J’ai banni la souffrance Déboisé le mépris Mis l’histoire debout.
J’ai repris mon assise Et largué le malheur.
Forge l’anneau, ma terre de notre identité.
Un seul Etat pour nous Qui venons de l’absence.
Nous bâtissons des villes Des digues contre le néant.
Notre porte est ouverte A tous ceux que l’on chasse Je n’ai pour frontière Que ma vie – cette immense cicatrice.
Vous niez qui nous sommes, Ce que nous voulons être, Unité de sève et de sel.
Nous, rescapés du pire, Vous rêvez nous exclure Par le meurtre et la peur J’ai gagné cette terre Estuaire promis à tant de soif.
Je défendrai l’oracle de mon règne Fût-ce au prix de ma mort.
Sans ma patrie je ne puis vivre DIALOGUE A JERUSALEM Charles Dobzynski Extrait Mon domaine est la plaie Et je suis le couteau Retourné dans le temps.
Les clés de mon histoire N’ouvrent plus ma maison Ma terre, es-tu la chaîne Que je traîne à mes pieds Notre mère est l’errance, Notre terre est l’exil.
Sur nos murs, on détruit La trace de nos rêves.
Nous restons à la porte Et l’on nous jette un os Vous perdez votre source, Poussière votre image, Nuit, votre legs.
Nous, gerbe éparpillée, Terre brûlée, terre arrachée Vive du ventre de nos femmes.
Vous fondez votre empire Sur nos ruines, nos aubes spoliées et pillées.
J’ai droit au littoral où bleuit ma mémoire accrue.
Fût-ce au prix de ma vie De votre croix je déclouerai l’aurore.
Je ne puis vivre sans patrie (1973)