Hayim ben Nathan de Prague, l'auteur de Esrim vearba (1674), une traduction du Pentateuque en yiddish, affirmait pourtant qu' "il est également valable d'étudier dans la langue sacrée ou en yiddish; car dans l'étude de la Halakha on utilise également le yiddish".3 Quoique dépourvue du statut sacré réservé à la langue hébraïque, la langue yiddish parvint néanmoins à s'imposer de facto dans un nombre croissant de registres, allant de l'épopée chevaleresque aux contes, légendes à thème biblique ou médiéval, à la poésie élégiaque à thème historique, et même au théâtre.
Cette répartition plus ou moins claire des zones d'attribution réservées à chacune des deux langues fut remise en question par la Haskalah (les Lumières juives), qui prit naissance en Allemagne autour du philosophe Moïse Mendelssohn (1729-1786) vers 1770. Cette A
g g p q j décisif dans la mesure où l'allemand, la langue hégémonique co-territoriale, était relativement proche du yiddish occidental parlé par la minorité juive. L'un des premiers buts des maskilim, les tenants de la Haskalah, fut précisément l'élimination du yiddish. En effet, au regard de l'allemand, langue de la Bildung bourgeoise qui cherchait à s'imposer d'une part, et de l'Aufklärung, c'est à dire du discours philosophique émancipateur (Kant) d'autre part, le yiddish était perçu comme un dialecte suranné, voire une corruption linguistique. Mendelssohn réclamait "soit le pur allemand, soit le pur hébreu... mais pas de mélange de langues"4.
Tous les maskilim allemands, puis les grandes figures de la Wissenschaft des Judentums (Science du judaïsme) partageaient l'opinion que l'usage de la langue yiddish était responsable de la corruption dans les domaines les plus variés.
La langue yiddish, dont les différentes composantes étaient stigmatisées comme hétéroclites, contrevenait aux exigences esthétiques et semblait incarner la laideur. Selon le Rabbin réformateur Abraham Geiger (1810- 1874), c'était un "jargon répugnant et haïssable, [un] pitoyable charabia"5 et un "exemple de mauvais goût", pour l'historien Heinrich Graetz (1817-1891), une "langue semi-animale"6. Selon le maskil et réformateur David Friedländer (1750- 1834), les Juifs parlent "un mélange et un dialecte intolérables"7. Pour l'historien Leopold Zunz (1794-1886), le yiddish oriental serait une g "dialecte perverti" et appauvri qui comble ces lacunes par des mots allemands "inusités ou faux", des "expressions vieillottes, désuètes ou provinciales", soit des emprunts aux langues étrangères.9 La visée sous-jacente était de démontrer que la structure morphologique et syntaxique du yiddish, jugée soit surannée soit fausse, était une réplique de défauts similaires intrinsèques à la culture dont elle est l'expression. L'identité véhiculée par une langue à qui on attribue de telles failles doit simplement être éliminée.
Dans le domaine religieux, les traductions bibliques en yiddish étaient perçues comme intimement liées à une corruption du sens du texte, "une distorsion abominable dans l'exégèse"10. Cette prétendue corruption est également supposée avoir des effets désastreux sur les valeurs morales de ses locuteurs.
Mendelssohn décrivait le yiddish comme une "langue qui n'a pas peu contribué à la démoralisation de l'homme du peuple"11. Pour cette raison, le premier impératif était d'arracher les enfants à l'emprise des maîtres polonais représentants la "barbarie orientale"12 et de les placer dans des institutions dont la langue d'enseignement était l'allemand.
Les gouvernements des divers pays germaniques et de l'Autriche se laissèrent facilement persuader de faire appliquer ces mesures. On dénonçait de même l'utilisation du yiddish dans les lettres commerciales et les registres de comptabilité,
g q p q commerciale et à la transparence des comptes.
Pour aider à la suppression du yiddish dans l'étude et la paraphrase de la Bible, Moïse Mendelssohn composa le Biur (1780- 1783), sa traduction de la Bible, publiée en allemand imprimé en caractères hébraïques et assortie d'un commentaire en hébreu, seule présentation en rendant possible la lecture aux Juifs. L'effet en fut radical, en l'espace d'une génération, les Juifs allemands abandonnèrent non seulement le yiddish, mais également l'hébreu. C'est bien improprement que Heine nomma Mendelssohn le "Luther juif". Car si Luther avait créé l'unité linguistique de la nation allemande, Mendelssohn, au contraire, brisa l'unité linguistique du peuple juif et ouvrit les voies de l'assimilation linguistique et culturelle des Juifs allemands. La confessionnalisation du judaïsme en Allemagne rendit bientôt superflue l'existence d'une langue juive spécifique quelle qu'elle fût.
En peu de temps, la Haskalah hébraïque, elle aussi, fut vouée à la disparition.13 Tout autre était la situation à l'Est, où la Haskalah avança d'abord en Galicie (1820), puis en Russie (1840).14 Les langues coterritoriales, le russe, le polonais, étaient trop éloignées du yiddish pour permettre aisément une assimilation linguistique des Juifs. Comme en Allemagne, les premiers maskilim (Joseph Perl (1773-1839), Isaac Ber Levinsohn (1788-1860) et Nakhman Krochmal (1785-1840)) se tournèrent vers la langue hébraïque, mais ne parvinrent qu'à toucher g d'autres maskilim dont Isroel Aksenfeld (1787- 1866), Shloyme Ettinger (1800-1856), Abraham Ber Gottlober (1811-1899), Ayzik Meyer Dik (1814-1893), et surtout Sholem Abramovitsh (pseud. Mendele Moykher Seforim) (1836-1917), eurent recours au yiddish, langue alors méprisée et affectée d'une forte valeur négative. Ayzik Meyer Dik, l'un des auteurs les plus prolifiques de la Haskalah, se sentait obligé d'avancer des excuses en hébreu, pour ses succès commerciaux et littéraires en yiddish: "J'ai avili ma plume en écrivant de nombreuses histoires dans la langue qui, à notre grande honte, est le dialecte parlé par notre peuple dans ce pays."15 C'est de cet engagement paradoxal, comme le montre le critique Dan Miron, que naquirent les lettres yiddish modernes. C'est en voulant éduquer les Juifs, et parce qu'il n'y avait d'autre moyen de le faire que de s'adresser à eux dans la langue qu'ils comprenaient, que les maskilim ont créé leur oeuvre en yiddish. Entre l'hébreu et le yiddish, la disparité restait flagrante: le premier roman hébraïque moderne et best-seller du genre, Ahavat Tsiyon [L'amour de Sion, 1853] d'Abraham Mapu se vendit à 1.200 exemplaires. Les historiettes didactiques en yiddish de Ayzik C'est ainsi qu'apparut simultanément, entre 1880 et 1900, une véritable littérature nationale juive en deux langues, selon l'expression du critique Bal Makhshoves.17 Simultanément, de jeunes auteurs décident d'investir la langue
q g y p politico-culturelles. Mais ce fut aussi le début d'une rivalité linguistique et d'une guerre fratricide d'une violence inouïe. Car l'apparition d'une littérature juive a forgé (et s'est nourrie de) l'apparition d'une conscience nationale qui choisit comme vecteur l'une des deux langues en compétition. Le but est alors le renouveau linguistique et culturel, c'est à dire la mise en place d'une véritable politique linguistique qui prend successivement la forme du "corpus planning", puis du "status planning". La première étape comprend la modernisation, la standardisation de la langue, l'établissement de lexiques, de chrestomathies et de grammaires. La deuxième étape concerne le développement de la recherche scientifique qui vient étayer les revendications de reconnaissance de la langue, l'organisation de conférences, et l'accession au politique.
Bien sûr, la défense et illustration de chacune de ces deux langues rencontra des problèmes spécifiques. A cette époque, écrire un roman en hébreu, langue qui avait cessé d'être parlée quelques deux millénaires auparavant, relevait de la gageure. Il appartenait à l'écrivain de créer son propre vocabulaire et de procéder, de sa table de travail, à la normalisation d'une langue qui n'existait, en tant que langue parlée, que dans son imagination. Le premier style possible, la melitsah, pratiquée par exemple par Abraham Mapu ou par Sholem Abramovitsh dans son premier roman, Limdu heytev [Apprenez à bien p q p collé à l'ordinateur. Des expressions et des citations bibliques plus ou moins longues sont mises bout à bout, l'avantage premier étant de conférer au texte ainsi composé l'autorité et la dignité des sources bibliques intangibles. Le désavantage, au rebours, en est la constitution d'un pastiche rigide faits de fragments dont l'incongruité avec l'époque moderne frise le ridicule.18 Sholem Abramovitsh réussit à sortir de cette impasse par deux innovations significatives, qui firent de lui le fondateur à la fois des littératures hébraïque et yiddish modernes. Après son premier roman, écrit dans le style figé de la melitsah, il abandonna l'écriture en hébreu et se consacra entièrement à fonder et à développer l'écriture en yiddish, sous le pseudonyme de Mendele Moykher Seforim. Puis, deux décennies plus tard, il revint à l'hébreu avec sa nouvelle Beseter ra'am [Dans le secret du tonnerre, 1886], en décidant de mélanger l'hébreu biblique à la langue, bien postérieure, de la Mishna.
L'entreprise, tout à fait artificielle, de fondre dans un même texte, écrit au 19ème siècle, des strates différentes de l'évolution de la langue distantes historiquement de plusieurs siècles, voire millénaires, permit un enrichissement significatif du vocabulaire et de la grammaire hébraïques. C'est donc une démarche historiciste, et du coup iconoclaste, qui est à l'origine de la reconstitution d'une langue à la fois ancienne et nouvelle, laquelle devait fonctionner comme
p p g d'intellectuels, comme par exemple les Hovevei Tsiyon, les Amants de Sion19. En même temps, la constitution du vocabulaire hébraïque moderne devait beaucoup à la langue parlée, le yiddish, et en était souvent un calque fidèle, y puisant tant d'expressions imagées que de tournures syntaxiques.
Pour la littérature yiddish, la première étape de la constitution d'un corpus littéraire s'accomplit dès les années 1860. La revue Kol mevaser (1862-1871), qui paraît tout d'abord comme supplément à la revue hébraïque Hamelits, publie les oeuvres des classiques comme Mendele Moykher Seforim ou Itskhok Yoel Linetski (1839-1915), et contribue à standardiser la langue écrite moderne. Les écrivains yiddish classiques lancent des almanachs littéraires, comme le Hoyz-fraynd (1888) de Mordkhe Spektor (1858-1925), la Yidishe folks-bibliotek de Sholem Aleykhem (1888-89), qui se propose de créer une véritable histoire littéraire yiddish.
Le lexicographe Yehoyshue Mordkhe Lifshits (1829-1878), auteur de dictionnaires yiddish-allemand (1867), russe yiddish (1869) et yiddish-russe (1876), défend dès 1863 dans Kol mevaser20 le statut de la langue yiddish. Il démontre que le yiddish est une langue de fusion, tout comme l'anglais, formé à partir de différentes composantes qui se fondent en un tout cohérent et autonome. Ce n'est donc pas un assemblage de bouts et de brocs hétéroclites, p g aussi faux de traiter le yiddish d'allemand corrompu, que de traiter le français de latin corrompu. Enfin, dit Lifshits, une langue qui est parlée par tout un peuple composé de millions de gens, ne saurait être qualifiée de "jargon". Ce texte constitue la première étape de tout un travail de "status planning" destiné à promouvoir le statut et la reconnaissance de la langue yiddish.21 La recherche scientifique qui se déploie à partir des années 1880 contribue également à émanciper le yiddish de sa parenté encombrante à l'allemand.22 Le linguiste roumain Lazar Saineanu (1859-1934)23 établit en 1889 qu'il est inadéquat de comparer le yiddish avec l'allemand contemporain (Neuhochdeutsch), mais qu'il convient de le comparer au Mittelhochdeutsch, c'est à dire à l'allemand du Moyen Age. Le yiddish ne saurait être vu comme une perversion de l'allemand moderne, puisqu'il découle historiquement de l'allemand médiéval.
Egalement au tournant du siècle, Jakob Gerzon compare la phonologie du yiddish avec celle du Moyen haut allemand, et Alfred Landau (1850- 1935)24 établit que le yiddish provient des dialectes allemands médiévaux parlés et non de la langue écrite standardisée du Moyen Age.25 Tous ces travaux contribuent à poser un statut autonome de la langue. Enfin, dans le volume Der Pinkes (Archives, 1913)26, le linguiste (et par ailleurs théoricien du mouvement sioniste de gauche Poalei Tsiyon, Les ouvriers de Sion), Ber
desiderata de la philologie yiddish, opposant la philologie, "science nationale qui se préoccupe de la valeur nationale d'une langue", à la linguistique, qui n'a que des visées purement descriptives et cognitives. Il formule ainsi le lien entre philologie et politique qui sous-tend son implication dans les deux domaines. Il joint à son article une liste de 499 ouvrages traitant de la langue yiddish depuis cinq siècles, établissant ainsi une véritable généalogie de sa discipline.
Il est indispensable de resituer la reviviscence des langues et des littératures yiddish et hébraïque dans le cadre géopolitique et politico-culturel de l'époque. Il y a tout d'abord le cadre géopolitique des provinces occidentales de l'Empire russe et de l'Autriche-Hongrie, qui formaient des mosaïques ethniques complexes. Pour cette raison, les conceptions herdériennes de la nation, selon lesquelles la langue, la littérature et la culture sont une cristallisation de "l'âme du peuple", ont trouvé une large résonance chez les peuples slaves,28 contrairement à l'idée de nation découlant de la Révolution française et de Renan, propre à l'Europe occidentale. Ce n'est que dans un tel contexte d'une coexistence d'ethnies minoritaires ou "mineures"29 que peut se concevoir le projet d'élever le yiddish au rang de langue nationale du peuple juif, ou de la nation juive encore elle-même à constituer. Dans cette conception de la nation, la langue (et non pas le territoire, ni l'Etat) joue un rôle primordial dans conception est-européenne s'oppose aussi totalement au sionisme politique de Herzl, qui est tout à fait "occidental" dans le sens où la langue n'y est pas un facteur décisif, tout du moins au début.
En effet, la révolution qui consiste à vouloir faire de l'hébreu une langue parlée et à lier ce projet au retour sur la terre d'Israël est au départ l'oeuvre d'un individu isolé, Eliezer Ben-Yehuda (1858-1922). Il publie à partir de 1904 son grand oeuvre, un dictionnaire historique de la langue hébraïque, avec de nombreux néologismes destinés à pallier la vétusté et l'inadéquation de la langue au monde moderne. Seul à passer à l'acte, il s'était installé en Palestine dès 1881, ne s'adressant à tous qu'en hébreu, obligeant femme et fils à ne parler que cette langue, et leur interdisant surtout le yiddish. Cette éducation qui fit de lui le premier enfant élevé en hébreu moderne de l'histoire, n'empêcha pas ce dernier de faire ses études à Paris et à Berlin avant de devenir un journaliste plurilingue sous le nom de Ithamar Ben-Avi (1882-1943).
Mais le mouvement lancé par Ben-Yehuda trouva écho dans les colonies agricoles de Palestine, et fut vigoureusement défendu par les partis sionistes implantés sur place.
Le renouveau du yiddish s'opère parallèlement à celui d'autres langues d'Europe de l'Est, comme le tchèque, le slovaque, l'ukrainien etc. Là aussi, la création de langues littéraires modernes fut souvent l'oeuvre d'un seul homme, et procède
p g qui vient supplanter une langue H jugée désuète.
Ainsi, Vuk Karadzic 1787-1864), l'auteur du premier dictionnaire serbe (1818), choisit d'utiliser la langue populaire contre le vieuxslavon qui servait de langue écrite. L'ukrainien moderne est l'oeuvre de quelques hommes de lettres, comme Shevtchenko et Kulish, qui se sont appuyés sur la langue populaire, en particulier le dialecte du sud-ouest de l'Ukraine.
Au contraire, en Russie, ce sont les poètes Nicolas Karamzine (1766-1826) et Alexandre Pouchkine (1799-1837) qui ont créé la langue russe moderne, contre le français en usage dans la noblesse, en utilisant des éléments provenant principalement de la langue de la couche supérieure de la société.30 Enfin, il y a aussi une base sociale à ce renouveau linguistique. Une génération de jeunes gens éduqués, qui végète sans perspectives sociales et économiques, tente de renverser la traditionnelle oligarchie religieuse et communautaire attachée à l'hébreu, en soutenant la langue yiddish. L'attachement à la "langue du peuple" devient ainsi le fer de lance d'une révolte sociale.31 Les écrivains hébraïques modernes sont eux aussi en rupture avec les instances traditionnelles qui considèrent leur activité comme sacrilège. Il est également significatif que la plupart des auteurs et des militants du yiddish comme de l'hébreu passent d'abord par une phase d'assimilation. Certains durent même apprendre la langue qu'ils défendaient, comme, y p Medem, le théoricien du nationalisme diasporique Nathan Birnbaum, ou encore le fondateur du parti sioniste socialiste Poalei Tsiyon Ber Borokhov.
La remarque est évidemment générale pour l'hébreu, que très peu de ses défenseurs étaient capables d'utiliser pour une conversation courante. Nombreux sont les acteurs des mouvements nationaux ou nationalitaires (des membres du Bund aux partis sionistes) qui firent leurs études en Europe occidentale, en Allemagne ou en Suisse. 32 Or c'est justement en exil que ces émigrés soulèvent la question nationale juive, au moment où ils se trouvent loin de leur milieu d'origine, et donc doublement confrontés à la condition minoritaire.33 D'ailleurs, ces engagements ne se font pas sans contradictions. Les écrivains yiddish Sholem Rabinovitsh (Sholem Aleykhem, 1859-1916) et Yitskhok Leybush Perets (1852-1915) parlaient respectivement russe et polonais chez eux. Le fondateur du sionisme culturel Ahad Ha-am (1856-1927), opposant du yiddish, utilisait le yiddish dans la vie quotidienne. Leurs positions ne reflètent pas leur réalité, mais sont normatives.
Au début du 20ème siècle, la langue et la littérature yiddish et hébraïque sont parvenues à s'établir assez solidement, et possèdent leurs réseaux socioculturels. Une nouvelle question se pose, celle de l'accession au politique, au pouvoir (empowerment). Selon le socialiste
y y Juifs ne pourront pas être reconnus en tant que peuple par les autres nations tant qu'ils ne reconnaîtront pas eux-mêmes leur propre langue.
Ce sont donc les mouvements politiques qui vont s'emparer des langues pour étayer leurs revendications politiques et territoriales.34 En 1905, le Bund, ou Union générale des ouvriers juifs de Russie, Pologne et Lituanie, (fondé en 1897 avant même le Parti ouvrier social-démocrate, qu'il a contribué à former, et au sein duquel il est le représentant exclusif du prolétariat juif), se prononce en faveur de l'autonomie nationale culturelle juive sur la base de la langue yiddish. La nouveauté consiste à faire cette fois du yiddish, non une langue littéraire, mais celle de l'expression et de l'enjeu d'un combat politique.35 Ensuite, le Congrès sur la langue yiddish réuni à Czernowitz36 en 1908 par un groupe de défenseurs du yiddish, dont le théoricien du diasporisme yiddishiste Nathan Birnbaum (1864- 1937), le linguiste Matthias Mieses (1885- 1945), le socialiste yiddishiste Khayim Zhitlovski (1865-1942) et l'écrivain Yitskhok Leybush Perets (1852-1915), proclame le yiddish "langue nationale du peuple juif" à parité avec l'hébreu. L'écrivain Perets déclarait dans son discours inaugural: "Nous le proclamons à la face du monde: nous sommes un peuple juif et le yiddish est notre langue. Nous voulons vivre et créer notre culture dans cette langue. C'est dans notre langue q trésors nationaux, et ne plus les sacrifier aux faux intérêts de l'Etat qui n'est que le protecteur des peuples dominants et gouvernants et qui vampirise les faibles."37 "Que nous soyons yiddishistes ou hébraïstes nous devons nous organiser pour préserver cette langue (le yiddish) qui, mis à part la religion, est le seul lien qui unit la judaïcité d'Europe de l'est... Le peuple juif doit se débarrasser de ce mépris de soi et prendre conscience de la signification et de la sacralité du yiddish"38, ajouta Matthias Mieses, qui comme Perets, ne s'opposait pas à la langue hébraïque qui demeurait pour lui un trésor national, mais soulignait l'importance de la reconnaissance interne et externe du yiddish.
Transcendant la distinction ancestrale qui opposait l'hébreu, langue de la "High culture", au yiddish, langue de la "Low culture", le yiddish se voit élevé au rang de langue H (dans les débats allemands, de Volkssprache à Kultursprache). La question du statut, voire de la "représentation" ou du respect dû à la langue est évidente lorsque l'on sait que des ouvriers venus sans smoking ne furent pas admis au gala.
Il en est de même lorsque l'on se penche sur le processus d'accession au politique de l'hébreu.
En 1897, le Premier congrès sioniste se tint à Bâle. L'importance du côté représentatif est évidente lorsque l'on regarde les photos du congrès avec tous les représentants revêtus de
q sioniste devait beaucoup à sa photogénie et à sa capacité de conférer au mouvement un caractère bourgeois et européen.39 A l'époque, l'allemand était la langue des congrès sionistes. Herzl luimême pensait que l'allemand s'imposerait tout naturellement en Palestine. Mais il se rangea ensuite aux partisans de l'hébreu, qui s'inquiétaient des progrès de la reconnaissance du yiddish en Europe de l'Est. En 1909, en réponse au Congrès yiddish de Czernowitz, les hébraïstes tiennent leur Congrès à Berlin. Toutefois, par souci d'efficacité, leur brochure de propagande est publiée à 10.000 exemplaires... en yiddish.
Le contexte géopolitique global, en Europe orientale et au Moyen Orient, est un autre paramètre dans le renouveau mouvementé des langues juives.
L'Allemagne tente d'instrumentaliser, au profit de son impérialisme culturel en Europe de l'Est, la proximité linguistique entre l'allemand et le yiddish, ainsi que l'antisémitisme du régime tsariste, pour poser les Juifs comme avant-postes de la germanisation à l'Est.
Le gouvernement allemand soutient officiellement les souhaits d'autonomie culturelle et linguistique juive, avec la visée d'affaiblir le futur Etat polonais et d'y constituer une minorité pressentie comme germanophile.40 La première génération des sionistes allemands, très germanophile, soutient pleinement les visées du gouvernement, en particulier pendant la Première Guerre mondiale p g p p allemandes.41 Les rivalités géopolitiques s'étendent jusqu'en Palestine, ou la guerre linguistique oppose tout d'abord l'hébreu à l'allemand. Le Hilfsverein der deutschen Juden et l'Alliance Israélite Universelle se livrent un Kulturkampf féroce par réseaux scolaires interposés, et renforcent au début du siècle la place de l'allemand et du français dans leurs établissements respectifs. Mais dès 1903, une conférence réunissant 14 instituteurs décide d'utiliser l'hébreu comme langue d'instruction dans les écoles primaires, en particulier dans les colonies agricoles. La question de la langue d'enseignement supérieur se pose en 1913 lors de la fondation du Technion, l'Université technique de Haifa, financée entre autres par le Hilfsverein qui avait à coeur de propager la culture scientifique allemande en Palestine. "Le sang va couler dans les rues" annonça Ben Yehuda. Au terme d'une grève immédiate, étudiants et enseignants imposèrent que les cours soient donnés en totalité en hébreu, permettant à cette langue de se développer également en vecteur de la culture scientifique européenne.
Politiquement, cette décision marque la victoire de la langue hébraïque en Palestine.
Au même moment, la question du statut de la langue yiddish en Palestine déclenche une deuxième véritable guerre.42 Les partis sionistes de gauche, en particulier Poalei Tsiyon, sont divisés, et forment la cible de virulentes attaques d'autres partis de gauche plus radicaux, comme
q p revue yiddish Der Onheyb en 1907. Certains dirigeants du Poalei Tsiyon, comme par exemple Zerubavel, Borokhov ou Nir-Rafalkes, continuent de réclamer le droit d'utiliser le yiddish, ne serait-ce que pour s'adresser aux nouveaux immigrants ignorants de l'hébreu.
Jacob Zerubavel (1886- 1967) par exemple pense que l'hébreu et le yiddish pourraient se développer parallèlement en Palestine, l'hébreu étant seul utilisé pour les relations extérieures.
En Europe et aux Etats Unis, ce même parti s'engage à fond en faveur du développement de la culture yiddish, en vertu du primat de la "Gegenwartsarbeit", c'est à dire de la défense des Juifs et de leur culture hic et nunc. Mais les opposants agitent le "danger jargoniste". En 1914, les lycéens de Herzliah empêchent le yiddishiste socialiste Khayim Zhitlovski venu en tournée en Palestine, de prononcer une conférence en yiddish. Le combat prend des formes quasi- militaires. En 1923 est fondé le Gdud meginei hasafa, la "Légion des défenseurs de la langue", organisation paramilitaire principalement composée de lycéens, mais soutenue par des universitaires et des linguistes hébraïsants. Le Gdud pratique des actions d'intimidation contre les imprimeurs, les propriétaires de salles de conférences ou de cinéma, pour les obliger à renoncer à la programmation d'activités culturelles en yiddish.
Mais il n'hésitent pas à pratiquer la force lorsque cela ne suffit pas. Ainsi, en 1928, le Betar43 et le Tsiyon de gauche qui organisait une soirée littéraire comprenant la lectures de poèmes yiddish, attaquant le public avec des pierres et des gourdins. L'incident suscite un grand émoi. En 1930, ils empêchent la projection du film yiddish Di yidishe mame (pourtant assez inoffensif!) dans deux salles à Jérusalem. Le film est finalement montré à Tel Aviv, alors que les spectateurs doivent être protégés par des cordons de policiers anglais contre leurs attaquants. En 1935, une autre agression vise le conseil des écrivains yiddish à Tel Aviv pendant la visite de la femme de lettres yiddishiste Rokhl Faygenberg.
Une grande polémique éclate en 1927, lorsque le quotidien New Yorkais Der Tog propose à Yehuda Leib Magnes, le président de l'Université Hébraïque, de lancer une souscription de 50.000 $ pour fonder une chaire de yiddish à Jérusalem. Joseph Klausner et (1874-1958)44 et Menahem Ussishkin (1863- 1941), des sionistes figurant parmi les administrateurs de l'Université, sont parmi les opposants les plus actifs à la création d'une telle chaire dont ils comparent l'introduction à celle d'une "idole dans le temple". C'est l'époque de la 4ème alya, une vague d'immigration essentiellement d'origine polonaise.
Chaque nouvelle arrivée d'immigrants déclenche la peur, chez les partisans de l'hébreu, d'être submergés par une masse de yiddishophones qui imposeraient la vitalité de la langue parlée. En
p y qu'elle deviendrait un centre d'activisme culturel yiddish, les hébraïstes auraient eu le sentiment de faire entrer le cheval de Troie dans l'Université hébraïque. Ils s'opposent donc de toutes leurs forces à la création d'une telle "chaire jargonique" qu'ils considèrent comme "une idole dans le temple" ( t selem ba-heikhal), et équivaudrait à la "destruction de l'Université". Les discussions sur l'opportunité de la création d'une chaire de yiddish à l'université hébraïque s'égrènent de 1928 à 1938, sans succès. Elle ne verra finalement le jour qu'en 1951, lorsque le yiddish, après la Shoah, ne présentera plus aucun danger pour la suprématie de la langue hébraïque.
La même politique est menée à tous les échelons de la vie culturelle. Enquêtant sur la politique d'acquisition des livres à la bibliothèque de la Histadrut (l'organisation des travailleurs en Palestine) de Tel Aviv, Ben Adir45 constate que les livres hébraïques sont acquis parfois à 10 exemplaires, alors que les ouvrages yiddish même excellents sont absents, malgré une forte demande du public.46 Partout, il constate une politique systématique d'obstruction contre toute manifestation culturelle yiddish.
Pendant les années quarante, les violences redoublent. On incendie des kiosques, des librairies, qui proposent le journal yiddish Nayvelt. Une nouvelle organisation Igud le- hashlatat halashon (Association pour l'imposition de la langue), soutenue par des personnalités aussi en vue que le Rav Kook g mandataire, tout comme une autre association encore plus radicale dans ses moyens, née en 1943 et bien nommée Brit lohamei hakanaut haivrit (Alliance des combattants pour le fanatisme hébraïque), pratiquent des actions violentes contre les publications des yiddishistes (également d'ailleurs, contre celles d'écrivains de langue allemande fuyant l'Allemagne hitlérienne et réfugiés en Palestine durant la guerre, comme par exemple Arnold Zweig).
Lorsque Ruzhka Kortshak vient témoigner du soulèvement du ghetto de Varsovie à la sixième conférence de la Histadrut en février 1945, en yiddish car elle ne savait pas l'hébreu, David Ben Gurion s'est borné à remarquer que son discours avait été prononcé "dans une langue étrangère et dissonante."48 La locution infamante sera reprise dans le monde entier. Dans les restaurants, les cafés, les lieux publics, des panneaux "Interdiction de parler yiddish" sont monnaie courante. Ainsi, pendant la seconde guerre mondiale et les persécutions nazies, sur la terre d'Israël, les Juifs d'Europe de l'est yiddishophones et la culture yiddish ne trouvaient pas droit de cité. * La guerre des langues se joue autour d'arguments et de conflits idéologiques complexes. Sur quoi reposent les revendications au pouvoir des deux langues? Au nom de quoi les hébraïsants se proposent-ils d'éliminer la
g y y promouvoir?
Les hébraïstes expliquent que l'hébreu est la langue originaire du peuple juif, celle de son passé historique, celle de la Bible, témoin de son passé national et de son message religieux. Elle est diachroniquement la seule langue juive qui ne s'est pas perdue au cours des millénaires, et synchroniquement celle qui unit les Juifs du monde entier. Enfin, elle est liée à la terre d'Israël et avec l'espoir du retour à cette terre.49 La terre, le peuple et la langue constituent les trois piliers qui doivent à nouveau être réunis ensemble.
Les hébraïstes sont nécessairement dans l'embarras pour justifier leur soutien à une langue qui n'est utilisée qu'à l'écrit. Dans son essai "Riv haleshonot" [La guerre des langues]50, le théoricien du sionisme culturel Ahad Ha-am (1856- 1927) établit une distinction entre la "langue nationale" et la "langue parlée" ou la "langue maternelle". Il soutient que la langue nationale n'est pas forcément identique à la langue parlée. De nombreuses nations (il cite l'Allemagne et la France) ont une langue nationale qui est incomprise de larges segments de la population. Dans le cas des Juifs, choisir la langue parlée (le yiddish) signifierait réduire le passé historique du peuple juif aux 4 ou 5 siècles de sa présence en Europe de l'Est, et par là réduire les Juifs au statut des petits peuples slaves environnants comme les Ruthènes ou les Serbes. j pour lutter contre l'argument de la "langue maternelle", Ahad Ha-am propose l'analogie suivante: de même qu'un homme considère comme sa langue celle qu'il a entendue et parlée dans son enfance, de même un peuple doit revenir à la langue qu'il parlait à l'aube de son existence historique. Ainsi, le retour à l'hébreu serait pour le peuple juif le retour à l'origine et à l'authenticité.
Mais cette comparaison entre l'homme et le peuple fonctionne sur l'artifice d'un clivage entre l'idée normative du peuple (hébréophone) et la réalité des individus qui le composent (et qui sont yiddishophones). Elle fait passer la collectivité imaginée avant la somme des individus qui la constitue. Il faut donc à Ahad Ha-am justifier l'attachement des Juifs à la langue hébraïque, d'autant plus difficile à prouver qu'ils ont cessé de la parler. Ahad Ha-am en fournit une interprétation surprenante. Selon lui, après la destruction du temple, les Juifs auraient délibérément laissé mourir leur culture: ils auraient abandonné leur langue, codifié et donc pétrifié leur littérature et leur religion, pour pouvoir ainsi mieux les transporter. Toute leur vie en exil se résumerait au deuil de ce passé mort, de la langue morte, de la littérature morte, et d'une religion morte.
Mais lorsqu'ils reviendraient sur leur terre, le lien naturel qui unissait ces éléments serait restauré, et ils pourraient alors reprendre leur croissance organique. Alors langue nationale, langue
g p j s'agissait donc de restaurer un état naturel qui existait antérieurement, et qui avait été disloqué par l'exil.
La position d'Ahad Ha-am est celle du sionisme culturel, qui attribue à la culture juive une place fondamentale. Pour les sionistes politiques, les choses se posent en termes différents.
Le sionisme politique avait pour but la création d'un homme nouveau, d'un nouveau Juif.
Les Juifs devaient être déjudaïsés, normalisés, puis (re)hébraïsés. Le yiddish était perçu comme une langue étrangère, l'opposition au yiddish participait de la "shelilat hagola", du rejet de la diaspora51, attitude non dénuée de haine de soi, mais communément adoptée par des théoriciens sionistes, par exemple Max Nordau (1849-1923) ou Jakob Klatzkin (1882-1948)52.
Pour Klatzkin, le judaïsme en diaspora n'est pas digne de survivre, pire encore, "il n'a pas le droit d'exister s'il prétend être une fin en soi". Il ne peut exister que comme "moyen et transition vers une nouvelle existence. La diaspora (galut) mérite de vivre pour arriver à la rédemption de la diaspora... Sans la négation de la diaspora, il n'y a aucune raison de lui reconnaître une quelconque valeur."53 La langue yiddish serait alors la physionomie sonore du "type du Juif ghettoïque, avec sa tête hydrocéphale, des mains agitées nerveusement et son corps flétri et paralytique54". La névrose, le déracinement et l'aliénation des Juifs seraient pareillement p g g y q réduite à une pathologie de la diaspora.55 Par contre, l'hébreu serait le vecteur d'une nouvelle identité collective, plus authentique car en liaison organique avec la terre. Les hébraïstes sont touchés par l'orientalisme, ils renouent avec les racines sémitiques de la langue hébraïque, s'habillent à la manière arabe, adoptent la prononciation "séfarade" de l'hébreu. En même temps, ils visent la création d'une "communauté nouvelle", créée par l'usage de l'hébreu, et qui n'est plus la communauté religieuse surannée unie par la langue liturgique, mais une communauté moderne et laïque.
A l'opposé, les tenants de la langue yiddish pouvaient, eux, se prévaloir de la réalité et du présent. Les chiffres étaient imparables. Lors du recensement russe de 1897, 97% des Juifs indiquaient le yiddish comme langue maternelle.
Le yiddish était parlé par 4/5 du peuple juif, soit 11 millions de personnes. Encore en 1939, 92% des Juifs étaient ashkénazes, et le groupe germanophone de 1 million de personnes aurait facilement pu apprendre le yiddish. Par contre, en 1914, il n'y avait encore que près de 80.000 Juifs en Palestine, et le recensement de 1916 indique que seulement 40% d'entre eux utilisaient l'hébreu comme première langue. Pratiquement, le projet sioniste paraissait totalement utopique.
Il semblait d'une part impossible de transférer les millions de Juifs d'Europe de l'Est en Palestine, et d'autre part insensé de penser qu'ils se
p p g alors qu'ils disposaient d'une langue vivante parlée et écrite.
Les Juifs d'Europe de l'Est yiddishophones étaient de très loin le plus grand groupe juif présentant tous les signes d'une nationalité distincte, soit "une spécificité nationale exprimée par l'habit et la langue, la littérature et l'art, les coutumes et les traditions, et dans une vie religieuse, sociale et légale qui prouve qu'ils possèdent une culture unique."56 Il s'agissait dès lors de faire du yiddish, langue du peuple ("folks- shprakh") une langue nationale ("natsyonal- shprakh"), de s'appuyer sur cette source vivante plutôt que de retourner à l'hébreu, langue du passé. "Une langue nationale n'est pas une resserre où l'on garde les bougeoirs du shabbat, seraient-ils les plus précieux, les plus beaux objets. Une langue nationale est une source vive", écrivait le linguiste Max Weinreich.57 Les yiddishistes tentaient également de ne pas faire l'impasse sur l'histoire. Le yiddish était la seule langue juive qui réunissait à la fois une permanence historique (plus de mille ans d'existence) et la majorité écrasante du peuple juif de l'époque. Elle était également porteuse de la tradition hébraïque. Par sa forme, elle avait conservé les hébraïsmes essentiels, et ce, sous une forme parlée et vivante. Par son essence, elle avait rendu possible la perpétuation de la vie et de la culture juives. "Ce ne sont pas les mots qui constituent une langue, mais l'esprit qui l'anime. [...] L'esprit qui anime le yiddish est vraiment q son humour, ses formes grammaticales hébraïques, etc. en attestent,"58 écrivait Matisyohu (Matthias) Mieses, pour qui "le yiddish est la passerelle qui nous relie à l'hébreu".59 Pour Nathan Birnbaum, le tenant du nationalisme diasporique, et plus tard du retour à l'orthodoxie religieuse, le yiddish exprimait "l'idée absolue du judaïsme", parce qu'il avait été le vecteur de la yiddishkeyt, du mode de vie juif traditionnel. Il devait donc être pleinement reconnu dans cette position, et "même l'hébreu ne s'en offusquera pas mais continuera à remplir son rôle éternel de témoin perpétuel de la permanence de notre peuple."60 Le yiddish était donc le vecteur d'une identité juive vivante et mouvante que l'hébreu pétrifié et dépassé ne pouvait plus représenter.
Pour les yiddishistes, un Juif français ou allemand assimilé n'avait guère plus rien de juif. "Celui qui se moque du yiddish se moque du peuple juif. Celui qui ne sait pas un mot de yiddish est un demi-goy",61 écrivait le yiddishiste Khayim Zhitlovski. Un Juif yiddishophone de Varsovie, qu'il fût athée ou religieux, de gauche ou de droite, baignait dans la culture juive, car il parlait et lisait en yiddish. C'est justement sur la base du yiddish que s'épanouirait une culture juive moderne et laïque. Le yiddish avait été et continuerait d'être un rempart contre l'assimilation. A partir de ce constat s'est constitué un véritable "nationalisme linguistique", où la langue prend la place du
but du Congrès sur la langue yiddish de Czernowitz avait été de créer un "territoire spirituel et national", un "Yiddish-land" international qui permettrait de sauvegarder l'existence du peuple juif.62 De plus, la littérature yiddish s'était enrichie considérablement depuis le début du siècle, avec la floraison de courants littéraires modernistes et avant-gardistes dans les années 1910 et 1920, qui semblaient faire perdre espoir au petit nombre des partisans de l'hébreu.
De fait, les yiddishisants disposaient d'un réseau d'écoles imposant en Pologne et surtout en Russie, où, après la Révolution, le yiddish fut reconnu par l'Etat comme langue de la minorité juive, contre l'hébreu jugé "clérical et réactionnaire".
Ces hypothèses avaient des conséquences politiques majeures. Il fallait donc concentrer toute activité politique sur le centre vital de la judaïcité, celui où l'on parlait la langue juive vivante, c'est à dire la Russie, la Pologne, la Roumanie etc., se livrer à la Gegenwartsarbeit, le "travail au présent" (et non la construction hypothétique d'un avenir linguistique en hébreu ou territorial en Palestine). Ce constat était à la base du nationalisme diasporique (goles- natsyonalizm) d'un Nathan Birnbaum, tout comme des revendications d'autonomie nationale culturelle que le Bund partageait avec d'autres partis nationalitaires juifs. q y et hébraïste se soient livrés une guerre impitoyable, ils n'en comportent pas moins des similitudes frappantes. Des mouvements aussi différents que le nationalisme diasporique de Birnbaum, les mouvements revendiquant l'autonomie nationale culturelle (le Bund, la Yidishe folkspartay d'inspiration Dubnovienne proche politiquement des cadets russes, les Poalei Tsiyon (sociaux démocrates) de gauche, le Parti ouvrier juif socialiste SERP "Sejmiste"), le nationalisme linguistique de Zhitlovski, et enfin le sionisme culturel d'Ahad Ha-am, pourtant hébraïste, ont des fondements proches, malgré leurs divergences.
Ils participent tous du report de l'identité nationale de la religion vers la langue et la culture qui a suivi le phénomène de sécularisation. C'est justement au moment où l'identité juive s'est trouvée menacée (par d'autres langues, par l'assimilation, par les divisions internes et le désarroi des jeunes générations), que le nationalisme et la question linguistique apparaissent, comme forme sécularisée de religion. Khayim Zhitlovski prêche par exemple pour un réinvestissement individuel poétique et symbolique des formes religieuses d'antan, qui permettrait de conserver celles qui ont à la fois une valeur nationale et universellement humaine.63 Yiddishisme et hébraïsme ont souvent des problématique très proches, mais des solutions différentes. La question centrale reste dans chaque cas celle de l'identité juive. S'agit-il
q q devraient être? S'agit-il des Juifs là où ils sont (en diaspora, c'est à dire majoritairement en Europe de l'Est), ou bien là où l'on pense qu'ils "devraient" être, c'est- à-dire en Palestine? De ces questions fondamentales découle logiquement le choix de la langue: le yiddish ou l'hébreu. A chacune ensuite de se (ré)inventer une "lignée croyante"64, une généalogie prestigieuse, en annexant la terminologie religieuse, nationale, populiste etc.
La langue à son tour ne sort pas indemne de ces affrontements. En Palestine, les antiyiddishistes apostrophaient les yiddishophones dans la rue de l'injonction "Ivri, daber ivrit" [Hébreu, parle hébreu!]. Le mot ivri "Hébreu" remplace l'ancien mot yehudi "Juif", réservé pour désigner les Juifs de la diaspora, condamnés à disparaître selon l'idéologie sioniste.
On reconnaît là un procédé commun à toutes les idéologies totalitaires, qui visent à changer la réalité en changeant la langue, la manière dont elle s'énonce. Comme le dit très justement Pierre Bourdieu, "le dire droit, formellement conforme, prétend par là même... à dire le droit, c'est à dire le devoir être". L'invention du mot "ivri" peut être rapportée à la "capacité générative" et même "originaire" de la langue, "que lui confère son pouvoir de produire à l'existence en produisant la représentation collectivement reconnue, et ainsi réalisée, de l'existence." L'imposition de la langue (ré)inventée, des mots nouveaux qui viennent se superposer à l'usage existant, est p absolu" de transformation de la réalité.65 * Aujourd'hui, l'histoire a tranché. La Shoah a entraîné l'anéantissement de la population et de la culture juives en Europe de l'Est. Une large majorité des quelque six millions de victimes étaient yiddishophones. La fondation de l'Etat d'Israël en 1948 sur la base de l'idéologie sioniste a conforté la langue hébraïque, tandis que le yiddish n'a toujours aucun statut dans le pays.
Ce n'est qu'en qu'on a autorisé l'enseignement du yiddish dans les lycées (cette matière pouvant être aujourd'hui choisie comme option seconde langue aux épreuves du baccalauréat), plus tard encore dans les écoles primaires. Cet enseignement est aujourd'hui donné dans une quarantaine d'écoles, rassemblant environ 2300 élèves, sans compter le réseau des écoles religieuses (heder et yeshiva) où le yiddish est utilisé comme langue d'instruction, mais pas enseigné pour lui-même. En 1996, le parlement israélien a voté une déclaration reconnaissant le yiddish et le ladino comme langue juives; patrimoine dont l'Etat d'Israël est responsable, ainsi que la création de deux commissions dépendantes du Ministère de l'éducation et pourvues d'un budget, l'une pour le yiddish, l'autre pour le ladino. A ce jour, aucune n'a vu le jour.66 Seuls, les milieux hassidiques maintiennent l'usage du yiddish comme langue quotidienne. Le yiddish est devenu, pour la
p p p langue des "Juifs morts". Dans les autres pays occidentaux, l'assimilation a fait son oeuvre.
L'URSS, après avoir soutenu la culture yiddish dans les années 1920, mais au prix d'une politique d'exclusion de la langue hébraïque, a sombré dans des vagues de purges et de persécution (1937-38, 1948-52) à l 'encontre des écrivains yiddish. La plupart des journaux et des revues ont été fermés (ne subsistaient que Der Birobidzhaner shtern et Sovetish heymland, entièrement victimes de la mise au pas). Depuis la levée du rideau de fer, on assiste à un renouveau timide, d'autant amputé par l'immigration vers Israël depuis les années 1970.
En Europe occidentale, le yiddish a subi la même indifférence. Les déclarations concernant les langues régionales qui avaient suivi l'élection du président François Mitterand en France n'ont pas été concrétisées pour le yiddish. L'Union Européenne lui a pourtant dédié une déclaration de principe, elle non plus sans grand effet.
Le sort des deux principales langues juives du début du siècle est aujourd'hui fort différent.
L'hébreu (moderne) israélien est la langue de l'Etat d'Israël, sa survie, dépendante de celle du jeune Etat, est assurée par ses structures éducatives et sociales (éducation, armée, médias).
Le yiddish ne bénéficie plus du soutien d'aucune structure étatique. A part dans certains milieux religieux, rares sont ceux qui identifient leur identité juive à cette langue, qui fait pourtant l'objet d'un certain revival dans les milieux langue n'est plus aujourd'hui, et de loin, le critère de la judéité, qui se cristallise désormais autour de trois grands pôles, l'engagement religieux, l'attachement à Israël, et enfin l'histoire et la culture juives, en particulier la mémoire de la Shoah.67 NOTES: 1 Sur la diglossie et la distinction entre langue H et langue L, voir Charles A.
Fergusson, dans Word, 1959, no. 15, p 325-340; Joshua A.
Fishman, "Bilingualism with and without diglossia; diglossia with and without bilingualism", Journal of Social Issues, 1967, 23, no. 2, p. 29-38. 2 Fait significatif; la première phrase dont nous avons trace en yiddish est écrite au creux d'une calligraphie ornant un rituel de prières entièrement en hébreu. Cf. Chone Shmeruk, Sifrut yidish: Prakim letoldoteha, Tel Aviv, Tel Aviv University, 1978. D'après les recherches de Erika Timm, les glosses yiddish en marge des textes hébraïques de Rashi seraient de sa main. 3 Cité par Israel Zinberg, A History of Jewish Literature, t. 7: "Old Yiddish Literature from its Origins to the Haskalah Period", New York, Ktav, 1975, p. 222. 4 Mendelssohns Schriften, Leipzig, 1844, t. 5, p. 505-506.
Abraham Geiger, "Allgemeine Einleitung in die Wissenschaft des Judentums" in Ludwig Geiger (réd), Nachgelassene Schriften, Berlin 1875, p. 221-222, cité par Jean Baumgarten, "La définition nationale de la langue et de la littérature yiddish chez les savants de la Wissenschaft des Judentums", Philologiques III, réd. Michel Espagne et
Michael Werner, Paris, MSH, 1994, p. 405- 429.
Kauffmann, 1892, p. 453 (et 452-457 passim). 10 Ibid. p. 462. 11 Mendelssohns Schriften, Leipzig, 1844, t. 5, p. 505-506.
Leopold Zunz, Gesammelte Schriften, p. 110.
Les revues suivantes, Sulamith et Jeshurun , parurent déjà en allemand, et après 1830, il n'y eut plus de création littéraire en hébreu en Allemagne.
Bal Makhshoves, "Tsvey shprakhn, eyneyntsike literatur" (1908), reproduit dans Geklibene verk, New York, Tsiko, 1953, p. 112-123. Le critique y dévoile de manière presque comique comment des revues réunissent des écrivains aux options politiques tout àfait antithétiques, ou comment des écrivains partisans officiellement de l'une des langues traduisent leurs articles dans la deuxième, afin de percevoir deux fois les maigres honoraires versés par les revues.
Fishman, Never Say Die! A Thousand Years of Yiddish in Jewish Life and Letters, La Haye, Mouton, 1981.
Lazar Saineanu, Studui dialectologic asupra graiului evreo- german, Bucarest, 1889.
Saineanu, philologue et folkloriste roumain, auteur du grand dictionnaire de la langue roumaine en 4 volumes (1895) qui connut éditions, enseignait la linguistique roumaine à l'Université de Bucarest bénévolement, la citoynneté roumaine lui ayant été refusée même après sa conversion. En 1901, il émigre à Paris où il enseignera à l'Ecole des Hautes Etudes à la Sorbonne.
Jakob Gerzon, Die jüdisch- deutsche Sprache. Eine grammatisch- lexikalische Untersuchung ihres deutschen Grundbestandes, Francfort/ Main, 1902; Alfred Landau, "Das Deminutivum der galizisch-jüdischen Mundart", Deutsche Mundarten, I, 1895, p. 46- 58. 26 Ber Borokhov, "Di oyfgabn fun der yidisher filologye", Der Pinkes, réd.
Shmuel Niger, Vilna, Kletskin, 1912, p. 2-21. 27 Ber Borokhov développa une synthèse entre nationalisme juif et doctrine marxiste qui sera à la base du parti sioniste ouvrier Poalei Tsiyon. 28 Voir J ohann Gottfried Herder: Zur Herder-Rezeption in Ost- und Südosteuropa, réd.
Ziegengeist, Berlin, Akademie Verlag, 1978. 29 J'entends ce mot au sens que Kafka donnait, dans ses journaux, à son texte sur les littératures mineures daté du 25 décembre 1911, cf.
Franz Kafka, Tagebücher 1910-1923, Francfort, S.
Fischer, 1986, p. 151-154. Kafka note d'ailleurs le lien fort entre littérature et politique chez les nations minoritaires, où "la littérature est l'affaire du peuple". 30 Sur le renouveau des langues slaves, voir Alexander M. Schenker et Edward Stankiewicz (réd.), The Slavic Literary Languages: Formation and Development, New Haven, Yale Concilium on International and Area Studies, 1980.
Le phénomène du "premier congrès" consacré à la langue nationale est significatif, ainsi, le premier congrès consacré au biélorusse a lieu en 1926, à l'ukrainien en 1927, bien après le Congrès sur la langue yiddish de Czernowitz en 1908. Cf. Joshua A.
Fishman, The Earliest Stage of Language Planning: The "First Congress" Phenomenon, Berlin/New York, Mouton de Gruyter, 1993. 31 Sur le rôle des intellectuels dans les mouvements nationaux, voir John Breuilly, Nationalism and the State, Chicago, Chicago University Press, 1985, en particulier le chapitre "The Social Bases of Nationalist Politics" p. 329-333, qui affirme: "The typical nationalist intellectual can be seen as an unsucessful professional", p. 330. 32 Voir Claudie Weill, Etudiants russes en Allemagne 1900-1914, Paris, L'Harmattan, 1996. 33 Voir Jonathan Frankel, Prophecy and Politics: Socialism, Nationalism and the Russian Jews 1862-1917, Cambridge, Cambridge University Press, 1981, en particulier pour le Bund p. 182 ff. et pour le groupe Zeitgeist à Berlin p. 271 ff. 34 Sur les enjeux de pouvoir, en particulier sur l'insuffisance du concept de diglossie de Fergusson pour une vision dynamique des conflits linguistiques, voir Jean-Louis Calvet, La
guerre des langues et les politiques linguistiques, Paris, Payot, 1988.
Le yiddish remplacera officiellement le russe dans les réunions politiques du Bund à partir de 1910. 36 Sur le congrès, voir Emanuel S.
Goldsmith, Architects of Yiddishism at the Beginning of the Twentieth Century: A Study in Jewish Cultural History, Cranbury NJ, Associated University Presses, 1976; Di ershte yidishe shprakh-konferents: barikhtn, dokumentn un ophandlungen fun der Tshernovitser konferents 1908, Wilno, YIVO/ Filologishe sektsye, 1931. 37 Cité par Goldsmith, Architects of Yiddishism, p. 193.
Di ershte yidishe shprakh konferents, p. 182. 39 Voir Michael Berkowitz, Zionist Culture and West European Jewry before the First World War, en particulier le chapitre "Art and Zionist Popular Culture", Cambridge, Cambridge University Press, 1993. 40 Voir Steven E. Aschheim, "Eastern Jews, German Jews and Germany's Ostpolitik in the First World War", Leo Baeck Institute Year Book, XXVIII (1983), p. 351-365. 41 Cf. en particulier, la création par Max Bodenheimer du Komitee für den Osten (KfdO) en 1914. L'idéologie des fondateurs s'exprime dans la revue Neue jüdische Monatschriften (1916- 1920), sous la direction de Hermann Cohen, Alexander Eliasberg, Adolf Friedemann, Eugen Fuchs et Franz Oppenheimer, et dans le numéro spécial consacré aux "Ostjuden" de la revue Süddeutsche Monatsheft e en février 1916. 42 Voir Arye Leyb Pilovski, Tsvishn yo un neyn: yidish un yidish-literatur in Erets-Isroel 1907-1948, Tel Aviv, World Council for Yiddish and Jewish Culture, 1986, auquel sont empruntés la plupart des faits suivants. 43 Betar: mouvement de jeunesse sioniste fondé en 1923 à Riga, influent dans les années 1930, marqué par une idéologie influencée par le révisionisme de Vladimir Jabotinski, 44 Joseph Klausner, critique littéraire, obtient la chaire de littérature hébraïque à l'Université hébraïque tout en siègeant à l'Académie de la langue hébraïque. 45 Avrom Rozin, dit Ben Adir (1878- 1942), socialiste yiddishiste, membre du Parti ouvrier juif socialiste ("Sejmiste") depuis 1906, puis du Parti socialiste juif unifié en 1917, quitte l'URSS en 1921 pour s'installer à Berlin, puis New York.
Ben Adir mentionne 65.000 volumes disponibles à la bibliothèque centrale de la Histadrut, dont 45.000 en hébreu et 4.000 en yiddish, en conséquence de la politique d'exclusion systématique visant cette langue. Voir Ben-Adir, "Tsu der lage fun yidishn bukh in Erets-Isroel", Bikher-velt, juin 1928, p. 20- 24. Ben Adir choisit la bibliothèque de la puissante organisation des travailleurs Histadrut parce qu'elle est censée représenter les goûts bibliographiques de la classe ouvrière, au sein de laquelle l'intérêt pour le yiddish est important. 47 Abraham Isaac Kook, premier Grand Rabbin de Palestine, fut l'artisan de la réconciliation entre sionisme et orthodoxie religieuse par son interprétation du mouvement sioniste, même laïc, comme une forme de rédemption du peuple juif. 48 Cité par Pilovski, p. 243 . 49 Voir Chaim Rabin, "The National Idea and the Revival of Hebrew", Studies in Zionism, 7 (printemps 1983), p. 31-48. 50 Ahad Ha-am, "Riv haleshonot", Hashiloah, vol. 22, no. 2, 1910; voir aussi Zalmen Zilbertsvayg, Akhad Haam un zayn batsiung tsu yidish, Los Angeles, Farlag Elisheva, 1956.
Voir Eliezer Schweid, "The Rejection of the Diaspora in Zionist Thought", in Jehuda Reinharz et Anita Shapira (réds), Essential Papers on Zionism, New York, New York University Press, 1996, p. 133-160. 52 Voir sur la notion de "rejet de la diaspora", Yaakov Klatzkin, Tehumim, Berlin, 1925, p. 76-82, où il affirme que "la diaspora n'est pas digne de survivre" car elle "falsifie notre caractère national" et "corrompt notre caractère humain et notre dignité humaine".
Yaakov Klatzkin, Tehumim, Berlin, 1925, p. 81-82. 54 Citation d'un jeune sioniste de l'époque, Dr. J. Eljaschoff, "Ueber Jargon ("Juedisch") und Jargonliteratur", Jüdischer Almanach 5663, réd. Berthold Feiwel et Ephraim Moses Lilien, Berlin, Jüdischer Verlag, 1902, p. 58. Israel (Isidor) Eliashev, qui deviendra plus tard, sous le pseudonyme Bal Makhshoves, le fondateur de la critique littéraire yiddish, était alors encore un sioniste anti-yiddishiste convaincu. 55 Voir Sander L. Gilman, J ewish Self-Hatred: Anti-Semitism and the Hidden Language of the Jews, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1986. 56 Nathan Birnbaum, (Discours au premier Congrès sioniste), Ausgewählte Schriften zur jüdischen Frage, Czernowitz, 1910, t. I, p. 40. 57 Maks Vaynraykh, "Der Bund un di yidishe shprakh", 25 yor (1897-1922). Zamlbukh, Varsovie, Di velt, 1922, p. 56. 58 Voir les deux articles de Matisyohu Mizes, "Bizehut hasafa hayehudit" [L'identité de la langue yiddish] et "Quelques mots de plus sur la langue yiddish", Ha-olam, no. 22 et 23 (5 et 12 juin 1907) (on notera au passage que ces deux articles pro-yiddish furent écrits en hébreu), cité ici d'après Goldsmith, Architects of Yiddishism, p. 152.
Matisyohu Mizes, "Lisheelat halashon hayehudit" [Sur la question de la langue yiddish], He-atid, 1910, p. 209. L'article de Mieses, en hébreu, a été écrit en réponse à "Riv haleshonot" de Ahad Ha-am. 60 Nathan Birnbaum, "Di absolute ideye fun yidntum un di yidishe shprakh", Di yidishe velt (St.
Petersburg), no. 1, mars 1912, p. 48-49. 61 Khayim Zhitlovski, "Dos yidishe folk un di yidishe shprakh" (1904), Geklibene verk, réd. Yudl Mark, New York, Tsiko (CYCO), 1955, p. 124. 62 Khayim Zhitlovski, Mayne ani maymins, New York, YKUF, 1953, p. 403. 63 Khayim Zhitlovski, "Di natsyonalpoetishe vidergeburt fun der yidisher religye" (1908), reproduit dans G eklibene verk, p. 219- 255. 64 Voir Danielle Hervieu-Léger, La religion pour mémoire, Paris, Cerf, 1993. 65 Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire. L'économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1982, p. 20 et 21.
Renseignements fournis par internet par Leybl Botwinik, viceprésident du Conseil mondial pour la culture yiddish, le 30 octobre 1997. 67 Voir Martine Cohen, "Les Juifs de France:
Affirmations identitaires et évolution du modèle d'intégration", Le débat, no. 75, mai-août 1993, p. 101- 115.
3a 4 4a 6 7 1 Fragment de l'Exode 2. Lettre de Bar Kokhba. 3. Lettre de Bet Mashk. 3a.
Signatures de témoins pour le 3.
Fragment de Dura-Europos. 6,7. Inscriptions sur une tombe à Bet She'arim. (1-4a Wadi Murabba'at, c.a.d. avant 135 de l'ère chrétienne (E.C.), 5-7 3e siècle de l'E.C. ( Encyclopedia Judaica)
- ↩ Un document araméen. 4a. Signature pour 4a. 5.
- ↩ Cité par Emanuel S. Goldsmith, Architects of Yiddishism at the Beginning of the Century: A Study of Jewish Cultural History, Cranbury NJ, Associated University Presses, 1976, p. 38 et 112.
- ↩ David Friedländer, Ueber die Verbesserung der Israeliten im Königreich Polen: Ein von der Regierung im Jahre 1816 abgefordertes Gutachten, Berlin, Nicolai, 1819, p.
- ↩ Dr. Zunz, Die gottesdienstlichen Vorträge der Juden historisch entwickelt, 2e édition augmentée, Francfort/Main, J.
- ↩ La revue Ha-measef, lancée en 1780 par l'association des Amis de la langue hébraïque, dut cesser définitivement sa parution qui était devenue épisodique, en 1811. Elle ne recueillit jamais plus de 300 abonnés.
- ↩ Voir Raphael Mahler, Hasidism and the Jewish Enlightenement: Their Confrontation in Galicia and Poland in the First Half of the Nineteenth Century, Philadelphie, Jewish Publication Society of America, 1985 (traduit de l'original yiddish Der Kamf tsvishn haskole un khsides in Galitsye, New York, YIVO, 1942); Maks Erik, Etyudn tsu der geshikhte fun der haskole 1789-1881, Minsk, Melukhe Farlag fun Vaysrusland/ Natssekter, 1934; Israel Zinberg, A History of Jewish Literature, t. XI: "The Haskalah Movement in Russia", Cincinnati, Hebrew Union College/ New York, Ktav, 1978 (traduit de l'original yiddish: Di geshikhte fun der literatur bay yidn, vol. 12: "Di haskole-bavegung in Rusland", Wilno, Tomor, 1929).
- ↩ Voir l'introduction de Dik à Makhaze mul makhaze, Varsovie, 1861, n.p., cité par Dan Miron, A Traveler Disguised: The Rise of Modern Yiddish Fiction in the Nineteenth Century, New York, Schocken, 1973, p.
- ↩ Voir Dan Miron, A Traveller Disguised, op. cit.
- ↩ Voir Robert Alter, The Invention of Hebrew Prose: Modern Fiction and the Language of Realism, Seattle, University of Washington Press, 1988, p. 23 ff.
- ↩ Le mouvement Hibbat Tsiyon [L'amour de Sion] forme le lien entre les précurseurs du sionisme et le début du sionisme politique. Il est composé dans les années 1880-90 de groupes nonpolitiques favorables à l'émigration en Palestine.
- ↩ Yehoyshue Mordkhe Lifshits, "Di fir klasn", Kol mevaser, 1863, p. 323- 328, 364-366, 345-380, 392-393.
- ↩ Sur ce sujet, voir Joshua A.
- ↩ Voir Dovid Katz, "On Yiddish, In Yiddish and For Yiddish: 500 Years of Yiddish Scholarship" in Mark H. Gelber (réd.), Identity and Ethos: Festschrift for Sol Liptzin, New York, Peter Lang, 1986.
- ↩ Alfred Landau, né à Brody en ans. Juriste, il se retire ensuite pour se consacrer à ses recherches sur la linguistique et le folklore yiddish.
- ↩ 8 Gesammelte Schriften von Dr Zunz, t. 2, Berlin, Louis Gerschel, 1875, p 110.