ow A sa mort, en 1909, un disciple évoqua se consacra à la politique radicale et à la le souvenir de Jacob Gordin dans ces spiritualité tolstoïenne. Il écrivit dans la presse termes: russe de gauche (sous le pseudonyme d'Ivan) et "Je le revois, arpentant les rues [du Lower passa des années à travailler dans les champs, East Side] telle une branche de lulav (palmier) Sa persuadé que cela conduirait au salut de la barbe seigneuriale s'étale avec une dignité festive Russie. Il partit; pour l'Amérique avec un groupe (yomtovdik) sur sa large poitrine. Ses yeux, qui avait l'intention de créer une communauté telles deux flammes, dans sa main droite une agricole utopiste - échappant de quelques heures à canne, dans la gauche - l'une de ses pièces. Il peine à son arrestation par la police tsariste.

passe, et les acteurs frémissent en l'apercevant.

Mais quand il arriva à New York en 1891, il Ceux qui le connaissent disent, "Voici Gordin", avait besoin de travail, et se mit à écrire pour la les autres se retournent, s'exclamant: "Quel bel presse yiddish. homme!". méprisait. le théâtre yiddish, dont la première Cet hommage donne une idée de la stature et représentation laïque professionnelle avait eu lieu de la célébrité de Jacob Gordin dans le monde de seulement quinze ans plus tôt (à Jassy, en langue yiddish du début du siècle. Période Roumanie.) Le théâtre yiddish avait déjà la généralement décrite comme l'ère Gordin du réputation, en Europe et en Amérique, d'être un théâtre yiddish. Réformateur né, il commença par divertissement populaire de bas étage. Pourtant être un révolutionnaire russe, et finit par c'était l'apogée de l'épanouissement de la révolutionner le théâtre yiddish.

littérature yiddish moderne, et le théâtre yiddish entamait son ascension artistique. Un groupe Gordin se considérait autant comme Russe d'acteurs expérimentés et d'amateurs intéressés que comme Juif. Il était né à Mirgorodlen commençaient à présenter des pièces sérieuses Ukraine, en 1853.

Dans une famille de dans leur traduction yiddish. Les vedettes Jacob maskilim ; aussi apprit-il le russe et le yiddish, et Adler et David Kessler, en quête de matériau de trouva-t-il sa place sur la scène littéraire russe. Il meilleure qualité, découvrirent une saynète En 1891, l'intelligentsia juive russe

proposèrent d'écrire une pièce.

Brûlant d'enthousiasme, Gordin rentra chez lui [se souvint-il par la suite] pour rédiger sa première pièce, intitulée Siberia lors de son inauguration.

"J'ai. accompli cette tâche, déclara-t-il par la suite, tel un homme pieux, un scribe qui recopie un rouleau de la Torah."

Cette pièce, Siberia, illustrait presque tous les changements que Gordin devait apporter au théâtre yiddish - dont la plupart étaient déjà familiers aux spectateurs éclairés d'Europe.

D'abord, il exigea le respect Pour le texte; il interdisait aux comédiens d'ajouter des répliques.

Il recherchait la vraisemblance des personnages, dans leur langage en particulier. Il insistait sur le travail collectif plutôt que sur le "starism " (pour reprendre le terme yiddish), créant des rôles si riches, si puissants, que les acteurs, contraints d'exploiter toutes leurs possibilités afin de les interpréter, se considéraient comme de véritables artistn , et l'en adoraient d'autant plus. Plus tard, lorsque se dissipa l'engouement pour ses pièces, les artistes libres de choisir le spectacle des soirées de bienfaisance continuaient de les jouer.

Enfin, s'inscrivant dans le courant contemporain de la littérature et du journalisme en langue yiddish, Gordin apporta au théâtre juif une contribution spécifique: il refusa la version germanisée appelée Daytshmersh, au bénéfice d'un yiddish pur, souple et cohérent.

Gordin - environ une cinquantaine. Il fait appel aux émotions violentes, aux extrêmes, généralement renforcés par la musique. Il évolue à travers des suspenses successifs qui intensifient la logique de l'action. Les personnages mineurs ajoutent une note comique, un sentiment de détente, et une forme de commentaire. Gordin se distinguait par une signature particulière: le recours aux aphorismes cinglants, dont l'effet, au baisser du rideau, était saisissant. Il était certes influencé par le naturalisme et le réalisme de son époque, de son pays d'origine, et ses mélodrames rappellent par leur ton La puissance des ténèbres de Tolstoï et Le canard sauvage d'Ibsen. Tous ces éléments impressionnèrent fortement le public juif, ainsi que les spectateurs anglais et français du XIXème siècle.

Le mélodrame s'adaptait à merveille à la culture juive car il permet de donner des leçons de morale. La culture ashkénaze attache du prix au dessein didactique de l'art, qui l'intéresse beaucoup moins en tant que tel. Cette attitude vaut pour le théâtre. Dans les temps anciens, les rabbins désapprouvaient le théâtre, ce moshav Letsim (repaire des moqueurs.) Seuls les personnages qui semblaient porteurs d'une morale étaient admis, par exemple le maggid (prêcheur) et le badkhen (bouffon.) La structure fondamentale du mélodrame place le protagoniste - toujours vertueux - dans une situation où il est menacé par le mal, ou par une mauvaise

quoique dépourvu de pouvoir terrestre, son enfant, et vit en harmonie avec ses principes triomphera à la fin. Les mélodrames écrits avec d'honnêteté et de loyauté.

intelligence n'ont pas besoin d'être naïfs - Gordin et son public n'étaient pas des imbéciles - mais ceux qui avaient renoncé à la plupart des rites, ils affirment invariablement le fondement moral possédaient un trésor d'allusions religieuses.

de l'univers. Quand les spectateurs sanglotaient Elles constituaient ce langage théâtral qui dé avec passion, ils ne réagissaient pas aux passe les mots, et sans lequel tout spectacle incidents spécifiques sur scène, mais aux crises serait terne, superficiel. La pratique du judaïsme plus pro fondes qu'ils percevaient au delà.

servait de décor et de matière à Gordin, d'artifice, de métaphore, et de philosophie. Quand le scribe Gordin se servait de ses pièces, comme de ses pieux de Dieu, l'homme et le diable est articles de journaux et de ses tribunes de corrompu, le vingt-troisième psaume, qu'il a conférence, pour enseigner une diversité de chanté, accompagné de son violon, est remplacé leçons de morale - la plupart du temps. Désireux par le silence; seul l'étui fermé de l'instrument d'amener à la culture occidentale moderne les demeure sur la scène Il ouvre une usine pour masses juives fraîche ment arrivées des villages tisser des talesim (châles de prière), mais préindustriels d'Europe de l'Est, il introduisit lorsqu'un ouvrier meurt, le vêtement sacré est l'histoire de Faust dans Got, Mensch, un Tayvl taché de sang, et c'est avec cet objet choquant (Dieu, l'homme et le diable), et glissa des qu'il se pend. Le conflit entre le scribe et son descriptions des dieux grecs dans Safo (Sappho.) tentateur prend la forme d'une discussion Mais il se préoccupait plus encore de talmudique. Une bouffonnerie de badkhen apporte philosophie et d'éthique. Le socialisme et les un commentaire ironique sur l'action. L'épouse droits des femmes étaient des thèmes chers à son abandonnée évoque les règles de la modestie.

coeur. Il se souciait aussi de bonté, d'honnêteté, Dans les pièces de Gordin, les hypocrites sont et de décence morale. Dans Dieu, l'homme et le habituellement des êtres mauvais, tandis que les diable, le scribe pieux est corrompu par l'argent, personnes sincèrement pieuses respectent quand il ouvre une usine et devient un patron l'éthique de la vertu.

capitaliste. Dans cette corruption s'inscrit sa trahison des amis qui viennent travailler pour lui, et de sa fidèle épouse. Dans Sappho, juive est paradoxale. Il attira des artistes et un l'héroïne refuse d'épouser son amant, bien qu'elle public de qualité vers le théâtre yiddish, qu'il soit enceinte de lui. Elle reste :indépendante, érigea en art; il considérait l'existence même de Gordin et ses publics, les Juifs pratiquants et Le rôle de Gordin dans l'histoire culturelle

cultures nationales. Il y insuffla son autorité morale personnelle.

Quand il mourut, l'intelligentsia jugeait ses pièces démodées, mais beaucoup d'entre elles restèrent populaires. Il s'agissait essentiellement des oeuvres les plus proches des sources traditionnelles par leurs images, leurs conventions esthétiques, leurs valeurs morales - et qui, en d'autres termes, puisaient dans les origines de la culture, procurant à l'artiste individuel le matériau le plus riche, en phase avec les impulsions du spectateur théâtre yiddish, qui. le lui a bien rendu; l'énergie la plus puissante du théâtre populaire l'a absorbé, par la vitalité de son répertoire.

Rétrospectivement, sa plus importante contribution a consisté, semble-t-il, à élargir la définition de la judéité, permettant à un plus vaste public, en particulier aux intellectuels juifs russes, de s'y reconnaître avec profit.

(Traduit par Anne Rabinovitch)

← Article précédent · Article suivant → Retour au numéro 7