Tel est le thème du 6ème Congrès de la Fédération des Juifs Humanistes et Laïques1 qui se réunit tous les deux ans dans une capitale et pour la première fois à Paris. Le choix de Paris, après celui de Detroit, de Bruxelles, Jérusalem et Moscou, a été motivé par la volonté de la Fédération internationale de soutenir la mouvance juive laïque en France ; mouvance dynamique puisqu’elle a suscité en quelques années la création de nombreuses associations, dont l’AJHL, qui proposent une réelle alternative juive laïque. C’est ainsi qu’un grand nombre de Juifs de France, soucieux d’affirmer un attachement culturel au judaïsme comme dénominateur commun, ont rejoint cette mouvance et s’y expriment.

Les précédents thèmes, « Qui est Juif ? », « L’avenir du peuple juif », « Humanisme », « Que signifie être Juif ? », proposaient une réflexion séculière sur l’identité juive ; une approche qui suppose précisément un regard ouvert sur la société. Au-delà d’un sentiment d’appartenance (ou non) à un destin commun, les Juifs ont été et restent pleinement engagés dans l’histoire du monde et des idées de leurs contemporains. C’est pourquoi, loin de nous penser comme un monde clos parmi d’autres, nous avons souhaité mettre l’accent sur la vision juive laïque du rapport à l’autre ; aussi bien en tant qu’individu, que groupe ou nation ; rapport souvent présenté comme essentiel dans la pensée juive. La question sera posée, au cours des sessions, dans ses différents aspects : social, politique, culturel, auxquels nous sommes et serons confrontés à l’aube du XXIème siècle. Sur le plan individuel, le débat portera sur les familles multiculturelles. Quel juste rapport Israël saura-t-il trouver avec ses voisins, répondant ainsi à tant d’espoirs de paix ? Quelles actions pour lutter contre les dérapages nationalistes et les intégrismes au Moyen Orient comme en Europe ? Enfin, au plan collectif, à la lumière de l’expérience des Juifs vivant en minorité dans les pays de la diaspora ou en majorité, en Israël, les intervenants évoqueront divers types de société (société multiculturelle, société laïque, ou juxtaposition de groupes titulaires de droits) et s’interrogeront sur celles qui garantissent le mieux le respect de l’autre ? La question revêt toute sa pertinence, à l’heure où la France réfléchit sur son identité nationale, alors que certains invoquent le baptême de Clovis comme un fait essentiel de son histoire nationale et que d’autres réclament le respect de la laïcité républicaine. Sans prétendre apporter des solutions toutes prêtes, les participants — venus de plusieurs pays — tenteront par la confrontation d’idées d’ouvrir quelques voies.

Paris, le 20 septembre 1996

Violette Attal-Lefi


  1. Voir en fin de volume le programme du congrès de Paris.↩︎

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