Pendant de longues décades, la forte participation de volontaires Juifs dans la Guerre civile espagnole a été un des faits les moins connus de l’histoire récente. Le livre de David Diamant Combattants Juifs dans l’Armée Républicaine espagnole de 1979 a été la première documentation aisément accessible sur ce thème. Le livre était orienté suivant la politique communiste de ce temps qui dépouilla les Juifs de leur identité nationale dans le combat contre le fascisme. De nombreuses personnalités juives des Brigades Internationales comme Manfred Stern ne furent même pas mentionnées dans ce livre. Cela fût une des raisons pourlesquelles j’entrepris de rechercher les faits inconnus au sujet de la lutte des Juifs pour la République espagnole et contre l’alliance fasciste de Franco, Hitler et Mussolini. Cet événement a été en effet un prélude à la Deuxième Guerre Mondiale qui a apporté la mort et la destruction aux Juifs d’Europe. En écrivant le livre “Shalom Libertad” dont la première édition parut en 1989, j’ai essayé de sauvegarder la mémoire des combattants juifs oubliés qui prirent les armes contre la menace fasciste, et la part prise par des Juifs sur les fronts d’Espagne et dans l’aide humanitaire et politique à la République.

Les premiers volontaires de la Guerre civile espagnole La plupart des hommes qui se sont précipités en Espagne pour s’enrôler dans les Brigades Internationales étaient des internationalistes de conviction. D’aucune façon ils n’étaient motivés par des intérêts nationalistes. Néanmoins ils unités et des brigades ; les journaux de la ligne de front étaient publiés dans différentes langues, et les soldats étaient fiers de défendre la République Espagnole au nom de leurs peuples et nations. Cela s’appliqua également à ceux d’origine ou de nationalité juive. La première unité internationale de la Guerre Civile espagnole était la “Centurie Thälmann” qui consistait en 18 volontaires, dont la majorité étaient Juifs.

Combien de Juifs ont combattu dans la Guerre Civile espagnole ?

Le Dr Josef Toch, un écrivain juif et journaliste d’Autriche et volontaire lui-même a classé la participation des Juifs de la façon suivante :

Pologne 2250, USA 1236, France 1043, Grande- Bretagne 214, Palestine 267, Hongrie, Autriche, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Canada, Italie, Scandinavie, Allemagne 1093, autres pays 1602, Union Soviétique 53, total : 7758. L’espagnol Alberto Fernandez présente, dans son article dans le périodique Tiempo de Historia de 1975 un total encore plus grand de 85101 . Mon estimation, prudente, est qu’il y avait environ 6 000 volontaires Juifs car beaucoup d’entre eux sont venus en Espagne sous des noms d’emprunt et ont souvent été comptés deux fois. Il y avait assez de Juifs en Espagne pour former une Brigade Internationale Juive.

La campagne fasciste contre les volontaires Juifs Dès le début, les fascistes ont reconnu les implications de l’engagement des Juifs pour la Quelques notes sur l’engagement des Juifs dans la guerre d’Espagne Par Arno Lustiger

Niebelungen-Verlag à Berlin avait publié Das Rotbuch über Spanien (Le livre Rouge sur l’Es- pagne), qui inclut un chapitre intitulé “Von Juden mit Juden ! “Avec les Juifs pour les Juifs”, traitant de la contribution des Juifs à la guerre. En 1944 le Welt-Dienst-Verlag a publié un petit livre d’Erich Schwarzburg intitulé “Le Bolche- visme et la franc-maçonnerie juives comme ini- tiateurs de la Guerre civile espagnole” 2.En 1943 pages intitulé “Du sang sur la Cité - Les com- plicités judéo-maçoniques dans la Révolution Rouge d’Espagne”. Un des chapitres est intitulé “L’Armée Républicaine Juive” Dans cette brochure, l’auteur prétend que tout l’Etat-Major des corps médicaux des interbrigades était composé de Juifs.

Nous sommes donc en présence du fait surprenant que les fascistes furent les seuls qui reconnurent “en temps réel” l’appui massif que les Juifs apportèrent à la République d’Espagne alors que cela était ignoré par des millions de gens dans le monde entier à cause de l’influence d’historiens et de journalistes soviétiques ou proches des communistes.

L’unité juive “Botwin” En 1937 un livre écrit par Gina Medem, une correspondante de guerre pour des journaux juifs des USA, a été publié le Bureau du Commissaire Général des Brigades Internationales à Madrid.

Le titre en était Des Volontaires juifs pour la liberté. Une année de lutte dans les Brigades Internationales 3. Le livre marqua le premier anniversaire des Brigades Internationales. Le Commissaire Général des Brigades Luigi Longo, écrivit une émouvante préface en l’honneur de volontaires Juifs qui avaient été tués. Voici un extrait de ce texte : “En tant que combattant de la Liberté, j’ai resdes héros juifs qui s’étaient illustrés de manière si grandiose dans l’histoire de nos Brigades. Il est regrettable qu’ils n’aient pu combattre ensemble dans une formation juive.

Pourtant, nous, combattants de toutes les Brigades et de toutes les nationalités, nous devons recueillir le généreux exemple de l’esprit de sacrifice et de l’héroïsme des combattants juifs et les offrir à l’admiration du monde comme le souhaitait ce jeune camarade juif qui est tombé parmi les premiers dans la défense de Madrid.” Le 12 décembre 1937 une unité du Bataillon Palafox de la XIIIe Brigade Internationale Dombrowski, a été nommée “Unité Juive Botwin”.

Voici la traduction de l’ordre du jour, publié, en yiddisch à cette occasion :

Ordre du jour de l’état-major de la Xllle brigade Dombrowski sur le front d’Aragon Camarades, soldats, officiers et commandants de la brigade Dombrowski ! Volontaires juifs ! Aujourd’hui, 12 décembre 1937, la compagnie juive Botwin est entrée dans notre glorieuse fa- mille des combattants antifascistes. Depuis leur arrivée en Espagne, tous nos volontaires (d’abord au sein d’une compagnie, puis d’un bataillon et aujourd’hui d’une brigade) étaient et restent une grande famille qui unit les com- battants polonais, allemands, ukrainiens, rus- ses blancs, juifs, hongrois, espagnols et autres. La lutte côte à côte, le sang qui a coulé nous ont encore rapprochés et nous ont appris à nous aimer et à nous apprécier mutuellement. Nous, les antifascistes, quelles que soient notre na- tionalité et nos convictions politiques, sommes unis par un grand but : la lutte contre le fas- cisme, le combat pour un peuple espagnol li- bre et pour la libération de l’humanité de la servitude des fascistes. Dans la lutte “pour votre liberté et la nôtre”, les antifascistes du

volontaires des Brigades internationales et, en particulier, au sein de la brigade Dombrowski, les volontaires juifs se sont illustrés par leur héroïsme, leur ardeur au combat et leur esprit d’abnégation. A Madrid, Guadalajara, Huesca, Brunete, Saragosse, partout où nos Brigades ont combattu l’ennemi mortel de l’humanité, le fascisme, les volontaires juifs étaient aux premiers rangs donnant en exemple leur cou- rage et leur conscience antifasciste. Prenant en compte le grand nombre et l’im- portance de la présence des volontaires juifs au sein de la brigade Dombrowski et en mé- moire des combattants juifs tombés, nous déci- dons que la 2e compagnie de l’héroïque ba- taillon Palafox portera désormais le nom de “Compagnie juive Botwin”. La mémoire de Naftali Botwin nous est chère à tous. Botwin est le nom d’un jeune travailleur juif de Pologne qui a sacrifié sa vie dans la lutte con- tre le fascisme et la réaction et qui, condamné à mort par la justice fasciste, est tombé en héros. Son nom est un exemple et un symbole dans la lutte des masses populaires juives pour vo- tre liberté et la nôtre, un symbole de la solida- rité internationale et de la fraternisation des peuples. 12 décembre 1937. Commissaire politique de Commandant de la Xllle brigade Dombrowski, la Xllle brigade Dombrowski (S) STACH MATUSZCZAK. (S) JANEK BARWINSKI. Un des numéros (5) du journal de la “Compagnie Juive Botwin” :

Titre : Un adieu. En hommage à Chaskel Honigstein, mort le 1er novembre 1938.

Son premier commandant était Karol Gutman, qui a été tué en action en février 1938. Son successeur fut Leon Rubinstein, qui a été sérieusement blessé et remplacé par Michal Sapir, qui mourut dans un hôpital militaire en 1938. Son successeur, Israel Halbersberg, a été tué en action en 1938.Le commandant suivant, Emmanuel Mink, a également été blessé en action et remplacé par Alter Szerman dont les successeurs furent Tadeusz Szlachta4 et Samuel Alkalai ; tous deux tombèrent lors de l’offensive sur l’Ebre.

Szerman et Mink ont survécu grâce au fait que le 21 septembre 1938 l’un d’entre eux a été blessé et que l’autre avait été nommé dans une autre unité.

Donc dans les neuf mois de l’existence de cette unité miliaire huit de ses officiers commandants avaient été tués ou blessés. Aujourd’hui l’un d’entre eux, Emmanuel Mink, vit encore, à Paris. L’unité juive avait son propre journal de front, appelé Botwin, qui était imprimé à Barcelone par l’Etat-Major des Brigades Internationales. Voici un extrait du premier numéro : “Non seulement l’Unité Botwin, mais des centaines de volontaires appartenant à d’autres compagnies attendent de lire cette publication. De tous les quatre coins du monde juif des volontaires sont venus en Espagne pour aider à combattre le fascisme. Tous n’ont pu être intégrés dans l’Unité juive et de nombreux parmi eux ne voulurent pas être séparés des concitoyens de leurs pays d’origine. Néanmoins, ces volontaires n’ont pas oublié leur héritage juif, ni qu’en combattant le fascisme ils défient également la barbarie de l’antisémitisme, aussi bien que ce régime damné qui nous a amené les Lois de Nuremberg, les ghettos et les pogroms.” Les Juifs dans le corps médical et dans l’aide à la République espagnole Le long de la ligne de front, il y avait 47 hôpitaux militaires. A l’arrière, il y avait 97 hôpitaux avaient fondé et coordonnaient l’assistance médicale offerte par des groupes humanitaires et des individus du monde entier : le “Centre Sanitaire International d’Aide à l’Espagne Républicaine”, présidé par le professeur Victor Basch et installé à Paris ; l’Ayuda Medical Internacional, l’Association Médicale Internationale en charge des Hôpitaux médicaux des Interbrigades. Le “Medical Bureau to Aid Spanish Democracy” à New-York avait été fondé par le Dr Edward Barsky qui plus tard devint chirurgien en chef et officier commandant le Corps Médical des Brigades Internationales. Dans toutes ces organisations qui sauvèrent des milliers de vies humaines des soldats nationaux ou internationaux combattant pour la survie de la République d’Espagne, les Juifs du monde entier ont joué un rôle éminent comme fondateurs, médecins, et infirmières. 72 des 173 médecins travaillant dans les hôpitaux de la ligne du front étaient Juifs ; 54 médecins Juifs travaillaient dans les bases des Brigades. 47 de la cinquantaine de docteurs polonais dans les Interbrigades étaient Juifs.

La fin En octobre 1938 les Brigades Internationales ont été dissoutes et la majorité des volontaires ont été rapatriés dans leurs pays d’origine, parmi eux des Américains, des Britanniques, des Fran- çais, des Juifs de Palestine et d’autres. Cela n’a pas été le cas pour les Allemands, les Autrichiens, les Tchèques et les Juifs parmi eux, car ils devaient s’attendre à êtres envoyés en camps de concentration s’ils retournaient dans leur pays d’origine. Les soldats polonais, yougoslaves et bulgares comme les Juifs s’étaient expatriés de leurs pays respectifs.

Barcelone a été prise par les troupes de Franco le 26 janvier 1939. La défense républicaine s’écroula et des centaines de milliers de réfugiés affluaient vers la frontière française. Dans

regroupèrent les volontaires internationaux pour la deuxième et dernière fois. Le 26 janvier, les 4500 membres restants des brigades Dombrowski, Thälmann et Lincoln se portèrent volontaires pour rejoindre l’unité internationale Agrupacion International sous le commandement du Juif Polonais Henryk Torunczyk, l’ancien commandant de la XIIIe Brigade Dombrowski. Le chef des opérations était l’officier juif Julius Hibner, qui plus tard a combattu au sein de l’armée polono-russe, et reçut l’ordre le plus élevé, celui de “Héros de l’Union Soviétique”, et devint un général polonais.

Le volontaire juif Chaskel Honigstein de Lublin en Pologne a été le dernier soldat international de la Guerre Civile espagnole à être tué dans la bataille. Le gouvernement espagnol a ordonné en son honneur des funérailles nationales à Barcelone le 1er novembre 1938.

Le poète espagnol Petere avait composé un poème en son honneur, poème qui a été jeté comme un tract des avions républicains.

Au temps de la Guerre Civile espagnole la Palestine comptait une population totale de 450 000 personnes. Environ 300 Palestiniens juifs et quatre Palestiniens arabes ont combattu pour la survie de la République espagnole. L’Institut Lavon a organisé une cérémonie commémorative à l’occasion du 50e anniversaire des Brigades Internationales le 29 septembre 1986 à Tel- Aviv. Le Président Chaim Herzog, lui-même un vétéran de la Deuxième Guerre Mondiale, saisit l’occasion pour honorer les volontaires Juifs.

En mars 1988 plusieurs centaines de personnes se sont réunies dans la partie militaire du cimetière Fuencarale de Madrid pour commémorer le monument en l’honneur des volontaires Juifs qui se sont fait tuer pour la défense de Madrid en novembre 1936. En mars 1990 un grand monument en l’honneur des volontaires Juifs tombés a été érigé et consacré sur le Mont Juich à Barcelone où les dirigeants de la République espagnole sont enterrés.

Annexe : Liste des officiers juifs dans les Brigades Internationales et l’Armée républicaine Général Manfred Stern - Emilio Klebér, Autriche/URSS, commandant de la XIe Brigade Thalmann, défenseur de Madrid 1936, mort au Goulag, 1954.

Général Lucacs-Mate Zalka - Béla Frankl, Hongrie/URSS, comandant oe la XIIe Brigade Ga- ribaldi, tombé en Espagne.

Général Waclaw Komar, Pologne, fondateur et commandant de la 129e Brigade Internationale Colonel Henry Torunczyk, Pologne, dernier commandant de XIIIe Brigade Dombrowski et de l’Agrupaçion International. Lt. Colonel John Gates- Solomon Regenstreif, USA, commissaire en chef de la XVe Brigade Lincoln Major Milton Wolff, USA, commandant du Battaillon Lincoln, XVe Brigade Major Boris Guimpel, France, chef d’Etat-Major de la XIVe Brigade La Marseillaise Major Alexander Szurek, Pologne, officier d’Etat-Major de la 35e Division Capitaine Sewek Kirszenbaum, Pologne, officier d’Etat-Major de la XIIIe Brigade, tué à Auschwitz Colonel Eugeniusz Szyr, Pologne, commissaire politique de la XIIIe Brigade Dombrowski Major Juliusz Hibner, Pologne, chef d’Etat-Major de l’« Agrupacion Internacional » Conseillers militaires et commandants Juifs soviétiques :

Général Grigori Stern, - Grigorevitsh, Conseiller soviétique militaire en chef en Espagne, « Hero of the Soviet Union », tué par Staline 1941

Général Jacob Smushkewitsh- Douglas, chef de l’aviation républicaine, chef de l’aviation Sovietique, deux fois « Héros de l’Union Soviétique », tué par Staline 1941 Colonel Selig Joffe, chef des Services techniques de l’aviation Général Simon Krivoshein, commandant des forces blindées, plus tard un des conquérants de Berlin Abram Abramowitsch, commandant de tanks, « Héros de l’Union Soviétique », tombé en Espagne Général Aleksandr Orlow, chef de la police secrète, organisa des unités de partisans républicains, transferra les réserves d’or d’Espagne à Moscou, se réfugia aux USA Général Walter Krivitzki, dirigeant de la police secrète, se réfugia aux USA Officiers supérieurs Juifs de l’Armée Républicaine espagnole Général Ruben Abramov - Miguel Gomez, Bulgarie, chef du corps des commissaires Colonel Vittorio Vidali - Carlos Contrera, Italie, commissaire en chef du Quinto Regimiento Général Julius Deutsch, Autriche, Commandant de la Defense côtière Commandants de l’Unité juive unit « Botwin »


  1. Karol Gutmann, tombé en Espagne 2. Leon Rubinstein, blessé, survécut à la Guerre d’Espagne, mort jeune en Pologne 3. Michal Sapir, tombé en Espagne 4. Israel Halbersberg, tombé en Espagne 5. Emanuel Mink, survécut à la Guerre d’Espagne et Auschwitz, vit à Paris 6. Alter Szerman, survivant, mort à Bruxelles 7. Tadeusz Szlachta, tombé en Espagne 8. Samuel Kamhi Alkalaj, tombé en Espagne NOTES 1 Voir aussi G.E. Sichon, « Les volontaires juifs dans la guerre civile en Espagne : chiffres et enjeux. », in Les Temps Modernes, N° 507, oct 1988, 46-61. 2 Dr jüdische Bolschewismus und die Judäe-Freimarerei als Urheber des spanischen Bürgerkrieges 3 Los Judios Voluntarios de la Libertad – Un año de lucha en las Brigadas Internacionales 4 Qui n’était pas Juif.
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