Le 13 août 1936, le “Comité international de coordination et d’information pour l’aide à l’Espagne républicaine” (CICIAER) fut fondé à Paris. Victor Basch devint président de cet organe central pour l’aide internationale à l’Espagne. La première conférence rassemblait des délégués en provenance de neuf pays, à Paris, le 9 septembre 1936. Les 10 et 11 octobre 1936 eut lieu, à Paris, une autre conférence européenne réunissant des délégués de onze États. Une conférence internationale ultérieure de ce comité siégea à Paris les 16 et 17 janvier 1937.
…Le 12 mars 1937, le comité exécutif du CICIAER siégea à Londres. Outre d’importantes délégations anglaises et françaises, l’Allemagne, l’Australie, la Belgique, les États-Unis, les Pays-Bas, la Norvège et la Palestine étaient représentées chacun par un délégué. Au nom de l’Histadruth, la Palestine était représentée par “Goldie Myerson”’, future secrétaire générale de l’Histadruth et Premier ministre sous le nom de Golda Meir. Il fut décidé de fonder un hôpital international comprenant un milliers de lits qui transportait par le Comité parisien. En outre, il s’agissait d’intensifier l’envoi d’enfants en France.
Victor Basch président du Comité International
Victor Basch a été président du Comité international du début à la fin. Il naquit en 1863 à Bratislava. Il était le fils d’un journaliste juif. Lorsque son père fut envoyé à Paris au titre de correspondant de la Wiener Neue Presse Victor était âgé de trois ans. Il fit ses études à Paris et devint licencié ès-lettres. Il fut appelé à enseigner aux universités de Nancy et de Rennes avant que la Sorbonne le rappelât à Paris en créant à son intention une chaire particulière. Il fut cofondateur et devint, en 1926, président de la Ligue des Droits de l’Homme et s’engagea dans d’autres organisations progressistes. Pendant l’été 1936, il partit à Barcelone et participa, dès son retour, à la fondation du Comité international. Après la chute de la République et l’occupation de la France parties saisies, il s’installa dans les environs de Lyon, dans la zone libre, et prit part à la Résistance en éditant manifestes et brochures. Malgré ses quatre-vingts ans, il accepta la présidence du Mouvement national clandestin contre le racisme. En janvier 1944, Klaus Barbie entama une action d’envergure contre la Résistance. Victor Basch et son épouse du même âge furent enlevés par des collaborateurs français de la Milice et assassinés le 10 janvier 1944.
Paris, centre des volontaires et de l’aide juive à l’Espagne
Les Juifs du monde entier se distinguèrent par leur esprit d’abnégation et leur intérêt pour l’Espagne en lutte pour son existence. On les retrouve en première ligne parmi les initiateurs et les fondateurs des organisations d’aide. Paris était le lieu de rassemblement de tous les volontaires juifs venus de différents pays. À partir de là, les futurs combattants juifs d’Espagne étaient, parmi d’autres, pourvus du nécessaire et dirigés vers l’Espagne. L’importante communauté juive de France, qui avait une forte conscience de son identité, renforcée après la Première Guerre mondiale par les exilés politiques et les travailleurs émigrés d’Europe orientale, était active sur tous les terrains de la vie sociale et culturelle. Il y avait des partis politiques de toutes tendances : communiste, socialiste, bundiste, anarchiste, sioniste avec diverses nuances de la droite jusqu’à l’extrême gauche, ainsi que les organisations apolitiques d’émigrés d’Europe de l’Est. Les associations dites de « patronage » offraient aide et protection aux Juifs menacés, notamment aux prisonniers politiques. La vaste infrastructure sociale de la communauté juive française fut utile dans l’organisation de l’aide. Les syndicats juifs de Pologne, d’Angleterre, des États-Unis, de Palestine, etc. étaient organisés de manière similaire. Bien que les communistes juifs aient joué un rôle de premier plan dans le recrutement et l’équipement des volontaires, d’autres groupes sociaux, moins motivés sur le plan politique comme par exemple les organisations d’émigrés de l’Est et les communautés religieuses juives, ont participé aux actions d’aide.
Le Comité d’aide judéo-espagnol
Pendant l’été de 1937, le Comité d’aide judéo-espagnol (Yiddish-Spanish Hilf-Komitet, JSHK) fut fondé à Paris. Aucune partie, déjà beaucoup de morts, de veuves et d’orphelins étaient à déplorer. Les blessés graves furent évacués vers la France et se trouvaient dans des hôpitaux français. Soigner, et en outre aider les volontaires juifs combattant en Espagne constituait une énorme tâche. L’argent fut récolté par la fondation de timbres de soutien, des collectes de fonds, des concerts de bienfaisance, des dons de particuliers et d’organisations. Dans les invalides juifs de France, des sections locales de la JSHK avaient vu le jour. À Paris, il y avait un comité urbain local pour chaque arrondissement « juif ». Ces comités d’arrondissement travaillaient dans le 3e, 4e, 10e, 11e, 13e, 18e, 19e et 20e arrondissements Le comité organisateur central était composé de sept personnes. Les femmes juives étaient particulièrement actives sur ce plan.
En décembre 1937, une action de collecte fut lancée. Elle avait pour but d’envoyer en Espagne trois mille colis pour les volontaires juifs internationaux. David Diamant raconte que les résultats de cette action avaient dépassé les espérances. Chaque combattant juif d’Espagne avait reçu un colis. Cette action était d’importance non seulement pour le ravitaillement des volontaires mais aussi pour entretenir le moral des soldats qui combattaient dans de pénibles conditions.
Après cette action qui a été bien réussi on organisa des parrainages pour des volontaires particuliers et pour les unités comprenant des soldats juifs. Au sein du Pari ainsi anonyme une relation personnelle s’établissait ainsi.
Après les rudes combats d’Aragon et de Catalogne au printemps 1938, le gouvernement français déclara l’occupation de la France hors des plans et à les manques des hôpitaux français. Bon nombre d’entre eux étaient juifs. Pour améliorer leurs conditions de vie le JSHK entama une action célébrée parmi les Juifs de Paris et de province. L’objectif était de réunir cinquante mille francs.
En décembre 1937, lorsque l’unité juive Botwin fut enfin créée après de longs atermoiements qui durèrent un an et demi, cet événement permit la fusion en une unité des mouvements groupes juifs auxparis collaboraient, entre les communistes, également des socialistes juifs, des bundistes et des sionistes. Il fallait équiper les deux cents soldats Botwin de pull-overs, de manteaux, de vestes en cuir, de bottes, de linge de corps, de gants, etc. Grâce au caractère « punjuif » de cette action, toutes les organisations juives, clubs sportifs, associations culturelles, associations d’émigrés de l’Est et syndicats juifs y ont participé. L’argent fut réuni et que l’équipement fut prêt, un grand camion partit en avril 1938 vers l’Espagne, salué par une importante foule. Il portait un calicot disait : “De la population parisienne aux soldats juifs Botwin. Rassemblé par le comité unique des trois tendances ouvrières : les communistes juifs, le Poale Zion de gauche (sionistes) et la l’association Medem (bundistes). »
Le journal yiddish Naïe Presse, l’organe de la section juive du P.C.F. joua un rôle essentiel dans l’organisation et l’acheminement de l’aide pour l’Espagne. Ce journal était, à l’époque, l’un des nombreux journaux juifs yiddish de France. Il parut durant la guerre dans la clandestinité et accompagna les résistants juifs dans leur lutte contre la puissance occupante.
Le JSHK avait son propre organe le bulletin yiddish Zuhilf.
Le Bulletin du JSHK
L’édition de janvier 1939 reprenait quantité d’informations réparties sur dix-huit pages.
En page 2, on trouve un article du sculpteur Naham Aronson, photographié à côté du monument à Pasteur qu’il avait réalisé :
Chaque fois que je repense à cette soirée inoubliable dans la salle de la Mutualité, lorsque des milliers de gens ovationnaient ces deux cents jeunes hommes juifs qui peu de temps auparavant ne pensaient à rien d’autre qu’à leur travail ou à leur école et qui peu après il sait que ces mille uns de soumissions, tant de courageux combattants pour lesquels l’asservissement est pire que la mort. Pour moi ces combattants sont ceux qui poursuivent l’œuvre des Maccabées. En présence de ces héros qui ont fait preuve d’un tel courage et d’un tel esprit de sacrifice je ne sens tout petit. Mais ce qui m’étonne et m’irrite, c’est qu’à l’action de ces Juifs qui n’ont pas encore compris la grandeur du geste que ces combattants ont posé pour notre avenir à tous.
Quel devoir plus noble que d’aider ceux qui ont donné leur sang leurs bras et leurs jambes pour la dignité du peuple juif ?
La plus importante contribution en matière d’aide fut fournie par Gina Medem. Elle fut surnommée l’« ambassadrice juive », car elle allait de pays en pays pour organiser et coordonner l’aide pour les combattants juifs d’Espagne internés. Dans de nombreux rassemblements de masse à New York elle a parlé devant des milliers de Juifs et appelé à l’action en faveur des juifs d’Espagne, ainsi qu’à leurs actions. Le compte rendu de Gina Medem, qui était à Paris au début des événements comme correspondante de guerre des journaux yiddish américains, est intitulé “Les Actions d’aide pour l’Espagne dans les quartiers juifs du monde entier”. Elle écrit :
La fondation de l’unité militaire juive Botwin a créé un rapport étroit entre les nouveaux populaires juives et la République. Évidemment, l’écho est plus important dans les villes ayant une importante population juive comme Paris, New York Buenos Aires et Anvers, villes qui sont tenues informées par la presse de la vie juive. Les Juifs des Pays-Bas de Suède, du Danemark et d’Angleterre participent à des actions de l’aide aussi bien sur le plan de l’Espagne et créé dans ce but leurs propres organisations d’aide.
Gina Medem explique les difficultés de l’aide juive à l’Espagne par le nombre croissant des victimes des persécutions antisémites en Allemagne et en Pologne, les nombreux réfugiés en provenance d’Allemagne, d’Autriche et de Tchécoslovaquie et les victimes du fascisme en Roumanie et en Hongrie, qui eux aussi doivent être aidés.
Après la chute de la République, le 1er avril 1939, des milliers de Juifs et d’autres brigadistes internationaux ont été internés dans des camps dans des conditions déplorables dans le Sud de la France. Une charge encore plus lourde s’est alors abattue sur les comités d’aide, en particulier pour les Juifs. La grande majorité des internés juifs ne pouvaient en effet être rapatriés dans leur patrie d’origine. En Allemagne, en Autriche et en Tchécoslovaquie, les nazis étaient au pouvoir et en Pologne, en Roumanie, en Hongrie et dans d’autres pays, les régimes fascistes auraient poursuivi ceux qui rentraient au pays.
Le comité d’aide juif central ouvrirait à Paris tandis que le comité Botwin était actif aux États-Unis. Les deux organisations étaient en rapport étroit l’une avec l’autre et avec les internés des camps de Gurs, du Vernet, d’Argelès, des Milles et d’autres.