L ongtemps, la Bible ne fut connue que dans sa traduction grecque et son nom même vient du terme grec qui signifie livre (biblos). Pourtant, curieusement, Grecs et Juifs semblent s'être longtemps ignorés. Il y a bien dans les textes bibliques antérieurs a l'époque hellénistique quelques rares allusions aux "Ioniens". Mais le terme Ioudaioi n'apparaît pas dans les textes grecs avant Hécatée d'Abdère, contemporain d'Alexandre. Comme le remarque Flavius Josèphe, historien juif du premier siècle de notre ère, c'est parce que les Juifs n'habitaient pas un pays maritime et ne se plaisaient pas au commerce que les Grecs qui, dès le second millénaire fréquentaient les ports palestiniens, ne se sont pas intéressés à ce petit peuple composé d'artisans et de paysans. L'archéologie a montré cependant que les Grecs n'ignoraient pas entièrement les populations de l'intérieur. Mais ils les englobaient sous le vocable commun de "Syriens".
C'est la conquête d'Alexandre qui allait modifier la situation. Des récits tardifs évoquent la présence du conquérant à Jérusalem, mais ils sont rejetés par la plupart des commentateurs.
Alexandre s'intéressait surtout à la mainmise sur les ports d'où lui parvenaient les secours attendus de Grèce, et l'on sait qu'il consacra plusieurs mois au siège de Tyr. C'est donc après sa mort et quand s'opéra entre ses généraux le partage de son empire que les Juifs se trouvèrent pour la première fois en contact avec l'hellénisme. A la veille de la conquête d'Alexandre, la Judée formait un état d'un type particulier au sein de l'empire perse, depuis que le Temple avait été restauré par Cyrus qui avait également autorisé le retour des exilés. Les successeurs de Cyrus avaient manifesté à l'égard des Juifs et de leur religion la même tolérance qu'à l'égard des autres peuples de l'Empire, se bornant à prélever un tribut sur la population. Quand la Judée tomba aux mains des Macédoniens, les Juifs ne firent que changer de maîtres, sans que fût portée atteinte à leur liberté de pratiquer leur culte. Bien plus, au cours de guerres qui opposèrent pour la possession de la "Syrie creuse" les maîtres de l'Égypte (les Ptolémées) aux maîtres de l'Asie (les Séleucides), les Juifs fournirent des soldats aux premiers qui demeurèrent maîtres du pays pendant tout le IIIème siècle. C'est au cours de ce même siècle que de nombreux Juifs émigrèrent dans la ville nouvelle créée par Alexandre lors de son séjour en Égypte, et qui allait devenir la
Tobiades. Mais en Judée, la situation allait Alexandrie était à la fois la capitale du changer lorsque le pays tombe à la fin du IIIème royaume lagide d'Egypte et une cité grecque. Les siècle entre les mains des Séleucides. Non que Juifs y occupaient une position comparable à ceux-ci aient modifié le statut du Temple et de ce celle des métèques athéniens de l'époque que les textes grecs appellent l'ethnos des Grecs, classique. Ils n'étaient pas citoyens d'Alexandrie, le terme ethnos désignant alors les communautés mais ils y résidaient et formaient sans doute ce qui n'étaient pas organisées en cités selon le qu'on appelait alors un politeuma, un modèle grec. Bien plus, Josèphe a conservé le groupement qui jouissait de ses propres lois. On texte d'un rescrit du roi Antiochos III attribuant comprend aisément que le grec soit très vite aux Juifs des avantages d'ordre fiscal, en même devenu la seconde, sinon la première langue de temps qu'était reconnu leur droit d'être ces Juifs alexandrins. Et la tradition juive administrés selon leurs lois ancestrales. On voit rapportée par Josèphe attribuait au roi Ptolémée bien les raisons d'une telle générosité de la part II Philadelphe l'initiative d'avoir rassemblé du roi séleucide: s'assurer la bienveillance des soixante douze Sages venus de Judée pour veiller Juifs en un moment où il était doublement sur la traduction en grec du Pentateuque, la loi menacé, par les Ptolémées d'une part, et par sacrée des Juifs.
Certains commentateurs Rome, nouvelle puissance en Méditerranée modernes ont tendance à rabaisser la date de cette orientale d'autre part. Et c'est peut-être la défaite traduction. Elle n'en est pas moins réelle et que subit Antiochos III en 188 et les lourdes témoigne de l'hellénisation rapide des Juifs conditions imposées par les Romains lors de la alexandrins. Une hellénisation qui se traduisait conclusion de la paix d'Apamée en 187 qui non seulement par l'usage de la langue, mais allaient précipiter la rupture. Le nouveau roi aussi par l'adoption de noms grecs ou de noms séleucide, Antiochos IV Epiphane, à court hébraïques grécisés, comme en témoignent de d'argent, eut recours au procédé traditionnel qui nombreuses inscriptions. Les papyrus ont révélé consistait en particulier à s'emparer des richesses en particulier la présence de soldats juifs au accumulées dans les sanctuaires. On connaît service des Ptolémées et dotés de lots de terre l'image transmise par la tradition juive dans l'intérieur de l'Égypte. Cependant, en dépit d'Epiphane présenté comme l'ennemi du peuple de cette hellénisation des Juifs d'Egypte, les juif. Les choses n'étaient certainement pas aussi rapports demeuraient étroits avec la Judée, où simples. Le roi avait besoin de mettre la main l'hellénisation faisait également des progrès, sur les trésors du Temple. Mais cela n'impliquait singulièrement dans les milieux sacerdotaux et pas nécessairement, au moins dans un premier
porter atteinte aux traditions juives. Il se peut que la transformation de Jérusalem en une cité de type grec ait d'abord répondu à l'initiative d'hellénistes juifs. Et la révolte des Maccabées, de caractère populaire, visait au moins autant les Juifs hellénisés que le roi séleucide. Ces Juifs hellénisés certes n'avaient pas abandonné la Torah, la Loi juive. Mais leur genre de vie, les noms grecs qu'ils avaient adoptés les faisaient apparaître aux yeux du petit peuple judéen comme des "renégats". Il ne saurait être question d'entrer ici dans le détail des événements rapportés par les Livres des Maccabées, rédigés longtemps après que les Asmonéens étaient devenus les maîtres de Jérusalem.
Judas Maccabée s'empara de la ville en 165/4 et purifia le Temple. Mais c'est seulement son frère Jonathan qui conclut la paix avec le successeur d'Antiochos IV, Démétrios Ier. Jonathan fut reconnu comme Grand Prêtre et les institutions traditionnelles furent rétablies (160). En fait, la victoire des Maccabées allait entraîner la constitution d'un État juif d'un type nouveau, plus proche de la monarchie hellénistique que de la théocratie exercée par les Grands Prêtres du Temple. La transformation fut définitivement accomplie lorsque Alexandre Jannée devenu Grand Prêtre en 103 prit le titre royal. Certes, cette restauration de la royauté allait être présentée comme un retour à la royauté traditionnelle de David et de Salomon. Mais le nom même du roi, les monnaies d'argent qu'il fit assez que l'on était bien loin de la royauté biblique. Et la dynastie asmonéenne allait d'ailleurs connaître dans les années qui précédèrent la conquête de la Judée par Pompée en 63 des conflits internes qui n'ont rien à envier à ceux que connaissait au même moment le royaume lagide avant qu'il ne tombe à son tour sous le contrôle de Rome. Ce bref rappel des circonstances qui présidèrent aux relations entre Juifs et Grecs ou greco-macédoniens nous amène à poser le problème en termes de confrontation entre deux cultures. Dans quelle mesure les Juifs furent-ils "hellénisés" durant les trois siècles qui séparent la mort d'Alexandre (323) de la mainmise définitive de Rome sur le monde hellénistique (31) ? Et quelle furent la nature et les limites de cette "hellénisation" ? On a évoqué précédemment l'usage de la langue grecque, devenue la langue de l'administration, du droit, des échanges commerciaux et que tous ceux qui participaient de quelque façon à la vie politique se devaient de connaître. Ce n'est évidemment pas un hasard si c'est la version grecque des textes juifs contemporains qui nous a été transmise. Mais l'usage d'une langue implique aussi l'usage des concepts qu'elle véhicule. Cela est particulièrement évident dans un texte fameux comme La lettre d'Aristée, et surtout dans les écrits de Philon d'Alexandrie ou de Flavius Josèphe, le premier représentant du judaïsme alexandrin, le second du judaïsme judéen. La légende d'une commune origine des Juifs et des
Moïse et celles de Lycurgue, la réflexion sur les peuple et la Loi à laquelle il est demeuré fidèle.
devoirs du "bon roi", en témoignent comme C'est ce dont témoigne plus encore aussi de la part de ces rois l'adoption d'une l'extraordinaire agitation intellectuelle qui se politique d'urbanisation empruntée au modèle développa à partir du Ier siècle avant notre ère et grec. Assurément, cette hellénisation a touché se traduisit par les différents courants davantage les gens de la ville que ceux des messianiques et apocalyptiques qui divisèrent le campagnes, et l'on a pu expliquer par judaïsme judéen. Ce n'est pas ici le lieu de les l'opposition ville/campagne les différents évoquer dans leur extrême complexité. Mais ils mouvements religieux qui affectèrent le judaïsme allaient contribuer à l'élaboration de ce que deux au cours de cette période, et plus encore dans les historiens contemporains ont appelé "une premières décennies de notre ère.
Mais homogénéité culturelle juive capable de résister à précisément, c'est là que se manifestent aussi les l'attrait de l'hellénisme" (Orieux et Will, à limites de cette hellénisation. Car elle ne remit propos des Pharisiens), capable aussi, après la jamais en question la fidélité à la Loi. Et s'il y chute du second Temple (70 de notre ère) de eut bien quelque temps, sinon un schisme, du maintenir la cohésion du judaïsme diasporique, et moins une tentative de créer un second Temple à par là même la pérennité du judaïsme.
Leontopolis, en Égypte, la centralité du judaïsme et de Jérusalem ne fut jamais vraiment menacée J.
Mélèze-Modrzejewski:Les Juifs d'Egypte, Paris, 1991 au sein de la diaspora (dispersion en grec). Dès lors, à la différence des autres peuples d'Orient A. Momigliano : Sagesses barbares.
Les limites de l'hellénisation, Paris, 1979 intégrés d'abord aux royaumes hellénistiques, Cl. Orieux, Ed.WILL : Ioudaismos- Hellenismos, Nancy, 1986 puis à l'empire romain, les Juifs conservèrent leur spécificité. C'est ce que marque bien l'oeuvre P.Vidal-Naquet : Du bon usage de la trahison (Préface à Flavius Flavius Josèphe, La guerre des Juifs), Paris, 1977.
de Flavius Josèphe, Juif hellénise, puisqu'il rédigea ses ouvrages aussi bien en grec qu'en araméen, et citoyen romain, mais aussi juif Bibliographie