L’actualité française est rythmée, toutes les dernières années, par la présence du Front National.
Et à partir de là, une partie de la population française rejette ces populations en essayant de les désigner comme les boucs émissaires de ses propres difficultés. Et c’est le problème que nous connaissons aujourd’hui avec la montée d’une force politique qui est porteuse de ce discours-là, force politique de plus en plus influente et c’est une particularité de la vie politique française - qui existe dans le débat politique. Ces situations d’exclusion sociale ne sont pas propres à la société française mais c’est dans la politique, au sein des institutions de la vie publique que ce débat sur l’exclusion est porté par une force qui a d’un certain point de vue réussi à polariser l’ensemble du débat politique autour de son existence. Nous voyons que l’actualité française a été marquée, toutes les dernières années, par la présence du Front National. Elle est rythmée par son poids électoral et par sa manière de se comporter par rapport à ses excès ou par rapport à son existence. Jusqu’à présent, force est de constater que la société n’a pas été capable malgré toutes les tentatives qui ont été mises en place, d’une manière ou d’une autre, de limiter la montée et la présence du Front National. Il est aujourd’hui installé durablement dans la vie politique française ; il porte un discours revendiqué comme authentiquement raciste.
Il y a eu des étapes dans la montée de ce discours mais maintenant il est authentifié comme raciste et assumé. Et il est l’élément de référence, qu’on le veuille ou non ; il est l’élément de référence aujourd’hui et c’est bien là la difficulté dans laquelle nous nous trouvons.
Alors, pour essayer d’être bref et de conclure, voici mon sentiment par rapport à cette situation.
Je crois qu’il y a trois choses : pendant toute une période le combat contre la montée de cette intolérance, de ce racisme et de cette xénophobie a été exercé par les forces associatives, au travers d’une mobilisation généreuse visant à dénoncer les caractères racistes xénophobes intolérants de tous ces discours. Ceci étant dit, dans ce pays il y a eu une importante mobilisation antiraciste avec une mobilisation civique très importante ; ce mouvement là montre aussi ses limites, dans la mesure où ce courant n’a pas les capacités de s’attaquer à la cause de la montée de ces situations. Et il arrive même qu’une partie de l’opinion se retourne contre ces courants-là les accusant d’être responsable de la montée du racisme.
La particularité en France, c’est qu’on a maintenant une partie des intellectuels qui explique la montée du racisme par l’existence d’un mouvement antiraciste, le rendant responsable d’une certaine culpabilité de la société française sur les problèmes de délinquance ou de drogue en disant grosso modo : vous avez trop parlé de ces choses là, vous avez trop dramatisé. Le résultat c’est que vous avez culpabilisé une partie de la société, vous l’avez empêché de réfléchir durablement.
Bon, et le mouvement antiraciste se trouve à partir de pris à partie alors que je crois moi personnellement, qu’il n’est pas responsable de cette situation. Il avait créé un terrain qui était positif, mais ce n’est pas lui qui peut lutter contre les causes réelles de cette situation. Les causes étant d’abord selon moi des causes économiques. Et nous sommes dans cette situation difficile aujourd’hui. Donc, je ne crois pas qu’on puisse lutter contre ces phénomènes là simplement pas un discours de vigilance ou par un discours philosophique contre ces idées.
Je pense, que s’il n’y a pas des politiques radicalement différentes de tout ce qui à été fait jusqu’à présent et qui s’attaque à la racine essentielle de ces problèmes, c’est à dire l’exclusion du travail, le risque existe pour la démocratie dans les années à venir. La société française en est un bon exemple mais je crois que d’autres sociétés risquent d’être soumises elles aussi à ce type de situation dans les années à venir. Cela veut donc dire qu’il n’y a pas de solution qui puisse se mettre en mouvement si on n’a pas de réflexion radicalement différente sur le partage des richesses, la redistribution dans nos sociétés. •