Je me souviens du parc Lazienki à Varsovie.

On est seuls ce matin, ça sent les feuilles mortes dans l’humidité de l’automne, le sol est jonché de châtaignes. Je les ramasse, comme tous les gosses du monde. Mon père me fait le résumé du Livre I du « Capital ». Je lui réclame une histoire du temps – encore tout proche pour lui, encore si lointain pour moi – « où il était dans la Résistance ». Une histoire de poseurs de bombes dans des cafés bourrés d’Allemands, une histoire de dérailleurs de trains. Il accepte et c’est mieux comme-ça. Pour un gamin de huit ans, ces histoires étaient plus aisées à entendre que celles que ma mère me contait : celle de mon cousin Haim qui, âgé de onze ans, avait sauté du train qui le conduisait à Treblinka, ou encore celle de notre cousin Meir List. Il était, à la MOI, un des responsables du groupe de combat juif. Il est tombé lors de la « grande chute ». Sous la torture, il n’a pas parlé. On l’a fusillé. Elle me dit que je porte son nom. Je doute aujourd’hui que je saurais ne pas parler sous la torture.

Je me souviens d’un train de nuit, j’y suis avec mon cousin Charles. C’est le fils de Jeanne List et de Léon Pakin. Couchés, nous réclamons encore une histoire avant de dormir. Comme tous les gosses du monde. A grands cris : « raconte- Résistance ». Il y a d’autres gens dans le compartiment. Mon père refuse, fermement. Je ne comprends pas, pas encore, que ces histoires-là ne sont pas faites pour être racontées devant le tout venant. Que ces histoires-là, on ne les raconte que dans le secret d’une transmission, de père à fils, de mémoire à mémoire.

Je me souviens du jour où j’ai demandé à mon père : « papa, combien d’Allemands as-tu tué pendant la guerre ? ». Je me souviens de son silence, je me souviens de quel regard il m’avait fusillé en retour, je me souviens qu’il avait su se retenir de me flanquer une paire de claques.

Je me souviens d’un quai de gare à Paris.

C’est le moment de départ pour Varsovie. Mon père a décidé d’y retourner après la guerre, j’ai quatre ans. Je suis dans les bras de ma mère, ma cousine Nina dans les bras de la sienne, sur le quai. On pleure, on n’en finit pas de pleurer, on est certains de ne plus jamais se revoir. Sur le quai, une bonne partie de la vieille garde de la MOI venue là pour célébrer ce départ. Ils parlaient français avec les accents venus de tous les coins d’Europe, mais pour beaucoup d’entre eux, quand venait le moment de se dire des choses vraies, cela se disait en yiddish. Bientôt, au lieu JE ME SOUVIENS Michel Grojnowski Le texte qui suit fut rédigé sur invitation en vue d’une publication dans les actes d’un colloque consacré aux Juifs dans la Résistance. Il a pris la forme de cette remémoration à plusieurs voix et plu- sieurs niveaux qui suit et, pour des raisons diverses, il n’a pas été publié dans le volume pour lequel il avait été sollicité. C’est cependant cette destination première qui fait que les personnes qui y sont évo- quées le sont principalement au travers d’un seul moment de leur vie : celui où elles étaient engagées dans les rangs de la Résistance.

langue, que ma mère avait commencé à me transmettre, était encore menacée de mort. Au motif, cette fois, d’un « internationalisme prolétarien » revisité au goût de l’époque et du lieu et parce que la Pologne dite nouvelle avait gardé avec l’ancienne une connivence antisémite bien chevillée au corps. Mon père accepta, en militant impeccable. Ma mère s’y plia de mauvaise grâce et de tout le restant de sa vie elle s’employa à braver le verdict par une œuvre écrite dans cette langue.

Ceci est une autre histoire de résistance.

C’est une histoire de triangles. La MOI clandestine était organisée en groupes de trois personnes. Seule une personne de chaque triangle assurait le contact avec quelqu’un qui servait de lien extérieur à tous les triangles d’un certain ensemble. Une arborescence de triangles. Arborescence – arbre –châtaigners – odeur des feuilles mortes dans l’humidité de l’automne – mon père – MOI – moi. Le triangle dirigeant comprenait mon père, Jacques Kaminski et Arthur London. Mon père assurait la direction politique de l’ensemble, Kaminski faisait le lien avec le secteur armé du réseau, London dirigeait le travail de sape visant les soldats allemands. Ce triangle-ci avait aussi son lien extérieur. C’est mon père qui l’assurait.

A l’autre bout du lien, la direction clandestine du PCF. A l’autre bout du lien, Jacques Duclos. Entre les deux, un agent de liaison.

Des journées entières à marcher dans les rues de Paris, de rendez-vous clandestin en réunions à deux tenues en remontant le Boulevard. De contact en contact, de lien en lien. Toutes ces fois où un contact rencontré dans la journée fut suivi et arrêté peu de temps après. Pourquoi pas lui, alors que c’était lui que l’on recherchait ? Est-ce avec sa taille de 1m65 et sa démarche à petits pas pressés, il n’avait décidément pas l’emploi d’un chef ?

Une de ses trois fausses et vraies-fausses cartes d’identité de l’époque : Brok Alexandre, né le 17 janvier 1904 à Sofia, département : Bulgarie.

La date de naissance est exacte, le reste est faux.

Avec son accent venant de l’Est, il valait mieux se présenter comme un Bulgare naturalisé que vouloir se faire passer pour un Joseph Bernard ou un Edouard Bertoletti sur la foi de l’une des deux autres cartes. Taille : 1m65, Cheveux : châtains, Yeux : marron. Suit une description fort détaillée de son nez (dos, base, dimension). Dans la case « Moustache », on a apposé un minuscule signe en forme d’un x. Un x comme la plus banale des notations de l’inconnue en écriture mathématique.

Mais si ce x figurait l’inconnue dans l’équation de mon père, il est clair que celle-ci, à l’époque, n’obéissait à aucune condition ordinaire de stabilité ou de tout autre genre de régularité.

Il y eut d’autres rendez-vous clandestins. Mon père était un esprit rigoureux et un militant parfaitement discipliné. Des qualités de choix chez un chef de réseau clandestin. Il me raconte : « ta mère agissait dans un autre secteur de l’organisation, il nous était formellement interdit de nous voir, même fugitivement, on a bien-sûr contrevenu à cet ordre un certain nombre de fois ».

La vraie-fausse carte d’identité de ma mère :

Brok Maria (née Palow), née le 31 décembre 1908 à Varsovie, département : Pologne. La date de naissance est exacte, le reste est faux. Mais ce qui est vrai, c’est que la fausse Maria Brok est bel et bien la vraie épouse du faux Alexandre Brok et

dez-vous doublement clandestins, ils n’auraient pas eu tout faux. L’essentiel était vrai : cet amour au mépris du danger qui pousse à l’indiscipline les plus disciplinés des militants. La photo de ma mère qui figure sur ce faux est celle que, parmi toutes, j’aime le plus. Elle y est d’une jeunesse que je lui avais depuis longtemps oubliée. Je comprends que mon père ait succombé à l’attrait de cet étrange regard qui paraît s’effrayer sans fin de l’étrangèreté des choses. Je me dis que si je croisais cette étrangère dans la rue sans lui adresser la parole, longtemps je demeurerais à regretter de ne pas l’avoir fait.

Je regarde leurs photos sur ces faux papiers de l’époque autrement que d’habitude, car cette fois c’est pour avoir accepté de me remémorer. Je regarde leurs photos, elles s’adressent à moi pour me rappeler une chose qui tend souvent à fuir de ma mémoire : qu’est-ce qu’ils ont été jeunes, un jour !

Une planque principale dans un pavillon au Perreux, une autre chez ma tante Thérèse, rue Georges Lardennois face aux Buttes-Chaumont, et Jeanne List qui était là en soutien, avec toujours une planque vierge à sa disposition en cas de coup dur. Jeanne List, toujours en soutien, alors que son enfant, celui de Léon Pakin, était né depuis peu et qu’elle était engagée par ailleurs dans les actions de sauvetage des enfants juifs. J’ignore si mon père s’en serait sorti aussi bien sans sa présence.

Elle avait toujours la bonne combine en réserve quand le moment devenait critique. Je me souviens comme elle a pleuré, à l’hôpital, quand il était devenu impossible de se dissimuler que dans quelques jours il allait mourir. Jamais de ma vie je n’ai entendu de pleurs aussi impudiques, aussi sincères Elle a été là avec lui jusqu’au bout si c’était elle qui était partie la première, il aurait été là aussi, jusqu’au bout. Et peut-être aurait-il pleuré ce jour-là.

Une planque chez Thérèse. Je me souviens qu’il venait là, il s’était fait pousser une petite moustache, cela le changeait, le rendait très mystérieux et important à mes yeux. Il restait des heures à arpenter la pièce et à réfléchir en silence et je me demandais qui était cet homme que je connaissais et ne connaissais plus, cet homme qui, avant que toutes ces choses ne commencent était tout simplement mon tonton. De cela, ce n’est pas moi qui me souviens. C’est mon cousin Daniel qui lui, était déjà là et s’en souvient dans le souvenir que je garde de son souvenir. De même que je me souviens du jour où ma mère est arrivée de façon imprévue chez Thérèse (en avait-elle le droit ?) pour dire ce qu’elle venait d’entendre sur les ondes de Radio – Londres dont les émissions lui servaient pour les articles de la presse clandestine dont elle était chargée : cette information qui un jour fut diffusée, sur l’existence des camps d’extermination, des chambres à gaz, des fours crématoires. Je me souviens que personne ne l’avait crue et que tout le monde s’était mis à la raisonner. Ce n’est pas moi non plus qui me souviens de cela, c’est ma cousine Nina qui le tient du souvenir de Thérèse, sa mère. Et mon souvenir ici s’autorise du souvenir de ce souvenir. Et lorsque je m’en souviens, je pense à « Rosemary’s Baby », à cette scène où Rosemary, ayant fini par comprendre qui sont ces gens qui tissent un piège autour d’elle, le confie à d’autres. Et on la prend pour une folle.

Je me souviens du jour où mon père est rentré de son travail au Comité Central du POUP en disant : « London a été arrêté à Prague il est accusé

Je me souviens de son désarroi, de son incrédulité quant à ce chef d’accusation. Tout comme il semblait être incrédule de cette incrédulité-ci. Car il était un militant parfaitement discipliné. Mais aussi un esprit suffisamment rigoureux. A-t-il eu peur ? Peut-être. Ma mère a eu peur, sûrement.

Parce que sa moindre rigueur formelle lui permettait d’être moins impitoyablement disciplinée et d’avoir un sens du danger plus affûté. Par extension, j’ai eu peur aussi, sans savoir de quoi au juste il y avait lieu d’avoir peur. Il n’y a pas eu de « procès de Varsovie » dans ces années 50 et j’ai pu ainsi rester avec mon papa. Il m’aura expliqué plus tard que je devais cette chance à un autre drame. Toute la direction historique du KPP, du vieux Parti Communiste Polonais avait été exterminée à Moscou en 1938 par les flingueurs de Staline, puis le parti fut dissout et un grand nombre de ses militants disparut dans les «purges ».

Le POUP était un successeur bien pâle du grand KPP, il aurait eu néanmoins assez de cran pour s’opposer à ce que cela recommence. C’est ainsi que mon père m’expliqua un jour la chance que j’avais eue de garder mon papa avec moi.

Je me souviens du parc Lazienki à Varsovie.

Je vois deux hommes marcher côte à côte le long des allées. Le ton est animé, mais on baisse la voix, on passe par les allées les moins fréquentées et on change de sujet lorsque l’on croise d’autres promeneurs. Cela, je le revois et, lorsque aujourd’hui j’y repense, je les imagine des années avant dans Paris occupé, allant de rendez-vous en rendez-vous et tenant des conférences à deux en remontant le Boulevard. Des complices de longue date qui ont gardé d’anciennes habitudes, car ce qu’ils ont à se dire n’est pas fait pour être entendu des agents de la police politique de ces années-là Pourtant ils sont de vieux militants et aujourd’hui un peu moins disciplinés et sûrement animés d’une rigueur plus fine que celle de leurs jeunes années. Et un peu moins incrédules d’être devenus tels. L’un d’eux est mon père, l’autre c’est Jacques Kaminski.

Je me souviens de Léon Pakin. Je ne l’ai jamais connu, il fut fusillé avant que je naisse, mais j’ai le sentiment de m’en être toujours souvenu.

Ils sont entrés à deux dans l’officine d’un fourreur juif qui, en ces temps-là, était obligé de produire pour la Wehrmacht. Ils voulaient le persuader de ne plus le faire. Etaient-ils armés ? M’a-t-on dit qu’ils l’étaient ? Le fourreur a pris peur, mais ne manqua pas de courage : il se précipita vers l’extérieur en hurlant « au secours ». Et comme ils n’étaient pas les voyous faisant un casse pour lesquels on les avait pris, ils ne l’ont pas plaqué au sol, ne l’ont pas ceinturé ni assommé et n’ont pas tiré, bien-sûr. Pourtant, Léon n’était pas tombé de la dernière pluie, il avait derrière lui toute la campagne d’Espagne à combattre contre les armées de Franco. Mais ce jour - là, on les a pris et, peu de temps après, fusillés. Je me souviens de mon père me disant plus d’une fois qu’il avait été en désaccord avec ces actions-là, les trouvant « politiquement inappropriées ». Mais il a laissé faire et je sais qu’il a gardé en lui le regret de ne pas avoir eu la fermeté de les empêcher. Je sais qu’il s’est occupé du fils de Léon comme de son propre fils, je sais qu’il s’est occupé de mon cousin Haim comme de son propre fils. Au point de me rendre férocement jaloux. Mais au point que moi aussi à présent, j’ai certains de mes enfants qui ne sont pas mes propres fils.

Je me souviens de Manouchian, de ce que mon père m’en disait, bien-sûr : « Manouchian était un militant expérimenté un politique On

l’idée qu’il allait diriger du haut de son expérience les ardeurs des autres, plus jeunes, ne craignant plus rien, prêts à tout ». J’ignore ce qu’il en a été, il me revient seulement en mémoire ce propos d’un ancien membre du groupe de combat juif de la MOI : « je ne crains plus grand-chose, maintenant que je sais que je ne peux plus mourir jeune ».

Il y a tant de souvenirs encore. Comme celui du trottoir de l’Avenue Aristide Briand près de la sortie de la station Bagneux. A chaque fois que j’y passe, j’y pense et quand je suis avec T., avec N., avec E., A., J., M., O., ou I., j’en raconte le souvenir. C’est là que mon père rencontrait Lejba Trepper après que celui-ci eut perdu tous ses émetteurs et ne put plus émettre vers Moscou. Alors il a fait ce qui lui avait été strictement interdit, il a pris contact avec la direction clandestine du PCF pour pouvoir continuer à envoyer les renseignements au moyen de leurs propres émetteurs. Il transmettait les informations à mon père qui les faisait parvenir à Duclos par leur agent de liaison.

Un jour, Trepper était suivi et, peu de temps après, arrêté. Il s’en était aperçu et avait trouvé le moyen de glisser à mon père qui s’approchait : « fous le camp, fous le camp ». Ils se sont croisés comme deux passants anonymes. J’en ai lu l’histoire chez Gilles Perrault, dans l’Orchestre Rouge, Trepper m’en a parlé plus tard, beaucoup plus tard : après être sorti du goulag soviétique et avoir repris un nouvel exil, à travers la Pologne, la France, Israël.

En quelle langue me l’avait-il raconté ? En français peut-être, en polonais selon mon souvenir, mais si cette conversation n’avait eu lieu que dans un rêve, je suis sûr qu’il m’aurait parlé en yiddish.

C’est un witz que l’on trouve conté dans un des écrits de Freud qui en matière de witz s’y entendait à merveille. Deux Juifs se rencontrent sur le quai d’une gare : « Mais où vas-tu comme ça », dit l’un. - « Mais je vais à Cracovie », répond - l’autre. « Ecoute – dit le premier – tu me dis que - tu vas à Cracovie pour que je crois que tu vas à Lemberg. Mais moi je sais que tu vas à Cracovie. Alors pourquoi me mens-tu !? » Ma mémoire est-elle comme ce Juif que l’on fait mentir quand il dit la vérité ou qui dit vrai en dépit du fait que seul le mensonge se laisse entendre, sans dire qu’il sait ou ne sait pas que tout ce qui se donne pour vrai génère sa part de faux et cela ne l’empêche pas de parler pour tenter de dire ce qui est ? Est-elle comme ces Juifs dont il est dit dans un proverbe yiddish : « tswei yid, drei meningen » (prends deux Juifs et tu auras trois points de vue) ? Je ne sais. Mais il y a aussi cela : « Je suis le descendant d’une famille de Juifs ashkénazes de Pologne. Mon grand-père paternel est arrivé en France avec ma grand-mère (… …) avant la Seconde Guerre mondiale (… …) Ils sont arrivés pour la Résistance (… …) Mon grand-père était le dirigeant de la MOI en France (… …) en gros la Résistance des étrangers en France. C’est une chose à laquelle je tiens beaucoup. Je ne vais pas dire que c’est une fierté, car je n’aime pas trop ce mot, mais un fort héritage. Ma grand- mère était aussi dans la MOI. Mon grand-père est né en 1904 à R. (… …) Très tôt, il est devenu communiste. Dans notre famille, du côté paternel, c’étaient des commu- nistes. Je sais qu’il a été en prison en Pologne dans les années vingt. Après, il a dû s’exiler en France Il a rencontré ma grand-mère Elle aussi

était communiste. Elle était d’une famille juive très conservatrice (… …) Ce qui est important pour moi, c’est le cadre dans lequel ma famille paternelle est arrivée en France, pour un combat et pour des valeurs qui me tiennent vraiment à cœur aujourd’hui (… …). Ai-je des engagements politiques ? Pas forcé- ment politiques, mais moraux. Le mélange des cultures, inter religions, interethniques, toujours. Quels que soient les événements historiques qui puissent avoir lieu, ne jamais tomber dans la fer- meture d’esprit qui pour moi est un fardeau pour l’humanité. J’utilise des grands mots, mais c’est le meilleur moyen d’exprimer ce que je veux dire (… …). Sincèrement, c’est le plus bel héritage que j’ai de ma famille (… …) ». Ce n’est pas moi qui dis cela et d’ailleurs, ma fréquentation assidue des deux Juifs du witz de Freud m’empêcherait de le dire avec autant de fraîcheur et de sincérité. Cela est dit par mon fils Amiel dans un entretien donné, à l’âge de 19 ans, pour une enquête portant sur les membres de la « troisième génération ». Il est juste que le dernier mot revienne aux enfants.

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