Le mercredi 26 mai 1993 se sont réunis à Paris un groupe d’intellectuels français — Juifs laïques de parents séfarades ou ashkénazes d’une part, Arabes démocrates, de parents originaires des trois pays du Maghreb d’autre part — et regroupant différentes sensibilités : musulmans pratiquants, croyants non pratiquants, agnostiques de culture islamique.

Rencontre sinon insolite, du moins inhabituelle. Les échanges furent francs et sereins. Tous, Arabes et Juifs, ont débattu de leur recherche, de leurs possibilités d’expression humaniste et laïque, dans la France d’aujourd’hui et de demain.

Côté juif, on a expliqué la création de différentes organisations juives laïques depuis quelques années dont l’A.J.H.L., Association pour un Judaïsme Humaniste et Laïque, — le besoin auquel cela répondait (nombreux courants libéraux, mariages « mixtes », « assimilation » avec perte de ses racines), c’est-à-dire le besoin de casser, sans animosité anticléricale, l’équation systématique : Juif = Juif religieux.

On a souligné les difficultés, les incompréhensions et les malentendus de la part de certaines composantes de ce qu’il est convenu d’appeler « la communauté juive en France » — dont la remarque type est : mais alors, vous n’êtes plus Juif !

Les Associations juives laïques de France regroupent à ce jour plusieurs milliers de membres.

Côté arabo-islamique, différentes prises de position : depuis une revendication laïciste pure et dure jusqu’à un compromis en nuances entre la poursuite de traditions religieuses et la nécessaire ouverture sur le monde extérieur, pluriel, voire laïque dans le bon sens du terme.

Au demeurant, le problème des termes ou de leur absence a bien été souligné : comment appeler ces Arabes de culture islamique qui veulent exprimer leur humanisme et leur laïcité en affirmant, du moins pour la majorité d’entre eux, leurs origines dans leurs traditions et leur histoire sans être inféodés à des idéologies religieuses et politiques qu’ils jugent sclérosées et dangereuses.

Cela n’a pas empêché les participants d’insister sur la nécessité de la reconnaissance du fait musulman en France, à savoir que l’Islam (pensée et droit au culte) y ait le même statut que les autres religions. Plus difficile a été la tentative de définition de ce que pourrait être un « islam laïque ». Certains se sont affirmés libre-penseurs intransigeants. D’autres ont mis en garde contre le danger de développement de nationalismes et d’intégrismes dans notre pays.

Personne n’attendait de « révélations » de cette rencontre. Le seul fait qu’elle ait pu avoir lieu dans un climat de confiance et d’amitié évident et que les uns et les autres se soient promis de garder le contact, de s’informer, de s’entraider pour expliquer leurs positions et leurs aspirations dans leur communauté respective et de se revoir, mérite bien sûr d’être signalé.

Écrivant ces lignes après ce mois de septembre historique de début de négociations directes entre Israéliens et Palestiniens mais aussi, hélas, après la poursuite des attentats meurtriers du F.I.S. en Algérie et des intégristes en Égypte, on ne peut pas ne pas ressentir que décidément, les « choses » bougent. Elles bougeront sûrement plus encore d’ici dans cette rencontre judéo-maghrébine de mai 1993, en filigrane, la question israélo-palestinienne faisait comme un frein. Espérons que de plus en plus ce frein va se desserrer.

P.S. : Dans le même esprit, on doit signaler que dans l’émission poétique quotidienne (du dimanche au jeudi inclus) sur 94.8 (Radio Com. Judaïques F.M.), à 22 h 50, toute une série de « Minutes de Poésie » fut consacrée en avril-mai 1993 à la lecture à deux voix avec Nadia AMIRI — vice-présidente de Migrations Santé, ancienne vice-présidente de France Plus — d’un certain nombre de poèmes tirés de la plaquette de Jacques ELADAN Salam vé Shalom publiée chez Noisi Elargudi, éditeur à Paris, réunissant des poètes Juifs et Arabes, musulmans ou non (Maghrébins, Palestiniens, Égyptiens…), tous œuvrant pour la paix et le rapprochement des peuples.

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