Nous présentons ici quelques morceaux choisis d’une exposition virtuelle, consacrée aux mémoriaux du génocide rwandais. L’exposition a été réalisée en 2011 et enrichie depuis, ce qui est bien sûr possible grâce au médium très souple qu’est le web. Il n’en existe pas de version papier, même si on envisage actuellement une publication qui comprendrait quelques-uns des textes actuellement en ligne, renforcée d’un nouveau chapitre sur « Le droit comme mémorial ». L’exposition est divisée en trois ensembles. Le premier intègre les mémoriaux dans l’histoire récente du Rwanda : Jean-Pierre Chrétien [Le génocide des Tutsis au Rwanda] a retracé l’histoire du génocide. Catherine Coquio a bien voulu inscrire les mémoriaux dans l’analyse plus générale des enjeux de la construction d’une mémoire des génocides [Le génocide cultu- rel ; l’État, la mémoire et les resca- pés]. Rémi Korman nous parle d’un autre lieu de mémoire, les cimetières [Le Rwanda face à ses morts ou les cimetières comme lieux de mémoire du génocide]. On a voulu aussi, en manière de contrepoint, présenter d’autres expériences qui puissent permettre de mieux dégager la spécificité de l’expérience poli- *e12&,'(6(732/,7,48(60e025,(//(6 0pPRULDX[GX5ZDQGDH[SRVLWLRQYLUWXHOOH en matière de génocide dans diverses contrées.
En Allemagne de l’Est, ce sont l’État et/ou le Parti qui se considèrent comme seuls détenteurs légitimes de la vérité historique. Laure Billon décrypte, en particulier à travers les exposi- Réfugiés arméniens fuyant le génocide
mand, qui a flirté souvent avec l’antisémitisme [La RDA et le génocide]. Silences aussi de la part de l’État polonais, ce qui n’a pas empêché le travail d’enquête d’instituts spécialisés. Jean- Charles Szurek nous conduit de l’immédiat après-guerre jusqu’au développement d’une véritable école historique polonaise du génocide [La Pologne et le génocide des juifs]. Paola Bertilotti s’intéresse à l’évolution de la législation italienne, reflet d’une lente prise de conscience d’une spécificité du génocide des juifs, ainsi qu’au passage de la «mémoire de la déportation» à la «mémoire de la Shoah»[Politiques mémorielles d’Italie]. Et ce dans un pays «schizophrène» qui tout en promulguant à partir de 1938 une législation antisémite a pu relativement «protéger» les juifs dans les régions qu’il occupait. Claire Mouradian historicise les pratiques commémoratives du génocide des Arméniens, de la frappe en 1915 d’une première médaille à l’inauguration en avril 1995 du musée du génocide à Tziternakapert en passant par les journées du «24 avril»[ L’Arménie et sa mémoire].
Mais le cœur de l’exposition est bien consacré aux mémoriaux rwandais. Les grands mémoriaux rwandais, Gizosi, Murambi, Nyamata et N’tarama, Bisesero, Nyarubuye ont chacun une place spécifique dans une partition mémorielle proposée par l’État rwandais. À partir de photographies prises sur place, et à des époques différentes, Nathan Réra, Boris Boubacar Diop, Françoise Blum et Émilie Martz-Kuhn décrivent et décryptent ce « palimpseste mémoriel », avec un regard qui d’historien-ne-s, qui de spécialiste de l’image, et qui de romancier. *LVR]LVLWXpGDQV.LJDOLHOOHPrPH est en quelque sorte une « vitrine internationale », avec une réflexion et une mise en perspective du génoau mémorial de Gisozi, sorte d’antichambre de la mémoire du génocide des Tutsi au Rwanda, une curieuse impression de déjà-vu étreint le visiteur occidental, pour peu qu’il ait une connaissance des lieux de mémoire commémorant l’extermination des Juifs d’Europe. À l’inverse de Murambi ou de N’tarama, sites porteurs d’une singularité et d’une frontalité inédites dans la tradition du mémorial, Gisozi cultive ses similitudes avec l’Occident, puisant ses motifs dans l’histoire des représentations de la destruction des Juifs d’Europe… Si l’exposition permanente du mémorial aborde d’une manière assez complète l’histoire rwandaise passée et récente, de la colonisation au génocide, elle le fait avec le souci constant de replacer ces événements dans une historiographie des génocides. La salle des « Vies perdues », ultime lieu du musée où sont délibérément abordés les autres massacres et génocides du XXe siècle, joue clairement ce rôle d’ouverture : indiquer au visiteur étranger que le cheminement du Rwanda ne peut être pensé, à bien des égards, indépendamment de celui de l’Allemagne nazie, du Cambodge ou de l’ex-Yougoslavie. De façon tout autant explicite, une section précédente, intitulée « Voie vers la Solution Finale », se réappropriait l’expression consacrée par les nazis pour parler de l’extermination des Juifs, en l’appliquant à l’histoire rwandaise ». [Réra, Gisozi. Kigali : itinéraires de la mémoire et de l’oubli ]. %LVHVHUR est le mémorial de la résistance tutsie, mais, loin de toute geste héroïque, laisse une impression de solitude et de désespérance : « Lors des quatrièmes commémorations du génocide, en avril 1998, le président Pasteur Bizimungo pose la première pierre du mémorial de Bisesero. Ce mémorial, imaginé par l’architecte Vedaste Ngarambe, prend place sur la
pour profiter de la vue offerte sur toute la région.
L’ensemble architectural est entièrement organisé autour d’un chemin de pierres, qui permet au visiteur de monter progressivement vers le sommet du coteau. On y pénètre en passant sous une grande arche, à l’origine blanche et violette – couleur du deuil – qui s’effrite faute d’entretien. Sur la droite, un amoncellement de pierres retient neuf lances disposées circulairement, pointées vers le ciel. Elles ouvrent le chemin, un « chemin de calvaire », que le visiteur doit gravir pour effectuer symboliquement la traversée du génocide. L’itinéraire escarpé passe par trois bâtiments qui abritent neuf salles, emblèmes des communes de la préfecture de Kibuye. Ces locaux sont censés accueillir les ossements des victimes afin de former des « tombes ouvertes »1.
Selon nos sources, les restes des corps sont encore aujourd’hui entreposés dans un bâtiment de fortune en tôles, situé en contrebas du monument.
L’ascension continue pour le visiteur, avec pour objectif, l’arrivée au sommet qui symbolise la survivance au génocide. Mais faute de budget, le mémorial n’est pas terminé, plus de dix ans après le début de sa construction. En effet, le « sommet de l’espoir »2 aurait dû accueillir plusieurs installations dont une fresque peinte représentant des scènes de la résistance. Pour l’instant ne sont présentes que trois tombes : une fosse commune avec « les restes qui n’ont pas été traités »3, la tombe de Birara et la tombe du combattant inconnu. Mais comment ce monument participe t-il de l’esprit nous, l’Humanité, film documentaire réalisé par Marie- France Collard, Belgique, Groupov, 2006, 105 mn.
Église de Ntarama-Rwanda- site de Génocide
du lieu ? Comment interagît ce lieu de mémoire, construit et élaboré pour célébrer le souvenir des résistants, avec la ou les mémoires des lieux ? Les visiteurs sont rares à Bisesero ; situé à 34 km à vol d’oiseau de Kibuye, l’emplacement du mémorial décourage les touristes, qui peu nombreux, sont reçus par quelques survivants. Si comme le soutient James Ernest Young « [l]es visiteurs font partie intégrante du texte commémoratif […] car la mémoire publique et ses représentations ne dépendent pas seulement des formes et figures du monument lui-même, mais des réponses des spectateurs face au monument »4, le mémorial de Bisesero reste un lieu figé et parfois illisible pour qui ne connaît pas l’histoire des collines. En outre, pour les voyageurs avertis, la déception est parfois encore plus grande ; accueillis par « une poignée d’hommes qui maintenant meurent de chagrin »5, les étrangers abandonnent, en échange d’une photographie avec les « héros », les images du « lieu saint enclavé »6 et des résistants qu’ils s’étaient forgées, notamment par leurs lectures.
Déroutés par des pierres muettes et un peuple de guerriers aujourd’hui poussé à la mendicité pour survivre, le visiteur passe son chemin, se heurtant aux images d’Épinal qu’il s’était construites.
Le lieu tel qu’il peut-être aujourd’hui vécu par les visiteurs semble être en inadéquation, avec son esprit, esprit véhiculé avant, pendant et juste après le génocide. Aucune trace tangible ne matérialise à Bisesero le symbole d’une terre prospère et d’une terre refuge, emblème de protection pour 4. James E. Young, « Ecrire le monument, site, mémoire, critique », Annales, vol.48, n°3, 1993, p.729-743.
Selon le guide, c’est en raison de la nature argileuse du sol où on les avait ensevelis qu’ils ne se sont pas démembrés. C’est aussi ce qui explique leur couleur rougeâtre. Jamais des morts n’ont paru aussi puissamment expressifs. On reconnaît très bien les enfants et sous nos yeux se reproduit le dernier geste, dérisoire et vain, par lequel beaucoup, voyant un Interahamwe fondre sur eux, avaient essayé d’échapper aux machettes… [quelques années plus tard] En faisant le tour des salles, on s’aperçoit que les squelettes, toujours aussi bien conservés, ne sont plus couleur d’argile. Régulièrement traités à la chaux depuis des années, ils sont devenus blanchâtres. Dans une salle, sont disposées les armes blanches qui ont servi au carnage : marteaux, machettes, gourdins cloutés. On se demande, effaré : comment des milliers de pères de famille en sont-ils sou-
dins hérissés de clous rouillés ? …..Les salles, à une dizaine de mètres du bâtiment central, sont identiques. Pourtant même si on sait que toutes vont offrir le même spectacle, on a du mal à ne pas s’arrêter pendant au moins quelques minutes dans chacune d’elles. En témoignage de respect.
Et aussi parce qu’on espère qu’au bout du chemin des réponses surgiront de quelque part. » [Diop, A propos de Murambi].
À 1WDUDPD, «l’église est redevenue aujourd’hui lieu de culte même si y sont exposés des objets relatifs au génocide : quelques vêtements, des cahiers ou autres pauvres reliques ayant appartenu à des enfants, les inévitables crânes dans les vitrines. Mais les rangées de petits bancs de bois sont là et accueillent les fidèles lors de la messe. Des vêtements aussi pendent aux fenêtres, que l’on ne peut voir que de l’extérieur.
Le bâtiment attenant à l’église a entièrement brûlé. Il n’en reste que le toit et les piliers ainsi que des amas calcinés d’on ne sait trop quoi ».
Et 1\DPDWD... « Nyamata, par contre, a été la seule église désaffectée et transformée en lieu de mémoire. Si des messes, parfois, peuvent y être dites, c’est seulement en souvenir des victimes. À Nyamata, l’Eglise est Mémorial. En fait ce cas de l’Église devenue mémorial est unique. La question s’est bien sûr posée après le génocide, et a fait l’objet d’âpres négociations entre l’État et les Églises d’une part, entre l’Église et les rescapés d’autre part. Un accord entre l’Église et l’État stipule que les Églises «abriteront des signes dans des endroits bien aménagés à l’intérieur, sans nuire au bon déroulement habituel du culte.
Parmi les signes qui y seront conservés, il y a les ossements, restes des victimes des massacres qui y ont été perpétrés...» L’Église de N’tarama entre par Jean-Pierre Chrétien et Ubaldo Rafiki 7. À Kibeho, lieu de culte marial, lieu de miracles, une voyante recevait encore, au cœur du génocide, des messages “très vichyssois” de la Vierge, comme le notent Jean-Pierre Chrétien et Ubaldo Rafiki8, messages aussitôt diffusés par la radio nationale et Radio mille collines. Les rescapés n’attendirent pas d’autorisation pour enfouir leurs morts dans l’Église elle-même. La polémique avec l’Église se résolut par la construction d’un mur de vitres opaques au centre du bâtiment, devenu d’un côté mémorial, et resté de l’autre lieu de culte.
À Nyamata, l’Église rwandaise et le Vatican ont été mis devant le fait accompli.
L’Église de Nyamata a été, du moins au début, un des lieux mémoriels parmi les plus visités du Rwanda. » [Blum, Nyamata et Ntarama : église- mémorial, églises et mémoriaux].
Et à 1\DUXEX\H, ce sont les objets utilisés par les tueurs qui sont exposés. « Dans le long couloir du couvent de Nyarubuye, un tronc coupé en deux, servant à la préparation de l’urwagwa, est justement conservé. Les Hutu s’en servaient pour y décapiter les Tutsi et exposer leurs corps, tandis que les calebasses à bière recueillaient leur sang.
C’était une « plaisanterie » couramment répandue chez les interahamwe : pour se moquer, ils prétendaient que le sang de leurs victimes allait se changer en lait – puisque les Tutsi, majoritairement éleveurs, en buvaient beaucoup selon la croyance répandue. Nyarubuye, plus que n’importe quel autre lieu, fait comprendre à quel point 7. Jean-Pierre Chrétien et Ubaldo Rafiki, « L’Eglise de Kibeho au Rwanda : lieu de culte ou lieu de mémoire du génocide de 1994 », Génocides/Lieux et non-lieux de mémoire Revue d’histoire de la Shoah n°181 2004/2
l’inversion des valeurs et des traditions fut totale pendant le génocide.
C’est un fait, les tueurs utilisaient un vocabulaire détourné pour parler de l’extermination des Tutsi : « couper, raccourcir, rôtir », plutôt que « tuer, amputer, brûler »… La perversité des assassins les poussa même à rivaliser d’ingéniosité pour débusquer, parmi les parterres de cadavres, ceux qui vivaient encore. Ainsi, à Nyarubuye, les moulins (urusyo) employés pour la préparation de la farine de sorgho et de manioc et les mortiers pour piler les arachides furent utilisés d’une toute autre manière : pour y broyer du piment. Jean Damascène, l’un des guides du mémorial, décrit dans les moindres détails le rituel macabre des interahamwe : « Une fois que le piment était broyé menu, dans la pierre, ils le répandaient sur les corps des Tutsi, pour s’assurer qu’ils étaient bien morts. Ceux qui étaient encore vivants criaient ou éternuaient, et par après, les tueurs leur donnaient un coup de machette ou de ntampongano (le gourdin clouté avec lequel les miliciens frappaient les crânes de leurs victimes).» Selon d’autres témoignages, les femmes hutu allaient jusqu’à en asperger les vagins des jeunes filles que leurs maris venaient de violer.
En face d’une table de fortune où ont été entassés les effets personnels des Tutsi – chaussures, chapeaux, ustensiles de la vie quotidienne –, les armes du crime ont été conservées : flèches, pioches, houes, barres de fer, bâtons effilés. Au milieu de ce musée des horreurs, un étrange objet interpelle. Jean Damascène explique que c’est un hachoir, et que les tueurs l’utilisaient pour broyer le cœur des Tutsi. Et d’ajouter, désignant un vieux four de briques à l’extérieur, au milieu de la cour : « Un Hutu, du nom de Simba, utilisait ce four pour cuire la chair et le cœur de ses victimes, balisme ne sont pas nouveaux, plusieurs témoins ayant corroboré le récit de Jean Damascène. En mars 2007, trois Rwandais (deux hommes et une femme) furent d’ailleurs condamnés par une gaçaça à vingt-sept ans d’emprisonnements pour des faits similaires survenus dans l’Ouest du pays. De tels récits pourraient paraître exagérés, voire grotesques ; face à l’horreur la plus sourde, les humains ont souvent tendance à minimiser la nature des crimes, en guise d’autoprotection, comme pour se rassurer sur leur propre humanité. Cependant, il ne faut pas voir ces faits de cannibalisme comme le produit d’un quelconque goût des tueurs pour la chair humaine : il est manifeste que ces pratiques, si elles sont bien avérées, s’inscrivaient dans une logique d’agression, motivées par le désir d’exercer un pouvoir sur les victimes tutsi. Manger le cœur de l’autre, symboliquement le siège du courage, est révélateur d’un évident désir de possession et de destitution du rang social. Quelle fut la fréquence de ces actes anthropophages au Rwanda ? Difficile de le dire réellement. On est à une constante frontière entre le réel et le phantasme, où la résurgence d’un cannibalisme primitif semble incarner dans la parole des rescapés l’horreur des crimes qu’ils ont subis. » [Réra, Nyarubuye : quelque part, entre les vivants et les morts].
Derrière ces mises en scène fragmentées, il y a eu de multiples négociations, avec les rescapés, avec les proches des victimes, avec l’Église, avec le processus de deuil d’un pays tout entier… La politique mémorielle elle-même a évolué de 1994 à nos jours, et les mémoriaux avec elle, et avec elle les pièces à conviction de ce gigantesque massacre de « proximité » qui a provoqué, dans l’indifférence quasi générale de la communauté
Les auteurs de cette publication électronique sont : Paola Bertilotti (Sciences-Po), Laure Billon (Centre d’Histoire sociale du XXe siècle), Françoise Blum (Ed.) (Centre d’Histoire Sociale du XXe siècle), Jean-Pierre Chrétien (Centre d’études des mondes africains), Catherine Coquio (Univ. Paris 7), Boris Boubacar Diop (Ecrivain), Rémi Korman (EHESS), Claire Mouradian (CERCEC), Nathan Réra (Univ. de Provence/ Aix-Marseille 1), Jean-Charles Szurek (Institut des sciences sociales du politique).
Le graphisme est l’œuvre de François-Jean Dazin.
L’exposition a été réalisée avec le soutien de l’université Paris-1 et de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. http://chs.univ-paris1.fr/genocides_et_politiques_memorielles/ décompte de Jonathan Littell, 11 111 assassinés par jour, 463 par heure et 7,70 par minute, et ce, non point dans les immenses territoires de «la Shoah par balles», mais dans un tout petit pays… Bisesero est à l’abandon. Nyamata et N’tarama reçoivent bien peu de visiteurs. Seuls Gisozi, où l’on entend des pleurs, et où l’on voit les marques d’immenses douleurs, et Murambi, accueillent encore rescapés et visiteurs. Si l’on pouvait essayer de comprendre quelque chose, modestement, c’était bien la fonction et l’histoire de ces mémoriaux, encore brève, mais déjà riche de multiples transformations. Les photos prises sur les lieux, à des moments divers, ont donc servi de trame à la présentation des lieux de mémoire rwandais. Il serait intéressant aussi de poursuivre ce travail et son exposé en ligne en effectuant un nouveau repérage photographique, quelques années après.
Françoise Blum (Centre d’histoire sociale du XXe siècle)
- ↩ Groupov, Une tentative de réparation symbolique envers les morts à l’usage des vivants, Paris, Editions théâtrales, 2002, p.147.
- ↩ Alain Mabanckou Rwanda : ce génocide qui nous les plus faibles. Quelques vaches amaigries sont conduites sur les collines par de jeunes enfants en haillons. Les Abaseseros, survivants du génocide souffrent encore aujourd’hui de traumatismes graves, non soignés. Le monument, vide et désert surplombe les collines de son silence » [Martz- Kuhn, Bisesero, palimpseste mémoriel ?]. 0XUDPEL offre aux regards du visiteur les corps conservés avec de la chaux vive, dans une terrible nudité : « On le sait : pour les étranges politiciens du Hutu Power, livrer les cadavres des Tutsi aux chiens et aux vautours était une façon comme une autre de signer leurs crimes. Murambi a été l’unique exception à cette règle puisque les corps, d’abord abandonnés sur place, ont fini par être enterrés pour permettre à Turquoise d’occuper les lieux. Il est impossible de faire le tour des salles du site sans être frappé par l’état de conservation quasi parfait des restes exhumés de ces milliers de Tutsi après la victoire du FPR.