction de cet article, ont joué un rôle dans sa maturation : Judith Lindenberg et Judith Lyon-Caen, qui ont créé et dirigé l’ANR consacrée à la collection ; Anaud Bikard, Jennifer Cazenave, Valentina Fedchenko et Audrey Kichelewski, dont les lectures, quoiqu’elles ne soient pas citées ici, ont engendré des échanges féconds sur la collection dans son ensemble. On pourra trouver un aperçu de la réflexion de cer- MARK TURKOV ET SA « COMMUNAUTÉ IMAGINÉE » : l’activité éditoriale comme engagement intellectuel1 Fleur Kuhn Kennedy avec les contributions d’Éléonore Biezunski, Akvilė Grigoravičiūtė, Daniel Kennedy et Constance Pâris de Bollardière Instituer une figure en tant qu’« intellectuel », a fortiori en tant qu’« intellectuel juif », invite nécessairement à questionner les limites et les problèmes que rencontre cette notion.
  2. Le pic de publications est atteint en 1947 et 1949 (soit dès les premières années), avec dix-sept ouvrages parus. En 1963 et 1964, quatre ouvrages sont publiés chaque année, ce qui est alors le chiffre le plus bas de l’histoire de la collection. Après une interruption d’un an, le dernier volume est publié en 1966.
  3. Mark Turkov, Malke Ovshyani dertseylt, Buenos Aires,
  4. Yisroel Emyot, Fardekte shpiglen, Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argentine, 1962.
  5. Avrom Zak, Knekht zaynen mir geven, Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argentine, 1956. À propos de cet ouvrage, voir la communication proposée par Arnaud Bikard lord du colloque consacré aux Écritures de ODGHVWUXFWLRQGDQVOHPRQGHMXGpRSRORQDLVGHOD¿QGHOD 6HFRQGH*XHUUHPRQGLDOHjOD¿QGHVDQQpHVVRL[DQWH, qui
  6. P. Mints (Aleksander), Di geshikhte fun a falsher iluzye et le miroir de ce qui se passe dans le monde.
  7. Avrom Teytlboym, Varshever heyf : mentshn un gesheenishn Cours de Varsovie : figures et événements, Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argen- Pologne d’après-guerre, il devient évident que cette relation à l’espace, loin d’occuper une fonction purement commémorative, s’accompagne de questionnements politiques, sociaux et éthiques sur la possible continuation d’une existence juive au sein du territoire polonais. La présence au sein de la collection d’ouvrages comme Poyln – 194621 de Khayim Shoshkes, ou encore les mémoires en trois volumes de Zigmunt Turkov22, récits tous deux nés d’un voyage dans la Pologne de l’immédiat après-guerre, montrent à quel point la collection dépasse la seule répétition mélancolique du monde révolu pour s’interroger sur la manière dont ce qui a eu lieu engage l’histoire à venir.
  8. Zigmunt Turkov, Fragmentn fun mayn lebn Fragments de ma vie, Buenos Aires, Tsentral farband fun poylishe yidn in Argentine, 1951 ; Teater zikhroynes fun a shturmisher tsayt Souvenirs théâtraux d’une époque orageuse, 1956 ; Di iber-
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