Evelyne DORRA-BOTBOL : Des méandres de l’identité

deux livres

a) La troisième sphère. d’Amos Oz (Calamnm Lévy, éditeur).

Six jours de la vie de Fima, six jours dans son monde intérieur vu par ses yeux spectateurs, scrutateurs. Son observatoire ? la clinique gynécologique où il travaille comme réceptionniste, mais aussi ses amies, son passé, la presse dont il se nourrit voracement.

Six jours dans la peau flasque et surabondante de ce hierosolémytain de cinquante quatre ans qui saute d’un centre d’intérêt à un autre, qui s’interdit d’agir alors qu’il sait exactement comment élever le fils de son « ex » ou même comment mener les discussions sur la paix !

A travers les visites de son vieux jeune homme de père, nous progressons avec Ephraïm vers les sources…

Peut-être entreverrez-vous… la troisième sphère ?

b) Les nuits de Lutèce. de David SHAHAR (François Bourin, éditeur)

Aggrippés aux jupes de « lutèce, la belle tsigane, nous partons à la visite du Paris secret de David SHAHAR au rythme endiablé d’une farandole de carnaval dans lequel on ne peut plus reconnaître le bien du mal…

Thomas Astor est-il Tammouz, l’ami d’enfance du narrateur à Jérusalem ?

Comment Geneviève, a-t-elle pu fuir sa famille austère pour suivre un tsigane pauvre, laid, illetré et brutal de surcroît ?

Qui sont ces « Yenishes », Tsiganes dont la langue ressemble au Yddish ? Qui est qui ?

Toujours au rythme de la fête et toujours en riant, nous plngeons dans les profondeurs du questionnement de l’identité.

un opéra

Les contes d’Hoffnan, musique de Jacques OFFENBACH, livret de Jules BARBIER Mise en scène de Roman POLANSKI., à l’Opéra de la Bastille

Dans « la vie parisienne », Offenbach se moquait d’une société où tout n’est qu’apparence. Il suffisait de changer de costume et le bottier devenait amiral, Gbirielle, la jolie gantière devenait la veuve éplorée d’un colonel…

Renoncer à son identité devient beaucoup plus douloureux dans les contes d’Hoffmann où la mécanique se détraque : la brillant et parfaite Olympia, se brise au sommet d’une trille qui fait l’admiration de tous, par amour pour une Giulietta les hommes renoncent à leur reflet, à leur ombre …

Ce renoncement est encore plus douleureux pour Antonia qui doit irrémédiablement chanter ….jusqu’à la mort.

Tout est magistralement interprété dans un climat somptueux et inquiétant dont Roman Polanski a le secret : la révélation de l’année, Nathalie Dessay pour Olympia de même que tous les autres dont la réputation n’est plus à faire.

Cette œuvre est « le chant du cygne » d’Offenbach, œuvre qu’il n’aura pas le temps de terminer tout à fait.

A quoi avait renoncé ce fils de Hazan ? Pour l’amour, pour la gloire ? S’est-il senti dépossédé de son identité ?

On dit qu’en composant cet opéra, il lisait une biographie de Mozart..

Comment ne pas sortir bouleversée par ce spectacle !

Nos lecteurs nous écrivent:

Nous avons reçu :

1) à propos de l’article « L’Œil et la dent » (N°1):

Estelle DORRA, nous envoie une lettre dont nous extrayons les passage suivant:

« Tout d’abord sur la forme:

Obsédée que je suis par les nombreux reportages sur les “cruautés israéliennes” j’ai d’abord cru comprendre que l’homme étranglé posément et l’homme assassiné en prison (est-ce la même ?) étaient le fait des israéliens. Puis j’ai pensé que si cela était le cas, j’aurais eu l’occasion d’en voir le reportage sur la troisième chaîne ou sur A.2. une bonne dizaine de fois. Du reste votre article se voulait équilibré, impartial. Donc je n’avais pas à incriminer l’armée israélienne. J’ai été abusée par la forme trop elliptique, et, probablement, complexée et culpabilisée par avance.

Sur les faits maintenant:

Pourquoi réagir spécialement sur le fait que des gens fanatisés, formés à assassiner soient bannis ? (et non sommairement éxécutés comme c’est le cas en Algérie ou ailleurs) Cette expulsion est une maladresse, compte tenu des préjugés à l’encontre d’Israël; légalement, c’est peut-être une faute, sur le fond, on peut trouver des justifications.

On me dit que les bannis sont des intellectuels, des professeurs. A mes yeux, ils sont beaucoup plus coupables que les enfants qu’ils poussent avant, ou les jeunes femmes qui jettent des pierres, un bébé accroché au flanc.

Je suis, tout comme vous, très malheureuse d’entendre dénombrer les enfants palestiniens tués par des balles de militaires. Mais il est aussi très dur de connaître de très jeunes gens obligés de passer trois années l’arme à l’épaule et l’angoisse aux tripes. »

Erik SCHANDO nous envoie une lettre dont nous extrayons les passages suivants:

Si le respect des droits de l’homme est essentiel, tout droit impose devoir. Devoir primordial de ne pas représenter une menace quant à la survie de l’autre.

Voici quelques extraits de propos tenus par certains dirigeants du Hamas mouvement qui a publié sa charte le 18 août 1988 et dont le but est de s’unir avec tous les combattant du djihad pour la libération de la Palestine)

« Nous frapperons aux portes des mosquées avec les crânes des Juifs. Nous parlerons la langue du feu et du fusil… »

« Les Juifs sont destinés à être égorgés de nos mains. Nous sommes prêts à accomplir la tâche qui nous incombe vis-à-vis de notre société et à les torturer, car le destin des Juifs est de subir des sévices… Israël existera jusqu’à ce que l’Islam le liquide, comme il a réduit à néant la domination d’autres peuples qui l’ont précédé. »

……..

J’estime que la condamnation d’Israël est injuste et sans fondement surtout lorsqu’on voit le sort que font subir à ces mêmes intégristes, leurs propres frères dans d’autres pays.

lorsqu’on voit la passivité des gouvernants des pays dits développés face aux exactions que subissent les musulmans en Bosnie Herzégovine, nous comprenons qu’Israël ne puisse jamais compter que sur elle même et sur la solidarité fraternelle de toute sa diaspora.

Et attention aux déviations intellectuelles qui voudront défendre un idéal humanitaire- sans considérer les faits et les hommes. Ce qui nous semble juste ici l’est moins quand la survie d’Israël est en jeu.

Voici la réponse des auteurs:

Chers amis,

Nous comprenons fort bien votre réaction. Il se trouve que la formulation de notre article a pu prêter à confusion : en effet, lorsque nous écrivons : « Voici qu’elle se poursuit (la guerre) dans le gargouillis abominable d’un homme aux mains entravées qu’on étrangle posément », il s’agit bien évidemment du policier israélien qui a été assassiné par les terroristes qui l’avaient enlevé.

Par ailleurs, si, dans le même article nous dénonçons le procédé du bannissement à l’encontre d’une frange de population, nous avons pris cependant la peine d’indiquer (nous citons) :

« Il nous est intolérable de voir assassiner un homme dans sa prison, fut-elle une prison militaire. (Et là, il s’agit bien de la victime israélienne). Et nous pensons, à ce propos que les médias ne se sont pas beaucoup ému de cet assassinat. Il ne faut pas oublier que ces expulsés-là sont ceux qui, dans d’autres pays où la religion musulmane est religion d’état, sont enfermés aux confins du désert ou même abattus à vue, pour la bonne raison qu’eux-mêmes abattent les forces de l’ordre de ces pays.

Mais il nous est aussi intolérable de voir l’État d’Israël, que nous aimons pour ce qu’il représente pour nous, et parce qu’il reste l’une des rares démocraties de cette région du globe, pratiquer ce genre de réponse collective à ce type de crime. »

Nous pensons avoir été assez clairs quant à notre appréciation de ces événements, y compris quant à notre constat que l’État d’Israël reste un État de droit préférant le fonctionnement démocratique d’un tribunal, avec son jugement et son verdict, à une exécution quelle qu’elle soit. (Les phrases soulignées, l’ont été par la rédaction de Plurielles.)

2) A propos de la revue dans son ensemble:

De Sylvie BENZAQUEN, nous avons reçu une lattre dont nous extayons les passages suivants:

Chers amis,

J’ai lu le 1er numéro de votre toute récente revue avec un intérêt certain. Merci de l’avoir crée.

Le ton de quelques articles - ou fragments d’articlesm’a néanmoins questionnée sur l’esprit qui soutendait la création de cette revue, et plus largement votre association.

Autrement dit, pour ramasser la critique principale que je vous adresserais— et que je développerais plus loin— je trouverais très dommage que votre refus du dogmatisme et de la ghettoïsation mentale dont vous paraissez penser que témoigne une certaine partie de la communauté, ne vous amène à verser dans un style quelque peu moralisateur et donneur de leçons, raiquant ainsi de présenter les Juifs laïques et humanistes comme les nouveaux Justes qui détiendraient la vérité sur la meilleure façon de penser et de poser comme Juifs et comme hommes.

J’ai conscience du caractère un peu caricatural de mon propos, mais si je m’autorise à vous le soumettre comme tel, c’est que la réalité a déjà témoigné du fait que de tals glissements pouvaient advenir beaucoup plus rapidement qu’on ne l’aurait même imaginé.

C’est pourquoi im me paraît important d’insister sur la vigilance que nous nous devons d’avoir dans l’expression de nos idées et de notre pensée.

—Ainsi ai-je fortement sursauté en lisant l’une des phrases précédant l’article d’Albert Memmi (article que j’ai par ailleurs beaucoup apprécié et dont le te et le contenu me sont apparus en totale contradiction avec cette phrase du début) :« Encore avait-il—Galilée sauvé sa vie en faisant une rétraction navrante qui nous fait honte aujourd’hui encore.»

Pour ma part je ne m’inclus nullement dans ce « nous ». Je n’étais pas dans la tête de Galilée lorsqu’il apris cette décision, et pas non plus dans sa prison.

N’est-ce pas un peu facile d’y aller de son couplet moralisateur lorsque l’on est Juif français vivant en 1993 et non au temps de l’Inquisition ?

— Bebête—Dine : bravo pour la bonne idée que vous avez eue de traiter cette question par l’humour !

Mais je me serais attendue à ce qu’à la fin de la piecette rapportée, ses auteurs ou transcripteurs en dégagent quelques questions propres à inciter le lecteur à une réflexion personnelle. Il me semble en effet qu’une critique ne devient crédible que lorsqu’elle invite chacun à poursuivre une réflexion. Autrement ne risque-t-elle pas d’être perçue comme n’ayant pour seule finalité que de prendre le contre-pied d’un courant existant.

« La société (israélienne) issue du peuple du livre, cette société née en même temps du rêve de Théodore Herzl et du cauchemar de l’Holocauste, ne peut répondre etc… »

Autant je pense que vous avez raison de questionner les fondements d’une politique qui vous paraît produire des réponses inadéquates à certaines situations, autant cette phrase citée me paraît relever d’une vision idéalisée, et en cela abusive, du fonctionnement de la société israélienne.

Pourquoi cette perpétuelle attente de performances éthiques hors du commun de la part des Israéliens ? N’auront-ils donc jamais le droit d’être des hommes et des femmes comme tout le monde, avec leur lot de salauda et leur lot de « gens biens » ? En quoi le fait que cette société soit « issue du peuple du livre, cette société née en même temps du rêve de Théodore Herzl et du cauchemar de l’Holocauste » lui donne-t-elle des atouts supplémentaires pour que l’on soit en droit d’attendre des israéliens qu’ils occupent la fonction de garants de l’éthique au niveau de la planète ? Place contraignante et tyrannique que beaucoup de Juifs de la Diaspora semblent vouloir lui assigner…. Se demande-t-on parfois de quelle nécessité interne et externe témoigne une telle attente ?

Ne pensez-vous pas par ailleurs que c’est précisément parce que la société israélienne est issue de la Shoah qu’elle ne peut qu’être aux prises avec la répétition d’une certaine violence ? Laisser entendre que la Shoah auarait dû avoir des vertus pédagogiques et pacificatrices sur cette société me paraît être une grave erreur qui ne peut qu’entraîner des exigences démesurées à l’égard des Israéliens, les isolant psychologiquement tous les jours un peu plus; Ce qui à mon sens, ne peut qu’accroître leur violence…

Faut-il rappeler que RIEN ne s’enseigne ni ne se transmet de la barbarie, hormis la répétition de la violence. »

PLURIELLES

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