Alors que, ici ou là, on s’évertue aujourd’hui à relativiser l’épopée qui réunit autour de la défense de la république espagnole des volontaires venus de plus de cinquante pays (de France, de Pologne, de Palestine, de Cuba, des Etats- Unis et… d’ailleurs), la soumettant exclusivement à une entreprise de pré-soviétisation téléguidée par Moscou, il est bon de rappeler que l’élan qui a porté ces hommes (et femmes) vers l’Espagne, se caractérisait d’abord par un antifascisme de conviction, et non celui qui allait, après la guerre, servir de paravent à “l’édification du socialisme”. Le courage ensuite, car rien ne les obligeait à quitter femmes, enfants, foyer. Il y avait également, sans nul doute pour certains, une part d’aventure révolutionnaire, la révolution russe n’était pas si éloignée. Cette participation à la guerre d’Espagne est demeurée pour eux – tous leurs témoignages le montrent une expérience exaltante, unique, qu’aucun réexamen, de leur part, ne parviendra véritablement à entacher. Même leurs désillusions ultérieures, reniements, abandons, ne parviendront à inclure “l’Espagne” dans le Grand Mensonge communiste. S’ils furent quasi tous, en effet, communistes – encore que certains, tels G.E.

Sichon, l’auteur d’un des articles ci-après, fussent issus du mouvement socialiste– leurs destins, prises de conscience, les éloigneront progressivement du grand rêve initial. Celui de Frantisek Kriegel, présenté dans ce dossier, est exceptionnel, car il sut à tout moment, souvent au prix de sa propre liberté, combattre pour un avenir socialiste, libre lui aussi. Pour Kriegel, il y avait une continuité logique entre ses engagements en faveur de l’Espagne républicaine et de l’opposition démocratique en Tchécoslovaquie (il fut l’un des signataires de la Charte 77). A 40 ans de distance, c’était le même combat.

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