L’intrication des destinées des Juifs d’Ere t z - Israël, devenu Israël, et des Juifs de D iaspora est aussi ancienne que l’histoire des Juifs.
Abraham, ancêtre mythique, n’est-il pas origin a i re d’Ur en Chaldée, c’est-à-dire de Diaspora? Et l’histoire des Juifs n’a-t-elle pas été, en se référant au séjour en Égypte et à Babylone, un va-et-vient entre la terre d’Israël et la Diaspora, l’une ou l’autre s’imposant tantôt politiquement tantôt culture llement? Les périodes de présence en Eretz-Israël ont depuis si longtemps alterné avec des périodes d’absence de souveraineté ou d’exil diasporique, que l’on pourrait considérer l’histoire du peuple juif sous deux angles: soit comme une succession ancienne de périodes de présence étatique en terre d’Israël interrompues par des exils en Diaspora, soit comme l’histoire d’une longue vie diasporique fondée sur un rêve de retour à Sion qui se concrétisera par la création de l’État d’Israël. Ainsi a-t-on vu dans la conscience collective juive, telle qu’elle s’exprime dans sa culture, se développer des questionnements qui portaient tantôt sur la dimension du politique, c’est le cas des lois sur la royauté de Maïmonide, tantôt sur la culture et la transmission, bien que la vision historique elle-même n’ait très longtemps pris ses modèles que dans un passé très ancien (voir Zakhor de Yosef Hayim Ye ru shalmi ) .
Plus de cinquante ans après la Shoah, la plus grande catastrophe que le peuple juif ait connue dans son histoire, la renaissance juive en D iaspora est un fait, et l’intégration des Juifs dans leurs sociétés environnantes, est une réalité, quels que soient les troubles du présent.
De même, un demi-siècle après la création de l’Etat d’Israël qui a marqué le retour d’une est développé et a constitué une société suffisamment forte pour, au-delà de ses mythes fondateurs, se perm e t t re de s’interroger sur ses origines modernes. C’est ce que tentent de f a i re ceux qu’on appelle par un raccourci simp l i ficateur “les nouveaux historiens”, et qui forment un ensemble très diversifié quant à leurs options politiques ou idéologiques (voir p. ex.
La nouvelle histoire d’Israël d’Ilan G re ilsammer ) .
Pendant un certain temps, ces deux entités, Israël et D iaspora, ont évolué vers une sort e d’autonomie réciproque, part iculière m e n t , depuis les espoirs de paix, nés avec les Accord s d’Oslo de 1993. Israël s’est interrogé sur son identité pro p re, son inscription dans son environnement géographique, et sur le sens de ses nouvelles relations avec les communautés juives de Diaspora. En D iaspora, une grande p a rtie des Juifs, conscients à la fois du rôle d’Israël dans le destin du peuple juif, et des liens familiaux, historiques ou culturels qui les y rattachent, sont devenus plus autonomes quant à leur culture, et tout en développant leurs associations et leurs institutions, se sont enracinés dans leurs pays respectifs en part i c ipant activement à la vie politique nationale.
Mais la poursuite de l’occupation et de la colonisation des Te rr itoires Occupés par Israël, et le refus de l’Autorité palestinienne de désarmer les groupes terroristes, et de cesser la propagande anti-israélienne, ont entraîné l’échec des Accords d’Oslo.
Les espoirs de paix entre Israël et le monde arabe qui persistaient malgré tout, ont reçu un rude coup avec l’échec des négociations de Camp D avid en l’été 2000, puis de celles de Taba et surtout avec le déclenchement de la Kaléidoscope Par Izio Rosenman
liers de morts, plus de sept cents chez les Israéliens, plus de deux mille chez les Palestiniens .
Cette violence a réduit presque à néant les espoirs de paix, ramené sur le devant de la scène le camp du refus arabe, et ramené au pouvoir la droite nationaliste israélienne et Ariel Sharon longtemps sur la touche. Elle a aussi entraîné le retour d’un antisémitisme que l’on croyait disparu, et a ainsi déstabilisé les Juifs de Diaspora.
La multiplication des actes anti-juifs en France notamment, incendies de synagogues, coups et insultes à des enfants juifs dans des écoles de la République, ou à des adultes juifs dans la rue, a suscité chez les Juifs de France une inquiétude et un sentiment de solitude et d’incompréhension, d’autant plus grands que t rop longtemps le gouvernement de gauche, alors au pouvoir, a tenté de minimiser ces actes, manquant d’apporter les paroles fortes de condamnation et les mesures de dissuasion que les Juifs de France attendaient.
De même la société civile, les grandes associations de droits de l’homme, les partis et syndicats, ont tardé à réagir contre ces attaques p e u t - ê t re parce qu’elles provenaient souvent de g roupes marginaux du monde musulman. Dans le même temps on a assisté à un glissement de plus en plus dangereux de trop nombre u s e s manifestations pro-palestiniennes vers une assimilation de plus en plus fréquente du sionisme et d’Israël au nazisme.
La conséquence en a été une banalisation des attaques anti-juives et le sentiment d’isolement ainsi engendré a contribué à une tendance marquée de la communauté organisée à se re f e rmer sur elle-même, à paraître soutenir inconditionnellement la politique du gouvernement d’Israël.
En ce qui nous concerne, nous nous rangeons sans équivoque dans le camp de la paix, ôté d Sh l A h é i é t N se démarquent pas de la politique d occupation et de colonisation qui fait tant de mal à l’État d’Israël. Cependant nous ne saurions appro uver non plus ces « a u t res voix juives» qui, par diverses pétitions, laissent à cro i re qu’il y aurait au sein de la communauté nationale, une i n fluence pernicieuse de l’extrême droite israélienne, véhiculant ainsi sous une autre forme, et de façon inattendue, le mythe sinistre et a rchaïque du complot juif. Ni la diabolisation du sionisme ni l’approbation inconditionnelle de la politique israélienne ne vont dans le sens de la paix.
Il semble qu’il y ait bien une fragilité commune d’Israël et de la Diaspora, rien de ce qui a rrive à l’une n’étant sans effet sur l’autre .
Vous tro u v e rez dans le dossier de ce numéro de Plurielles, des textes tant d’Israéliens que de Juifs de la Diaspora, interrogeant nos destins respectifs, suivis de portraits de quelques Juifs « historiques», et d’interviews de créateurs interrogés sur leur relation avec Israël.
L’éventail des positions des Juifs de la Diaspora vis-à-vis d’Israël est extrêmement l a rg e : hostilité, indiff é rence (soutenues sans doute par la tradition d’un vécu de minoritaire et/ou le refus du pouvoir de coercition ou de la violence possible que représente un Etat), solidarité, soutien critique ou identification complète. On re t rouve des positions symétriques chez nombre d’Israéliens: hostilité teintée de mépris, pour ces Juifs galoutiques (“de l’exil”), conscience que l’histoire des souffrances juives de la Diaspora est inscrite en Israël dans la plup a r t des familles, souhait d’un recours à cette même Diaspora afin de sortir des impasses actuelles .
C’est sur ce kaléidoscope que nous avons voulu nous pencher.
P a rmi les contributions, hors du dossier, je souhaite signaler celle de Rachid Aous, qui p o rte sur la laïcité et la démocratie en terre d’i l Ell éti di l