Le vent dit…
Le vent dit des choses aux Juifs,
Aux Arabes.
Pourquoi n’est-ce pas avec les mêmes mots ?
Aux Arabes.
Pourquoi n’est-ce pas avec les mêmes mots ?
Il n’y a pas qu’un seul mur à Jérusalem,
Et dans la hiérarchie des peines,
Celle des enfants sans poussière
Vient très tôt secouer ses linges blancs
Sur les balcons.
Et dans la hiérarchie des peines,
Celle des enfants sans poussière
Vient très tôt secouer ses linges blancs
Sur les balcons.
Ils m’ont dit,
Toute petite voix d’amande et de cannelle,
Ils m’ont dit,
Et ils dévalaient dans la ruelle,
Cascade de genoux, colère de papier.
Toute petite voix d’amande et de cannelle,
Ils m’ont dit,
Et ils dévalaient dans la ruelle,
Cascade de genoux, colère de papier.
Ils ne m’ont pas jeté un seul regard,
Pendant que je buvais dans mes mains à la petite fontaine,
Comme un mendiant.
Pendant que je buvais dans mes mains à la petite fontaine,
Comme un mendiant.
Trois enfants.
Trois enfants, vêtus d’une autre langue,
Me parlent pourtant dans la mienne.
Le soleil, en tablier blond, attend
Devant la petite école.
Me parlent pourtant dans la mienne.
Le soleil, en tablier blond, attend
Devant la petite école.
Après tout, que font tous ces gens ?
Que font-ils d’autre,
Que parler et passer, et puis mourir ?
Que font-ils d’autre,
Que parler et passer, et puis mourir ?
Il faut acheter le pain,
Boire l’eau,
Garder un peu de temps pour la ville enterrée,
Où vivent les jarres d’huile.
Boire l’eau,
Garder un peu de temps pour la ville enterrée,
Où vivent les jarres d’huile.
Déchiffrer cette histoire aux voûtes d’ombre dure,
Où dorment les vieux arcs éteints d’une autre guerre,
Témoins aux cordes nues, désormais sans colère,
Et leurs flèches perdues dans d’absentes blessures.
Où dorment les vieux arcs éteints d’une autre guerre,
Témoins aux cordes nues, désormais sans colère,
Et leurs flèches perdues dans d’absentes blessures.
Il faut garder un peu de temps
Pour quelques pas dans la poussière,
Où bougent les gestes lents de mon père.
Pour quelques pas dans la poussière,
Où bougent les gestes lents de mon père.
Allons !
Dans quelle amphore vais-je boire aujourd’hui ?
Mais,
Boire a-t-il un sens si l’étranger a soif ?
Dans quelle amphore vais-je boire aujourd’hui ?
Mais,
Boire a-t-il un sens si l’étranger a soif ?
Une pierre est tombée
Au fond du puits.
Regardez bien, la vérité en sortira toute nue.
Au fond du puits.
Regardez bien, la vérité en sortira toute nue.
Toute nue,
Mais lapidée.
Mais lapidée.
Les grandes pierres de Yérou.
Les grandes pierres posées, assises,
Les pierres longues de Yérou,
Se taisent.
Les pierres longues de Yérou,
Se taisent.
Je ne sais pas leur langue enterrée,
Ni toute cette poussière de leur gorge.
Ni toute cette poussière de leur gorge.
Les grandes pierres,
Avec leurs mots, comme les virgules des oiseaux dans l’air.
Avec leurs mots, comme les virgules des oiseaux dans l’air.
Il y a un trou dans le temps,
Si bien que le navire prend eau,
Et le plan de la ville ne donne aucun détail à ce sujet.
Si bien que le navire prend eau,
Et le plan de la ville ne donne aucun détail à ce sujet.
Pas de nom sur la main des rues où lire l’avenir.
Les avenues ont la forme têtue du silence.
Les avenues ont la forme têtue du silence.
Un peu de soif s’échappe de mon âme.
Un oiseau, tout là-haut, m’ignore sous ses ailes.
J’ai beau lui faire signe,
L’appeler,
Il est trop loin,
Ou bien,
Il ne comprend pas ma langue.
Ou il ne m’aime pas.
J’ai beau lui faire signe,
L’appeler,
Il est trop loin,
Ou bien,
Il ne comprend pas ma langue.
Ou il ne m’aime pas.
Seul, un grand chapeau rond raconte le voyage,
Le nez au Mur.
Le nez au Mur.
Fourrure venue des steppes,
Et manteau de Russie,
Le froid a-t-il montré patte blanche
Au policier de l’aéroport ?
Et manteau de Russie,
Le froid a-t-il montré patte blanche
Au policier de l’aéroport ?
Les grandes barbes noires tournent et dansent,
Les longues vestes de soie
Pendent, découragées,
Sous la pluie répétée des prières obscures.
Les longues vestes de soie
Pendent, découragées,
Sous la pluie répétée des prières obscures.
Suis-je leur frère, suis-je leur compagnon ivre ?
Un enfant sans genoux feuillette le vieux livre,
Sans savoir qu’il y a des marelles dehors,
Sans savoir que la vie, sans savoir que les filles…
Un enfant sans genoux feuillette le vieux livre,
Sans savoir qu’il y a des marelles dehors,
Sans savoir que la vie, sans savoir que les filles…
Lui dire que l’école ouvre même le soir,
Qu’il y a du savoir écrit au tableau noir,
Et est-ce qu’on a oublié un peu de craie bleue sur l’estrade ?
Mais il bouge la tête et dit non à la vie.
Qu’il y a du savoir écrit au tableau noir,
Et est-ce qu’on a oublié un peu de craie bleue sur l’estrade ?
Mais il bouge la tête et dit non à la vie.
Un soleil neuf m’étreint, m’embrasse, je tressaille.
Je cherche le bon dieu aux trous de la muraille.
Je cherche le bon dieu aux trous de la muraille.
Yérou 6
Les grandes pierres de Yérou racontent ma maison.
Comment cela se fait-il, comment ?
Et par où s’est glissé le vent de l’Histoire ?
Comment cela se fait-il, comment ?
Et par où s’est glissé le vent de l’Histoire ?
Je demande mon chemin
Comme s’il m’appartenait.
Comme s’il m’appartenait.
Je demande où les femmes faisaient cuire le pain.
C’est un monde en miroir et je bouge dans l’eau.
C’est un monde en miroir et je bouge dans l’eau.
Des ombres passent,
Qui ne savent pas qu’elles marchent dans ma maison,
Qu’elles piétinent mes jours et mes nuits,
Des ombres passent sur mes mots balbutiés.
Qui ne savent pas qu’elles marchent dans ma maison,
Qu’elles piétinent mes jours et mes nuits,
Des ombres passent sur mes mots balbutiés.
Je demande.
Seul le pain me répond avec une voix de shékel.
Seul le pain me répond avec une voix de shékel.
Allons,
Je décide que c’est ma ville,
Je fais mine d’aller quelque part,
Je suis pressé d’entrer chez moi,
C’est qu’on m’attend, savez-vous ?
Je décide que c’est ma ville,
Je fais mine d’aller quelque part,
Je suis pressé d’entrer chez moi,
C’est qu’on m’attend, savez-vous ?
J’achète deux jasmins,
Je me retourne.
Qui, mais qui a murmuré mon nom ?
Je me retourne.
Qui, mais qui a murmuré mon nom ?
Et le vase, ai-je mis de l’eau dans le vase ?
Demain,
Quand manquera la menue monnaie des conversations,
Qui parlera à ma place ?
Quand manquera la menue monnaie des conversations,
Qui parlera à ma place ?
Les miens passent devant moi
Sans me voir.
Sans me voir.
Ils me prennent pour un mendiant,
C’est sûr,
Pour le mendiant le plus riche du monde.
C’est sûr,
Pour le mendiant le plus riche du monde.
C’est vrai,
Seul le pain me répond avec sa voix de shékel sur le marbre.
Seul le pain me répond avec sa voix de shékel sur le marbre.
Je suis heureux,
C’est le pain tout de même.
C’est le pain tout de même.
Yérou 7
Collines de Yérou,
Protégez-vous du froid !
La laine est chère et pauvres les bergers.
Protégez-vous du froid !
La laine est chère et pauvres les bergers.
Collines de Yérou,
Votre peau est fragile,
Et j’ai vu les mille petites lumières de votre dos
Votre peau est fragile,
Et j’ai vu les mille petites lumières de votre dos
Des nuages passent, hautains comme des petits-bourgeois
Dans une ville de province.
Dans une ville de province.
Le Jourdain,
Oedipe du temps qui passe,
Cherche sa mère, hélas ! au sel de la Mer Morte.
Oedipe du temps qui passe,
Cherche sa mère, hélas ! au sel de la Mer Morte.
La Via Dolorosa est lente,
Et le marchand de petites médailles essuie
Les verres de ses lunettes.
Et le marchand de petites médailles essuie
Les verres de ses lunettes.
Pourquoi est-il à ce point le frère
Du procurateur aux mains nues
Qui régna sur Judée ?
Du procurateur aux mains nues
Qui régna sur Judée ?
La Via Dolorosa descend sans savoir remonter.
La Via Dolorosa
Vend de grandes photographies
Qui disent une guerre sépia
Vend de grandes photographies
Qui disent une guerre sépia
Et justement, ah ! mon Dieu, justement !
Pourquoi
Ai-je acheté cette rue en lambeaux ?
La voiture incendiée,
Et le cri ouvert éternel de l’enfant perdu ?
Pourquoi
Ai-je acheté cette rue en lambeaux ?
La voiture incendiée,
Et le cri ouvert éternel de l’enfant perdu ?
Collines de Yérou,
Protégez-vous du froid !
La laine est chère et pauvres les bergers.
Protégez-vous du froid !
La laine est chère et pauvres les bergers.
Yérou 8
Qui me disait le nom de la rue ?
Et je ne voulais pas comprendre,
Je marchais,
Je faisais mes lignes dans le cahier d’Histoire.
Et je ne voulais pas comprendre,
Je marchais,
Je faisais mes lignes dans le cahier d’Histoire.
Qui tentait de griffer ma joue et ma croyance ?
Qui,
Dans l’improbable ruelle qui me connaît,
Me tend le poing et non la main ?
Qui,
Dans l’improbable ruelle qui me connaît,
Me tend le poing et non la main ?
Ah !
Qui m’appelle dans cette voix des sourds,
Où surnagent de grandes croix,
Des oiseaux fous,
De longs tressaillements du vent ?
Qui m’appelle dans cette voix des sourds,
Où surnagent de grandes croix,
Des oiseaux fous,
De longs tressaillements du vent ?
Qui fait mine de croire à mes écroulements ?
Je fais signe quand même.
Et les livres sont chauds,
La chanson porte une jolie robe courte
Qui laisse voir ses jambes.
La chanson porte une jolie robe courte
Qui laisse voir ses jambes.
Hé ! Petite Lune !
Ce n’est pas parce que je…
Ce n’est pas parce que vous…
Que je suis votre frère !
Ce n’est pas parce que je…
Ce n’est pas parce que vous…
Que je suis votre frère !
Venez d’abord marcher avec moi dans le sable,
Venez !
Je veux vous voir regarder la mer,
Là-bas,
Où le ciel rejoint votre enfance.
Venez !
Je veux vous voir regarder la mer,
Là-bas,
Où le ciel rejoint votre enfance.
Après,
Après seulement,
Je saurai si vous êtes derrière ma face cachée.
Après seulement,
Je saurai si vous êtes derrière ma face cachée.
L’enfant
Il dort.
Il ne sait pas que le jour va finir,
Qu’une petite goutte de lumière
Reste encore accrochée au mur.
Il ne sait pas que le jour va finir,
Qu’une petite goutte de lumière
Reste encore accrochée au mur.
Il dort,
Il a posé la tête sur la pierre,
Sur deux mille trois cent cinquante années,
Au moins.
Il a posé la tête sur la pierre,
Sur deux mille trois cent cinquante années,
Au moins.
Il dort sans aucun respect.
Il vient d’avoir douze ans.
Il vient d’avoir douze ans.
Yérou 10
Une seule seconde,
Au bout de vingt et un ans,
Deux mois,
Cinq jours,
Six heures et
Trente trois minutes
De vie.
Au bout de vingt et un ans,
Deux mois,
Cinq jours,
Six heures et
Trente trois minutes
De vie.
Une seule seconde toute rouge.
Je ne sais pas son nom.
Je sais seulement
Qu’il est arrivé dans ce monde-ci,
A dix huit heures et vingt sept minutes,
Le vingt deux janvier
Mille neuf cent soixante douze,
Je sais seulement
Qu’il est arrivé dans ce monde-ci,
A dix huit heures et vingt sept minutes,
Le vingt deux janvier
Mille neuf cent soixante douze,
Il y a
Vingt et un ans,
Deux mois,
Cinq jours,
Six heures et
Trente trois minutes.
Vingt et un ans,
Deux mois,
Cinq jours,
Six heures et
Trente trois minutes.
Le reste,
Tout le reste,
Ne peut être que mouchoirs blancs doucement agités
Dans le vent transparent des mots,
Le vent inutile.
Tout le reste,
Ne peut être que mouchoirs blancs doucement agités
Dans le vent transparent des mots,
Le vent inutile.
Yérou 11
Mon père,
Je voudrais t’apprendre qu’il y a sur la terre aujourd’hui,
Plus de monde,
Plus de fleurs,
Plus de fruits,
Que tu ne pourras jamais en compter.
Je voudrais t’apprendre qu’il y a sur la terre aujourd’hui,
Plus de monde,
Plus de fleurs,
Plus de fruits,
Que tu ne pourras jamais en compter.
Mon père,
Je voudrais t’apprendre
Qu’il y a plus de larmes
Que les yeux n’en peuvent contenir.
Je voudrais t’apprendre
Qu’il y a plus de larmes
Que les yeux n’en peuvent contenir.
Mon père,
Je voudrais t’apprendre
Que les nuits cachent d’autres villes,
Que les jours brûlent d’autres heures.
Je voudrais t’apprendre
Que les nuits cachent d’autres villes,
Que les jours brûlent d’autres heures.
Mon père,
Je voudrais t’apprendre,
Je voudrais.
Et je m’aperçois que ça n’a plus importance.
Je voudrais t’apprendre,
Je voudrais.
Et je m’aperçois que ça n’a plus importance.
Il neige sur Yérou comme il neige en Pologne.
Et la petite pluie qui est de la famille
S’abrite sous l’auvent de peur des coups de feu.
Et la petite pluie qui est de la famille
S’abrite sous l’auvent de peur des coups de feu.
Et celui qui chanta,
Un luth dans la poitrine,
Est tombé dans ta ville, et tombe chaque jour,
Et celui du roseau aussi, un enfant nu,
Est tombé dans ta ville et tombe chaque jour.
Un luth dans la poitrine,
Est tombé dans ta ville, et tombe chaque jour,
Et celui du roseau aussi, un enfant nu,
Est tombé dans ta ville et tombe chaque jour.
Je voudrais t’apprendre tout cela.
Mais tout cela,
Mon père,
Tout cela,
Là où tu te tiens,
Tu le sais déjà.
Mais tout cela,
Mon père,
Tout cela,
Là où tu te tiens,
Tu le sais déjà.
Sur deux mille trois cent cinquante années
Au moins
Il dort sans aucun respect.
Il vient d’avoir douze ans.
Au moins
Il dort sans aucun respect.
Il vient d’avoir douze ans.
Le soldat mort.
Une seule seconde
Au bout de vingt et un ans
Deux mois
Cinq jours
Six heures et
Trente-trois minutes
De vie
Au bout de vingt et un ans
Deux mois
Cinq jours
Six heures et
Trente-trois minutes
De vie
Il a suffi d’une seule seconde toute rouge
Je ne sais pas son nom
Je sais seulement
Qu’il est arrivé dans ce monde-ci
A dix-huit heures et vingt-sept minutes
Le vingt-deux janvier
Mille neuf cent soixante-dix-sept
Je sais seulement
Qu’il est arrivé dans ce monde-ci
A dix-huit heures et vingt-sept minutes
Le vingt-deux janvier
Mille neuf cent soixante-dix-sept
Il y a
Vingt et un ans
Deux mois
Cinq jours
Six heures et
Trente-trois minutes
Vingt et un ans
Deux mois
Cinq jours
Six heures et
Trente-trois minutes
Le reste
Tout le reste
Ne peut être que mouchoirs blancs doucement agités
Dans le vent transparent des mots
Le vent inutile.
Tout le reste
Ne peut être que mouchoirs blancs doucement agités
Dans le vent transparent des mots
Le vent inutile.
Il dort
Il ne sait pas que le jour va finir
Qu’une petite goutte de lumière
Reste encore accrochée au mur
Il ne sait pas que le jour va finir
Qu’une petite goutte de lumière
Reste encore accrochée au mur
Il dort
Il a posé la tête sur la pierre
Il ne sait pas que c’est
Il a posé la tête sur la pierre
Il ne sait pas que c’est
Mais
La rue était petite où le feu avait pris.
Les passants regardaient,
Le soleil se taisait,
Un peu d’eau suffisait, un ordre, quelques gestes.
Les passants regardaient,
Le soleil se taisait,
Un peu d’eau suffisait, un ordre, quelques gestes.
Mais pour le feu tout noir bougeant au fond des yeux,
Pour le silence en nous qui brûle tous les mots,
Pour les questions posées dans des langues fermées,
Pour l’immense injustice à chacun infligée,
Mais pour la haine devenue respiration,
Pour le silence en nous qui brûle tous les mots,
Pour les questions posées dans des langues fermées,
Pour l’immense injustice à chacun infligée,
Mais pour la haine devenue respiration,
Comment trouver de l’eau quand la source est si loin ?
Comment ouvrir la main si la fontaine est rouge ?
Comment ouvrir la main si la fontaine est rouge ?
Les murs
Qu’est-ce qu’ils disent de tout ça,
Qu’est-ce qu’ils pensent,
Les murs électroniques du monde,
Les murs impalpables ?
Qu’est-ce qu’ils pensent,
Les murs électroniques du monde,
Les murs impalpables ?
Un peu de pluie répond avec la voix pointillée des gouttes,
Un train passe, révolte de fer et d’étincelles,
Un avion s’envole,
Ouragan oblique d’une colère rectiligne.
Un train passe, révolte de fer et d’étincelles,
Un avion s’envole,
Ouragan oblique d’une colère rectiligne.
Seuls, les oiseaux meurent sans bruit,
À l’insu de tous.
À l’insu de tous.
Hugo Samuel
(Jérusalem - Paris)
1998-2001
(Jérusalem - Paris)
1998-2001
Dans Yérou
Je marche dans Yérou, où ma langue est absente.
Mais c’est même lumière, même voix de la rue.
Ma ville, mon début, mes blessures sont là.
Tout semble avoir vaincu la mer et les années.
Mais c’est même lumière, même voix de la rue.
Ma ville, mon début, mes blessures sont là.
Tout semble avoir vaincu la mer et les années.
La Géo perd la tête et l’Histoire titube.
Je suis ivre et aveugle,
Griffé de mille sables,
Muet des mille mots qui vivaient dans mes pages,
Je sais qu’ils m’ont menti et que je suis tout nu.
Griffé de mille sables,
Muet des mille mots qui vivaient dans mes pages,
Je sais qu’ils m’ont menti et que je suis tout nu.
Fantôme de moi-même à moi-même infidèle,
J’interroge la gloire éteinte,
Les colonnes d’un temple absent pour cause de rendez-vous manqué,
Des jarres d’huile anciennes,
Des épées revêtues du petit carton blanc des musées.
J’interroge la gloire éteinte,
Les colonnes d’un temple absent pour cause de rendez-vous manqué,
Des jarres d’huile anciennes,
Des épées revêtues du petit carton blanc des musées.
J’interroge à perdre haleine,
Je demande ses papiers à la poésie, son titre de transport.
Je ne suis plus qu’un contrôleur tremblant de froid
Dans le petit matin de Yérou.
Je demande ses papiers à la poésie, son titre de transport.
Je ne suis plus qu’un contrôleur tremblant de froid
Dans le petit matin de Yérou.
Vous avez dit la Poésie ?
Il n’y a personne de ce nom à la ville indiquée.
Il n’y a personne de ce nom à la ville indiquée.
Il y a longtemps
Dans l’incendie des crépuscules rouges,
Je te posais des questions,
Sans savoir, sans savoir vraiment.
Je te posais des questions,
Sans savoir, sans savoir vraiment.
Dans l’incendie des crépuscules rouges,
Je te disais ce que ma mère ne comprenait pas,
Ma mère en cendres.
Je te disais ce que ma mère ne comprenait pas,
Ma mère en cendres.
Et où trouver aujourd’hui l’inconnu de ma langue ?
Il y a très longtemps,
Lorsque ma ville était moi,
Lorsque je n’avais pas besoin de chercher sur la carte,
Pas besoin de billet, de visa, ou quoi encore,
Lorsque ma ville était moi,
Lorsque je n’avais pas besoin de chercher sur la carte,
Pas besoin de billet, de visa, ou quoi encore,
Il y a très longtemps…