Mise en scène de Lluis Pasqual — Théâtre de l’Odéon (jusqu’au 30 décembre 1992)

L’alternative suivante s’offre à vous : soit écouter les critiques — professionnels et avertis — nostalgiques d’Avignon, qui jugent, comparent, analysent… soit aller à l’Odéon et vous laisser prendre à l’émotion de ce drame du Siècle d’Or espagnol.

En deux heures (l’action de la pièce s’étale sur trois journées), vous pourrez successivement tomber follement amoureux, ruser grâce à une entremetteuse énigmatique et à un valet fidèle et facétieux, puis, hidalgo solitaire dans la nuit, tomber dans un guet-apens, cerné et entraîné vers la mort inéluctablement, tel le taureau dans l’arène.

Zéno Bianu, traducteur de ce Romancero, a fait un portrait chinois du Chevalier d’Olmedo :

« Si c’était un sentiment ? l’amort* … Si c’était deux adjectifs ? Frivole et grandiose…

Si c’était un film ? entre To Be or Not to Be et La Nuit du Chasseur.

Si c’était un vers de Gongora ? “Tout le bonheur me fuit et le malheur s’attarde”…

Si c’était un sujet d’étude ? Providence et Fatalité… »

Providence et Fatalité : voilà bien deux notions qui nous sont familières. Elles sont nos amies intimes. N’oublions pas que le protecteur de nos héros, le « noble Roi Philippe », fut un grand pourvoyeur de l’Inquisition. N’annonce-t-il pas, au cours des festivités de la deuxième journée, sa décision d’imposer un signe distinctif aux Juifs et aux Musulmans ? La littérature et le théâtre du Siglo de Oro, de Cervantès à Calderon, sont constamment parcourus de telles allusions, formulées sur un ton faussement détaché.

Le Chevalier d’Olmedo figurait au répertoire de La Barraca, la troupe ambulante de Federico García Lorca. En France, Albert Camus adapta la pièce et la porta à la scène en 1957.

* N.B. : « amort » est bien le mot choisi par le traducteur.

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