I Facteurs socioculturels de l'emprunt.
l est admis que l'influence directe d'une langue sur une autre en quelque domaine que ce soit, phonologique, syntaxique, lexical ou autre, ne fait que corroborer et la Tunisie, et au Maroc bien avant concrétiser certains rapports préalables, l'établissement du Protectorat français, les politiques ou sociaux, économiques ou culturels, masses juives d'AFN ont été pratiquement les entretenus par les locuteurs (ou les diffuseurs) de premières à être scolarisées à la française. selon ces deux langues. Sans des rapports étroits et des programmes français et dans la langue directs dans des activités communes ou la française.1
citoyenneté française a tous les Juifs algériens, ont permis la diffusion du français dans des Contexte sociolinguistique du contact des langues couches de plus en plus larges de la communauté juive. Avant de devenir langue maternelle, dans Afin d'éclairer les conditions aussi bien de très nombreuses familles, le français était linguistiques qu'extra linguistiques qui ont langue de culture et langue de communication favorisé l'emprunt de très nombreuses unités avec les colons et les administrateurs qui lexicales par les langues judéo-arabes (LJA) d'
arrivaient de plus en plus nombreux de la Afrique du Nord (AFN) au français, nous Métropole. Au Maroc dès 1860 et en Tunisie à partir de 1878, I'A.l.U.2 a installé un réseau présenterons schématiquement certains phénomènes ou processus politiques, sociaux et d'écoles primaires assez dense, surtout dans les culturels dans lesquels ont été mêlées les grandes agglomérations juives, où le français communautés juives d'AFN depuis l'installation était enseigné comme langue maternelle dans des des Français en Algérie.
manuels ayant servi au même moment en A la suite de la colonisation de l'Algérie et de
p au Certificat d'études au début du XXe siècle.
Plus tard, I'A.I.U. ouvrira aussi des cours complémentaires qui dispenseront des enseignements jusqu'au niveau du BEPC. Assez rapidement, se sont ainsi développées en AFN des populations juives bilingues qui parlent et utilisent aussi bien le français que le judéo-arabe maternel. Cette compétence bilingue n'est d'ailleurs pas étrangère au rôle d'intermédiaire qu'ont joué, bon gré mal gré, les Juifs d'AFN entre les autorités françaises et les populations musulmanes colonisées. Indépendamment de cette oeuvre de scolarisation, le français a été aussitôt établi à côté de l'arabe comme langue administrative officielle, pour l'ensemble de la population. Il servira donc à la diffusion des instructions officielles, de la propagande et des idées françaises et sera le principal outil qui soutiendra les efforts d'acculturation tentés par les autorités françaises auprès de certains milieux nord-africains. Progressivement, au fur et à mesure des progrès accomplis par la colonisation, la langue française deviendra même assez vite une langue dominante, gagnant des domaines de la vie publique et de la vie privée de plus en plus larges. Ce processus a engagé plus particulièrement les populations juives des grandes villes, à cause du rôle social et économique nouveau qui leur a été dévolu à la suite de la colonisation. La connaissance du français constituait alors un avantage inestimable dans la vie publique et économique sous le g p p que cette connaissance avait dans la nouvelle vie culturelle. Bientôt même, l'utilisation intensive du français comme langue véhiculaire dans la vie formelle et intellectuelle amènera certains locuteurs juifs, algériens surtout, à abandonner complètement l'usage du judéo-arabe maternel.
Avec les réussites de la francisation le français tiendra donc aussi le rôle de langue vernaculaire qui était dévolu aux LJA, celles-ci servant surtout à satisfaire les besoins immédiats et quotidiens de la communication, dans la vie familiale ou communautaire. Chez la plupart des locuteurs juifs nord-africains cependant, le français et le JA avaient des fonctions complémentaires de langue véhiculaire pour le premier et de langue vernaculaire pour le second.
Chez tous, le français jouissait d'un prestige social et culturel. Vue sous cet angle, la situation de bilinguisme qui s'est développée à l'époque coloniale française en AFN, constitue un cas typique de diglossie. Ce prestige dont jouissait le français n'a fait que traduire en réalité les changements culturels ou plus exactement l'aspiration à de tels changements, qu'avait suscités la colonisation dans une certaine élite nord-africaine, et particulièrement parmi les Juifs des grandes villes, lesquels entretenaient tout naturellement les rapports les plus étroits avec les représentants de la civilisation française et occidentale. L'un des slogans les plus décriés de la colonisation française a été l'introduction de la modernisation dans les pays conquis ou
modernisation se sont vus, adopter alors de JM par exemple les verbes des phrases: [frikantti nouveaux modes de vie, de nouveaux modes de Ibnãt] et ka ndeklaro bas... ] (= 'tu as fréquenté pensée et de nouveaux comportements, D'autre des filles' et 'nous déclarons que...' sont là part, à la suite de l'ouverture en AFN de surtout pour connoter les verbes correspondants nouveaux débouchés pour l'industrie française la étant presque des synonymes parfaits: [xarzti mea vie quotidienne met désormais les autochtones Ibnat ka nqolo bas.]. Nous appellerons de telles (des grandes villes surtout) en contact direct avec interférences des emprunts connotatifs.
de nouveaux et nombreux produits pour lesquels Facteurs proprement linguistiques de l'emprunt.
des besoins de consommation ont été également suscités. Avec l'intrusion de cette forme de civilisation industrielle et technologique, de nouveaux objets et de nouvelles idées font ainsi leur apparition. Mais ces nouveaux signifiés plutôt qu'acceptés par les populations d'AFN on manquent de signifiants adéquats dans les parlers fait du français une langue de prestige, langue de locaux. C'est sans doute là l'origine de centaines civilisation capable de traduire les réalités du de termes français intégrés dans les LJA d'AFN monde moderne et de les communiquer. Pour les et relatifs tous aux différents aspects matériels bilingues comme pour les monolingues, le des nouveaux modes de vie. Mais alors que ces français constituera dorénavant, de ce fait, un emprunts lexicaux ont pour fonction principale réservoir de néologismes qui viendront compléter de dénoter et de représenter dans la langue de les parlers locaux et combler leurs insuffisances nouveaux domaines de la réalité extra- lexicales dans les divers domaines de la vie linguistique, d'autres emprunts tiendront plutôt moderne Mais cette contamination de nos LJA un rôle connotatif et exprimeront surtout par le français, toute inconsciente et toute l'impact psychologique que les concepts qu'ils naturelle qu'elle est, n'est pas due uniquement à désignent ont eu sur les locuteurs judéo-arabes.
des facteurs externes. Elle tient aussi pour une Des termes équivalents existent déjà en effet dans large part à la structure interne et aux les parlers locaux mais ils ne peuvent servir à caractéristiques typologiques de ces langues.
traduire les différentes associations que les nouveaux concepts ou comportements évoquent.
C'est ainsi que des noms comme[tomobil] ou idiomes autonomes, qui évoluent et fonctionnent [brwïta] (= 'automobile' et 'brouette') seront selon des règles qui leur sont spécifiques. Ce ne avant tout des mots dénotatifs—nous les sont pas des dialectes arabes au sens commun Ainsi ces processus socioculturels subis Le JA, le JM et le JT sont en effet des
q g l'intérieur de chacun des trois groupes, les différences sont parfois très grandes entre les parlers de deux communautés juives voisines.
Cependant, ils diffèrent tous des parlers musulmans voisins sur le plan phonétique, morphologique et surtout lexical. Un locuteur juif voulant communiquer avec un locuteur musulman doit emprunter le parler de ce dernier ou au moins sa phonétique, s'il veut se faire bien comprendre de lui. C'est que les parlers juifs se sont développés et façonnés dans une 'mouvance culturelle' toute différente, tournée qu'elle est vers la vie juive la plus intense et la plus authentique, alors que les autres parlers sont tournés vers l'islam. Le fonds hébraïque y est donc très bien représenté, parfaitement intégré phonologiquement et morphologiquement. Par contre, aucune référence n'y est faite à l'arabe classique ou à tout autre état de langue privilégié. Très rares d'ailleurs sont les.Juifs qui pratiquent l'arabe littéraire avant l'indépendance des pays d'AFN.
Les communautés juives du Maroc de Tunisie et d'Algérie ayant vécu en fait dans une sorte de vase clos culturel et social, les contacts des LJA avec les parlers musulmans seront assez réduits. En dehors du fonds commun qui a du se stabiliser pour les LJA dès le début du Moyen Age, les apports lexicaux seront très limités puisque la société musulmane vit aussi dans une sorte de repli et que les développements intellectuels nouveaux sont exprimés p q p Musulmans soit par l'hébreu rabbinique pour les Juifs. Les murs des mellahs marocains, des Haras tunisiennes et des quartiers juifs algériens sont là d'ailleurs pour sauvegarder cette autarcie et empêcher l'infiltration d'influences extérieures indésirables. Quand après la colonisation et malgré certaines réticences de la part du leadership religieux s'ouvrent enfin ces murs devant les idées françaises et les objets français, ni l'arabe classique ni les parlers musulmans ni même l'hébreu rabbinique qui a pourtant su s'adapter aux vicissitudes de l'histoire ne sont en mesure de proposer un lexique nouveau capable de représenter les nouvelles données de la réalité culturelle. Toutes ces langues en sont elles-- mêmes dépourvues. Il est donc tout naturel que le terme français soit adopté en même temps que son référent extralinguistique.
L'influence française est loin cependant d'être la première à avoir enrichi le lexique et les formes des LJA du Maghreb; Bien avant l'installation des Français, les parlers juifs d'AFN se sont trouvés en contact direct avec d'autres langues romanes : le castillan dans tout le Maghreb, le portugais au Maroc et l'italien en Tunisie surtout.
Les rapports culturels entre les deux centres juifs importants au Maghreb et en Castille- Aragon ont toujours été très étroits et les échanges d'idées et de personnes ont eu lieu dès le IXe siècle, au début vers l'Espagne surtout,
dans l'autre sens plutôt.
d'émigration et de ces contacts directs avec des A la fin du XIVe cependant, un siècle locuteurs judéo-espagnol, judéo-italiens ou exactement avant la terrible expulsion d'Espagne portugais aux parlers juifs d'AFN a été assez de 1492, des communautés entières en butte aux considérable. Dans des communautés mixtes, persécutions chrétiennes en Castille. Aragon, judéo-arabes et judéo-espagnoles, comme il en Catalogne, et à Majorque sont contraintes à existait en Algérie et au Nord du Maroc, on s'expatrier et à trouver refuge—un refuge très assiste même à une romanisation poussée des souvent précaire—dans les villes de ce qui parlers judéo-arabes locaux, le fonds roman dû à constitue aujourd'hui l'Algérie (à Alger en l'emprunt ayant pris des proportions particulier)4, et à Tunis. Là, les émigrés ont insoupçonnées. Ces émigrés avaient apporté en fondé des communautés judéo-espagnoles qui effet avec eux d'autres habitudes, d'autres objets, avaient leurs propres institutions religieuses d'autres modes de vie et d'autres concepts, en un mais qui n'en vivaient pas moins dans une sorte mot une civilisation avancée sur le plan de symbiose avec les communautés indigènes. A technique et intellectuel. Les traces de ce 'choc Tunis, cette émigration a été à l'origine de la culturel', nous les trouvons dans tous les parlers Communauté des Grana qui a tenu depuis judéo-arabes, même dans les communautés les toujours à se distinguer des Swansea ou juifs plus éloignées des grands centres urbains, sous la locaux.'' Par la suite, cette communauté a été forme de quelques dizaines mots pour les uns, de renforcée par l'arrivée au XVlle et au XVllle centaines pour certains et même des milliers siècles de Juifs italiens. des Livournais surtout.
pour d'autres. Le fonds italien est surtout A la fin du XVe siècle et au début du XVle, des important dans le parler juif de Tunis, mais des milliers de réfugiés juifs Castillans et Portugais termes comme [karrõsa<carozza ('fiacre') el ont déferlé sur les villes marocaines où ils [sordi]] surdi<soldi sont répandus dans toute allaient constituer des communautés séparées, les l'Afrique du Nord juive. De même les emprunts communautés des expulsés (Qahal megorashim).
portugais sont surtout fréquents dans les parlers Quelques dizaines d'années auparavant, les juifs des ports anciennement tenus par les portugais avaient commencé à occuper la côte Portugais, comme Mazagan, Safi ou Azemmour, marocaine et construit des ports avec des ou bien chez certains locuteurs de Casablanca, installations militaires d'Arzila jusqu'à Agadir, ville où l'on retrouve des Juifs venant de toutes en passant par Safi et Mazagan, ports qu'ils ont les communautés marocaines. Des termes tenus jusqu'au milieu du XVle siècle et où particulièrement ancrés sont par exemple' [lapis vivaient des communautés juives ('crayon') ou [papagaio ('perroquet'), ce dernier
p j d'ailleurs qu'il est parfois difficile de déterminer avec exactitude l'origine de tel ou tel emprunt, le morphème étant commun à toutes les langues romanes, par exemple: [lonõr], 'honneur', ou [prõba], 'preuve', [fabõr], 'faveur', [bãnkal], 'banque', [familja], 'famille', etc... Cependant comme ces termes se retrouvent aussi bien dans le JAlg. que dans le JM et dans le JT, nous n'hesitons pas à les attribuer au castillan, ou à l'espagnol plus tardif, parce que c'est la langue dont l'influence a duré le plus (à partir de la fin du XIVe sècle) et qui a été en contact direct avec des parlers juifs dans presque tout le Maghreb, de Tunis à Marrakech. Sans cette attribution au judéo-espagnol, il serait difficile d'expliquer comment des signifiants renvoyant à des concepts aussi universels et élémentaires que 'famille', 'honneur' ou 'temps' aient dû être empruntés et substitués même généralement aux termes judéo-arabes originaux, dont l'usage s'est perdu dans de nombreux parlers.
Cela dit, c'est par le truchement du judéo- castillan que le plus grand nombre de termes espagnols ont été intégrés dans les parlers juifs d'AFN. Ces emprunts couvrent une gamme de domaines lexicaux très variés, que nous illustrons ici par quelques items représentatifs.
—Des noms d'institutions diverses: [familja]<familia; [gerra]<guerra ('guerre'); [skwela<escuela ('école'); [tornaboda]<tornaboda ('retour de noces'), ce dernier dans le parler juif de g g g ('régie de tabac').
—Des noms d'ustensiles et de meubles: [kotseral<cuhara ('cuiller' [sakatrapo]<sacaapon ('tire bouchons'), banjo]<baño ('bain 'baignoire'); —Des noms de vêtemenls: [blusal]<blusa ('blouse'); [qamiza] ° [qmezza]<camisa ('chemise'); —Des termes culinaires: [pasta]<pasta ('pâte', 'sorte de boulette de pommes de terre farcies'); [pallebe]<pan leve ('pain levé, 'sorte gâteau léger). —Le vocabulaire spécialisé de certains jeux de cartes: [ttuti]<tute, en italien tutti (sorte de jeux de cartes); [lkarta]<carta ('cartes'
[rronda]<ronda (sorte de jeu de cartes); -des titres [qabtan]<capitan ('capitaine'); [senjor]<senor ('monsieur').
—des activités: [bizita]<visita ('visite'); [tpasjar] ou [tpisjar]<paseo ('se promener').
—des adverbes provenant d'adjectifs: [sobito<subito ('subitement') Il s'avère donc qu'une longue tradition romane, à travers le judéo-espagnol surtout, a précédé l'influence française et l'a en quelque sorte préparée et facilitée. Cette tradition romane était si profonde que dans certains parlers les emprunts français vont être intégrés selon des formes et des schèmes judéo-espagnols. C'est ainsi que le suffixe du pluriel espagnol [-es] va souvent servir à construire le pluriel de certains noms manifestement d'origine française :
De même, comme nous le verrons, des adjectifs particulièrement de la zone espagnole où les français intégrés seront traités syntaxiquement Juifs parlent—ou parlaient—une langue juive comme les adjectifs espagnols, c'est-à-dire très influencée par l'ancien castillan, la hakitiya.
comme des adverbiaux donc invariables. Mieux Facteurs d'intégration concernant le locuteur.
encore, dans le domaine verbal, il se crée même un syncrétisme morpho-syntaxique très intéressant, mettant en jeu les outils affixaux de la conjugaison judéo-arabe, le radical français et que l'on découvre dans presque tout l'ensemble le suffixe verbal espagnol [-ar]. Ainsi, sur le des parlers judéo-arabes d'AFN, il ne viendrait à même modèle que: [msa ka itpasjar], ('il est allé l'idée de personne que cette influence est se promener'), où figure le verbe [tpasjar], 'se uniforme d'une communauté à l'autre ou à promener', nous avons de nouvelles créations l'intérieur d'une même communauté - un locuteur comme dans: [ja mamma, elas sinjarti?], ('ô à l'autre. Le nombre de néologismes étrangers maman, pourquoi as-tu signé?'), où le verbe intégrés et connus activement ou passivement [sinjarti] est formé sur la base du radical français par un locuteur, tout comme le nombre total de [sinj] (sign-), du suffixe [-ar] et du suffixe judéo- lexèmes acquis par le même locuteur au cours de arabe de la deuxième personne du passé [-ti]: son apprentissage de la langue maternelle, ne [sinj]+[ar]+[ti]—[sinjarti]. Nous citerons par la pourrait jamais être le même chez deux locuteurs suite d'autres exemples de ces formations.
différents parlant la même langue. L'acquisition Certains emprunts français passent donc dans les du lexique ou de toute portion de ce lexique fait LJA d'AFN par le moule syntaxique ou certes partie de la compétence linguistique de morphologique mis en place pour les termes tout locuteur, mais les modalités et surtout les espagnols.
Ajoutons cependant que ce résultats de cette acquisition ne sauraient être phénomène est loin d'être général. Nous n'avons universels, parce qu'ils mettent en jeu des relevé de telles interférences 'judéo-arabe hispano- facteurs extra-linguistiques innombrables qui ne françaises' que dans des textes provenant de sont jamais identiques pour deux locuteurs locuteurs ayant vécu dans des communautés à différents. Dans le domaine de l'intégration des forte population judéo-espagnole, comme il en néologismes étrangers qui nous intéresse ici des existait dans beaucoup de villes algériennes et paramètres comme l'éloignement ou la proximité comme il en existe encore à Casablanca où du locuteur judéo-arabe d'un groupe cohabitent depuis les années vingt des locuteurs hispanophone ou francophone, les rapports judéo-arabes, venus du Sud ou du Centre, et des étroits ou lâches qu'il entretient avec le groupe, Malgré l'empreinte marquante du Castillan
p p des processus communs, la consommation de produits fabriqués ou l'usage de biens. culturels qui sont plus spécifiques à ce groupe le fait surtout de pratiquer la langue de ce groupe à quelque niveau que ce soit tout en continuant à utiliser son judéo-arabe naturel et donc d'être quelque peu bilingue, tous ces facteurs et bien d'autres encore ont une influence directe sur le nombre d'emprunts intégrés dans le vocabulaire et le discours de notre locuteur naturel, et sur la portée de cette intégration. L'on ne devra donc pas s'étonner que dans certains parlers juifs d'AFN, les interférences lexicales avec le astillan ou le français soient massivement présentes au point de bouleverser leur équilibre lexical et morpho-syntaxique, alors que dans d'autres, elles se comptent par dizaines seulement ou même par unités et n'ont aucun effet sensible sur eux.
*1 Un aperçu général sur l'occidcntalisation des Juifs d`Afrique du Nord est donne par André Chouraqui, La Marche vers l'Occident, des Juifs d'Afrique du Nord. Paris 19522
voir H. Zafrani, Poésie juive en Occident musulman, Paris 1977, p105-1074
Hirschberg Histoire des Juifs d'AFN Jérusalem 1965, Mossad Bialik (en hébreu) et en particulier Chap. 7d, t 1. p 285 sqq.
- ↩ En Algérie, l'ouverture d'écoles participation conjointe à des processus qui françaises pour les Européens et les Juifs concernent les deux populations, les locuteurs autochtones dès le milieu du XIXe siècle puis le des deux langues ne viendraient pas à se côtoyer décret Crémieux de 1870 qui accordait la et, d'abord, à s'entendre parler.
- ↩ L'Alliance Israélite Universelle.
- ↩ Voir à ce sujet l'excellent ouvrage de H.Z.