J’avais croisé Jacques Burko en plusieurs lieux mais nous avons vraiment fait connaissance à l’occasion de la traduction des Carnets du ghetto de Varsovie d’Adam Czerniakow, parus en 1996 aux éditions La Découverte.

Initialement, la traduction de ces Carnets, rédigés par celui qui présida le Conseil du ghetto de septembre 1939 au 23 juillet 1942 (date à laquelle il se suicida), avait été confiée à Maria Elster, survivante du ghetto. Atteinte d’un cancer dont elle mourut, Maria Elster ne put continuer ce travail, me confiant « cette traduction pas comme les autres », comme elle l’écrivit à l’éditeur. Devant l’ampleur de la tâche, je demandai à Jacques de bien vouloir s’associer à la traduction. Le texte de Czerniakow était sec, des notes jetées sur un bout de papier, destinées vraisemblablement à une publication ultérieure. Sa valeur est factuelle, historique, pas littéraire.

Jacques, qui introduisit certains des plus grands poètes polonais en France (Tuwim, Herbert, Szymborska), avait spontanément tendance à légèrement enjoliver les phrases de Czerniakow et je dus me « battre » contre lui pour restaurer la banalité des phrases de l’auteur. Inversement, il corrigea nombre de mes erreurs, connaissant bien que mieux que moi le polonais et la langue de l’Occupation.

Ainsi, c’est un texte homogène qui fut proposé au lecteur français.

De ce côtoiement fréquent de deux traducteurs aux partis pris très différents – Jacques aimait la langue polonaise et voulait transmettre ses beaux textes, alors que je n’ai pas ce goût – est née une amitié forgée dans les petites phrases de Czerniakow.

Dans la postface que j’écrivis dans ce volume («  L’énigme  polonaise  »),  réflexion  sur  la posture du témoin polonais à l’égard de la tragédie juive, figure le fameux poème Campo di Fiori de Czeslaw Milosz, magnifiquement traduit par Jacques Burko.

Cette amitié devient complicité lors des réunions du cercle Gaston Crémieux et surtout de Plurielles où nous représentions « la tendance polonaise » au sein du comité de rédaction.

Comme nous tous, je suis un peu orphelin de Jacques.

Jean-Charles Szurek

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