Extrait (1973)

J’ai banni la souffrance Déboisé le mépris Mis l’histoire debout.

Mon domaine est la plaie Et je suis le couteau Retourné dans le temps.

J’ai repris mon assise Et largué le malheur. Forge l’anneau, ma terre de notre identité. Un seul État pour nous Qui venons de l’absence. Nous bâtissons des villes Des digues contre le néant.

Les clés de mon histoire N’ouvrent plus ma maison Ma terre, es-tu la chaîne Que je traîne à mes pieds Notre mère est l’errance, Notre terre est l’exil. Sur nos murs, on détruit La trace de nos rêves.

Notre porte est ouverte A tous ceux que l’on chasse

Nous restons à la porte Et l’on nous jette un os

Je n’ai pour frontière Que ma vie — cette immense cicatrice. Vous niez qui nous sommes, Ce que nous voulons être, Unité de sève et de sel. Nous, rescapés du pire, Vous rêvez nous exclure Par le meurtre et la peur J’ai gagné cette terre Estuaire promis à tant de soif.

Vous perdez votre source, Poussière votre image, Nuit, votre legs. Nous, gerbe éparpillée, Terre brûlée, terre arrachée Vive du ventre de nos femmes. Vous fondez votre empire Sur nos ruines, nos aubes spoliées et pillées. J’ai droit au littoral où bleuit ma mémoire accrue.

Je défendrai l’oracle de mon règne Fût-ce au prix de ma mort. Sans ma patrie je ne puis vivre

Fût-ce au prix de ma vie De votre croix je déclouerai l’aurore. Je ne puis vivre sans patrie

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