Qui a écrit la Bible ?

Par Calev Ben-David

Si ce n’est Moïse inspiré par Dieu, qui est ce ?

Les chercheurs débattent encore de cette question et émettent des théories nouvelles et controversées.

Le 4 Juin, le 6ème jour de Sivan, tous les juifs du Monde fêtent Shavouot, la fête qui rappelle le jour où Moïse reçut au Mont Sinaï les Tables de la Loi. Le Judaïsme orthodoxe repose fondamentalement sur le fait que les cinq livres de Moïse (le Pentateuque) sont d’origine divine et que le texte n’en a pas été modifié d’un iota depuis que Dieu l’a dicté à Moïse. Cependant, dès le 17ème siècle ces croyances ont été remises en cause par Baruch Spinoza, philosophe juif hollan-dais, qui affirmait que la Torah avait été écrite bien après l’époque de Moïse. C’est à cause de cette hérésie et de bien d’autres que Spinoza fut excommunié par les juifs et condamné par l’Inquisition. Mais au 19ème siècle les idées de Spinoza furent reprises et développées par des exégètes modernes de la Bible. Nombreux sont les juifs traditionalistes qui maintiennent que Moïse fut l’unique auteur de la Torah divinement révélée. En Israël et en Amérique du Sud, un groupe de mathématiciens juifs ortho-doxes essayent, à l’aide d’ordinateurs, de mettre en évidence dans la Torah, certains codes alphabétiques cachés qui, selon eux, en prouveraient l’origine divine. Outre cette tradition orthodoxe, il existe dans les Universités et les Instituts de Recherche du monde entier, des exégètes qui essayent toujours de déter-miner par qui la Bible fut écrite, quand, où, et comment. Ces chercheurs ne mettent pas obligatoirement en doute l’origine sacrée des Livres, mais seulement les aspects « orthodoxes » de leur écriture et de leur transmission. Israël Knohl, Professeur d’Etudes Bibliques à l’Université Hébraïque et juif orthodoxe, s’exprime ainsi : « Je pense que la parole divine s’est exprimée au cours de nombreuses générations et chez de nom-breux peuples. La Torah n’est que le résultat d’une révélation continue qui a débuté lorsque Dieu parla à Moïse au Mont Sinaï ».

Les théories sur le mode de transmission de la Torah sous sa forme actuelle ressemblent à un gigantesque puzzle, de plus en plus complexe au fur et à mesure que sont prises en considération les nouvelles idées, parfois même contradictoires.

Tout d’abord, qui était responsable du texte ? Peut-être Ezra, encore appelé en français Esdras, scribe du 5ème siècle avant notre ère, que certains exégètes ont identifié comme le « rédacteur » ou l’éditeur de la Torah ? Un petit nombre de prêtres, de prophètes ou même de femmes nobles vivant à la cour du roi David ? ou aucun auteur spécifique, puisque selon les dernières théories, l’écriture de la Torah montrerait une évolution progressive au cours des siècles, rendant impossible l’identification d’auteurs spécifiques ?

Un autre débat sérieux concerne la signification de l’écriture de la Torah par rapport au développement du Judaïsme dans les premières années de sa constitution. Décrit-elle, comme le propose l’école classique influencée par la Chrétienté, un processus historique dans lequel la passion morale des prophètes a décliné et s’est transformée à l’époque du Second Temple en routines de rituels liturgiques ? ou bien, comme de nombreux chercheurs le pensent maintenant, le texte de la Torah serait plutôt le reflet d’un climat religieux plus varié et plus dynamique où coexistaient différents courants de la pensée juive en interaction les uns avec les autres ?

En essayant de répondre à ces questions, les chercheurs se sont attaqués aux langues anciennes du Monde Biblique : l’Ugarite Cananéen, le « Paléo-Hébreu » des anciens Israélites ; l’Araméen qui constituait le langage parlé ; et le grec Ancien utilisé pour la première traduction non-hébraïque de la Bible, la Septante. Ils examinent dans le détail les diverses langues utilisées dans la Bible et font concorder les données avec les recherches historiques et archéologiques actuelles. Bien que leur oeuvre paraisse obscure à l’homme de la rue, leur recherche rend compte de l’existence d’une incroyable créativité spirituelle et littéraire à l’époque de l’Ancien Israël, un millénaire avant notre ère. Leurs conclusions et leurs désaccords donnent un bon éclairage sur les origines et la signification du Livre qui constitue non seulement le fondement de la culture juive mais aussi celui de la civilisation occidentale.

FUREUR AUTOUR DE LA PARTIE J

En 1991, le critique littéraire de l’Université de Yale, Harold Bloom, fit sensation en affirmant dans son livre, « le livre de J », que les principales parties de la Torah avaient été écrites par une femme, membre de la famille du roi David, au 10ème siècle avant notre ère. Le livre de Bloom a été fort critiqué par les exégètes de la Bible et les personnes interrogées pour le présent article caractérisent ce livre de « scandaleux » et honteux ». Leurs critiques ne portent pas sur la prétention de Bloom selon laquelle une femme aurait pu écrire une partie de la Torah mais sur la méthodologie vague et l’approche non rigoureuse du texte.

La tentative de Bloom pour identifier l’auteur d’une partie de la Torah est issue de l’Ecole de la Critique Biblique ou « Théorie Critique », développée au 19ème siècle. De nombreux exégètes germanistes protestants, dont le plus connu Julius Wellhausen, ont abouti à la conclusion que la Torah est constituée de quatre textes originellement séparés, écrits par différentes personnes, à différents moments de L’Histoire de l’Ancien Israël. Une section est nommée « J » (du nom Yahweh par lequel Dieu y est nommé), tétragramme que les juifs prononcent comme « Adonaï ». Une autre section est nommée E, par référence à Elohim. Les sections J et E contiennent la plupart les textes les plus connus de la Torah, parmi lesquels : le Jardin d’Eden, Noah et le Déluge, les Patriarches et la Sortie d’Egypte.

La troisième partie nommée « P » (pour Prêtres) se rapporte aux rituels liturgiques, aux sacrifices du Temple, à la description détaillée des objets sacrés etc… La quatrième partie est nommée D par référence au Deutéronome, le dernier livre de la Torah.

Ces quatre sections, selon la « Théorie Critique », ont été réunies plus tard par le rédacteur ou l’éditeur en un seul livre nommé R. Un siècle après sa formulation, la Théorie Critique reste la trame conceptuelle fondamentale de l’Ecole Biblique Moderne, avec un statut analogue à celui, en Biologie, de la Théorie de l’Evolution de Darwin, et drainant les mêmes calomnies de la part des fondamentalistes juifs ou chrétiens.

Dans ce cadre, il y a encore des tentatives plus sérieuses que celle de Bloom pour identifier les auteurs des textes bibliques, telle celle de Richard Elliot Friedman, Professeur d’Études Bibliques à l’Université de San Diego en Californie, dont l’ouvrage « Qui a écrit la Bible » publié en 1988, reste pour le lecteur non spécialiste, l’un des meilleurs dans le domaine. Friedman, par exemple, pense que l’auteur de la section E vivait dans le royaume d’Israël du Nord lorsqu’il y eut la scission d’avec le Royaume de Juda en 931 Av. J.C., et était sans doute prêtre à Silo, site israélite de sacrifices religieux. Pourquoi ? Tout d’abord parce que dans ce texte E, il y a une emphase positive sur les événements des cités du Nord comme Silo et Sichem et sur les dix Tribus qui constituaient Israël, et de plus parce qu’il y est donné un portrait négatif d’Aaron, dont les descendants constituèrent le clergé de Juda, concurrent qui contrôla le Temple de Jérusalem.

Plus récemment, il y a eu un changement dans la pensée de la plupart des exégètes bibliques qui pensèrent que chacun des divers textes bibliques avait été écrit par plus d’un auteur. Il est plutôt proposé que différentes écoles comprenant peut-être des prêtres, des scribes, et des prophètes ont écrit progressivement et compilé la Torah sur une très longue période, de la même façon que le Talmud a été plus tard écrit de manière collective.

Yair Zakovitch, Professeur d’Études Bibliques à l’Université Hébraïque, récemment nommé Directeur de l’Institut des Études Juives de l’Université Hébraïque écrit : « Je ne crois pas qu’il y ait d’indice pour penser qu’un seul auteur ait pu écrire les différents textes de la Torah ; je pense que l’écriture et l’édition de la Bible sont le résultat d’un processus qui s’est déroulé tout au long des siècles. Les stratégies classiques qui consistent à

Convois d’exilés, détail du palais de Sannecherib, roi d’Assyrie à Ninive, 705-680 Av. J.C

diviser le texte en différentes sections-selon que Dieu soit nommé Yaweh ou Elohim- ne semblent plus désormais assez convaincantes.»

Les études effectuées sur les Rouleaux de la mer Morte, les plus anciennes copies existantes des textes bibliques, renforcent la théorie d’un développement progressif et évolutif de la Torah.

D’après les Rouleaux de la mer Morte écrits sur trois siècles à partir de 200 ans Av. J.C., par la Communauté Juive monastique de Qumran sur les bords de la mer Morte, la Torah aurait été écrite plusieurs siècles après la date postulée. Cependant les Rouleaux de la mer Morte ont eu une influence indirecte sur notre vision générale de l’écriture de la Bible comme le souligne Florentino Garcia Martinez, Professeur d’Etudes Bibliques à l’Université Rijks de Groningen en Hollande et membre de l’équipe internationale qui travaille sur les Rouleaux de la Mer Morte.

A Qumran, nous avons trouvé non seulement plusieurs copies différentes des textes bibliques recopiées au cours des siècles mais aussi de nombreux écrits apocryphes ne faisant pas partie du canon biblique. Ainsi peut-on comprendre comment l’écriture et la canonisation de la Bible ont pu être un processus plus fluide et plus compliqué qu’on ne le pensait. On a trouvé à Qumran des versions de la Torah comprenant, dans le texte, des centaines de différences mineures, indications qui permettent de penser que le texte a été finalisé plus tard qu’on ne l’estimait auparavant.

On a aussi trouvé des écrits apocryphes tels que le texte apocryphe de la Genèse qui contient d’autres récits des histoires bibliques, tel que le séjour en Egypte d’Abraham et de Sarah. Avant ces découvertes, les chercheurs estimaient que ces autres récits avaient été écrits bien avant.

Shemaryahu Talmon, l’éminent Professeur d’Etudes Bibliques, maintenant à la retraite, dit simplement : Peu m’importe de savoir qui a écrit la Torah, car il est impossible d’avoir une réponse satisfaisante. Au mieux, peut-on essayer de savoir à quelle époque certaines parties ont été écrites. Talmon fut un précurseur pour la méthode appelée « approche critique littéraire » qui est de plus en plus acceptée par les exégètes. Selon cette approche, il est préférable de considérer la Torah comme un tout plutôt que d’essayer de la disséquer en parties de plus en plus petites pour en découvrir les sources. Il écrit ainsi : « vous devez considérer la Torah comme une entité souveraine et vous demander ce que le texte, une fois achevé, cherche à nous transmettre même s’il a été écrit par plusieurs personnes».

Talmon essaye de trouver les significations des « motifs littéraires directeurs » qui parcourent le texte dans son ensemble. Par exemple, il a identifié le motif de la « femme stérile » qui concerne les femmes qui n’ont pas pu avoir d’enfants, telles Sarah, Rebecca et Rachel et qui deviennent miraculeu-sement fertiles et donnent naissance à un fils de renom. Talmon croit que «l’auteur biblique montre ainsi sa préférence pour les chefs qui portent la marque d’un choix divin par rapport à un pouvoir hérité par succession»- ce qui était la voie politique majoritaire dans l’Ancien Israël.

LA CONTROVERSE AUTOUR DE LA PARTIE P

Alors que les chercheurs essayent de savoir comment la Torah a été écrite plutôt que par qui, les désaccords sur cette dernière question n’en sont pas moins profonds. Et le débat le plus sérieux concerne la partie du texte appelée P (de Prêtres). La longueur des descriptions concernant les objets sacrés et les actes sacrés use souvent la patience des lecteurs de la Torah, ainsi le chapitre 19 des Nombres qui décrit comment les cendres d’une génisse rousse doivent être utilisées pour purifier une personne sacrée ou un objet contaminé par contact avec un cadavre ; ces thèmes sont considérés, même par le célèbre commentateur du Moyen âge, Rachi, comme étant « au delà de la compréhension humaine ».

Les exégètes juifs et chrétiens sont en désaccord quant à la plupart des parties concernant P. Les exégètes germanistes protestants qui les premiers formulèrent la Théorie Critique croient que la plus grande partie de P a été écrite par des prêtres descendants d’Aaron au cours de la période du second Temple qui commença au 6ème siècle Av. J.C., après que Cyrus le Grand eut permis aux Juifs de retourner à Jérusalem après leur exil à Babylone.

Bien que cette théorie soit basée sur de nombreux textes et données historiques, elle reflétait aussi la vision qu’avaient les exégètes germanistes sur le Judaïsme de l’Ancien Israël qu’ils considéraient sur le déclin. Ce déclin, caractérisé par un légalisme strict et un rituel des textes liturgiques plus ou moins mystérieux, se démarquait selon eux de la spiritualité créative de l’époque du roi David et de celle de Salomon, et de la vision morale à l’époque du Deutéronome et des Prophètes. La plupart des exégètes chrétiens en sont restés plus ou moins à cette vision. Par contre nombreux sont les exégètes Juifs en Israël et en Amérique du Nord qui s’en démarquent : « ce n’est pas une question d’antisémitisme » dit Israël Knohl, mais cette vision des choses est teintée par les croyances chrétiennes même si cela est inconscient.

Les exégètes juifs pensent, depuis le travail effectué il y a quarante ans par Yehezkiel Kaufman de l’Université Hébraïque, aujourd’hui décédé, que la plus grande partie du texte P a été écrite au cours de la période du Premier Temple, et qu’il représentait un courant simultané de pensée de l’Ancien Judaïsme plutôt qu’une sorte de déclin spirituel. Les arguments scolastiques sur P sont essentiellement linguistiques et historiques mais l’un des aspects auquel le non spécialiste peut se rattacher est entaché du même mystère archéologique que Steven Spielberg a utilisé et exploité si habilement dans « Les aventuriers de l’Arche Perdue ». L’Arche sacrée de l’Alliance, ayant une grande importance dans le livre P est décrite en détail. Puis elle disparaît mystérieusement au cours des siècles pendant lesquels elle avait été conservée dans le Premier Temple. Si le texte P avait été écrit au cours de la période du Deuxième Temple, comme le pensent les exégètes chrétiens, pourquoi mettrait-il l’accent si obsessionnellement sur un artefact sacré qui n’existerait plus ?

LA TORAH CACHÉE

La plupart des premières hypothèses des chercheurs sur l’origine de la Torah ont été inspirées par la Bible elle même, certaines de ces hypothèses étant encore d’actualité dans l’École contemporaine. Ainsi, les exégètes ont pu, sans problème, distinguer la section D (Deutéronome) des autres parties. Dans le dernier livre de la Torah, Moïse, peu avant de mourir, dans un sermon aux tribus d’Israël, récapitule, explique en détail et contredit parfois certaines parties antérieures de la Bible. Cette partie décrit aussi la propre mort de Moïse, ce qui laisse penser, même à certains talmudistes, que Moïse ne l’a peut être pas écrit en entier.

Le style du Deutéronome est assez différent du reste de la Torah. Le discours final moralisateur de Moïse ressemble plus au langage prophétique des derniers livres, tels ceux d’Isaï et de Jérémie, qu’à celui des quatre premiers livres qui contiennent des enseignements historiques et liturgiques. Il y a aussi des différences au niveau de l’écriture. Ainsi le Deutéronome utilise le mot « shevet » pour tribu, tandis qu’ailleurs dans la Torah le mot utilisé pour tribu est « mateh » ; il renvoie aux tribus aînées et

« chefs » alors que les livres précédents parlent de « princes ».

Le livre suivant de la Bible suggère lui même comment le Deutéronome s’est développé et a été inclus dans les autres textes. Le Deuxième Livre des Rois (22-23) décrit comment, au cours du règne du roi Josias, en 622 Av. J.C., le prêtre Hilkiah et le scribe Shaphan ont tout à coup découvert dans les murs du temple un livre sacré « Caché » appelé « la Torah ». Ils ont présenté le livre à Josias qui fut si impressionné qu’il déchira dans une colère justifiée ses vêtements. Le roi institua alors dans son royaume une vague de réformes religieuses et morales, supprimant les autels sacrificiels dans tout le pays où des pratiques idolâtres s’étaient répandues et centralisant les adorations sacrificielles dans le Temple de Jérusalem.

Les exégètes ont longtemps postulé que ce Rouleau « Caché » était le Deutéronome, qui se réfère comme « la Torah » et contient la seule contribution directe de Moïse dans la Bible en tant qu’auteur, et qui prescrit plusieurs réformes comme celle de la souveraineté centralisée que Josias a ensuite appliquée.

« Ceci était sans doute une version précoce du Deutéronome, qui a ensuite au cours des siècles été complétée et améliorée » dit Moshé Weinfeld, un éminent spécialiste de la Bible qui a beaucoup écrit sur l’École Deutéronomiste. Les exégètes proposent que l’écriture du texte D a commencé un siècle avant que ne soit fondée l’École Deutéronomiste au cours du règne du roi Hezekias, grand père de Josias et grand réformateur comme lui. Ce fut au temps de Josias que fut « découvert » par Hiliak le texte alors achevé et qui fut attribué à Moïse pour lui donner plus d’autorité. C’est par ce que les thèmes et le type d’écriture du Deutéronome ressemblent tellement aux livres de la Bible - Josué, les Juges et les Rois - qui suivent la Torah, que les exégètes pensent qu’il y eut, en exil à Babylone, une École Deutéronomiste qui a continué à écrire et qui est aussi responsable de ces autres livres.

Qui furent les membres de cette École ? Le livre des Rois nous parle lui même de nombreuses personnes impliquées dans la découverte du texte deutéronomiste - Hilkia, Shaphan, son fils Ahikam, Josias, son ministre Asiah, la prophétesse Huldah. Toutes ces personnes ont pu avoir été des Deutéronomistes ainsi que Hezekiah, le prophète Jérémie et son scribe Baruch, le fils de Nériah, tous deux au cours du règne de Josias.

LE RÉDACTEUR

Un autre aspect de la Théorie Critique propose que l’entrelacement des différents textes de la Torah a commencé au cours de l’exil Babylonien pour s’achever à Jérusalem au 5ème siècle Av.J.C. Bien qu’à ses débuts, la Théorie Critique ait postulé qu’un seul rédacteur avait rassemblé tous les textes en un seul, la Torah, il semble maintenant que la tâche fût plutôt le fruit d’un travail collectif.

Cependant deux personnes semblent avoir joué un rôle prépondérant : tout d’abord Nehemiah, le gouverneur juif de Juda appointé par le Royaume de Perse et qui supervisa le renouveau de la vie religieuse juive à Jérusalem ; ensuite le scribe Ezra, décrit dans le livre de la Bible qui porte son nom, comme lisant l’ensemble de la Torah dans la cour du Temple, premier lecteur public de la Torah décrit dans la Bible canonique.

Ezra a longtemps été cité comme le rédacteur le plus probable. Son autorité dans la connaissance de la Torah est si grande, même dans la tradition orthodoxe, que le Talmud admire curieusement, dans le traité « Sanhédrin », en vendant presque la mèche que « Si Moïse ne l’avait pas précédé, c’est à Ezra que la Torah aurait été donnée ».

C’est parce qu’il y eut obligatoirement une pause dans l’évolution progressive de la Torah que Moshé Weinfeld dit : « il est encore légitime de penser qu’Ezra fut le dernier rédacteur de la Torah ».

La plupart des Ecoles Bibliques soutiennent cette façon de penser à l’exception d’un petit nombre d’exégètes iconoclastes chrétiens européens qui clament que la plus grande partie de la Torah est un travail de fiction écrit au cours de la période helléniste plusieurs siècles après Ezra, par des prêtres du deuxième Temple désespérés afin de protéger le Judaïsme contre la Culture Grecque.

Singulièrement, Ezra s’est évanoui en quelque sorte de l’imagination du Peuple

Juif. Dans un livre américain, publié l’an passé et donnant la liste des « 100 Juifs qui ont influencé L’Histoire », son nom n’est même pas mentionné.

Seuls ceux qui croient que Moïse a reçu la Torah de Dieu sur le Mont Sinaï peuvent sans hésitation et sans équivoque répondre à la question : « Qui a écrit la Bible ? » Mais pour ceux qui ont choisi de regarder au delà de cette réponse, Ezra, plus que toute autre personne, aurait pu avoir façonné le Livre Sacré que nous lisons aujourd’hui.

C.B

POUR VOUS REPERER :

1440 Av.J.C.

Moïse reçoit de Dieu la Bible au Mont Sinaï, selon la chronologie biblique.

Autour de 1000 Av. J.C.

Période des monarchies (Saul, David, Salomon) et construction du Temple de Jérusalem ; écriture des premières parties de la Torah par différentes écoles : J (Yavneh), E (Elohim) et P (Prières).

931 Av.J.C.

Séparation des royaumes ; la partie E est écrite dans le Royaume du Nord d’Israël ; J (Silo, Shrem), J et P sont écrites dans le Royaume du Sud de Juda (Jérusalem, Hébron).

722 Av. JC.

Les assyriens dispersent les royaumes d’Israël ; le texte E est amené du Sud dans le royaume de Juda et est mis en commun avec J.

715/687 Av.J.C.

Les réformes religieuses du roi de Judée Hézériah font naître l’Ecole Deutéronomiste qui a aussi écrit certains textes prophétiques (Josué, les Rois, Jérémie, Isaï etc…)

Traduction par Jacqueline London d’un article de Calev Ben-David paru dans le Jerusalem Report le 15 Juin 1995

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