I-Histoire et mythe du couple le labeur agraire, et il guerroie. La femme enfante.
Mythe, parabole puis histoire, les femmes dans la Bible articulent le passage de l'ordre antique matrilinéaire à l'ordre patriarcal qui est est tardif: il date de l'Ordonnance française de resté le nôtre. L'essentiel à dire ici me semble le Villers-Cotterets en 1567. Elle fut la première progrès qu'il y eut alors à caractériser un individu en Europe. Avant cette date, en Orient comme en par sa mère mais aussi par son père. L'abus Occident, l'individu se définissait par sa filiation ultérieur qui en fut fait contre les femmes ne au père. Déjà quand Abraham quitta Ur/en peut diminuer cet effet. Mais pour la première Chaldée, sa filiation maternelle n'est plus fois dans l'histoire antique, une mère et un père nommée. Pourtant Adoara, sa mère a peut-être apparaissent co-géniteurs du fils et de la fille.
été l'initiatrice d'Abraham contre les idoles.
Tirés d'un livre1 qui a été bien reçu, voici Pourtant sur le plan historique, le miracle hébreu quelques rutilantes femmes de la Bible, Déborah a résidé dans cet acharnement à mémorer la et Ruth, précédées de considérations historiques.
filiation double, au père et lors de mort à la mère. Les grandes puissances d'alors, Empires Quand le peuple est en danger, le groupe établis sur des fédérations et des tribus, avaient sous-évalué devient solidaire. Le petit peuple pour elles l'avantage que l'on sait, la destruction hébreu s'organise en maisons de pères des petits royaumes, et la dispersion des l'expression est déjà dans la Genèse, où pourtant familles. il est question de fils d'Elohim et de filles d'Adam. Les maisons de pères sont en même temps des maisons de chefs pour la sauvegarde mère. Au Livre de l'Exode, les noms se disent du peuple (Gen. 49, 28). Jacob est dit I'sh taam, Shemot-au féminin.
homme droit, dans la Bible et la Mischna, rectitude sans fusion l'homme droit n'est plus maisons, est le cadre des solidarités de guerres en seulement le Pasteur, il partage avec les femmes temps d'économies agraires. D'où le Lévirat, qui L'Etat civil qui associa l'individu à un lieu Or, le nom, dans la Genèse, était donné par la Mais la généalogie par les pères, chefs de
que l'on sait: sauver le nom du défunt, en lui suscitant des descendants.
L'être femme avait représenté la fusion pré- monothéiste à la mère. Cependant la création mythique selon la Kabbale du couple primordial va exprimer un ordre symbolique. Il importe peu que le mot hébreu Tsela' ( GN. II, 22) désigne la cote d'Adam ou le côté, comme dans le mythe platonicien, le terme désigne effectivement une cote de chair, d'os et de sang ; l'important est qu'Adam participe de la génitalité avec Eve ou Haya. Or la différence entre Adam (45) et Haya (19) aboutit au chiffre 26, qui est le chiffre divin de YHWH. Cette incontournable différence inscrit le manque dans une réalité impossible à dépasser qui est le Dieu du couple. Le fantasme de la complétude est décrit comme la seule réalité possible!
De ce fait l'individu a une mère biologique et un père liturgique. Les Hébreux se fixent mais gardent comme modèle la société pastorale nomade. Le mythe d'Eve, dans son absolue inversion du réel, a été une gestion possible de la première différence. Cette inversion est le propre des rituels d'initiation pour adolescents masculins dans les populations primitives et jusqu'au XXè siècle. Ainsi peut intervenir le père géniteur de cette seconde naissance.
A partir d'Ur en Chaldée va nomadiser le petit peuple hébreu pastoral.
Une réelle compréhension de l'engendrement (animal) a rendu possible la doctrine patriarcale. On peut la constater dans la Bible quand Jacob s'apprête à quitter Laban son beau-père, avec femmes, concubines et troupeaux. Cette connaissance explique la réussite de l'inversion patriarcale.
Les évènements fixés dans le Pentateuque se sont déroulés entre le IIIè et le Ier millénaire avant JC. En ces temps-là , fin du Néolithique, s'exerçait une centralisation autoritaire akkadienne, puis égyptienne et assyrienne. On décèle dans la Thora la résistance identitaire du petit peuple nomade à l'égard du système urbain centralisateur de Babylone et d'Assyrie; l'Ancien Empire assyrien aura raison des Hébreux en - 587.
L'empire perse achéménide de Cyrus, tolérant, permettra le retour des Hébreux vers le Temple. C'est alors que la Bible orale sera écrite.
L'interdit des mariages mixtes se verbalisa seulement alors, au -VIè siècle. Les précédents demeurèrent: Hagar donna à Abraham son premier fils Ismaël, Moïse épousa une Madianite, Séforah, fille de Jethro, Ruth ancêtre de David était moabite, Betsabée épouse de David était peut-être hittite, aurait donné une juive à Hur le Hittite?. La polygamie subsista jusqu'au
p qui l'interdit définitivement.
l'Eclair- qui aura la gloire d'avoir vaincu Siséra.
De nombreux vestiges matrilinéaires subsistent. frappé par une force divine, le registre sans pseudo-morale rappelle le scintillement de l'Iliade et la geste de Gilgamesh. Yahël plante la tête de III-Déborah sous son palmier.
l'ennemi, comme une géante de la race des Le cantique de Deborah, le plus ancien poème Titans. de l'Ancien Testament selon Jean Bottero, donne le reflet d'une très ancienne histoire hébraïque.
se relèveront pour quitter la scène, ou le cadre du Elle est suffète , une femme, une inspirée. Le tableau, leur tête entre les mains. Code et suffète n'est pas seulement un juge, le suffète langage, écriture, symbole, ce passage est un des peut agir. Si Déborah est la parole“ dabar “ , qui plus anciens de la Bible.
désigne aussi l'abeille, Déborah siège sous le palmier, arbre des arbres en pays tropical. Elle ces contes de ma mère, mais pour cette Ruth est femme d'action, présence, avec Baraq -l'éclair- aussi, de la Bible, cette jeune femme venue du un homme de guerre, un chef.
pays de Moab, et pour qui Booz laissa tomber Et voilà un texte qui parle en vérité ancienne: plus d'épis qu'il n'était normal au cours des "si tu vas avec moi j'irai".
Déborah moissons. J'aimais cette manière qu'avait la l'accompagnera, sans se battre, car elle est la Bible d'ouvrir un monde clos, d'y faire entrer une Présence. autre, venue d'ailleurs..." Roland Doukhan, Elle est aussi la justice au quotidien, elle a le Bérechit, p. 143 pouvoir de donner la victoire, les deux sens sont similaires. Sa Présence est une des premières traductions de la Schékhina au féminin, avant illustre la souplesse des coutumes et mêmes des l'aménagement textuel, vestige fréquent tout le lois humaines, appliquées à l'organisation des long du Livre des Juges, hétérogène, archaïque, sociétés hébraïques: il a suffi d'une nuit à Booz qui ne fut pas l'objet du même soin que la Torah pour se donner le droit d'épouser une moabite, proprement dite.
Les Amorréens sèment femme appartenant aux Ammonites et l'épouvante, à cause de la supériorité de leur Amalécites. La loi fut modifiée en maintenant armement métallique.
Siséra, leur chef, l'interdit pour les hommes de Moab, et en consomme la déroute de l'armée en fuyant vers la tente de Yahël, autre femme d'action. Celle-ci est q Il faut le lire comme un mythe: le coup est Au moyen âge, les saints martyrs chrétiens " J'avais choisi ce prénom, c'est vrai, pour L'histoire de Ruth est fondamentale, elle
les femmes de Moab.
L'histoire est étonnante et remarquable.
L'auteur du livre de Ruth est inconnu, il est possible que l'épisode ait servi à réagir contre les mesures draconniennes prises par Esdras et Néhémie à l'encontre des mariages avec des étrangères, après le premier retour en Terre Sainte.
Une famille , celle d'Abimélèk et de Noémie, est obligée de quitter Béthléem, où sévit la famine, une fois de plus. Une fois de plus le désarroi engendre un élément de salut imprévisible: Abimélèk, Noémie et leurs deux fils, s'intallent en terre de Moab, qui les accueille, comme l'Egypte au temps de Joseph; et les fils épousent des Moabites, Ruth et Orpa.
Père et fils meurent. Une dizaine d'années se sont écoulées, et Noémie désire rentrer en terre d'Israël, elle incite ses deux belles-filles à retourner vers leur famille et leurs dieux. Orpa quitte Noémie, mais Ruth rive ses pas et sa vie à cette femme à laquelle elle s'est attachée.
L'une est vieille, fatiguée, estimable , et respectueuse de la liberté de sa belle-fille. L'autre est jeune, spontanée, pleine de vitalité, indifférente au qu'en dira-t-on anonyme, sage et fidèle à ses propres sentiments. Elle suit Noémie. L'histoire de leur arrivée en terre sainte se fait sur fond de blés, de moissons, de ciels femmes non protégées par un clan. Précarité et importance de la subsistance sont exprimées en termes de grains et de gerbes, glanés, acceptés, reçus ( III, 11). Ruth se rend aux champs où les pauvres ont le droit de glaner, et hasard et providence, ce champ appartient à Booz, parent d'Abimélèk et "goël" de Noémie.
Terme hébraïque de même racine que gâal, racheter, rédimer, protéger, le goël est le plus proche parent par le sang: il a des devoirs de protection et des droits de préemption sur la terre. Ainsi c'est parce que le goël de Noémie existe qu'elle peut revendre le domaine d'Abimélek en premier lieu à son goël.
Le goël, en fait , n'est pas Booz.
Ce dernier va attendre le plus proche parent là où la transaction peut être entendue des Anciens, "qui sont assis là" afin aussi d'expliquer à tous la loi. Cette même nuit, Booz, en législateur doué de l'intellect actif, a modifié la loi, avec approbation des Anciens, et rendu l'union avec une moabite licite. C'est donc lui-même qui, alléguant les devoirs du lévirat sauvegarda le domaine familial d'Abimélèk , et la lignée du même , en épousant la jeune et belle Ruth.
Le lévirat, commun à tous les peuples du Proche-Orient, était pratiqué, bien avant la formulation dans le Lévitique des interdits sur les unions incestueuses. En s'occupant si bien de Noémie Ruth a conquis la sympathie de tous, et
q qui saura modifier la loi en faveur des femmes de Déborah. C'est de ce texte peu connu, le Zohar, Moab. De cette union miraculeuse par la force que l'on tient l'explication d'un secret des sentiments humains, grâce à la rapidité de énigmatique ou d'une réalité très ancienne..
l'intervention de Booz, grâce à la sagesse des conseils de Noémieeu, la vie est donnée à Obed, lointain ancêtre du Roi David, reconnu par les trois monothéismes.
Il ne fallut pas moins de tant de substituts "Souverain", comme il est écrit: "Voici l'arche pour faire naître l'aieul de David. Pour les d'alliance, souverain de toute la terre" (Jos.3: monothéismes abrahamiques, l'histoire de Ruth 11). Ce faisant la Fille s'habille de vêtements est exemplaire. Il n'est pas de mince importance masculins pour concorder avec tous "les que le Roi Oint, David, Daud pour l'Islam, individus masculins". Alors "Je le fais s'avancer"
l'ancêtre de Jésus pour les Chrétiens, ait eu pour depuis le haut "Jusqu'à la maison d'Elohim", aïeule Ruth la Moabite. Il a fallu la solidarité pour qu'Elohim ait l'aspect de la Fille. Par quel tenace de deux femmes , une vieille et sage, une moyen?" Avec la voix joyeuse et les actions de grâces d'une foule en fête"3
jeune et généreuse, sage aussi, pour que naisse une telle merveille, Obed, esclave de Dieu. David savait qu'il avait des ancêtres moabites, puisqu'il chercha refuge pour son père et sa mère auprès du ou connus! roi de Moab, quand le roi Saul exerçait sa persécution contre lui.
Extrait de Bolens, La Bible et l'histoire au V-La fille dans le Zohar (XIIIès) féminin, Genève, Métropolis, 1992.3
"En cette occurrence la Fille est appelée Evidemment de tels textes sont peu reconnus
- ↩ L. Bolens, La Bible et l'histoire au féminin, Genève, ed. Métropolis, 1992.
- ↩ Le Zohar, I, Trad. Mopsick, Paris, Verdier, Elle aspire à être appelée par un nom. Elle se 1981 pp 33-34 revêt d'une parure précieuse et rayonnante. Elle n'a pas accès au nom d'Elohim (Ex.32:8), puis g Voici ce texte étonnant.