Chajka Grosman, une des dernières survivantes parmi les dirigeants de l’insurrection du ghetto Byalistok, fut aussi parmi les initiatrices de la Révolte de celui de Varsovie. Elle est Présidente de l’Institut MORESHET, en Israël, chargé de la conservation de la mémoire des Juifs de Pologne. Elle a été député MAPAM à la Knesset. Ce texte est celui de son intervention à la cérémonie du Cinquentenaire organisée à Paris par nos amis du Cercle Bernard Lazare et la Fondation Jean Jaurès. C’est sans doute sa dernière intervention publique. Nous venons en effet d’apprendre que Chajka Grosman a eu un grave accident (elle a glissé dans un escalier) lors d’une visite amicale dans un village arabe près de Jérusalem. Elle se trouve à présent dans le coma. Nous lui souhaitons de recouvrer la santé.
Des profondeurs Je t’ai appelé, mais tu n’es pas venu. Des abysses je t’ai appelé, mais là encore tu n’es pas venu. qui aurait pu venir, mais ne l’a pas fait, le dix-neuf avril il y a cinquante ans au moment où éclatait l’insurrection du Ghetto de Varsovie ? Vingt sept jours et vingt sept nuits une poignée de jeunes gens et de jeunes femmes avec quelques armes combattirent contre la sentence de mort imposée au peuple juif et sa destruction. Cet évènement symbolise toutes les rebellions qui éclatèrent dans les ghettos et les camps de la mort et les combats dans les forêts. Ce furent toutes des batailles perdues d’avance, mais leur fin fut une victoire triste.
Abba Kovner avait l’habitude de dire et redire : « Il ne suffit pas d’étudier ce qui arriva, nous devons rechercher comment il fut possible que cela arriva. » Cette question ne nous laissa pas de repos pendant ces cinquante dernières années. Je retourne vers ma mémoire, je parcours les pages jaunies et quelques fois il me semble que que mon âme a été formée par l’éducation humaniste qui m’enthousiasma dans le Mouvernnit de jeunes quand j’étais jeune. Peut-être sommes nous réellement dans un monde de chiens ? Peut-être les batailles perdues, la révolte de dessus les toits et des profondeurs des bunkers furent dès le début le signe qu’aucun espoir ne germera de là ? En vérité, avons nous été laissés sur la surface de la terre uniquement pourrechercher la force et le droit de parler au monde par la bouche d’un barril de poudre ? Ceux qui se souviennent du sentiment l’attente sans espoir de notre peuple mourant devant nos propres yeux peuvent demander qui nous délivrera de nos ennemis si ce n’est notre propre puissance. Mais si c’était cela la vérité l’Europe aurait encore été sous l’occupation nazie et le peuple juif n’aurait pas encore un pays à lui. Mon esprit fait un effort pour voir, malgré tout, que la dignité humaine et l’esprit triompheront à la fin même si tout cela arrive plus tard. Le mal absolu est éphémère, le génocide et l’esclavage ont une durée brève. Je suis encore et encore préoccupée par ce qu’il faudrait faire pour que l’âme ne soit pas déçue avant que la consolation n’arrive.
Je dois l’admettre : ces jours viennent à moi des profondeurs de mon âme à la vue de l’ancienne tempête.Qu’a apppris l’homme depuis que les maisons ont été brulées sur les têtes de leurs occupants, qu’est-il arrivé depuis que les cendres ont été dispersées par les vents ? La haine aveugle d’une race différente, d’une tribu ou d’un groupe ethnique différent, le fondamentalisme fanatique crache encore depuis les profondeurs de cet enfer et prend une nouvelle force tirée de lui. J’essaie de me convaincre que le mal n’a qu’une vie courte, mais qu’en est-il du mal qui s’accroît de tous les côtés ? Vous voulez crier - eh ! vous là-bas en Bosnie, à Bombay, à Gaza, eh!- nous sommes Juifs. Je sais combien est petite la différence entre un jour de deeuil et un jour de célébration.
Je ne crois pas qu’il faille tourner l’Holocauste en un instrument d’éducation juive patriotique, nationale. Notre peuple doit-il passer par cette tourmente pour être égal aux autres ? Même sans un holocauste n’avons nous pas le droit, à un pays souverain pour nnous mêmes ? Chaque nation a le droit à sa propre souveraineté pour réaliser sa propre culture et sa propre expérience national. Nous voulons construire notre propre pays sans souffrir de bains de sang ni le notre ni celui d’un autre.
Face au renouveau du racisme et de l’antisémitisme je ne peux simplement dire « Soyez sioniste, laissez toute chose et venez en Israël ». Il est nécessaire de venir en Israël quand il y’a de l’antisémitisme, et quand il n’y en a pas, quand les juifs souffrent et quand ils vivent à l’aise. la tête du racisme doit être coupé quand elle est encore dans le berceau. Toute l’Europe doit se souvenir de cela car elle n’a pas encore appris la leçon. Il n’y aura plus de Juifs qui y seront tués. Car l’Allemagne serait détruite elle-même. Aujourd’hui chacun fait son propre holocauste, après tout il y assez de tragédies et nous ne devons pas faire de l’Holocauste un évènement banal. Il a été l’élément universel de la destruction des Juifs dans l’Holocauste. Des dizaines de millions de non-Juifs en plus des six millions de Juifs ont été assassinés par les Nazis. Cependant les Juuiis sont morts différemment. Non parce que ’ils étaient capitalistes ou communistes, non parcequ’ils étaient bon ou méchants, non parce qu’ils se battaient ou qu’ils restaient dociles, mais uniquement parcequ’ils étaient Juifs. « Dieu des hauteurs, je parle entremblant : à cause de quoi et pourquoi mon peuple est-il mort ? Ou donc sont-ils morts envain ? non dans une guerre et non dans une bataille »*. Ainsi demandait Yitzhak Katzenelson, le poète du ghetto de Varsovie. Le soulèvement du ghetto a été la guerre des Juifs contre les Nazis.La décision de la « solution finale » a été dirigée uniquement contre les Juifs et les Tsiganes. L’Holocauste n’a pas été le résultat d’un désastre naturel. Des gens avec deux mains et deux pieds et deux yeux comme vous et moi le firent. Parmi eux il y en eut qui aimaient la musique et certains étaient même fous de musique classique. Et il le firent.Après cinquante ans il est temps de comprendre combien le pouvoir du pouvoir est limité. La destruction des Juifs était une partie inséparable du système Nazi, mais cependant une partie sans précédent;
Je dois répéter la vérité terrible :Déjà autour de la moitié de l’année 1941, des mois avant la Conférence de Wansee, quatre jeunes gens siégèrent et arrivèrent à la conclusion que les assassinats en masse de Juifs qui avaient déjà eu lieu dans une ville étaient seulement le début de l’annhilation de tous les Juifs dans toute place que les Nazis avaient conquise. J’étais avec Abba Kovner, une de ces jeunes.
Qu’aurions nous dû faire avec cette terrible vérité ? Aurions nous dû la cacher aux masses de Juifs ? Rappelez-vous qu’il y avait alors près d’un demi million de Juifs à Varsovie. nous nous sommes dit : prévenons nos frères. Aujourd’hui nous le savons tous :cette évaluation de notre situationdésastreuse était correcte. L’esprit humain de ces jeunes saisit la chose inhumaine qui devait arriver. les pères et les mères d’enfants ne purent faire face à cette vérité. Mêm s’ils avaient compris, ils seraient restés ans secours et sans salut. De toute façon nous n’avions rien à leur offrir car il n’y avait pas de place où aller. La jeunesse juive pionnière haloutzique ensemble avec les communistes et les bundistes chechèrent des parteairres parmi les combattants de la liberté non juifs. Quand tout fut dit et fait ils restèrent seuls.
Chacun des autres peuples se trouvait sur sa propre terre et combattit avec l’espoir que viendra le jour où l’Allemagne nazie sera défaite et alors il retrouvera sa liberté. Notre peuple n’eut pas cette chance qui l’attendait. Ni en Pologna ni en Hongrie ou en Lituanie et ni en France. À la tête du soulèvement du ghetto de Varsovie il y avait Mordechaï Anilevitch qui avait vingt quatre ans. ne me racontez pas des mythes à propos de héros,des mythes qui se fanent avec le temps qui passe dans l’éternité de l’histoire. Je ne suis pas venue d’un mythe. je ne suis pas le sel de la terre. je ne viens pas du sel ni de la terre, mais plutôt de la souffrance. Je suis venue en Israël d’une place où la bataille dans le ghetto a été perdue d’avance. Je ne me souviens pas des slogans de ce temps. je ne me souviens pas d’avoir pensé à propos de sauver l’honneur du peuple juif. Mais est-ce que l’honneur d’un peuple détruit avait besoin d’être sauvé. ceux qui se tinrent de côté, ceux qui furent tranquilles, ceux qui collaborèrent - c’est leur honneur qui a besoin d’être sauvé. La totalité de l’image de l’homme avait besoin d’être sauvée. Des batailles perdues contre l’industrie technologique de la mort nous devons ssauver une étincella d’innocence afin que l’humanité puisse faire face à l’aube.
J’ai vécu avec le trauma et les blessures d’une nouvelle existence pendant cinquante ans. En Israël, l’État juif, la seule place où je pouvais respirer- il est habituel de parler de de nos vies de l’Holocauste à la rédemption comme si les choses étaient claires et définitives. La vérité : nos vies vacillent entre ces deux points entre lesquels nous avons établi un pont. Quotidiennement je suis sur ce pont. et tous mes efforts sont faits en vue de traverser le temps que mon fardeau m’accompagne. Tous les hiers, toute la richess de l’esprit, de la croyance en l’humanité, est nécessaire pour gagner contre la haine, la désaffection et la pauvreté des réfugiés sans domicile, sans faire la guerre et sans injustice. L’image d’amis perdus depuis longtemps qui ne sont plus parmi nous, ceux qui auraient pu être parents et grands parents reste avec moi partout où je vais. une bonne amie à moi, Tosia Altman, qui fut une combattante majeure ddans dans le ghetto de Varsovieet au 18 rue Mila (le QG de la Révolte N.d.l.r.), écrivit dans sa dernière lettre : mes gens meurent devant mes yeux, je serre mes mains et je ne peux les sauver. Je sais qu’elle aurait pu se sauver elle-même, mais elle choisit plutôt de se battre dans le soulèvement pour quelque chosequi, semble-t-il, était plus grand que sa propre vie.
J’ai eu de la chance de survivre après le soulèvement dans le ghetto. Je vis en Israël avec touts les sentiments d’exaltation et toutes les heures de tristesse. Nous avons réalisé un temps d’espoir tel que nous ne serons plus forcés de combattre dans un dernier combat de la guerre sans choix. Le choix aujourd’hui dans nos mains est une vie de paix sans haine ou revanche.