Nahum Goldmann est une des personnalités juives marquantes du XXE SIÈCLE. Né en Lituanie en 1895, il a été élevé en Allemagne où sa famille s’était transportée cinq ans plus t a rd. Il s’est lancé très tôt dans la vie publique ; à quinze ans il publiait déjà ses premiers articles politiques. En 1913, à dix-huit ans, il part durant plusieurs mois en Palestine et ses impressions ont été publiées en Allemagne en 1914 sous le titre Er etz Israel, Reisebriefe aus Palaestina. Durant la Première guerre mondiale il est à la Section juive du ministère des affaires Étrangères allemand. Engagé dans le mouvement sioniste, il publie au début des années 20 avec Jacob Klatzkin un périodique:
F reie Zionistische Blaetter. À la même époque naît dans ces deux esprits l’idée de rédiger une encyclopédie juive, créant à cet effet une maison d’édition. Et en 1928, le premier volume de l’Encyclopaedia Judaica est effectivement publié. Au total, dix volumes en allemand et deux en hébreu ont le temps de paraître avant que l’arrivée de Hitler au pouvoir n’interrompe cette activité. Dans les années 60, Nahum Goldmann relancera « s o n» encyclopédie, mais en anglais.
Sioniste sincère et actif, Goldmann n’en est pas moins porté à critiquer les dirigeants du mouvement sioniste; il leur reproche leur manque d’intérêt pour la vie politique et culturelle des Juifs dans la Diaspora. A son avis, le futur Eretz Israël ne serait pas en mesure d’accueillir l’ensemble du peuple juif ; il devrait seulement servir de source d’inspira tion et d’instrument de renaissance pour le reste des Juifs destinés à demeurer ailleurs dans le monde. Il ne fallait pas les négliger.
N ahum Goldmann se heurte durant Juive des non-sionistes. Il réussit notamment, lors du 17e Congrès Sioniste en 1931, à bloquer l’élection de Weizmann à la présidence de l’Organisation Sioniste. Cependant, les deux hommes se rapprocheront quelque deux ans plus tard. En même temps, Goldmann doit quitter l’Allemagne dès 1933. À la fin de cette même année il est porté à la présidence du Comité des Délégations juives ; deux ans plus tard il r eprésente l’Agence Juive auprès de la Société des Nations. Il crée, avec Stephen Wise, le Congrès Juif Mondial dont en 1936 il devient président du Comité exécutif. Après le déclenchement de la Deuxième guerre mondiale, il part aux Etats-Unis où bientôt il dirige la section américaine de l’Agence Juive.
Durant les années du mandat britannique sur la Palestine, Nahum Goldmann milite pour la création d’un Etat juif. En 1937, il fait partie des partisans d’un plan de partage de la région, préférant la souveraineté sur une partie seulement de l’Israël historique aux rêves territoriaux. Par conséquent, il se range parmi les supporters de Ben-Gurion lors de la conférence de Biltmore et jusqu’en 1948 il se dépense de manière active, voire décisive, pour la création immédiate d’un Etat juif.
Après cette création, il devient le coprésident de l’Organisation Sioniste et, à la mort de Stephen Wise, il est élu président du Congrès Juif Mondial.
Goldmann est à l’origine des négociations entre Israël et la République Fédérale allemande pour l’indemnisation des victimes du régime nazi et pour les réparations versées à l’Etat d’Israël. Il dirige aussi la délégation juive à la Conférence d’indemnisation (la (d’après Encyclopaedia Judaica)
Juifs, à la fois l Etat hébreu et les Juifs de la Diaspora.
Nahum Goldmann a toujours prôné la centralité de l’Etat d’Israël dans la vie juive, mais en même temps il s’est opposé avec véhémence à ceux qui niaient la permanence et l’importance de la Diaspora. Pour lui, la menace pour ces Juifs dispersés ne venait plus de l’antisémitisme, mais de l’assimilation, du fait de leur intégration (et de leur prospérité) dans la société environnante. Pour lui, le combat des Juifs désormais devait avoir pour objectif la sauvegarde de leurs droits à la différence, à l’unicité. C’était selon lui le rôle principal du peuple et des dirigeants juifs, dont les efforts devaient se tourner vers l’éducation.
À partir de 1962, Goldmann quitte les Etats-Unis et se fait citoyen israélien, mais sans prendre part à la vie politique de l’État.
Il partage alors son temps entre Israël et l’Europe. En 1968 il devient citoyen suisse, tout en continuant à sillonner l’ensemble du monde juif. Il émet souvent des jugements critiques contre les dirigeants israéliens, les accusant d’étroitesse d’esprit. Il leur reproche notamment de surestimer la puissance israélienne et celle du Tsahal, de suivre pour cette raison une politique trop rigide ; pour sa part, il préconise plus de souplesse et de modéraaussi une attitude moins négative envers l’URSS, notamment à l’égard de la politique soviétique au Moyen-Orient, comme envers le traitement des Juifs soviétiques par les autorités. Il reprochait aussi aux dirigeants israéliens d’afficher des attitudes inadéquates envers la Diaspora juive.
Ces attitudes évidemment créent des frictions entre lui et les responsables politiques israéliens, d’autant qu’il n’est pas clair si ses critiques reflètent ses opinions personnelles ou celles du Congrès Juif Mondial ou de l’Organisation Sioniste. Les relations entre Nahum Goldmann et les gouvernants d’Israël empirent encore après la Guerre des six jours; à cette occasion on avait senti une distanciation entre lui et l’État hébreu. La pression des partisans d’un appui inconditionnel à Israël s’accroît dès lors et, au 27e Congrès Sioniste en 1968, Goldmann ne représente pas sa candidature au poste de président.
Durant de longues années, sa stature personnelle a permis à Nahum Goldmann d’être tout à la fois un sioniste ardent mais lucide, et un défenseur des intérêts particuliers de la Diaspora mondiale. Jusqu’à sa mort en 1982 il a personnifié les multiples facettes de la vie politique et de la réflexion juive.