Malgré la grande variété et le nombre de textes produits par les féministes juives ces dix dernières années, malgré la diversité des ateliers et des communications sur des thèmes juifs qui ont été présentés lors des colloques de la National Women’s Studies Association (NWSA)2, on n’a encore réussi que partiellement à intégrer l’histoire et la culture des femmes juives dans le projet féministe. En 1986, la présence forte et visible du Jewish Women’s Caucus3, qui avait organisé une magnifique séance plénière et révélé l’importance et la diversité des voix féministes juives, n’a pas suffi à assurer une place reconnue aux thèmes juifs dans les études ou les théorisations féministes4.
Je suis certes ravie de la publication récente de trois excellents ouvrages de référence5 qui seront d’une aide considérable pour toutes celles et ceux qui désirent s’engager dans des recherches ou des enseignements à propos des femmes juives. Mais je ne peux plus me contenter de célébrer ces publications comme si je pensais que la ressource qu’ils représentent allait changer quoi que ce soit dans la discipline émergente des Women’s Studies. Je n’ai en réalité aucune raison de croire que ces nouveaux livres vont réussir cette intégration mieux que les livres et les articles plus anciens qu’ils mettent à notre disposition avec des annotations. Parce que la vie des femmes juives est toujours manifestement absente de la majorité des textes introductifs étudiés dans les Women’s Studies, ainsi que de la plupart des anthologies féministes lesbiennes – absente même des ouvrages qui prétendent tenir compte de toute la palette des différences -, on ne peut s’empêcher de penser que les thèmes juifs sont systématiquement exclus, à une ou deux exceptions près. Les quelques textes qui mentionnent les femmes juives de façon marginale se focalisent souvent sur les seuls aspects patriarcaux de la religion juive et omettent de mentionner les transformations féministes du judaïsme ainsi que la diversité des femmes juives elles-mêmes. Pas plus qu’ils ne développent un cadre conceptuel pour une analyse de l’antisémitisme.
Qu’il soit bien clair que je ne parle pas ici de l’exclusion de textes écrits par des femmes juives. De fait, un grand nombre de théoriciennes du féminisme sont juives. Il faut le souligner, même s’il est peut-être imprudent d’attirer l’attention sur ce point, si l’on pense à la récurrence historique du stéréotype qui accuse les Juifs d’exercer un contrôle et de s’emparer du pouvoir (et ce, même dans le mouvement féministe6). Je ne parle donc pas d’une exclusion des Juifs en tant que tels des institutions, de la presse ou des positions de pouvoir à l’intérieur des Women’s studies. Je parle de l’absence de textes à propos des femmes juives dans les écrits féministes et de l’absence manifeste de leur culture dans les événements féministes multiculturels ou dans ceux qui se concentrent sur les femmes issues de minorités7. Mon propos concerne plus spécifiquement le silence qui règne sur la question de savoir si la reconnaissance que l’antisémitisme, dont l’ombre continue de planer sur la vie des femmes juives, est ou devrait être une question pour le féminisme.
La réticence du mouvement des femmes à reconnaître l’antisémitisme comme partie prenante de l’agenda féministe n’est pas nouvelle dans l’histoire du féminisme. Dans un article révélateur, dont la lecture devrait être obligatoire dans un grand nombre de cours des Women’s studies (en particulier dans les cours de théorie féministe et d’histoire des femmes américaines), Elinor Lerner montre de façon convaincante que tout au long du XXe siècle « les Juifs n’ont généralement pas été pris en compte dans l’histoire du féminisme américain »8. Elle montre aussi comment la réticence des féministes blanches américaines à parler explicitement des Juifs, ou à traiter des débuts de l’antisémitisme dans les premières décennies de ce siècle, a invisibilisé le soutien juif au féminisme et a ensuite permis aux féministes de négliger certaines questions spécifiquement juives. Le résultat fut que le Women’s Joint Congressional Comittee, une coordination d’associations fondée en 1920 pour faire du lobbying en faveur des femmes (le National Council of Jewish women en faisait partie), a refusé de prendre officiellement position contre la persécution des Juifs en Europe, alors qu’il le faisait sur une grande variété de sujets sociaux qui ne concernaient pas spécifiquement les femmes, comme la paix, la législation anti-lynchage ou l’internationalisme. Attestant aussi d’actes ouvertement antisémites et de la présence de stéréotypes sur les Juifs à l’intérieur du mouvement des suffragettes, Lerner conclut que « l’antisémitisme le plus courant ne consistait pas en déclarations ouvertement anti-juives. C’était un antisémitisme par négligence : une non-reconnaissance de l’existence des Juifs ». Je trouve profondément troublant que, moyennant quelques minimes modifications, ce que dit Lerner vaut aussi pour la période contemporaine du féminisme.
Certains aspects de cette négligence historique font malheureusement penser à l’hésitation de la NWSA au début des années 1980, quand il s’est agi d’inclure l’antisémitisme dans la liste des « ismes » qu’elle combat. Elle ne s’y résolut qu’après un énorme débat, en déclarant son « opposition à l’antisémitisme contre les Arabes et les Juifs ». Ce compromis est certes une meilleure solution que la non-inclusion. Mais il révèle très clairement la volonté de protéger l’organisation contre une interprétation selon laquelle se déclarer inconditionnellement contre la « haine des Juifs » voudrait dire être « pour Israël ». Une position plus forte aurait consisté à laisser l’intégralité de son sens à l’antisémitisme et à ajouter « discrimination anti-arabe » en guise de plus grande inclusivité faisant droit à la spécificité.
Dans un livre publié en 1982, j’écrivais que « l’invisibilité juive est un symptôme d’antisémitisme aussi sûrement que l’invisibilité lesbienne est un symptôme d’homophobie »9. Cette affirmation résonne de façon encore plus forte dans le climat politique conservateur de la fin des années 1980, à une époque où les Juifs sont vus de façon très négative à cause de la façon dont les medias ont renforcé le mythe selon lequel ils approuvaient tous la politique étrangère et intérieure d’Israël. Il est certes vrai qu’un certain nombre d’Américains et d’Israéliens défendent toujours la ligne dure de la politique israélienne, mais de nombreux autres sont aussi en désaccord profond avec elle. Alors qu’il est des gens qui hésitent à critiquer Israël à cause de l’antisémitisme historique et du sentiment déplacé que critiquer Israël c’est le trahir, il y a des milliers de Juifs aux États-Unis qui protestent contre les actions d’Israël et en appellent à des négociations immédiates pour la paix au Moyen Orient qui reconnaissent les droits des Juifs et des Palestiniens à une patrie10.
Aux Etats-Unis et en Europe, l’antisémitisme est aussi alimenté par le nombre croissant de suprémacistes blancs néo-nazis, par des fondamentalistes chrétiens néo-conservateurs et des extrémistes de la Nation of Islam11. Avec l’alignement de plus en plus rigide de la gauche avec la cause des Palestiniens, il était dès lors facile de remplacer « Juif » par « Israël », transformant les Juifs du monde entier en cibles de sentiments anti-Israéliens qui s’expriment souvent par des actes violents de haine anti-juive12.
Parce que la politique patriarcale du monde entier pénètre aussi l’arène féministe, c’est ce dernier contexte à partir duquel nous devons analyser la réticence de nombreuses femmes juives à écrire sur des thèmes juifs. Si, d’une manière générale, elles n’ont pas fait entrer ces thèmes dans le discours féministe, c’est parce qu’elles ne se sentaient pas suffisamment en sécurité. Par peur, d’abord, d’être attaquées, d’où un silence pour se protéger. Par peur ensuite d’être perçues comme en demandant trop, comme insistant de façon trop appuyée, ou comme politiquement incorrectes. Peut-être plus forte que les autres, la peur d’être exclues a aussi rendu les femmes juives silencieuses sur ce point. Parler et écrire sur des thèmes explicitement juifs (ou même les inclure de façon substantielle) suscite l’inquiétude que ce travail sera considéré comme marginal, et qu’il ne sera donc pas lu et discuté aussi largement. Bref, en écrivant en tant que Juive, la féministe court le risque de perdre sa place […]. Il y a aussi un quatrième facteur : l’expérience de désarroi que de nombreuses féministes juives font lorsqu’elles essayent de poser ensemble les identités juive et féministe (ou féministe et lesbienne). En témoignent l’attaque virulente de tels efforts par Jenny Bourne, qui a dénoncé le combat identitaire des femmes juives comme étant particulièrement réactionnaire, et le débat que cet article a suscité en Angleterre13. Ce débat a eu des échos aux Etats-Unis et il me semble qu’il a découragé certaines féministes de s’exprimer en tant que Juives14.
La réaction des femmes juives à la séance plénière du NWSA en 1986 est particulièrement instructive. Un grand nombre d’entre elles ont raconté la joie qu’elles ont toutes éprouvée devant l’accueil positif du public à cette séance et leur soulagement devant l’absence de réactions négatives. Un certain nombre de femmes, qui ne s’identifiaient que rarement comme juives, ont été particulièrement émues et encouragées pour la première fois de leur vie adulte par ce soutien public à une telle identification dans un espace non-juif.
Depuis une dizaine d’années les femmes juives sont de plus en plus intimidées par les virulentes attaques contre elles sous la forme du stéréotype vicieux de la JAP (Jewish American Princess). Cette incarnation la plus récente de l’antisémitisme (propagée par des cartes de vœux, des T-shirts, des blagues, des livres, des dessins animés et par le langage courant) est un raccourci qui reformule tout ce qui est odieux dans la culture américaine en termes antisémites et le projette sur le corps de la femme juive. En fait l’expression JAP (certains dénient de façon absurde que le « J » de « Jewish American Princess » ait une quelconque signification) est désormais l’incarnation féminine de tous les maux que l’on attribuait avant aux hommes juifs – la JAP est cupide, manipulatrice, parasite, elle s’exprime avec grossièreté (elle a l’accent new-yorkais), s’habille de façon vulgaire, elle est laide (comme le vieux Juif au nez crochu, elle a besoin d’une opération du nez), elle est matérialiste, voyante, insensible, peu fiable sexuellement. Une telle attaque ne vient pas seulement de la culture dominante, elle est aussi propagée par la misogynie de certains hommes juifs. Le résultat est que les femmes juives, qui ont intériorisé cet antisémitisme comme une espèce de haine de soi, utilisent cette expression elles aussi. Ces stéréotypes font qu’elles se sentent particulièrement vulnérables et évitent de s’identifier comme Juives dans un environnement où cette « sécurité » est encore plus problématique.
La liste est longue des anthologies soi-disant inclusives d’où les thèmes juifs sont absents, et je n’ai pas l’intention de toutes les évoquer. Mais quand il n’est jamais question des femmes juives dans un ouvrage qui traite des femmes et de la religion (la forme de vie juive la plus facile à comprendre pour des non-Juifs), nous réalisons alors que nous sommes confrontées à des forces puissantes qui voudraient exclure les Juifs. L’une de ces anthologies15 ne contient pas un seul article sur la religion juive, et quand le judaïsme est mentionné, c’est en passant et uniquement de façon négative. L’attention négative est l’autre face de l’invisibilité et est une autre forme d’antisémitisme qui ne se produit pas seulement dans les textes mais aussi dans certaines séances de colloques qui par ailleurs ne mentionnent jamais les Juifs. Ce fut le cas dans l’une des séances plénières du colloque de la NWSA de 1987 (un an après la séance plénière juive si réussie), qui traitait de la politique de coalition. Mais quand Barbara Macdonald a présenté des exemples d’âgisme, elle a estimé indispensable de signaler le portrait que Ruth Geller fait de sa grand-mère dans son roman Triangles publié en 1984. Je pense que cette critique était déplacée et que Macdonald ne comprenait pas le contexte culturel de ce portrait humoristique et affectueux ; le caractère insidieux de ce genre d’inclusion négative échappe souvent à l’attention et on ne devrait pas leur permettre de perdurer sans rien dire.
La non prise en compte de textes juifs peut aussi fausser nos recherches. Dans les recensions historiques des autobiographies de femmes, je n’ai jamais vu de référence à l’un des premiers textes autobiographiques, Les mémoires de Glückel von Hameln, écrits entre 1689-1719, en yiddish, le langage d’une femme juive. Ce texte donne une représentation fascinante de l’intersection privé/public dans la vie des femmes juives à un certain moment de l’histoire. Un ouvrage récent de self-help destiné aux couples de femmes lesbiennes aborde la question de la façon dont le racisme peut affecter certains couples mixtes racialement, mais il ne mentionne même pas les difficultés que des couples Juives/non-Juives peuvent rencontrer, en particulier dans l’atmosphère pesante autour de Noël.
L’un de mes objectifs dans cet article est de sensibiliser la communauté des Women’s studies à la façon dont la vie des femmes juives est exclue du projet féministe et de proposer un cadre à l’intérieur duquel elles pourraient être incluess. Parce qu’une théorie se fonde sur elle-même, il arrive souvent qu’une omission ouvre la voie à une autre. De ce point de vue, le silence manifeste à propos de l’antisémitisme (évoqué quelquefois mais de façon marginale), dans deux textes féministes récemment publiés, me semble particulièrement troublant.
Dans Racism and sexism : an integrated study16, Paula Rothenberg établit les paramètres de son analyse de telle sorte que par définition les Juifs ne font pas partie de son étude (parce qu’ils sont « blancs », même si cela n’est pas dit explicitement) ; elle n’en mène pas moins l’analyse de la « discrimination » et du « préjugé » contre les minorités ethniques d’une façon telle que l’omission de toute prise en compte de l’antisémitisme sert à dissimuler l’antisémitisme bien réel auquel les Juifs font face. Ce qui a pu être une décision délibérée de ne pas mentionner l’existence des Juifs comme une minorité « ethnique » (pas même dans un chapitre particulièrement consacré à l’ethnicité), rappelle ce qu’écrit Tsvetan Todorov à propos d’une semblable omission dans un recueil intitulé "Race", writing, and difference : « J’ai été surpris, pour ne pas dire choqué, par l’absence de toute référence à l’une des formes les plus odieuses de racisme : l’antisémitisme […] Cette absence suggère l’idée que les auteurs du volume ont choisi de l’ignorer activement » 17. Si l’analyse de l’antisémitisme en termes de racisme ne convient pas tout à fait, sa spécificité n’en doit pas moins être nommée et analysée.
Le livre de Teresa de Lauretis, Feminist studies/Critical studies, est un autre exemple particulièrement troublant. Il reprend les communications au colloque « Feminist studies : reconstituting knowledge » tenu à Milwaukee en 1985. Qu’il n’y ait aucune discussion de l’antisémitisme dans ce volume est d’autant plus gênant que la question a été posée à ce colloque par une communication accueillie dans un premier temps par le silence, puis par une hostilité et des agressions verbales qui reproduisaient un grand nombre d’attaques ouvertement antisémites contre les Juifs. Le fait que cette communication n’ait pas été incluse dans le livre et que les éditrices n’aient ni raconté ni analysé cet incident, contribue à voiler l’existence de l’antisémitisme dans le féminisme contemporain18. Je prends cette omission particulièrement au sérieux, parce qu’il est tout à fait possible que cette anthologie soit le texte qui, selon Catharine R. Simpson, ne fasse « rien de moins que déterminer la prochaine étape de la pensée féministe ». Si elle y parvient, elle parviendra aussi à continuer d’exclure les thèmes juifs de l’agenda féministe.
Dans ces conditions, il est important d’essayer de se représenter comment procéder autrement. J’aimerais croire que ni la malveillance, ni un antisémitisme délibéré, ni une complète indifférence ne sont la cause de ces omissions répétées. Même si certains de ces facteurs contribuent sans doute à maintenir les thèmes juifs en dehors de la théorisation féministe, il y a d’autres facteurs à explorer. Je crois qu’une part importante du problème vient de notre cadre conceptuel initial qui a établi (et rapidement fixé) l’intersection entre « sexe, race et classe » comme la base de l'oppression des femmes. Alors qu’un tel cadre nous a permis de faire entrer le « sexe » dans la « différence sexuelle » et la « race » dans l’« ethnicité », il nous a empêché de rendre compte du Juif, qui ne convient pas à ces catégories pré-construites. « Juif » décrit une variété de facteurs (incluant, mais ne s’y réduisant pas, l’intersection d’identifications religieuses et d’affinités historiques, culturelles, éthiques, morales et linguistiques). Alors, si manifestement le concept « juif » ne correspond pas aux catégories que nous avons construites, je propose que nous repensions nos catégories. C’est ce que les féministes ont dit à ceux qui ont construit des théories patriarcales qui ne correspondaient pas aux femmes, et c’est ce que les lesbiennes ont dit aux théories féministes qui excluaient l’identité lesbienne – « ce n’est pas nous mais vos théories qui ne vont pas ». Le refus de repenser l’adéquation de nos catégories, qui ont fini par devenir de simples formules, indique un refus de considérer la politique au-delà de notre vocabulaire et un refus d’affronter les implications de nos questionnements.
L’un des résultats du maintien de ces catégories est l’invisibilité des Juifs ainsi qu’une exclusion, une non-considération qui conduit inévitablement à un antisémitisme d’indifférence « bénin » et une insensibilité qui a permis au stéréotype de la « JAP » de se développer de façon incontrôlée. Une radicale « altérité » est attribuée au Juif en tant que sujet dans le discours féministe, tout en étant déniée au moment même où cette figure est construite. Un tel déni est particulièrement schizophrénique si vous êtes membre du groupe qui est activement invisibilisé au moment même où la « différence » est de plus en plus centrale dans le discours féministe et considérée désormais comme essentielle pour les développements ultérieurs de la théorie féministe. Si les Juifs ne correspondent pas au cadre théorique que nous avons construit, il est plus que probable que d’autres groupes n’y correspondront pas non plus. Mon expérience de travail à l’intérieur du projet féministe est qu’une ouverture conduit presque toujours à une autre ; il y a ici un chemin qui mène vers l’élargissement et la transformation de nos théories dans des directions que nous ne pouvons pas toujours connaître mais qui nous procureront cependant le plaisir d’aller plus loin.
Traduction Martine Leibovici
- ↩ Nous publions cet article déjà ancien publié dans NWSA Journal, Vol 1, 1988, car les questions qu’il aborde sont posées depuis quelques temps en Europe. Voir en particulier, en Allemagne, les travaux de Karin Stögner sur l’intersectionnalité.
- ↩ NdT : Association nationale des Women’s studies. Nous choisissons de garder l’anglais Women’s studies. Si des équivalents de ces départements commencent à être créés dans les universités en France, c’est généralement sous le nom d’Études Féministes et de Genre, ce qui serait très lourd dans le texte.
- ↩ NdT : Conseil des femmes juives, association qui publie des travaux à propos de la psychologie des femmes juives.
- ↩ Dans l’enregistrement de cette séance on trouve des histoires de femmes juives laïques et religieuses, ashkenazes et sépharades, paysannes et citadines, américaines de naissance, survivantes de l’holocauste et issues de différentes classes sociales.
- ↩ The Jewish women’s studies Guide, Sue Levi Elwell, ed., 2d ed., Landham, Md : University Press of America, 1987 ; The Jewish Woman, 1900-1985. A bibliography, Aviva Cantor, ed., Fresh Meadow, N.Y., Biblio Press, 1987 ; Sex and the Modern Jewish Woman. An Annotated Bibliography, Joan Scherer Brewer ed., Fresh Meadow, N.Y., Biblio Press, 1986..
- ↩ Cf., par exemple, Letty Progrebin, « Anti-Semitism in the women’s movement », Ms 12, Juin 1982, et « Going public as a Jew », Ms 16, août 1987.
- ↩ Etrangement, les Juifs ne sont pas mentionnés dans les catégories de « minorité » et d’« ethnicité ». Cela vient sans doute du fait qu’ils ne constituent plus une « minorité sous-représentée » dans la liste des professions énumérées dans la loi et ne sont donc pas inclus dans le Civil Rights Act de 1964. La réalité est que les Juifs sont toujours une petite minorité aux États Unis et que leur nombre n’a jamais excédé 3,7% de la population totale ; ne pas nommer les Juifs dans ces catégories ne peut donc résulter que d’une décision politique qui déforme et en fin de compte oblitère leur existence.NdT : le Civil Rights Act de 1964 est une loi votée par le Congrès des Etats-Unis qui met fin à toute forme de ségrégation, de discrimination reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou l’origine nationale.
- ↩ Elinor Lerner, « American feminism and the Jewish question, 1890-1940) », in Anti-Semitism in American history, in David A. Berger ed., Urbana, University of Illinois Press, 1986. De nombreux autres articles de cette anthologie s’avèreraient bien utiles pour la théorisation de la marginalité dans les Women’s studies et l’introduction de Berger procure un excellent aperçu de la façon dont l’antisémitisme est profondément impliqué dans la culture américaine dominante.
- ↩ E. Torton-Beck, Nice Jewish girls : a lesbian anthology, Watertown, Mass,Persephon press, 1982.
- ↩ À New York, le Jewish Women’s Commitee to end the occupation (Comité des femmes juives pour en finir avec l’occupation) organise des veillées devant les bureaux de la Conference of Presidents of Major American Jewish Organization (Congrès des présidents des principales organisations juive américaines).
- ↩ Ndt : Nation de l’Islam est une organisation nationaliste noire, suprémaciste et religieuse, fondée à Détroit (Etats-Unis) en 1930.
- ↩ Les 9 et 10 novembre 1987, la veille de l’anniversaire de la Nuit de cristal, des synagogues et des boutiques identifiées comme juives ont été vandalisées, des vitrines ont été brisées, des swastikas et des « Mort aux Juifs » tagués sur les murs d’une douzaine de communautés dans tous les Etats-Unis.
- ↩ Jenny Bourne, « Homeland of the mind : Jewish feminism and identity politics », Race&Culture, Été 1987, n°29. Un article faiblement argumenté comme celui-là peut cependant avoir des effets délétères, quand il est publié dans une revue à large public.
- ↩ Letty Pogrebin a été attaquée pour son article de Ms en 1982 (voir supra note 7)
- ↩ Women in the world’s religions. Past and future, Ursula King ed., New York, Parangon House Press, 1987.
- ↩ New York, St Martin’s Press, 1988
- ↩ T. Todorov et Loulou Mack, « "Race", writing, and difference », in "Race", writing, and difference, Henry Louis Gates Jr ed., Chicago University Press, 1986.
- ↩ Feminist studies/Critical studies, ed. T. de Lauretis, Bloomington, Indiana University Press, 1986. Comme on évoque rarement ce genre d’événement, je voudrais brièvement rappeler ce qui s’est passé. Je suis bien placée pour en parler parce que c’était moi l’auteure de cette communication. D’abord, la modératrice n’a pas autorisé les questions après mon intervention sous prétexte qu’« on n’avait plus le temps», alors qu’elle en a autorisé plusieurs après la communication qui a suivi la mienne. Alors que je protestais contre cette différence de traitement, une femme a hurlé depuis le public que « les Juifs contrôlaient les médias » et que « c’était pour ça que l’Holocauste retenait tellement l’attention, alors qu’on fermait les yeux sur le Moyen Orient ». À quelqu’un qui rappelait comment les Juifs ont été gazés dans les camps de concentration pendant la Seconde guerre mondiale, la même femme a répondu : « Oui, mais vous autres Juifs, ça va très bien jusqu’à ce qu’ils viennent vous chercher ». Une autre intervenante à la tribune a fait rire l’assistance en lançant : « Je ne peux pas être antisémite ; j’ai été mariée à un "gentil garçon" juif ». Après cet épisode elle a terminé sa présentation en appelant à la solidarité avec les femmes palestiniennes, sans qu’aucun contexte ne justifiât la pertinence d’une telle déclaration. On aurait dit que la plus grande partie du public était paralysée, seules une ou deux femmes ont pris ma défense. D’après mes calculs, le public était composé d’à peu près un tiers de femmes juives.