Le moi de la fin

1999

Une part juive, une part non-juive — une part pour, une part contre — cohabitent en moi comme deux partitions inachevées, deux volets qui battent en sens contraire, deux vérités qui se contestent, deux défis en chiens de faïence.

une face sacrée, une face profane : laquelle aura raison de l’autre ou me fera perdre la face ?

Quel est leur commun dénominateur, leur quotient de certitude, leur trait de désunion ?

Qui est de l’autre la sangsue ou l’assassin ?

Quel étouffoir de l’autre éteint la braise ou quel bûcher réduit en cendres l’hérésie de l’autre ?

Une part de roi, une part de proie, vouées peut-être à s’annuler

nihil obstat.

Dialogue à Jérusalem

— Est-ce ta voix qui tremble ou la mienne qui s’efface ? — C’est le vent de l’histoire qui bat entre nos faces.

— Est-ce un mur qui s’écroule ou l’espoir qui se dresse ? — C’est l’ombre de la foule et l’aveu d’une détresse.

— Est-ce un chant qui s’élève ou le cri d’un oiseau ? — C’est le sang d’un vieux rêve qui coule au bord de l’eau.

— Est-ce un Dieu qui se tait ou l’homme qui se venge ? — C’est le même secret que se partagent l’ange

et le démon, la haine et l’amour, la patrie et l’exil, la gangrène et l’âme qui s’écrie.

— Est-ce la fin des temps ou le début d’un âge ? — C’est l’écho d’un printemps qui cherche son visage.

Jérusalem, 2000

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