Les Juifs en Pologne (enfin, ceux qui savent qu’ils « en sont » et veulent bien le dire) ne sont plus très nombreux. Qui plus est, tous ne sont pas religieux et la communauté pratiquante est squelettique. Et cependant, suivant une ancienne coutume juive, elle a réussi à se scinder en deux groupes qui se jettent mutuellement des anathèmes périodiques. Il existe ainsi, à côté du « Midrasz », le périodique de la communauté officielle, un petit bulletin, édité par la centaine de réfractaires qui se nomment « communauté de l’Ancien Testament ». Ce bulletin dénonce périodiquement les faits et méfaits de la communauté officielle (notamment les ventes intempestives des biens immobiliers : synagogues, bains rituels, anciennes écoles religieuses, etc.) récupérés depuis le changement de régime en Pologne et devenus un vêtement trop grand pour les besoins réels des kehilot polonaises.
Mais il met aussi au grand jour des péchés individuels, dans la mesure où ils pourraient nuire au bon renom des Juifs dans le pays.
Ainsi, dans le numéro 15 dudit bulletin on lit une bien curieuse histoire concernant la maison de la famille de Jean-Paul II. Le Pape, lors de sa troisième visite officielle en Pologne en juin 1999 s’est notamment rendu à Wadowice, la petite ville de son enfance, où il a rencontré sur la place du Marché ses anciens compatriotes. Il a aussi visité sa maison natale, au 7, rue Koscielna. Cette maison est occupée actuellement par les petites sœurs de Nazareth, qui y ont installé un musée papal.
Le monde entier a pu suivre à la télévision cette visite, et notamment Ron Balamuth, un Juif américain. Or, il se trouve que cet homme est le petit fils d’un Juif de Wadowice qui Pape avait d’ailleurs évoqué lors de sa visite ses voisins et amis juifs, avec lesquels il avait joué dans la rue Koscielna.
Ron Balamuth, ayant ainsi appris que la maison de son grand-père était encore debout et en bon état, prit l’avion, arriva en Pologne, loua les services d’un cabinet d’avocats et intenta un procès en restitution de son héritage. Quelques années plus tard il obtint gain de cause ; la maison du Pape devint sa propriété légale.
Mais notre Américain n’avait aucune intention d’occuper lui-même la maison grandpaternelle. À peine devenu son propriétaire légitime, il l’a mise en vente. Mise à prix : un million de dollars… Bien entendu, cette somme n’a aucun rapport avec la valeur marchande de l’immobilier à Wadowice. Monsieur Balamuth misait sur le poids émotionnel de cette maison.
En même temps, il déclarait publiquement désirer que l’éventuel acquéreur respecte le caractère symbolique de ce bâtiment : en plus du million de dollars, il devait prendre l’engagement de garder le musée en place.
Après six mois d’incertitude, le destin de la maison Wojtyla a été heureusement clarifié : une institution juive, la fondation Ryszard Krauze, l’a achetée à Ron Balamuth, pour en faire aussitôt don à la curie de Cracovie.
Ouff… le scandale est enfin évité.
La Curie a promis que « la mémoire des Juifs de Wadowice, victimes du Génocide, y sera honorée », sans plus de précision. On peut espérer que, si une plaque commémorative est apposée, elle mentionnera la mort en 1943, au camp de Belzec de tous les Juifs de Wadowice Une histoire édifiante… Jacques Burko