Réponse : Les dangers qui nous guettent

Je remercie, évidemment, soit honorée après M. Yaïr Tzaban, qui beaucoup, le Judaïsme Humaniste et Laïc, pour cette distinction que vous avez attribué à Robert et moi, mais enfin, pourquoi lui et moi ? Robert, cela allait de soi, à mes yeux, pour les raisons qu’a très bien évoqué Violette Attal-Lefi ; mais moi, pas du tout ! Je suis une juive très médiocre, une militante détestable des bonnes causes ; je me reproche tous les jours ma paresse et ma piètre implication dans les combats essentiels, et Dieu sait qu’il n’en manque pas aujourd’hui.

Vraiment, je ne mérite pas d’être associée à Robert dans l’honneur qui lui est fait aujourd’hui. Alors je m’interroge : N’y aurait-il pas, de la part des organisateurs de ce colloque, une volonté de marquer leur attachement à l’égalité des sexes ? Et de montrer, au cours de cette réunion, qu’une femme vaut bien un homme, aux yeux du judaïsme libéral ? Nous connaissons tous l’action décisive de Mme Simone Veil en faveur des femmes ; je pense à la loi qu’elle a fait voter sur l’avortement. Et rien ne me semble plus légitime qu’elle l’a été les jours précédents. Mais pour Robert et moi, la réponse est moins évidente. Alors je m’interroge : Ne serais-je pas là au nom du principe, détestable à mes yeux -pardon, Simone- de la nécessité des quotas de femmes ?

Toute tentative de définir les êtres humains par leur différence, qu’elle soit sexuelle, religieuse ou raciale, me paraît aller à l’encontre de notre objectif commun qui est universaliste.

J’imagine les organisateurs de ce congrès, se prenant la tête à deux mains, pour trouver, coûte que coûte, autant de femmes que d’hommes pour participer à ce colloque voire pour être mises à l’honneur, et je ne savais pas que Simone Veil serait là ce soir. Auquel cas, je serais ici aujourd’hui, moins pour mes mérites, qui, je le sais, sont franchement médiocres, que par souci d’une parité sexuelle que je récuse. Ce serait un pied de nez assez malicieux, que j’accepte comme un trait d’humour.

Plus sérieusement, toute tentative de définir les êtres humains par leur différence, qu’elle soit sexuelle, religieuse ou raciale, me paraît aller à l’encontre de notre objectif commun qui est universaliste. Or, jamais, depuis la seconde guerre mondiale, les valeurs du judaïsme libéral, à savoir la tolérance et l’humanisme qui découlent d’une vision universalistes, jamais ils n’ont été aussi menacés qu’aujourd’hui. Le beau concept d’humanité est en train de voler en éclats, attaqué, à la fois par l’intégrisme religieux, le racisme et le différencialisme qui engendre directement ou indirectement la stigmatisation et le rejet de l’autre, et qui apparaissent aussi bien dans les pays démocratiques que dans les pays qui ne le sont pas. Pourtant, l’idée d’une humanité commune est une de nos plus belles et de nos plus fragiles acquisitions ; le résultat d’un très long apprentissage et d’un combat qui a duré des siècles. Lévi-Strauss disait que « l’idée que tous les peuples du monde forment une seule humanité n’est pas du tout consubstantielle du genre humain ». Elle est même, cette idée d’humanité, d’apparition très tardive.

Pour des vastes fractions de l’espèce humaine, et pendant des dizaines de millénaires, la notion d’humanité paraît totalement absente. L’humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique ; et pour ma part, j’ajouterais, aux frontières de la communauté.

Jamais, depuis la seconde guerre mondiale, les valeurs du judaïsme libéral, à savoir la tolérance et l’humanisme qui découlent d’une vision universalistes, n’ont été aussi menacés qu’aujourd’hui.

Alain Finkielkraut, qui malheureusement n’est pas présent parmi nous, a rappelé dans un très beau livre qu’il vient publier ces jours-ci, et qui s’appelle L’Humanité Perdue, que c’est justement le Dieu de la Bible qui déclare : « Vous et l’étranger, vous serez égaux devant l’éternel ». Et Alain poursuit : « c’est le Dieu unique qui dévoile aux hommes l’unité du genre humain ». Message repris, à sa manière, par la philosophie des lumières qui a accentué l’idée de ressemblance essentielle entre les hommes, quelles que soient leur race, leur culture, leur religion, et pour finir, leur sexe. L’homme démocratique qui émerge serait enfin capable de retrouver le même dans l’autre, fut-il sont pire ennemi. Après vingt siècles de différencialisme et de communautarisme exacerbé, qui l’a incité à tuer, à torturer, à mettre en esclavage, et à opprimer de toutes les manières ; on pouvait légitimement croire que la

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