QUI EST DIEU ?

Approche séculière de la littérature de la Bible (Tanakh), de Dieu et des autres héros littéraires des œuvres bibliques.

Le Professeur Yaakov MALKIN (Ph. D.) de l’Université de Tel-Aviv, est enseignant de rhétorique et d’esthétique et l’éditeur de Yahadout h’ofshit’ (« Judaïsme libre »), revue du Mouvement Laïque israélien pour un judaïsme humaniste. Parmi ses livres : « L’art comme amour - Voyage dans l’esthétique », « Le Cantique des Cantiques et Yona Jones » - Des pièces de théâtre bibliques, « L’art du discours », « La littérature du cinéma », « Chaplin et Brecht », le roman Vankavan, etc.

Quelle est la signification de Dieu et de la Bible pour les athées ? Quelle fonction remplissent-ils dans leur vie?

Y-a-t-il, dans la littérature classique constituée par l’anthologie biblique, une contradiction entre les croyances de l’athée et la vie de Dieu ? Les positions et les relations à Dieu, de l’athée ou de l’agnostique nuisent-elles à sa relation à Dieu comme héros littéraire créé et établi par les écrivains bibliques ?

Dans le texte qui suit on trouvera un essai de réfutation de la thèse suivant laquelle il existe une contradiction entre les principes de la conviction athée ou du doute agnostique, et la possibilité pour les tenants de ces convictions de prendre plaisir à, et de vivre avec des personnages littéraires de romans, de livres de poèmes et de scènes bibliques. De nombreux athées continuent à se référer à Dieu dans leur langage quotidien, dans leurs bénédictions et dans leurs malédictions, dans leurs poèmes ou dans leurs pensées. Citons le mot de Bunuel : « Grâce à Dieu je suis athée. »

Les athées sont des gens qui pensent que Dieu n’a pas de place dans leur vision du monde, en tout cas pas comme un être surnaturel possédant une personnalité, une volonté et une force capable de changer ou de fixer les lois de la nature, d’influencer ou de surveiller le comportement humain. C’est pourquoi l’athée croit qu’il lui faut suivre les lois de la morale qui énoncent la manière de rendre l’homme humain, dans le processus de socialisation. Les athées pensent que leur humanité et la société qui la leur a donnée, ont besoin d’être défendues par un système d’énoncés, par des barrières et des lois morales humanistes, basées sur des principes comme celui de Hillel1 : « ce qui te fait horreur, ne le fais pas à ton prochain », ou celui de Kant : « Tu ne dois jamais utiliser l’homme comme un moyen mais comme une fin en-en-soi, car un principe moral n’a de valeur que s’il est général et valable pour tous les êtres humains. »

Il n’y a pas de fonction pour Dieu dans les principes de Hillel ou de Kant, c’est pourquoi l’athée croit qu’il n’y a pas de lien entre la croyance en Dieu et sa croyance en ces principes moraux et dans les lois qui en découlent. L’éthique humaniste de l’athée ou de l’agnostique est une éthique qui oblige absolument, mais elle est sans lien avec la croyance en l’existence de Dieu.

Dans les chapitres qui suivent je cherche à montrer la présence de Dieu dans la vie des athées juifs et dans celle des athées de la culture occidentale. La Bible constitue une partie de leur littérature classique, leur vie spirituelle est influencée par leur attachement à la Bible, aussi bien en tant que membres de la culture nationale juive, qu’en tant que membres de la culture occidentale. La Bible constitue une partie de leur littérature classique, et pour cette raison, est une partie intégrante de leur éducation éthique et humaniste. Une éducation humaniste n’est pas possible sans une base littéraire, non parce que la littérature classique propose des modèles de comportement moraux (elle montre le contraire), mais parce que seuls la littérature et l’art sont capables de se mesurer avec la définition de l’humain et le processus d’humanisation de l’homme, qui sont dans le fondement de l’éthique.

La vie affective et spirituelle de ceux qui ont été nourris de littérature classique, qui ont grandi avec les œuvres et les héros bibliques, de même qu’avec d’autres œuvres de la littérature occidentale sont influencées par les œuvres littéraires de la Bible, par les genres littéraires qui y sont présentés, et par la façon dont ces héros ont été campés comme des héros littéraires humains.

Les genres littéraires occidentaux dans la Bible, aux yeux d’un lecteur imprégné par la littérature occidentale contemporaine.

Du point de vue de la majorité des lecteurs juifs libres et laïques, et en particulier du point de vue de ceux parmi eux qui parlent hébreu, la lecture littéraire du Tanakh (de la Bible) est vitale pour l’éducation et la culture de l’homme. Une telle lecture renouvelle le lien entre les lecteurs et leur littérature classique, l’unique littérature classique qu’il peuvent connaître de manière intime dans leur langue nationale. Non seulement la présence de Dieu dans l’œuvre littéraire biblique ne gêne pas et n’empêche pas leur plaisir et leur identification à l’œuvre, mais la création de Dieu, sous leurs yeux, par des écrivains qui le façonnent, dans des genres littéraires différents, rend présent un des facteurs de plaisir du texte littéraire, comme le plaisir qui nous est procuré en toutes occasions où nous sommes témoins de la création et du développement d’un héros littéraire spécifique.

Tanakh (la Bible) ces initiales sont celles de Thora, Neviim, Ketouvim (pentateuque, prophètes, hagiographes), des noms de trois anthologies qui sont rassemblées en une seule. Le Tanakh n’est pas un livre, il est de la littérature. L’anthologie biblique présente un choix d’œuvres qui représente le pluralisme dans la culture du peuple juif pendant les mille premières années de son histoire. Elle présente des idéologies et des vues différentes sur l’homme et sur Dieu, et des formes et genres littéraires divers qui ont prospéré dans une culture aussi riche que celle-ci, dont la majeure partie est perdue pour nous.

A côté des livres de chroniques, des livres de lois, des descriptions architectoniques, du vocabulaire, des listes de filiations de dynasties des ancêtres des peuples dans le Moyen-Orient, apparaissent dans le Tanakh des œuvres poétiques en prose et en vers. Comme par une volonté délibérée, au début, ont été rassemblées dans l’anthologie Tanakhique des créations qui montrent presque tous les genres connus dans la littérature occidentale.

Du point de vue du lecteur moderne, qui lit ces œuvres comme quelqu’un baigné dans la culture occidentale du XXème siècle, les œuvres littéraires contenues dans le Tanakh se révèlent comme appartenant à des genres littéraires connus, bien que les œuvres classiques qui sont dans le Tanakh soient singulières dans leur forme et ne ressemblent pas dans leurs caractéristiques à d’autres œuvres du genre auquel elles appartiennent. (Dans le genre “drame” sont incluses, par exemple, des œuvres différentes les unes des autres, comme le drame hindou ou chinois, le drame grec ou shakespearien, le drame de Racine ou de Molière, de Brecht, de Beckett ou de Ionesco, ou encore le drame philosophique Job.)

Dans cette acception, les œuvres littéraires du Tanakh apparaissent au lecteur comme appartenant à des genres littéraires clairs.

Parmi ces œuvres, nombreuses sont celles qui ont eu de l’influence sur d’autres œuvres qui se sont développées dans la littérature européenne du même genre. C’est pourquoi Harold Bloom peut, dans son livre “The Book of J.” étudier la valeur littéraire de la création biblique en rapport avec les œuvres de Tolstoï ou celles de Shakespeare; c’est pourquoi les critiques et chercheurs en littérature peuvent traiter les œuvres bibliques avec les mêmes instruments que ceux qu’ils utilisent pour un texte littéraire contemporain. C’est ce que fait Frank Kermod, (dans la préface) dans l’essai “La Bible comme anthologie” qu’il a édité en collaboration avec Robert Alter, auteur de “L’art de la poésie biblique” et de “L’art de la narration biblique”.

Pour le lecteur contemporain, nous distinguons dans la littérature Tanakique (biblique) des chants, qui ont été chantés dans le Temple avec l’accompagnement d’ensemble instrumental (comme c’est le cas dans les Psaumes), et qui sont devenus, avec le temps, des archétypes pour des Piouttim (Chants religieux) et des poèmes lyriques religieux; des romans-séries, comme les récits des ancêtres, des nouvelles courtes avec des pointes étonnantes, comme “Tamar femme de Er”, “Jephté”, “Jonas”, de courts récits réalistes dans lesquels il n’y a pas de place pour Dieu, comme “Esther” ou “Ruth”; des chants épiques, comme le chant de Deborah ou le chant de Myriam; des poèmes à la nature, comme la première version du récit de la création et de nombreux poèmes des Psaumes; des dictons, comme les “Proverbes de Salomon”; des poèmes érotiques et des poèmes d’amour, dans “Le Cantique des Cantiques” et dans le poème d’amour de David à Jonathan; des œuvres rhétoriques poétiques, comme le discours de Yehouda à Joseph dans la Genèse, ou comme les discours de morale et politique dans les livres des prophètes; des romans historiques sur la vie de Moïse, Samuel et Saül, David et Salomon; des essais poétiques philosophiques, comme l’“Ecclésiaste”; un drame philosophique, comme “Job”; de la poésie mystique, dans “Daniel” et dans “Ezéchiel”.

Dans presque toutes les œuvres citées plus haut, dans lesquelles Dieu joue un rôle dans l’intrigue), le personnage de Dieu est développé comme celui d’un héros littéraire. Lorsque le lecteur, libre de la contrainte interprétative et des obligations halaKhiques, découvre les personnages de héros humains, y compris celui du personnage, à multiples facettes, de Dieu, il se trouve en présence d’une personnalité de héros dans l’œuvre, et se sent participer à l’élaboration de la réalité créée autour d’elle.

Une telle lecture ouvre aux lecteurs libres, laïques et/ou athées, de nombreuses portes dans la littérature du Tanakh, qui avaient été claquées par les montagnes de commentaires du système explicatif religieux, les approches religieuses ayant voulu attribuer un enseignement moral à chaque verset et à chaque chapitre du Tanakh. Elles identifient la réalité littéraire qui se crée dans le Tanakh avec une réalité physique et historique que leur théologie représente comme une image réelle et exclusive de ce qui se passe dans le monde. Elles déforment arbitrairement la signification d’œuvres ou de versets isolés qui s’y trouvent, et elles sacralisent et pérennisent ces déformations, comme dans l’explication qui essaie de transformer le “Cantique des Cantiques” de recueil de chants d’amour à une fiancée qu’il est, (ou une pièce de théâtre d’amour comme l’ont appelé Max Brod et le Père Puget), en un chant d’amour entre Dieu et l’Église catholique ou la communauté d’Israël.

Cette interprétation du « Cantique des Cantiques » amène des rabbins comme Joël Teitelbaum des Hassidim de Satmar à préférer que le sionisme est coupable de la Shoa car il aurait repoussé la fin (des temps) et aurait transgressé les trois serments que Dieu a fait jurer [ au peuple juif] dans le « Cantique des Cantiques », quand il lui a dit : « n’éveillez pas, ne provoquez pas l’amour avant qu’il le veuille ».2

Le recueil des œuvres fait par les rédacteurs du Tanakh, sert de base à tous les judaïsmes qui se trouvent dans le judaïsme, et montre une image à plusieurs facettes de la réalité, différente et opposée à toute vision théologique exclusive concernant Dieu, son monde, et ses relations à l’homme. La multiplicité des genres et des idéologies qui sont montrées dans la littérature biblique aident le lecteur à voir le judaïsme ancien comme naturellement pluraliste, traversant de nombreux courants religieux et culturels, où s’expriment des modes de création artistique et littéraires variés.

Une variété d’idéologies, d’opinions et de modèles de Dieu caractérise le pluralisme du Tanakh et du judaïsme.

D’un point de vue idéologique, l’anthologie tanakhique (biblique) constitue un point de rencontre de positions, d’idées et de visions du monde diverses et opposées les unes aux autres.

La position des prophètes qui voient dans chaque événement historique une action divine, dont le but est de punir les méchants et de récompenser les justes, ne ressemble guère à la position des autres récits qui voient en Dieu une personnalité instable, dans la plupart des cas, et qui cause, supporte et permet l’injustice. Abraham montre à Dieu qu’il n’est pas juste en infligeant la destruction et la punition collective. Ceci même sur une ville pécheresse comme Sodome, dans laquelle le viol homosexuel collectif et public est habituel, et dans laquelle même l’hôte des envoyés de Dieu, Lot, propose ses filles vierges au viol collectif, à la condition qu’ils (les habitants) n’enfreignent pas les lois de l’hospitalité.

Le créateur du deuxième récit de la création dans la Genèse voit en Dieu le maître d’Ève dans le jardin d’Éden. Maître qui échoue dans sa tentative d’empêcher les travailleurs et les gardes de son jardin de connaître la différence du bien et du mal, afin qu’ils restent pour toujours inférieurs, et sous sa dépendance. Cette vision ne ressemble en rien à la vision que Moïse a de Yahve.

Yahve, tel qu’il apparaît à Moïse, est une divinité abstraite dont un individu entend la voix dans sa solitude. Un Dieu qui est tel que l’alliance qu’il propose pour créer le peuple et la nation d’Israël, est composée de principes généraux humains. Ceux-ci se trouvent dans les Commandements, et ont servi à fonder l’éthique juive dans les termes généraux de Hillel.

Mais le Dieu de Moïse se met rapidement en colère comme Moïse lui-même. La révolte du veau d’or, Moïse la réduit en faisant exécuter trois mille de ses opposants religieux au cours de la première guerre de religion qu’ait conduite le monothéisme abstrait. Dieu, tel que Moïse l’entend, est prêt à détruire son peuple dans le désert pour toute expression de protestation et d’hésitation quant à la sagesse de la sortie de l’exil et de la libération de l’esclavage. Ceci alors qu’elles entraînent des pérégrinations sans fin dans le désert, dans des conditions de faim et de soif.

L’attitude nihiliste de Kohelet est pratiquement indifférente à ces croyances en un Dieu qui soit comme l’homme, un Dieu comme un être présent, ainsi qu’à la croyance la plus populaire dans le peuple d’Israël d’alors : Dieu comme veau d’or issu d’une vache et d’un bouc. La croyance de Kohelet ne voit pas de sens à la vie dans un monde de Dieu dans lequel le mal triomphe du bien, la mort triomphe de la vie et le sentiment de vanité des vanités triomphe et surpasse les sentiments du sens que nous accordons à notre vie, à notre combat pour réaliser des choses, ou à nos aspirations au bonheur, au travail et à la peine que nous y investissons, ou même aux aspirations à la réussite.

Le Dieu de l’auteur de Job ne ressemble en rien à tous ses autres modèles dans la Bible. Contrairement aux modèles des prophètes et des amis de Job, l’auteur de Job montre Dieu, entouré des fils de Dieu et choisissant de tramer une conspiration contre l’homme justement avec Satan. L’a-moralité de Dieu semble à cet auteur faire partie de la nature de Dieu qui n’est pas homme, qui n’est pas la source de la morale, mais la force qui crée et maintient l’univers, qui combat des forces archaïques qui sortent de leurs lieu de séjour de tous les mythes de la culture au sein de laquelle il a été créé. Il n’y pas lieu, alors, de lui attribuer des qualités de justice ou des considérations de grâce ou même une responsabilité quelconque quant au sort de l’homme, quant à ses souffrances ou quant au mal qui lui est fait.

De la diversité des tendances philosophiques qui sont exprimées dans les diverses œuvres de la Bible il ressort une diversité des aspects physiques de Dieu.

Dieu apparaît à l’auteur de la Genèse lorsqu’il se promène dans son jardin du côté d’où vient le jour - et il est mâle et femelle, probablement nu comme Adam et Ève, selon leur ressemblance et à leur image. Lors de la visite que Dieu fit à Abraham dans sa tente, son hôte lui lave les pieds, et lui sert un repas de gourmandises, de viande et de lait, comme il convient à la table d’un ancêtre du peuple d’Israël auprès duquel sont installés Dieu et ses envoyés, lesquels sont tous libres de ne pas pratiquer les mitsvot de la Halakha. Le repas se passe à faire des prophéties sur l’avenir, sans omettre le rire satisfait d’Abraham et de Sarah au sujet des chances de voir se réaliser les promesses de Dieu. A la fin du repas, Abraham adjure Dieu (« Loin de Toi ! ») de renoncer à toute punition collective, qui est le contraire de la justice et du jugement.

Le modèle de Dieu qui combat Jacob dans un combat physique et obstiné, suit le modèle que lui a attribué l’auteur de la Genèse, c’est à dire un dieu se promenant, mangeant, se disputant et marchandant avec son hôte, comme un homme. Lorsque Dieu est vaincu dans le combat par l’étreinte de Jacob, Dieu reconnaît que son adversaire l’a vaincu, qu’il l’a combattu et l’a dominé, c’est pourquoi il l’appelle « Israël ». Et Jacob appelle l’endroit de ce combat P’niel (face de Dieu), car Jacob y a vu Dieu « face à face », seul à seul au Jabok, au seuil de la terre promise, sans la présence d’un ange ailé, que les dessinateurs et commentateurs juifs et chrétiens ont planté dans le récit, sans aucune base ou signe dans le texte original, détournant ainsi l’action et son sens jusqu’à l’occulter.

Le Dieu de Moïse ne possède pas une forme que l’on puisse sculpter ou représenter par un masque, comme pour les autres modèles des Dieux de cette époque. Son Dieu est représenté par une voix dans le désert, accompagnée de symboles de présence comme une colonne de fumée, ou un feu qui ne se consume pas, ou un nuage. Comme le Dieu de Moïse est un être qui sera et qui fera être ce qui sera, il n’a pas de présent, tout comme le moteur qui bouge sans source d’énergie est l’énergie du futur. C’est pourquoi Moïse l’a appelé « YHWE », suivant un mode actif - celui qui fait être l’être.

Le Dieu d’Aaron par contre a une forme, et un masque, et un corps en or. Il est possible de le servir, de danser autour de lui, de lui offrir des sacrifices et d’imaginer comment il mange et se satisfait de ces sacrifices. Dans la compétition entre les deux dieux c’est le Dieu d’Aaron qui a vaincu dans l’époque ancienne. Le Dieu de Moïse est resté le

Dieu exclusif d’une petite minorité, suivant le témoignage des prophètes, alors que la majorité du peuple servait le veau dans les sanctuaires qu’il lui élevaient à Béthel et à Dan, à côté d’autres Dieux, que les Israélites ont aussi servis en même temps que les Cananéens.

Des attitudes morales opposées : humanistes et pacifiques face à des attitudes racistes et orientées vers le meurtre massif.

Le manque d’unité idéologique qui caractérise le Tanakh s’exprime aussi bien dans les nombreuses formes de Dieu, que dans la diversité des opinions sur la nature, sur son exclusivité ou sur la conduite morale qui lui convient. C’est pourquoi on ne peut pas dire : « la Bible dit », non plus que : « le judaïsme dit ». Tout ce que l’on peut dire c’est : « il est dit dans le judaïsme », ou bien : « il est dit dans la Bible ».

Dans la Bible il existe une polarisation entre des demandes humanistes et des exigences racistes et assassines. Face aux attitudes humanistes extrêmes qui sont attribuées à Dieu par les commandements de Moïse, les prophéties d’Isaïe et Jérémie, Josué et Samuel représentent des exigences racistes, non moins extrêmes, elles aussi formulées au nom du même Dieu, qui, selon leurs paroles veut le meurtre de masse, y compris le meurtre des femmes, des enfants, du bétail et des moutons de l’ennemi vaincu. Face à la patience religieuse d’Abraham, qui sert également le Dieu de Jérusalem, la Jebusééne, qui sacrifie aussi sur l’autel de Melchiçédek, prêtre du Dieu supérieur, un des plus grands Dieux parmi les divinités cananéennes, s’exprime également dans la Bible un fanatisme sanguinaire religieux comme celui d’Élie, qui égorge des centaines de prophètes qui sont au service du roi d’Israël, uniquement parce qu’ils croient et servent Baal et Astartée, comme la plupart des enfants d’Israël.

La contradiction entre les partisans de la paix et ceux de la guerre s’exprime, par exemple, dans la polémique de Mikhaihou avec le roi, lors de la rencontre entre les rois d’Israël et de Judée qui veulent attaquer Aram. Elle s’exprime aussi dans le combat de Jérémie qui est condamné à mort, parce qu’il croyait en une paix immédiate, et à tout prix, même à celui d’une soumission complète aux babyloniens, (lesquels menaçaient Jérusalem), et à la coopération avec ses conquérants et ses destructeurs, comme le représentant juif de Babylone, Gdalia, que des terroristes juifs de venus de l’autre côté du Jourdain assassinent, et auquel le peuple d’Israël consacre un jour de jeûne annuel (« jeune de Gdalia » que de nombreuses personnes observent encore aujourd’hui). Des centaines de prophètes de cour israélites font l’éloge et se réjouissent des batailles, afin de complaire aux rois d’Israël et de Judée qui se lancent dans des guerres de conquête malheureuse à cause d’un différent de frontière mineur.

La polarisation entre ceux qui recherchent la justice sociale et les partisans de l’establishment qui voyaient en la pratique des mitsvot, des sacrifices et des prières, l’acquittement de leur dette à l’égard de Dieu, cette polarisation est au centre des œuvres rhétoriques et poétiques de prophètes comme Isaïe, Jérémie et Amos, qui affirment qu’il n’y a pas de plus grand péché que l’injustice sociale, et qu’il n’y a pas de sens aux sacrifices et aux prières si l’on ne se conduit pas avec justice, équité et droiture, car l’éthique dans les relations entre les hommes est le fondement de l’alliance entre Dieu et l’homme, entre Dieu et le peuple.

Seule la croyance en l’unicité de ce monde-ci et en l’impossibilité de la vie après la mort sont communs à la majorité des œuvres de la Bible. La majeure partie des œuvres est animée par la croyance que toutes choses arrivent dans ce monde-ci uniquement, la vie commence et se termine par la mort dans le monde sensible. Malgré toutes les cultures parlant de la vie après la mort, qui les ont entourés, les auteurs de la Bible croyaient que l’homme est fait des éléments chimiques provenant de la terre constitutive du globe terrestre, et qu’il se décomposera à sa mort en ces éléments, sans qu’il puisse continuer à vivre au-delà de la mort, la résurrection des morts n’étant pas possible de tout façon, et les mythes sur la vie dans le monde futur n’ayant pas de réalité. Cette position a été la contribution la plus révolutionnaire de la culture juive au monde ancien : alors que d’autres voyaient la vie dans ce monde comme un passage d’entrée vers le salon de la mort dans lequel commencerait la vraie vie en compagnie des Dieux, la littérature biblique a proposé une position réaliste, logique (conséquente), qui rejetait toute illusion qui aurait construit des mondes autres que le nôtre. Avec le temps cette position est devenue une ligne de séparation, non seulement entre les Saducéens et les Pharisiens, mais entre la culture juive qui se base sur la Bible et la croyance en ce monde-ci, et la culture juive qui se base sur « la loi orale » (Thora Ba’al Peh), qui exprime un seul des courants du judaïsme dans l’hellénisme et sa croyance en un monde futur.

Il y a eu bien sûr aussi des exceptions à cette règle, mais les auteurs de la Bible ont pris soin de réunir des dizaines de chapitres d’œuvres en accord avec ce point développé par le poète de la Genèse : l’homme est poussière et à la poussière il retournera, le jardin d’Eden a déjà existé et n’est plus. L’âme de l’homme est comme sa respiration, elle disparaît avec sa mort.

Les rédacteurs de l’anthologie biblique ont placé le jardin d’Eden au début du chemin, avant l’histoire humaine, afin qu’il soit clair qu’il n’y a plus de route qui y mène, c’est pourquoi les prophètes ont cru qu’il fallait amender (réparer) le monde par des réformes sociales, comme la poursuite des exploiteurs, des profiteurs, des esclavagistes et de ceux qui sont âpres au gain, et non par des prières, des sacrifices, des jeûnes, des mortifications et de la magie destinés à faire venir le Messie. Le « Messie » dans leur langue était simplement quelqu’un qui avait été oint pour être roi et non quelqu’un qui viendra par miracle et fera rouler les morts depuis leurs tombes dans des galeries souterraines jusqu’à Jérusalem. Le pluralisme juif qui s’exprime dans la Bible (Tanakh) et dans notre culture actuelle, qui est basée sur lui, a évolué et évolue sur la base de cette croyance.

L’opposition entre Dieu comme personnage « réaliste » dans la littérature, et son portrait idéaliste dans la littérature prophétique.

Dans la Genèse sont décrits des héros littéraires dans la réalité de leur vie quotidienne. On y voit transparaître la tension entre l’aspiration à réaliser promesses et idéal, et la réalité du travail et de la recherche de la substance, la confrontation avec les problèmes de la vie de la famille polygame, de même que les difficultés des relations avec des voisins, des nomades souvent soupçonnés d’intentions hostiles.

C’est la spécificité de la littérature réaliste, que de ne pas se concentrer sur les actions héroïques ou mythiques, mais de s’attacher à la grande variété des enjeux et des obstacles où se révèle l’humanité de l’homme, au-delà des limites de la tâche historique qu’il cherche à remplir. Ce choix présente les composantes d’une réalité humaine qui inclut la tension entre l’aspiration aux idéaux et la tentative de les réaliser dans une confrontation avec la faim, l’amour, la jalousie, et les instincts de l’honneur. Cette tension s’exprime dans les actions de la vie d’Abraham, de Jacob et de Joseph, et dans celle de Dieu dont tous les plans sont altérés. Toutes les promesses qu’il a faites aux autres et à lui même, ne s’étant pas réalisées comme il les a d’abord imaginées.

Chez Abraham, on aperçoit clairement cette tension. Elle se lit dans sa croyance, dans ses combats, dans le fait qu’il prête femme au Pharaon, dans sa vie comme berger, comme époux de plusieurs femmes et comme père. Abraham était destiné à devenir l’ancêtre de nombreux peuples et l’héritier de la terre promise. Pourtant, il est non seulement le premier immigrant en Eretz-Israël, mais aussi le premier émigrant en dehors de ses frontières. Dans la détresse de la famine à cause de laquelle Sarah et Abraham sont descendus en Égypte, ils acceptent que Sarah soit prêtée au Pharaon. Et le roi va faire de ce couple de nomades affamés, des maîtres d’esclaves, de serviteurs, d’ânes et de chameaux, toutes choses rares au deuxième millénaire avant l’ère chrétienne. Bien entendu, Abraham et ses actes ne peuvent servir de modèle moral, mais l’humanité unique du patriarche se révèle à nous précisément dans ses échecs moraux, comme pour chaque héros littéraire dans les œuvres classiques occidentales. Les échecs moraux d’Abraham dans l’épisode d’Agar et d’Ismaël, et, plus dans tout autre, dans le « sacrifice » (l’attachement) d’Isaac - en font un des personnages les plus complexes du récit, ne ressemblant pas, et de loin, au doux portrait que font de lui le Midrash et les Haggadot. Il y est en effet représenté comme un enfant prodige et monothéiste, qui casse les statues des divinités dans le magasin de son père.

Les composantes de la personnalité et de l’humanité de Dieu se révèlent elles aussi dans les actions en tension entre la promesse et sa réalisation. Comme la plupart des autres créateurs, Dieu est satisfait de l’œuvre de ses mains, mais uniquement quand il est seul au monde, et uniquement au moment où il vient de le créer. Peu de temps après, il regrette d’avoir créé l’humanité, il essaie alors de la noyer dans le déluge, puis il regrette d’avoir, dans sa précipitation, détruit presque tout ce qui vit sur la terre, et il fait un vœu beau comme l’arc en ciel dans un ciel nuageux.

L’opposition entre le personnage idéal et le personnage réel s’exprime dans deux genres de la littérature biblique : la rhétorique des prophètes, et les œuvres de fiction et d’action : la narration (le récit) et le drame philosophique.

Les œuvres rhétoriques poétiques des discours des prophètes présentent Dieu comme l’incarnation d’un portrait idéal qui synthétise la force et la justice absolues. Les œuvres de la littérature réaliste de la Bible, comme la Genèse, montrent Dieu comme un personnage existant, comme un héros « réel », qui vit l’écart et l’opposition entre la promesse et la réalisation, comme le ressent chaque être humain.

Alors que la littérature prophétique représente un Dieu idéal, un juge juste, qui fait du mal aux méchants et du bien aux justes et à ceux qui sont fidèles exclusivement, la littérature biblique (narrative) de récits nous décrit Dieu comme un personnage capricieux, créant puis détruisant, les juste et les coupables, un être appelant à pécher et venger en même temps, espérant et regrettant, punissant les justes, et pardonnant aux méchants, non conséquent dans son jugement, combattant ses créatures, et entraînant un désastre sans justification au cours duquel disparaissent des enfants à cause d’un pari entre Dieu et Satan. Parmi les grands pécheurs célèbres, citons Salomon qui va réussir et avoir une vie longue et bonne, bien qu’il ait construit des temples pour ses nombreuses femmes à Jérusalem, qu’il ait battu le peuple avec des fouets (comme en témoigne son fils), qu’il l’ait rendu esclave pour construire pour lui et pour Dieu des palais de luxe avec des matériaux et des artisans importés. Salomon, ustement qui « a fait le mal aux yeux de Dieu », eu égard à tout ce que nous venons d’énumérer, jouit pourtant des bienfaits de Dieu et de sa bénédiction, alors que Job souffre précisément parce qu’il est juste et qu’il a raison. Les fils de Jacob, ceux qui ont perpétré les grands massacres de Naplousc, qui détruisent la marche vers la paix et l’intégration dans le milieu environnant que Jacob avait projetée, ont droit à des bénédictions et à la promesse de devenir un jour les ancêtres de toutes les tribus d’Israël.

Toutes les œuvres littéraires, ou d’art mimétique, ne réussissent pas à transmettre la vie aux héros qu’elles créent. De temps à autre, les héros sont uni-dimensionnels, comme le personnage appliqué à une tâche qu’il remplit dans une intrigue. Ainsi, le personnage de James Bond dans ses films, ou le personnage métaphorique (qui n’a pas de vie propre), du Loup ou de la grand-mère dans le Chaperon rouge. Lorsqu’apparaît un homme ou une femme dans la littérature, et qu’il vit pour lui-même -il nous semble avoir une personnalité et une existence indépendantes. Même si nous ne savons pas comment a été composé son être, et par quels moyens il convainc de son existence, nous développons un attachement au héros littéraire qui vit comme si nous l’avions connu d’une connaissance intime, comme s’il existait au plein sens du mot. Il en va ainsi de Hamlet ou du père Goriot, d’Anna Karénine ou de Madame Bovary.

Dans l’amour du Professeur Kugelmass de New-York pour Madame Bovary, Allan concrétise certainement l’attachement du récepteur de l’œuvre pour ses héros. Kugelmass ne se contente pas de l’attachement spirituel à son héroïne, il demande au magicien Perski, qui se trouve à Brooklyn, de les faire se rencontrer, et, grâce à une machine à remonter le temps, Kugelmass se retrouve dans la maison de madame Bovary qui est surprise … Elle est flattée, ensorcelée, et consent aux désirs du professeur juif d’Amérique qui a sauté par dessus le temps et l’espace, dans le domaine de la vie, afin de la rencontrer. Leurs fréquentes rencontres suscitent l’étonnement de la communauté des enseignants de littérature dans le monde. Aucun d’eux ne peut comprendre comment l’enseignant juif new-yorkais a pu s’introduire dans l’œuvre de Flaubert, ni surtout comment il a réussi à convaincre le magicien d’accéder au désir de sa bien-aimée, ce qui lui permet de retrouver Madame Bovary lors d’une visite à l’Hôtel Plazza, à côté de Central Park.

C’est ici que le charme s’arrête.

Dès l’instant où l’héroïne littéraire sort du livre où elle a été créée, et où elle a eu droit à la vie, elle disparaît comme personnalité. Sa force d’attraction disparaît avec elle et Kugelmass fait alors tout pour la remettre à sa place (originelle). La force de vie des héros littéraires réside dans leur existence en tant qu’êtres créés et vivant dans notre esprit. Dieu, comme les autres héros littéraires, vit tant que nous n’avons pas essayé de le sortir du monde dans lequel nous l’avons créé.

Dieu est mort en ayant été coupé de la réalité littéraire dans laquelle sa vie a été formée.

Dieu disparaît de notre conscience lorsque nous cherchons à faire sortir le héros littéraire qui le personnifie de l’œuvre littéraire, et à le planter dans les frontières de l’existence physique; dès que nous le remettons dans les pages du livre et dans l’intrigue de l’œuvre de fiction, alors Dieu et les autres héros littéraires du tanakh reviennent à la vie.

Il n’y a pas de lois, ni de prescriptions pour la création du miracle littéraire par lequel les mots réussissent à faire vivre devant nous un personnage. C’est un phénomène unique dans sa réalisation, que de voir un héros littéraire accéder à sa propre vie. Il n’y a pas de genre ou de formule qui puisse garantir l’avènement de ce miracle poétique.

Les récits des Pères (Ancêtres), appartiennent au genre romanesque, même s’ils diffèrent sur beaucoup d’aspects de « la saga de la famille Forsythe », de même que cette saga peut différer de « La Recherche du temps perdu ». Malgré la différence de niveau, de forme et de moyens littéraires, il se produit avec eux le miracle littéraire, le personnage littéraire naît à la vie, comme Vénus sortant des vagues, et comme Dieu va naître des mots.

L’athée croit en Dieu en tant que création de l’art et de la littérature, dans lesquelles il vit, même à l’époque laïque.

Pour un athée qui vit dans la littérature classique de l’humanité et de la Bible en particulier, l’existence de Dieu n’a pas à être prouvée. L’athée n’a pas besoin de transformer les récits relatant les actions de Dieu, ses paroles et ses sentiments en allégories. Des philosophes juifs religieux, comme Maïmonide, qui ont voulu rapprocher l’attitude rationaliste qui voit en Dieu un concept abstrait tel que Moïse l’avait conçu, ou bien la cause première du mouvement tel que le voyait Aristote, et les récits impliquant un Dieu concret et humain, ont expliqué ces récits par le besoin de fournir au peuple une allégorie qui satisfasse ses oreilles. Comme l’athée n’a pas besoin d’un concept de Dieu dans sa vision du monde, puisqu’il ne répond pas aux questions, d’ailleurs sans réponse, auxquelles il est confronté, il n’y a pas pour lui de contradiction entre le concept et les récits qui le créent.

Aux yeux des athées, les récits centrés sur les actions de Dieu semblent dévoiler des vérités poétiques. L’athée n’a justement aucun doute à leur sujet, parce qu’ils sont des récits de fiction, qui, en dehors de leur domaine, perdent toute réalité. Tous les héros de ces événements ont été créés par des êtres humains, comme faisant partie de la réalité de la littérature de fiction. Dieu, comme le Petit Prince de Saint-Exupéry, existe, non parce qu’on aurait transformé les récits qui le concernent en allégorie, mais grâce à la « réalité » qui lui a été attribuée par les écrivains qui l’ont créé.

Nous mettons un doute et nous prêtons peu de confiance aux comptes rendus des journaux qui relatent une rencontre avec des créatures célestes, à fortiori avec Dieu. Des témoins qui, au tribunal, expliquent et justifient leurs actions par des instructions qu’ils auraient reçues lors de rencontres avec Dieu, sont soupçonnés par nous d’être de faux témoins, ou, à tout le moins, d’être victimes d’hallucinations et donc passibles de traitements (psychiatriques).

Mais nous ne doutons pas que Jacob ait combattu avec Dieu (et non avec un ange) au moment où il a voulu traverser le seuil de la terre promise, car Dieu a essayé de l’empêcher d’y pénétrer, en dépit des promesses qu’il avait faites à son père et au père de son père, dans leurs rêves, dans leurs visions, et lors des rencontres face à face avec lui. Le livre de « la Genèse » est une œuvre littéraire capable de nous persuader de la réalité humaine qu’elle crée devant nous. Cette réalité inclut Dieu.

Ainsi est révélé un des paradoxes de la croyance des athées et des agnostiques, mais aussi celle des autres croyants dans le doute:

Ils voient l’historiographie comme imaginaire, et la littérature comme racontant ce qui s’est « vraiment » passé. La vérité historique leur paraît relative et changeante, tandis que la vérité poétique est, à leurs yeux, absolue et définitive.

L’agnostique et l’athée n’acceptent pas l’existence de Dieu comme une vérité historique, physique ou métaphysique, mais reconnaissent la vérité poétique des œuvres littéraires qui ont créé Dieu comme un héros parmi d’autres, et l’ont « planté » dans la culture spirituelle de l’humanité.

Jusqu’à il y a deux cent ans, la plus grande partie de cette culture était religieuse et basée sur la croyance en l’existence de Dieu même en dehors de la littérature.

Depuis deux cents ans, le processus de sécularisation avance et se développe dans la culture, dans la société occidentale et dans toutes leurs ramifications. Avec ce processus, apparaît, chez le lecteur, un changement de point de vue sur les héros de la littérature créée à l’époque religieuse, et particulièrement sur un de ses héros principaux : Dieu. □

(Traduit de l’hébreu par Izio Rosenman)

Livres sur la Bible comme littérature :


  1. Sage du Talmud↩︎

  2. Pour la traduction française nous utilisons La Bible du Rabbbinat français,Editions Colbo, Paris, 1989.↩︎

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