L’ACTUALITÉ DE LA BIBLE DANS L’ÉDUCATION DE NOTRE TEMPS.

LE REGARD LAÏQUE SUR LE RÉCIT BIBLIQUE.

Le Dr Wolfensohn est enseignant de Sciences Politiques à l’Université de Haïfa et dirige l’Institut Oren à Tel Aviv

Ben Gourion avait raison, Leibowitz a eu tort.

Dans l’une de ses apparitions en public le Professeur Leibowitz, a exprimé l’avis selon lequel la Bible (Tanakh) est sainte à ses yeux puisque c’est ce que les Sages ont enseigné. Ce que la Loi orale (Tora che baal Peh) a décrété reste la base de sa conception de la Bible.

En face de cette position il y a celle de David Ben Gourion., qui pensait qu’en dépit de toute la considération qu’il avait pour la culture d’Israël, et pour toutes les créations spirituelles du judaïsme à travers les générations, la base du judaïsme restait néanmoins la Bible, (« la Bible luit de sa propre lumière »…) et qu’en conséquence, il n’y avait pas de nécessité à s’appuyer sur d’autres livres. De ce point de vue, il ne fait aucun doute pour moi que c’est Ben Gourion qui a raison et non Leibowitz.

La Bible reflète une réalité différente de celle énoncée par les Sages (traditionnels). En effet, ceux-ci n’ont pas disposé des sources archéologiques et historiques extra-bibliques, qui confirment ou qui infirment certaines des énonciations et des récits bibliques. Par exemple, le tombeau de Misha, roi de Moab, passage qui introduit une interprétation moderne à l’intérieur du récit biblique au sujet de la guerre des trois puissances régionales : Israël, Judah, et Edom, contre Moab la petite, qui réussit pourtant à repousser ses assaillants ; ou bien encore le témoignage écrit dans le Palais de Sanhérib, qui affirme qu’il n’a pas conquis Jérusalem mais « qu’il a maintenu Ezéchias, roi de Judée, comme un oiseau dans sa cage ». Une confirmation du récit de ce siège apparaît d’ailleurs dans Le Livre des Rois et dans Isaïe. Et il y a d’autres exemples.

On peut dire avec certitude que nous connaissons aujourd’hui sur la Bible, sur ses événements et sur son époque plus de choses que ne pouvaient en connaître les Sages de l’époque du second Temple, démunis qu’ils étaient des instruments de recherche modernes qui sont à notre disposition.

Et cependant Leibowitz a raison en cela que certains fondements de la culture de l’Israël biblique sont venus à maturité, (une maturité et un développement intellectuel et fondamental), à l’époque du second Temple,. Par exemple, l’institution du Sanhédrin, qui a été mise sur pied à ce moment-là, comme il est écrit dans la partie Sanhédrin du Talmud (et ce, au sujet de ce qui est dit dans la partie Les Nombres du Pentateuque (11, 16-18)1): « Assemble-moi soixante-dix hommes parmi les anciens du peuple et ses magistrats; alors ils porteront avec toi la charge du peuple, et tu ne la porteras plus à toi seul ». Il s’agit là d’une direction collective, à la place du pouvoir d’un seul; ou bien les principes « n’opine

point, sur un litige, dans le sens de la majorité, pour faire fléchir le droit » (Exode 23, 2), ou encore : « juge ton semblable avec impartialité» (Lévitique 19,17) «tu apporteras les preuves concernant ton voisin », toutes choses qui ont été interprétées par les Sages comme des références à des décisions démocratiques de la majorité, mais aussi au maintien du droit de la minorité à critiquer le pouvoir.

Une caractéristique éclatante de l’époque du second Temple : le pluralisme religieux.

Et cependant à l’apogée de l’époque du Second Temple, en ce qui concerne la culture juive, c’est le fait du pluralisme idéologique, de la liberté de conscience et du pluralisme religieux, tous éléments caractéristiques de cette période. En plus de la multiplicité de communautés qui sont mentionnées dans les écrits (dans la Mishnah et la Guemarah), nous disposons également de témoignages historiques de deux personnalités de cette époque : Yididia (Philon) d’Alexandrie, qui a vécu avant la destruction du second Temple ( depuis les années 20 ou 25 avant le début l’ère chrétienne, et jusqu’à 50 ans après) et Joseph fils de Mattatiahu (Flavius) qui a vécu au temps de la grande révolte (en 70 après).

Une comparaison entre ces deux historiens-témoins de leur époque apporte les résultats suivants en ce qui concerne le pluralisme juif à l’époque du second Temple:

Il y avait, en ce temps-là, cinq «partis» ou «idéologies» (sans compter des mouvements plus petits):

Les Pharisiens, qui, au Sanhedrin étaient dans l’opposition, jusqu’à l’époque d’Alexandre Yanaï, et qui, grâce à une «révolte» politique ont réussi à obtenir la majorité à l’époque de la reine Shelom-Tsion, lorsque leur délégué, Shimon ben Shettah, a été élu au poste de président du Sanhedrin. Au bout d’un certain temps, ce parti se partagea en deux tendances : la tendance de Hillel (Bet Hillel) et la tendance de Shamaï (Bet Shamaï).

Les Saducéens qui furent au pouvoir jusqu’à l’époque d’Alexandre Yanaï, et qui ensuite passèrent dans l’opposition à l’époque de de la reine Shelom-Tsion.

Les Esséniens qui avaient quitté la vie politique et avaient opté pour une vie collective en communauté dans la région de la Mer Morte (d’après certaines interprétations ils auraient été proches des Saducéens, et pour protester contre la victoire des Pharisiens, auraient alors quitté la vie publique).

Les Aherim, (de Aher veut dire l’Autre en hébreu), nom donné à Elisha Ben Abouya et à ses élèves qui étaient des laïques, des athées («qui rejetaient les fondements»).

Les Chrétiens (disciples de Jésus de Nazareth).

Ces cinq courants de pensée étaient séparés sur le plan de la pensée religieuse : les Pharisiens croyaient en l’immortalité de l’âme (maintien de l’âme après la mort), en l’existence du «monde futur» (monde où les âmes se trouvent après la mort), en la Providence (Dieu sait tout des actes et des pensées de l’homme). Ils croyaient dans «le carnet qui est ouvert et la main qui y inscrit» les mérites et démérites de chacun, et dans la récompense et la punition par le ciel («le monde futur»). Les Saducéens rejetaient l’ensemble des quatre principes ci-dessus. Les Esséniens croyaient, eux, à ces quatre principes. Quant aux Aherim, ils les rejetaient tous les quatre. Les Chrétiens, enfin, y croyent à ces principes et y croient encore aujourd’hui.

Le premier Juif laïque2.

La figure la plus intéressante dans tous ces courants était bien entendu, celle deElisha Ben Abouya («Aher»), le Juif laïque le plus remarquable de toute cette ancienne époque. On parle de lui de façon élogieuse dans la Mishnah, sans

réserve particulière. Dans le Talmud, on raconte comment il devint laïque : il vit le cadavre de Hutzpit, l’interprète (secrétaire du Sanhedrin, et rédacteur des décrets de celui-ci, qui avait été tué par les Romains), posé dans les ordures, tandis qu’un porc en dévorait la langue. C’est alors qu’il s’écria : « cette langue qui prononça des perles, voici qu’elle est la proie des porcs ! ». «Aussitôt, il sortit et pécha», c’est-à-dire qu’il fauta contre la royauté des cieux, et nia Dieu. Et afin que «la vérité soit aussi visible»- il avait l’habitude de montrer son incroyance en montant à cheval durant le shabat dans la grande rue de Tibériade (rue comparable à Méa-Shearim ou Bne-Brak de nos jours). Personne ne lui criait «shabess, shabess», et personne ne lui jetait des pierres. Au contraire : Rabbi Meïr, son disciple, qui était religieux, et qui a rédigé 80% des lois (Halah’ot) écrites dans la Mishna, courrait derrière lui à pied, couvert de la poussière soulevée par les pattes du cheval, et écoutait l’enseignement de la Thora (la loi juive et le droit hébreu) de sa bouche. Quand on lui demandait pourquoi il étudiait auprès de ce laïque-incroyant, Rabbi Meïr répondait : «Il ressemble à cette grenade : mange son intérieur, et jette son écorce». On raconte également dans le Talmud, que lorsqu’on demanda à Rabbi Meïr ce qu’il ferait après sa mort, à son arrivée dans le monde futur («Olam Haba’»), il répondit : «Tout d’abord, j’irai m’enquérir de l’état de mon Rabbi et maître, Elisha Ben-Abouya («Ah’er »), puis j’irai m’enquérir de l’état de mon père ». C’est dire à quel point le Juif religieux Rabbi Meïr respectait le Juif laïque Elisha Ben-Abouya («Ah’er»). Les Saducéens, comme Ah’er, on l’a dit, rejetaient, les quatre croyances religieuses mentionnées ci-dessus (l’immortalité de l’âme, le monde futur, la Providence, et le principe de la récompense et de la punition). Cependant, ils ne rejetaient pas l’existence d’un Dieu supérieur, qui ne se mêlait pas des affaires du monde qu’il avait créé… Ils s’appuyaient sur ce qui était écrit dans la Bible (Tanakh’), dans laquelle il n’y a aucune assertion concernant le monde futur ou l’immortalité de l’âme.

La position religieuse de la Bible.

Nous avons donc vu que, dans la Bible, on ne trouve pas d’indications en faveur de la croyance en l’existence d’un monde futur, ni en l’immortalité de l’âme. On ne trouve pas non plus de promesses de récompense ou de châtiment après la mort,.Elles ne concernent que ce monde-ci uniquement. (voir dans les dix commandements : «Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la terre»-Exode 20,12 - ; et sur le mode négatif : «Mais si vous dédaignez mes lois.. je susciterai contre vous d’effrayants fléaux, et vous serez abattus devant vos ennemis… et vous vous épuiserez en vains efforts, et votre terre refusera son tribut, et ses arbres refuseront leurs fruits…» -Lévitique 26, 15, 20, 17- Toute la menace concerne les terres, sans aucune allusion à une vie après la mort…).

La position laïque de la Bible

Cependant la Bible n’exprime pas seulement une vue religieuse, de nombreuses vues séculières s’y trouvent aussi, et ce, dans des sujets importants. Ce sont justement ces dernières vues qui s’imposent.

En premier lieu, la description de la création est évolutionniste (à la fois cosmologique et darwiniste), tout d’abord le big-bang qui est tout lumière, les photons, ensuite le premier élément de la chimie (l’hydrogène-l’eau), la terre entièrement recouverte d’eau, jusqu’à ce que se forment les continents (terre sèche). Au début, la vie apparait dans la mer, puis se développent les reptiles, parallèlement au développement

des végétaux sur terre; et finalement, « le sixième jour », les mammifères et l’homme (suivant « le produit des espèces » de Darwin, c.a.d. comme un produit de la même série d’événements) D’autre part le judaïsme exprime un scepticisme en ce qui concerne les questions de religion :

Abraham (dans le rêve de « l’alliance entre les morceaux » Genèse 15, 2-3, 7) doute et demande : « Que me donnerais-tu, alors que je m’en vais sans postérité, et que le fils adoptif de ma maison, Eliezer, est un Damascénien ?… tu ne m’as pas donné de postérité, et l’enfant de ma maison sera mon héritier….. comment saurais-je que j’en suis le possesseur ?… »

Et sous l’effet de la crainte pour le sort de Sodome et Gomorrhe, Abraham prononce des paroles de désaveu, de reproche envers Sa création, Sa justice et peut-être Sa prétention, mais non contre l’existence même de Dieu (Genèse 18, 23-25) : « Anéantirais-tu d’un même coup l’innocent avec le coupable ! loin de toi d’agir ainsi! Celui qui juge toute la terre serait-il un juge inique ! » (En vérité, cela ressemble à la protestation du Juif laïque « Aher », Elisha Ben Abouya contre la mort de Houtspi l’interprète..).

Job fait entendre des paroles encore plus vives, allant même jusqu’au rejet explicite : « Tout revient au même : aussi dis-je que juste et méchant, il les fait également périr………… Si ce n’est pas lui qui serait-ce ? » (9, 22-24). Ce qui revient à dire que si Dieu n’est pas responsable pour le mal, peut-être n’existe-il pas du tout ?…

Le sommet de l’hérésie apparaît, dans la question rhétorique qui termine le livre de Jonas (4, 10): « Et Dieu dit : “Quoi ! tu as soucis de ce ricin,qui ne t’a coûté aucune peine, que tu n’as point fait pousser, qu’une nuit a vu naître, qu’une nuit a vu périr : et moi je n’épargnerais pas Ninive, cette grande ville dans laquelle vivent plus de cent-vingt mille êtres humains, incapables de distinguer leur main droite de leur main gauche, et un bétail considérable? »

La fin du texte en un point d’interrogation demande une réponse. Essayons de deviner la réponse de Jonas : « Bonjour, Dieu ! soudainement tu t’es souvenu que tu étais un si grand humaniste ! Où étais-tu au moment du déluge ! Est-ce qu’alors n’ont pas été détruits “plus que cent-vingt mille hommes.. et de nombreux animaux ?” Et où étais-tu au moment de la destruction de Sodome et Gomorrhe ? N’y avait-il pas là-bas de tendres nourrissons qui n’avaient pas eu le temps de pécher, et de nombreux animaux ? Et soudain au sujet de Ninive, tu es devenu si miséricordieux !!!! » Le silence de Jonas (et la fin du livre par un point d’interrogation) - sont, bien entendu, la réponse terrible à cette question rhétorique. On trouve la suite dans la vision pessimiste du livre de l’Ecclésiaste (Kohelet) (9, 2, 5-6): « Un même sort attend le juste et le méchant, l’homme bon et pur et l’impur;… l’homme de bien est comme le pécheur ». « Les vivants savent du moins qu’ils mourront, tandis que les morts ne savent rien; pour eux, plus de récompense, car leur souvenir même s’efface. Leur amour, leur haine, leur jalousie, tout s’est évanoui; ils n’ont plus désormais aucune part à ce qui se passe sous le soleil. » Ce qui revient à dire : il n’y a pas de justice, il n’y a ni récompense, ni punition, il n’y a pas de vie après la mort…

La laïcité de Moïse notre maître.

Moïse, notre maître, était-il religieux ou laïque ? A première vue, voilà une question anti-historique, puisque Moïse parle au nom de Dieu, et qu’il est écrit à son sujet : « Mais il n’a plus paru en Israël un prophète tel que Moïse, avec qui le Seigneur avait communiqué face à face ». (Deutéronome 34, 11). Cependant, ce verset établit d’abord que tous les prophètes n’ont pas connu Dieu

« face à face », c’est à dire qu’ils n’ont pas été des envoyés de Dieu, lequel aurait tenu avec eux des conversations et aurait mis dans leur bouche des paroles (l’expression prophétique « Ainsi a parlé Dieu » se vide de son sens lorsqu’il est dit explicitement, qu’à part Moïse il n’y a pas eu un seul prophète « qui ait connu Dieu face à face »… Cette expression devient une figure de style rhétorique-poétique, sans base réelle.)

Deuxièmement, afin de savoir ce que signifie l’expression « qui ont connu Dieu face à face », il convient d’expliquer :

  1. qui est Dieu

  2. que signifie « connaître Dieu » ?

Moïse lui-même, dans sa biographie, qu’on trouve dans le livre l’Exode, répond correctement (dans un style moderne-laïque) à ces deux questions en même temps :

  1. « Et Dieu dit à Moïse : Je serai celui que je serai; et il dit : ainsi tu parleras aux enfants d’Israël : Je serai celui que Je serai m’a envoyé à vous ». (traduction littérale) (Exode 3,14). Que signifie « Je serai », l’être au futur (c’est à dire : l’éternel)? Quel est le sens de « ce que Je serai » ? Il est impossible de connaître par avance le futur dans ses détails, l’essentiel est que le cosmos est un être qui évolue. Voici une approche laïque-scientifique moderne, que toute explication religieuse ne peut que déformer, en dévoyant les écrits de leur sens simple et clair dans la langue hébraïque.

« Le Guide des Égarés » : une exegèse laïque - scientifique par Maïmonide.

  1. Pour ce qui est de la deuxième question : que signifie « connaître Dieu » ? notons : « Et il (Moïse) dit “Découvre-moi donc ta gloire”. Il répondit : C’est ma bonté toute entière que je veux dérouler à ta vue, et toi présent je nommerai de son vrai nom l’Eternel; et tu me verras par derrière; ma face ne peut être vue » (Exode 33,18-19).

L’un des plus grands penseurs laïques du judaïsme, Maïmonide, dont le livre « Le Guide des Égarés » est rempli de vérités laïques-scientifiques modernes, et dont Le Professeur Aharon Katsir a déjà souligné la modernité dans son livre « Le précurseur de la révolution scientifique », Am Oved, 1971), Maïmonide, donc, exprime dans Le Guide des Égarés un avis négatif, non seulement sur le culte des sacrifices, mais aussi sur les prières religieuses. Maïmonide commente de façon laïque-scientifique, les versets suivants : l’homme ne connaît rien sur l’existence de Dieu, mais peut avoir une connaissance sur l’existence des réalités naturelles, lesquelles témoignent du développement du cosmos (cosmos = l’Être = Dieu) mais post-factum « après moi », (c’est à dire après la création) et non à priori (« ma face », avant que l’avenir n’apparaisse). Seul le passé nous est donné, que l’on peut étudier scientifiquement ; du passé nous pouvons déduire quelles sont les lois de la nature (= lois du cosmos= lois de l’existant=lois de « je serai ce que je serai » = lois de la divinité), mais nous ne devons pas interroger le futur, qui n’a pas encore eu lieu. (Pour tout le reste nous pouvons faire des extrapolations : regarder le futur sur la base de l’expérience du passé).

Moïse, (comme Elisha Ben Abouya, Aher, à l’époque de la révolte de Bar-Kochba), non seulement avait raison dans sa laïcité, mais il démontre aussi, clairement, la justesse de sa pensée, c’est à dire qu’il se préoccupe de ce que « la vérité soit visible », et comme Maïmonide dans le Le Guide des Égarés, il sème à l’intérieur d’un livre qui est considéré comme un livre religieux, (à cause d’un usage politique de la religion), des pensées laïques et des preuves anti-religieuses; je me contenterai de quelques exemples particulièrement visibles.

Moïse ne s’appuie pas sur les miracles.

  1. À côté du récit évoquant la colonne de nuages et la colonne de feu, qui sont pour ainsi dire, la présence divine durant le voyage des Enfants d’Israël dans le désert, Moïse se tourne vers son « éclaireur » politique (dans le même chapitre) et montre qu’il ne s’appuie pas sur les signes venus du ciel : « Et Moïse dit à Hobab, fils de Reouel le Madianite, et beau père de Moïse : “Nous partons pour la contrée dont Dieu a dit”c’est celle-là que je vous donne” ; viens avec nous et nous te rendrons heureux… Il lui répondit : “Je n’irai point, c’est au contraire dans mon pays au lieu de ma naissance que je veux aller” ; et Moïse reprit : “Ne nous quitte point de grâce, car tu connais les lieux où nous campons dans ce désert, et tu nous serviras de guide…” » (Nombres 10, 29-32).

Il ressort clairement de l’extrait cité, que Moïse ne s’appuie pas sur le miracle, mais, comme chef réaliste, il s’appuie sur son « guide » politique, fils du désert, qui lui sert d’expert…

  1. Dans l’épisode du veau d’or, il devient clair que le peuple d’Israël lui-même reliait la sortie d’Égypte, non à des miracles (contrairement à ce qui est dit dans la Haggadah de Pessah, religieuse et plus tardive : « non par un ange, non par un séraphin »), mais à la conduite personnelle et humaine de Moïse lui même (Exode 32,1) : « Et le peuple voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s’attroupa autour d’Aaron et lui dit : Moïse, l’homme qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons pas ce qu’il est devenu »…

  2. C’est dans cet esprit aussi que se termine la Thora (Deutéronome 34,12) : « Et de toute la main puissante et de tous les évènements que Moïse réalisa aux yeux de tout Israël ». C’est pourquoi à cause de toute la signification laïque de ce verset, qui termine le livre du Deutéronome et toute la Thora, Maïmonide a appelé son grand livre juridique : La Main Puissante.

La Bible entière est saturée d’énonciations laïques-scientifiques-humanistes :

Le conseil des 70 Anciens : « Ils t’aideront à porter la charge du peuple et tu ne la porteras pas seul ».

Le choix des dirigeants par le peuple : « prenez des hommes sages et savants et connus par vos tribus, et je les mettrai à votre tête. » (Deutéronome 1,13)

La décision par la majorité : « tu suivras l’avis de la majorité », et d’autres principes identiques…

La place est trop courte pour mentionner toutes les valeurs traditionnelles, humanistes et laïques qu’on trouve dans la Bible, les éléments ci-dessus ont été réunis pour servir d’introduction à une approche véridique, laïque et moderne du judaïsme, à la lumière de la Bible. □

(Traduit de l’hébreu par Izio Rosenman)


  1. Nous suivons en général la traduction de la Bible donnée par le Rabbinat français (Editions Colbo, Paris, 1989).↩︎

  2. Le mot laïque est ici synonyme de séculier, de non religieux.↩︎

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