'est lors d'un voyage en Israël que j'ai appris qu'un homme japonais nommé Sasaki s'intéressait aux langues juives, le yiddish et l'hébreu. J'ai appris appris que Monsieur Sasaki avait étudié à l'Université de Bar-Ilan en Israël à la fois le yiddish et l'hébreu. Né au Japon et y résidant toujours, il revient chaque année à l'Université de Bar-Ilan et y donne des cours de yiddish et d'hébreu. Lors d'un voyage en 1997 au Japon, j'ai souhaité faire la connaissance de cette personne à l'itinéraire extraordinaire. J'ai tout d'abord voulu savoir si au Japon il y a des juifs et s'ils sont regroupés en une communauté. En effet, on sait qu'après la deuxième guerre mondiale et par la suite, il y eut des réfugiés juifs, rescapés de la Shoah, qui sont arrivés au Japon principalement en venant de Chine. Nous pensions qu'ils étaient principalement à Kyoto. En fait il ne fut pas possible de les retrouver dans cette ville, peut-être parce que ce sont des personnes âgées sans descendance. Ma recherche s'est poursuivie et j'ai pu retrouver l'existence d'une communauté juive à Tokyo que j'ai essayé de contacter. En conversant par téléphone en hébreu et non en yiddish, j'ai appris qu'il y a à Tokyo une communauté juive regroupée dans un centre autour d'une synagogue et d'une bibliothèque. Fait remarquable, cette bibliothèque dispense des cours de yiddish à des Japonais dont certains ne sont pas Juifs. La communauté publie même un bulletin en yiddish nommé "der japan yid" ("le japonais juif''). Le directeur du centre et le rédacteur de la revue se nomme Yankel Halpern. Le directeur adjoint est justement Monsieur Sasaki de prénom Sukuya dont nous avons parlé plus haut. Je contacte Monsieur Sukuya Sasaki par téléphone et il me propose de venir le voir à Tokyo un dimanche pour rencontrer les personnes japonaises non juives intéressées par la culture juive. Il, dit qu'il enseigne de temps en temps à Tokyo, où il n'habite pas et que l'autre enseignant est Monsieur Halpern.

Je décide donc de me rendre à Tokyo le dimanche suivant. Mais je ne savais pas toutes les difficultés qui m'attendaient, principalement dues au fait que les adresses ne comportent ni nom de rue ni numéro. Je pris un taxi, espérant que par chance il pourrait connaître la synagogue ; mais non; d'où l'idée d'arrêter des passants dans la rue pour nous aider. Une dame qui selon mon idée, pouvait être Juive, m'a proposé de m'accompagner elle même C

étant trop grande, je décidai de poursuivre en taxi, la dame ayant donné au chauffeur toutes les indications : la direction et le repère du lieu. Le chauffeur me laissa à proximité et je fis le reste du chemin à pied. Je fus bien remercié de ma peine à mon arrivée au centre. Monsieur Halpern était absent à cause d'un mariage dans une autre ville. J'ai trouvé quelques élèves adultes japonais non juifs présents pour le cours de yiddish hebdomadaire. En l'absence de l'enseignant habituel ou de son remplaçant, je pus en quelque sorte donner le cours de yiddish et discuter un peu avec ces personnes pour le moins inhabituelles pour le monsieur parisien que je suis. Parmi ces personnes l'une s'appelait Junia Akaishi et il est poète. Il veut exprimer ses sentiments poétiques dans la langue yiddish car il pense qu'aucune langue n'est assez belle pour les exprimer et il regrette de ne pas la connaître encore assez bien. La deuxième personne est une dame de 38 ans qui a commencé à s'intéresser à la langue yiddish après avoir pris connaissance du mouvement russe Soubbotnik qui vers le 14ème siècle avait, sans conversion au judaïsme, pris le Shabbat comme jour de repos.

L'apprentissage du yiddish la satisfait beaucoup et lui donne le sentiment d'avoir atteint l'un des buts de sa vie. Vous imaginez bien que cette petite aventure au Japon m'a pour le moins surpris et fait plus que sourire, moi qui suis si attaché à la langue yiddish, sa littérature et sa poésie.

Ceci n'est qu'une petite anecdote mais qui montre qu'une langue n'est jamais oubliée.

De plus, si, comme le yiddish, elle peut transmettre littérature, poésie et philosophie, elle attire même des personnes non juives et même au Japon.

Expérience vécue et rapportée par Monsieur Zalc lors d'un voyage au Japon en 1997

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