L’article qui suit cette introduction doit son existence à un projet financé par l’Agence nationale de la recherche1 qui s’est déroulé de 2011 à 2014 au sein du Centre de recherches historiques de l’EHESS, qui a donné lieu à un colloque international2 et se prolonge actuellement par un séminaire au sein de cette même institution3.
L’objet de ce projet interdisciplinaire, à la croisée de l’histoire et des études littéraires, était la collection d’ouvrages en yiddish publiée aprèsguerre en Argentine sous le titre « Dos poylishe yidntum » (« la judéité polonaise »), conçue par Marc Turkow, journaliste et personnalité influente de la diaspora yiddish, et Abraham Mittelberg. Cette série, publiée par l’« Union centrale des juifs polonais en Argentine » de 1946 à 1966, compta 175 volumes. « Dos poylishe yidntum » est connue, et a fréquemment été citée, pour avoir publié la version yiddish du livre d’Élie Wiesel, Un di velt hot geshvign [Et le monde se taisait]4, qui, retravaillé, 1. Projet développé sous l’acronyme « POLY », sous la direction de Judith Lindenberg et Judith Lyon-Caen, avec la participation d’Éléonore Biezunski, Arnaud Bikard, Jennifer Cazenave, Valentina Fedchenko, Akvile Grigoraviciute, Daniel Kennedy, Audrey Kichelewski, Fleur Kuhn, Constance Paris de Bollardière.
Si cette collection avait précédemment fait l’objet d’articles de synthèse7, elle n’avait jamais, 5. Élie Wiesel, La Nuit, Paris, Éditions de Minuit, 1958.
avant ce projet collectif, donné lieu à une étude approfondie visant à la fois le contenu de ses ouvrages et la manière dont ils furent pensés, composés et publiés. Une telle étude tire son intérêt du fait qu’il s’agit, quantitativement, de la plus importante collection yiddish publiée à cette période, mais surtout parce que, contrairement à d’autres collections, elle n’a pas été conçue sous un patronage politique ou idéologique8, mais selon une vision éditoriale complexe et cohérente, développée par son principal concepteur, Marc Turkow, au gré des introductions aux ouvrages de la collection : la richesse de ce paratexte (qui contient également des photos, des articles de presse, etc.) est elle aussi une spécificité de la collection qui participe de son grand intérêt, tout en alimentant son étude. L’article qui suit revient en détail sur le rôle éditorial de Turkow.
À partir d’un matériau d’une telle ampleur, quelle a été notre perspective ? Tout d’abord, une redécouverte de cette collection d’ouvrages, pour la plupart tombés dans l’oubli, et du projet qui la sous-tend. Au-delà de la richesse des écrits singuliers qui composent la série, le projet de Marc Dos poylishe yidntum, Buenos Aires, 1946-1966”, dans E.
Kahan, L. Schenquer, D. Setton et S. Dujovne (dir.), Margi- nados y consagrados. Nuevos estudios sobre la vida judía en Argentina [Marginalisés et consacrés. Nouvelles études sur la vie juive en Argentine], Buenos Aires, Lumiere, 2011, pp. 213-238.
La Pologne juive d’avant-guerre y apparaît comme le lieu d’émergence d’une intelligentsia fortement engagée dans une réflexion sur ellemême, sur son rôle culturel, social et politique.
Notre intention a donc été d’explorer la manière dont cette réflexion, qui n’avait jamais cessé, même au cœur de la Catastrophe9, a pu être à nouveau mobilisée dans l’après-guerre, après la disparition de ce monde. C’est là toute l’ambiguïté du projet de Marc Turkow, qui affleure dès le titre : « la judéité polonaise », c’est ce dont il est question dans la collection, mais c’est aussi le monde de ses auteurs, qui constituent un réseau informel et désormais international. Par ailleurs, la collection, si elle ouvre sur un monde antérieur – d’un passé ancien10 au plus récent –, se 9. Samuel Kassow, Qui écrira notre histoire. Les archives secrètes du ghetto de Varsovie, traduction française Paris, Grasset, 2012.
donne aussi comme une caisse de résonance de sa propre période de publication et de l’évolution du monde yiddish, et du rapport que ce monde entretenait avec son passé, dans ces années-là. En effet, la collection elle-même a connu une profonde évolution au cours de son existence.
À ses débuts donc, « Dos poylishe yidntum » publia une grande majorité de témoignages (vingt ouvrages sur les trente-deux premiers, jusqu’en 1948), bien que ce terme, comme celui de Shoah, fût alors impropre à décrire ces écrits qui, on l’a dit, étaient désignés comme « documents ». En effet, ces écrits s’inspiraient des mouvements de collecte documentaire élaborés, à partir de Simon Doubnov, dans la culture judéo-polonaise sécularisée antérieure à la Catastrophe, et réactivée au cours de celle-ci par des initiatives multiples, dont les plus connues sont celles de Ringelblum dans le ghetto de Varsovie et, après la Libération, de la Commission centrale historique Juive. Dans les deux cas, ces entreprises se fondaient à la fois sur la collecte de récits et sur l’enquête auprès de témoins, puis de témoins-survivants, à partir desquels des synthèses devaient être réalisées (toutes ne purent l’être, dans le ghetto de Varsovie notamment, mais une partie des matériaux fut sauvegardée). De la même manière, Marc Turkow publia certains de ces récits collectés11 – il est lui-même, symboliquement, l’auteur du premier volume, qui recueille et donne à lire le récit de Malke Ovshyani, la première survivante à être parvenue en Argentine. À 11. La publication la plus représentative de cette démarche est l’anthologie de témoignages d’enfants réalisée par Noé Grüss à partir du questionnaire élaboré par la Commission Centrale Historique Juive. Noé Grüss, Kindermartyrolo- gie, Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1946, lectures de Jennifer Cazenave, Fleur Kuhn, Audrey Kichelewski. Voir Audrey Kichelewski, Judith Lindenberg, « Les enfants accusent : témoignages d’enfants polocôté de ces documents individuels, Turkow publia également des études plus synthétiques qui, parfois, émanaient directement des travaux de la Commission avec laquelle il avait des liens12 et qui furent, de fait, pionnières dans l’historiographie de la Shoah. En réalité, la collection de Turkow entendait « documents » dans une acception très large : ils pouvaient aussi inclure des écrits littéraires, qui avaient acquis une valeur documentaire et testimoniale du fait d’avoir été produits, et sauvés, au cœur de la Catastrophe, ou du fait de prendre appui sur le souvenir d’une documentation perdue13. De manière générale, tous ces écrits, quelle que fût leur forme, qu’ils aient été produits dans la tourmente ou dans ses lendemains immédiats, présentaient une variété d’expériences (les camps et les ghettos bien sûr, mais aussi l’errance, la vie sous une fausse identité, l’exil) et souvent l’enchaînement de plusieurs de ces expériences, dans une palette chronologique large, pouvant aller des pré- 12. Ainsi dans la « Note de la rédaction » en introduction du volume de Joseph Kermisz sur l’insurrection du ghetto de Varsovie, l’éditeur explique qu’il s’agit d’une traduction du polonais d’un ouvrage envoyé en Argentine par le ZIH (l’Institut historique juif, qui a succédé à la Commission Historique à l’arrivée des communistes). Le travail de Kermisz a été traduit pour le cinquième anniversaire de l’insurrection, à l’occasion de l’inauguration du monument la commémorant.
Joseph Kermisz, Der ufshtand in varshever geto L’insurrec- tion du ghetto de Varsovie, Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1948, lecture d’Audrey Kichelewski.
misses de l’occupation nazie jusqu’à l’immédiat après-guerre : ils se trouvaient alors quasi contemporains de l’époque même de leur publication.
Si les « documents sur la Catastrophe » dominèrent au début de la série, le « monde d’avant » fut représenté dès le second numéro avec la réédition d’une monographie sur Peretz, écrite et publiée avant-guerre par l’un de ses amis, le critique Nomberg. Cette place ne semble par être un hasard, tout comme les multiples apparitions de la figure de Peretz à travers tout un réseau d’ouvrages ou de chapitres d’ouvrages, d’allusions, de citations14, qui le font apparaître, sans que cela soit formulé ainsi, comme le père spirituel de la collection. Une filiation qui se réclame, non tant de l’aura littéraire qui a fait sa renommée, mais plus profondément de l’ensemble de son rapport à la culture yiddish, passant par l’ethnographie et une approche savante du folklore, comme source de la réinvention de cette culture15.
Trunk, Geshtaltn un gesheenishn Images et événements, où des passages de plusieurs mémoires, dont celles d’Almi (A. Almi – Momentn fun a lebn [Instants d’une vie], Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1948, lecture d’Akvile Grigoraviciute).
Ainsi le recueil Broder Zinger de Shloyme Prizament, composé de chansons écrites par l’auteur (qui fut un compositeur et acteur célèbre du théâtre yiddish) ou par d’autres, pour cette troupe qui fut l’une des premières à proposer un théâtre yiddish profane au début du siècle. Le recueil proprement dit est précédé d’une triple introduction, constituée d’un récit sur la vie et l’œuvre de l’auteur ; d’un texte de Zygmunt Turkow (frère de Marc et personnalité du monde du théâtre) sur le rôle des Broder Zinger dans l’histoire du théâtre yiddish, à partir de matériaux collectés et d’entretiens ; enfin d’un texte de l’auteur lui-même sur sa rencontre avec les Broder Zinger16. Les auteurs de ces textes tiennent respectivement les rôles de biographe, ethnographe et témoin, par rapport à ce pan d’histoire de la Pologne juive, présenté comme appartenant à un passé révolu, mais ressuscité par cette démarche. D’autres recueils folkloriques sont présents dans la collection, tel l’étonnant Gelekhter durkh trern, dans lequel l’auteur, Nudelman, présente des histoires « drôles »
qu’il a collectées pendant et sur la Catastrophe17.
Des manières de faire appartenant au passé – ici, la collecte du folklore – sont ainsi appliquées, de manière presque expérimentale, à des objets plus récents : la cohérence de cette collection relève pour cette raison autant de ses thèmes que des démarches employées pour les aborder.
Le roman Yidn fun a gants yor en fournit un autre exemple : initialement publié à Varsovie en 1936, ce roman, qui raconte la vie d’un adolescent dans un shtetl et ses premiers émois amoureux, fit scandale à sa sortie. Son auteur fut par ailleurs pendant la guerre un membre du collectif Oyneg Shabes dirigé par Emmanuel Ringelblum ; il mourut dans le ghetto de Varsovie en 194318. En republiant ce roman, Turkow accomplit plusieurs opérations : il offre une fenêtre sur un aspect de la vie des Juifs polonais avant la guerre : les « simples juifs », le moment de la jeunesse dans ce milieu. En étant republié après la Catastrophe, ce roman se constitue en témoignage d’une forme de vie disparue, mais également de la vie littéraire de l’époque de sa publication. Sa réédition apparaît aussi comme un geste de commémoration envers son auteur, qui résista au nazisme et disparut tragiquement. Passés au crible d’une lecture interdisciplinaire et attentive à toutes leurs dimensions, intellectuelles et matérielles, textuelles et paratextuelles, micro — et macrotextuelles, les ouvrages de la collection apparaissent comme feuilletés, et ouverts à une pluralité de contextes et d’interprétations. Ceci ressort clairement des rééditions, dans lesquelles l’écrit 17. M. Nudelman, Gelekhter durkh trern Le rire à travers les larmes, Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1947, lecture de Judith Lindenberg.
Bien de ces écrits constituent des traces d’un monde qui n’est plus. En cela, ils sont eux-mêmes des survivants de ce monde, idée thématisée dans le magnifique roman-fleuve de Leib Rochman ressurgi récemment de l’oubli grâce à la traduction de Rachel Ertel19. Mais pour Turkow, cette idée n’est pas seulement nostalgique et mélancolique. Son projet est aussi sous-tendu par une volonté constructive de sauvegarde d’un patrimoine culturel et d’édition de travaux à destination des futurs chercheurs.
De ce point de vue, l’approche ethnographique qui se trouve au cœur des recueils folkloriques ne se donne pas seulement comme une des dimensions de la collection, mais occupe une place centrale. Le geste éditorial de Marc Turkow, dans sa manière de présenter les écrits qu’il publie, est aussi, à sa manière, un geste d’exhumation et de revitalisation. Le spectre de la disparition des anciennes coutumes avait été le mobile et le levier d’action du mouvement d’études folkloriques à ses débuts à la fin du XIXe siècle, dans le monde juif est-européen comme d’ailleurs dans toute l’Europe, face aux mutations de l’industrialisation et de l’urbanisation. C’est parce que le khurbn a tragiquement réalisé cette hantise que le geste de collecte ethnographique tient une place
centrale dans le projet de sauvegarde culturelle de la collection.
Ainsi, le travail de groupe mené sur « Dos poylishe yidntum », en envisageant la collection dans son projet global et dans la singularité de ses écrits, a permis de restituer l’œuvre et les intentions de Marc Turkow – que celles-ci aient été mises en pratiques ou contredites dans la réalisation des ouvrages. Ce travail a également permis de faire poser certaines questions qui entrent fortement en résonance avec des problématiques actuelles, en faisant apparaître des pratiques documentaires et testimoniales ancrées dans des manières de faire historiquement situées. Remises dans leur contexte, elles offrent un contrepoint aux formes du témoignage que nous connaissons et dont l’universalité et l’anhistoricité apparaissent aussi, par contraste, comme des choix et des stratégies éditoriales à reconstituer : c’est toute la distance, déjà largement étudiée20, qui sépare le célèbre témoignage français de Wiesel de son 20. Voir notamment Naomi Seidman, « Élie Wiesel and the Scandal of Jewish Rage », Jewish Social Studies, vol. 3, n°1, 1996 et Rachel Ertel, « Écrit en yiddish », in M. de Saint Chéron, Autour d’Élie Wiesel, Paris, Odile Jacob, 1996. Repris dans Annette Wieviorka, L’ère du témoin, Paris, Plon, 1998, p.54-70. antécédent yiddish. L’étude de la collection fait également émerger des perspectives historiographiques, longtemps passées sous silence dans la Pologne devenue communiste, qui ont ressurgi après la chute de ce régime, ou attendent encore de l’être : ainsi le rôle des populations locales dans l’extermination21 (on trouve notamment plusieurs mentions du pogrom de Kielce), la vie des Juifs réfugiés en URSS22, ou encore la vie sous une fausse identité23, trouvent dans les ouvrages de la collection des mises en récit précoces.
Judith Lindenberg (Centre de Recherches Historiques, EHESS)
- ↩ http://www.mahj.org/fr/5_auditorium/colloque-Ecritures-de-la-destruction-dans-le-monde-judeo-polonais. php?niv=11&ssniv=6 3. http://cej.ehess.fr/index.php?823 4. Elie Wiesel, Un di velt hot geshvign Et le monde se tai- deviendra en français, sous le titre La Nuit5, un ouvrage à portée universelle et l’une matrice des écrits de « témoignage de la Shoah ». Pourtant ce livre en yiddish, par sa date de publication (1956), la figure de son auteur (jeune écrivain et juif roumain) n’est pas représentatif de l’ensemble de la série. « Dos poylishe yidntum » a d’abord été pensée comme une collection publiant des « documents » – on parlerait aujourd’hui plus volontiers de « témoignages » — écrits par des intellectuels juifs polonais sur leur expérience de la guerre, des ghettos et des camps (la catastrophe ou khurbn en yiddish) ; la collection s’ouvrit progressivement à des écrits de ces mêmes auteurs relatant leur expérience antérieure et portant plus largement sur la Pologne d’avant-guerre, et plus tard à la réédition d’ouvrages d’auteurs disparus. Autant d’axes annoncés par Turkow dès la fin du premier volume, Malke Ovshyani Derzeilt : « souvenirs de l’ancien foyer/description des villes et des villages/biographie de célèbres personnalités yiddish/documents sur le khurbn de la judéité polonaise/l’histoire de cent ans de vie yiddish en Pologne/œuvres de célèbres écrivains et personnalités : tel sera le contenu de la série »6.
- ↩ Marc Turkow, introduction, Malke Ovshyani Derzeilt, [Malke Ovshyani raconte], Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1946, lecture de Jennifer Cazenave.
- ↩ Voir Schwarz, Jan, « A library of hope and destruction : the Yiddish book series “Dos poylishe yidntum” (“Polish LA COLLECTION « DOS POYLISHE YIDNTUM » (1946-1966) : histoire et mémoire d’une collection au lendemain de la Catastrophe Judith Lindenberg
- ↩ Au lendemain de la guerre, Buenos Aires ne comptait pas moins de sept collections de livres yiddish : ICUF, liée au communistes, Idbuj, liée au bundistes, Kium, liées aux sionistes socialistes, et deux autres collections laïques, émanant du IWO (branche du YIVO de Buenos Aires) et du Yiddisher Kultur Kongress. Informations provenant de Alejandro Dujovne, chapitre 3, « El libro idish en la Argentina de posguerra », in Impresiones del judaísmo. in Una sociología histórica de la producción y circulación transnacional del Turkow convoque des manières de faire qui, pour une part, proviennent des pratiques intellectuelles, savantes et éditoriales de la Pologne juive d’avant-guerre, où Marc Turkow, journaliste au Moment de Varsovie, a vécu jusqu’en 1939. Turkow les réinvestit au lendemain de la Catastrophe, dans une configuration où tout est à réinventer, et où l’on croit encore à un renouveau possible de la vie yiddish en diaspora. C’est ce croisement entre le prolongement de pratiques d’avant-guerre (qui ont été, en elles-mêmes, peu étudiées, notamment en France) et une tentative de réparation et de reconstruction de la culture yiddish par les livres au lendemain du génocide, qui nous est apparu remarquable dans le projet de cette collection.
- ↩ Ainsi les articles d’Emmanuel Ringelblum rassemblés dans le recueil posthume édité par l’historien Yankev Shatski, concernent pour la plupart la vie des Juifs en Pologne
- ↩ C’est ce qu’explique Strigler dans l’introduction au deuxième volume de sa série romanesque sur son expérience des camps : après avoir passé une partie de la guerre à l’usine HASAG du camp de Skarzhisko-Kamyenna [Skarzysko- Kamienna, où il avait recueilli des documents qu’il a perdus, il se fonde sur sa mémoire pour décrire son expérience et choisit une forme littéraire. Mordechai Strigler, In di fabrikn fun toyt Dans la fabrique de la mort, Buenos Aires, Union
- ↩ On peut citer, en plus de ce volume (H.D. Nomberg, I.L. Peretz, Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1946, lecture de Daniel Kennedy), Joseph Wulf, Leyenendik Peretzn [En lisant Peretz] Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1948, lecture de Judith Lindenberg, mais aussi un chapitre de l’essai d’Y.
- ↩ C’est cette dimension de Peretz que l’on retrouve dans le volume Les oubliés du shtetl. En reprenant l’écrit de Peretz paru sous le titre Bilder fun a provinz raize [Images d’un voyage en province], et en l’accompagnant d’une série d’annexes pour en éclairer les différents contextes, les éditeurs de ce volume constitue cet écrit en témoignage sur un monde disparu, et réalisent une opération comparable à celles de Marc Turkow avec les rééditions de la collection. Jean Malau- Au-delà de cette présence en filigrane, ce rapport à la culture yiddish imprègne la collection, et permet de comprendre, au-delà d’un éclectisme apparent, sa cohérence : tous les ouvrages consacrés à l’« avant », qui constituent la quasi-totalité des publications à partir de 1950, – mémoires d’intellectuels, de travailleurs ou de militants (qui remontent bien souvent en deçà du premier conflit mondial), recueils folkloriques de chansons ou d’histoires, rééditions de romans à succès de l’avant-guerre – sont sous-tendus par une même idée, faire renaître par l’écrit la Pologne juive disparue, avec toujours, en sous-texte, l’horizon de sa disparition.
- ↩ Shloyme Prizament, Broder Zinger [Les chanteurs de
- ↩ Yeosha Perle, Yidn fun a gants yor [Simples juifs], Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, lui-même est distinct du geste éditorial qui le redonne à lire dans un nouveau contexte, celui de l’après-Catastrophe. Cette « lecture de l’après » sous-tend de fait toute la collection, et infléchit la lecture des écrits dans deux directions : une lec- ture testimoniale qui fait de tout écrit sur l’avant un document rétrospectif sur cette période, et une lecture commémorative qui fait de ces écrits des hommages, soit aux auteurs quand ils sont morts pendant la Catastrophe, soit, à l’instar des Livres du Souvenir, aux lieux dont ils parlent.
- ↩ On peut citer, entre autres, à ce sujet, Marc Turkow, Malke Ovshyani Derzeilt, op. cit, Khaim Grade, Shayn fun farloshene shtern (Lueur d’étoiles éteintes), lecture d’Arnaud Bikard, Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1950, H. Shoshkes, Poyln 1946 [Pologne 1946], Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1946, lecture de Constance Paris de Bollardière.
- ↩ Avrom Zak, Knekht zaynen mir gevenavons été esclaves], Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1956, lecture d’Arnaud Bikard.
- ↩ Michel Borwicz, Arishe papirn [Papiers aryens], Buenos Aires, Union Centrale des Juifs Polonais en Argentine, 1955, lecture d’Akvile Grigoraviciute.