Le 31 mars 1492, l’Espagne des trois religions suivait l’exemple des autres nations européennes. Les Rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, après la prise de Grenade, qui marquait la fin de la Reconquista, décidaient d’expulser les Juifs qui refuseraient la conversion.

Sources

Par étapes successives, près de 200 000 Juifs s’exilaient, certains, vers le nord de l’Europe, mais la majorité dans tout le bassin méditerranéen. Sepharad était le nom hébreu de l’Espagne ; Sephardim était leur nom.

En général ils s’intégrèrent aux communautés juives existantes et adoptèrent leur langue dès la deuxième génération.

En revanche, dans le nord du Maroc et dans l’Empire ottoman alors en formation, ils maintinrent leur langue espagnole et l’imposèrent aux communautés antérieures à leur arrivée, voire aux non-Juifs, qui s’en firent une langue véhiculaire indispensable dans les relations commerciales.

Mais leur culture et leur langue allaient suivre un nouveau chemin. Évoluant en dehors de la péninsule ibérique, leur langue archaïsante fut bientôt considérée comme spécifiquement juive. D’où, plus tard, ce qualificatif de judéo-espagnol, retenu ici dans ses acceptions ethnique et linguistique.

« Selon F. Cantera Burgos1, […] qui ne pense pas que le nombre total d’exilés de la Péninsule ait dépassé 165 000, la distribution se serait opérée comme suit : 3 000 en France, 9 000 en Italie, 21 000 en Hollande [plus Hambourg et la Grande-Bretagne], 1 000 en Grèce, en Hongrie et dans les Balkans, 93 000 en Turquie d’Europe [qui inclua Salonique jusqu’en 1912] et d’Asie, 20 000 au Maroc, 10 000 en Algérie, 2 000 en Égypte et 5 000 en Amérique ».

Ainsi se dessine la géographie des Juifs hispanophones.

La langue, un aigle à deux têtes.

Situation linguistique des Juifs espagnols en 1492.

Coexistent alors en Espagne l’hébreu (L1), langue savante des rabbins et de certains érudits — les parlers espagnols (léonais, aragonais et surtout le castillan, langue de la cour, donc de prestige) communs aux tenants des trois religions (LV/LT) et le produit de la traduction littérale de l’hébreu ou de l’araméen (L1) par LV/LT, langue vernaculaire et traduisante à la fois qui, en se soumettant aux structures de L1 en un mot-à-mot fidèle, donne le ladino ou judéo-espagnol calque (L2), non parlé, et antérieur à 1492.

Ainsi est définie la problématique du judéo-espagnol parfaitement figurée par le trinôme suivant2 :

L1 ———> LV/LT ———> L2

trinôme qui s’appliquera à la fois à la langue et à la littérature (en fait deux langues et deux littératures voire une troisième ladinoïde, qui contiendra de nombreux hébraïsmes par ladino interposé).

La situation à partir de 1620.

Ce n’est que vers 1620 que, de LV/LT, naîtra le judéo-espagnol vernaculaire ou djudezmo (au Levant), haketiya au Maroc, tetauni en Oranie, partant, l’ethnie judéo-espagnole.

Alors, le trinôme ci-dessus comprendra : L1 (hébreu ou araméen) - LV/LT (judéo-espagnol vernaculaire, ou djudezmo) et L2 (judéo-espagnol calque ou ladino).

L2 est utilisé par tous les Séphardim, hispanophones bien sûr, tant au Levant qu’au Maroc et en Oranie, que dans les communautés du sud-ouest de la France et qu’en Hollande, alors que le judéo-espagnol vernaculaire ne s’étend pas à ces deux dernières contrées où l’on parle ou parlait portugais ou espagnol péninsulaire.

C’est à une très grande rigueur terminologique que nous invitons car — les crises politiques aidant — on se contente d’un flou caractéristique de l’acculturation/déculturation dont les Judéo-Espagnols ont été victimes : le ladino ne se parle pas ! On ne peut parler espagnol avec la syntaxe hébraïque.

Et c’est à la lumière de la problématique du judéo-espagnol qu’il faut revoir l’entier de la production.

Il nous suffira de promener ce trinôme tout au long des siècles (temps) et dans diverses régions (espace) pour déceler les changements de cet aigle à deux têtes qu’est notre judéo-espagnol (djudezmo et ladino), mais aussi les variations mentalitaires qui les accompagnent.

Nos Juifs espagnols emmenaient donc de leur « parâtre » patrie d’une part ce ladino ou judéo-espagnol calque, langue pédagogique et liturgique non parlée constituée par les rabbins espagnols dans l’enseignement et la traduction de la Tora aux enfants, nécessairement hispanophones ; d’autre part, les variétés d’espagnols vernaculaires qui engendreront les judéo-espagnols vernaculaires, que par antonomase j’appelle djudezmo, terme qui recouvre diverses variétés et en particulier celles de Salonique, Istanbul, Smyrne, Sofia et Tétouan. C’est dire qu’en Espagne, à part la langue figée et sacralisée qu’était le ladino, n’existait pas de langue parlée spécifiquement juive.

Pour moi, c’est dans le cadre de l’empire Ottoman en formation et dans le nord du Maroc que s’est formée l’ethnie judéo-espagnole. C’est là le thème majeur de mon livre L’agonie des Judéo-Espagnols3.

Les Turcs musulmans ne connaissant l’espagnol que par la langue majoritaire de leur minorité juive, finirent par la désigner par le terme de yahudice, « juif » en turc. C’était bien sûr un contresens, mais l’histoire est une accumulation de contresens. Il suffit qu’on confonde nation et ethnie, à laquelle est attachée une langue déterminée, et que joue la volonté particularisante pour que tout se brouille. Il faut supposer que si les colons français du Canada avaient été juifs, on aurait attribué à leur judéïté les particularités du français canadien et dit à la limite « C’est là le français des Juifs ou du judéo-français ». Absurde n’est-ce pas ?

Finalement ce désignatif de juif a été adopté par nos Judéo-Espagnols et traduit par djudyo ou djidyo (comme l’appelle Edgar Morin), tout comme les yidichophones ont appelé leur langue yidiche (de l’allemand jüdisch, « juif »).

Un exemple4 :

Genèse XXVII, 14

Français : Il lui dit : « Va donc, vois comment se portent tes frères et comment va le petit bétail » (Bible de la Pléiade).

Français (traduction littérale ou, selon ma terminologie « judéo-français calque ») : Et-dit à-lui va maintenant vois à paix de tes frères et à paix des brebis.

Ladino (judéo-espagnol calque) : I dicho a el anda agora vee a pas de tus ermanos i a pas de las ovejas. C’est là la traduction mot-à-mot de l’hébreu, en quelque sorte de l’hébreu habillé d’espagnol.

Djudezmo (judéo-espagnol vernaculaire) : I le dicho : « anda agora mira komo estan tus ermanos i komo estan las ovejas » (ch et j se prononcent ici comme en français et en ancien espagnol).

Castillan moderne (Santa Biblia, 1960) : E Israel le dijo : Vé ahora, mira como están tus hermanos y como están las ovejas.

Et cette fois ch et j de l’ancien espagnol sont passés à la jota comme le ch de Don Quichote (écrit alors Don Quixote) est passé à Don Quijote avec jota, son qui n’existait pas lorsque les Français traduisirent le chef-d’œuvre de Cervantes, sans quoi ils l’auraient retranscrit en Don Quirote, comme certains écrivent ou prononcent Mireille Gorbatchov au lieu de Mikhaïl Gorbatchov.

Cette dernière version à quelques différences phonétiques près (la prononciation moderne du castillan) ne diffère pas tellement de celle du djudezmo qui maintient les sons anciens de l’espagnol, notamment les sifflantes sonores (kaza, « maison », au lieu de casa - meza, « table » au lieu de mesa, etc. - ijo, « fils » et kacha, « caisse, boîte » au lieu de hijo et caja avec la jota), mais aussi les affriquées initiales (djente, « gens » au lieu de gente - djarro, « pot, cruche » au lieu de jarro - etc.).

Un musée vivant de l’espagnol du XVe siècle

C’est dire que le judéo-espagnol — ladino et djudezmo — est un musée vivant de l’état de la langue espagnole d’avant 1492 et qu’outre les archaïsmes phonétiques évoqués plus haut, il en perpétue d’autres tant lexicaux, que morphologiques et syntaxiques. C’est dire aussi que philologues et historiens de la langue espagnole y trouveront d’abondants éléments susceptibles d’enrichir leur science. Nous ne pouvons ici entrer plus avant dans cette étude ; notre livre Le judéo-espagnol permettra au lecteur d’obtenir plus de renseignements5.

Langues et cultures en contact (interférences - symbiose)

Il va de soi que cette langue empruntera des termes à chacune des langues des peuples-hôtes et tout particulièrement au turc tout-puissant qui marquera de façon indélébile l’ensemble des langues balkaniques. Emprunts qui seront hispanisés comme le seront ceux faits à l’arabe par le judéo-espagnol du Maroc. En outre, l’hébreu, l’italien, le grec, le bulgare, etc. marqueront également notre djudezmo protoplasmique.

Gallomanie galopante du judéo-espagnol

Mais s’il est une influence majeure, bien que relativement tardive, c’est celle du français — celui des écoles de l’Alliance Israélite Universelle créée à Paris en 1860 — qui envahira et le turc (5 600 emprunts au français dénombrés en turc vers 1970) et le judéo-espagnol, au point de former un nouvel état de langue que j’appelle judéo-fragnol6.

Telle est tracée, à larges coups de pinceau, l’histoire (naissance, évolution et, malheureusement, l’agonie accélérée par le nazisme) du judéo-espagnol et de ses deux modalités, ladino et djudezmo.

Grandeur et décadence des Judéo-Espagnols

Le sort des Judéo-Espagnols fut parallèle à celui de l’Empire ottoman et du nord du Maroc, dont ils suivirent les hauts et les bas, expansion puis rétrécissement dans le cadre des frontières actuelles de la Turquie et du Maroc, dont ils ont dû s’assimiler le nationalisme ou s’expatrier.

Ces émigrations ont commencé dès le début du démembrement de l’Empire ottoman, dont les diverses nations et provinces malmenaient en général les communautés juives au fur et à mesure de leur autonomie ou indépendance. C’est dire que ces communautés devaient lâcher du lest et perdre une partie de l’autonomie dont bénéficiaient tous les minoritaires dans cette espèce de « République des Nations » qu’était l’Empire ottoman. C’était aussi l’abandon progressif de leur mode de vie pour l’adoption des idées et coutumes de l’Occident, qui depuis le début du XIXe siècle, convoitait les richesses de la Porte et du Maroc où ils intervinrent fréquemment économiquement et militairement. C’est ainsi qu’en 1860 les Judéo-Espagnols du Maroc « connurent » les descendants de leurs expulseurs de 1492. Retrouvailles joyeuses certes, mais perte progressive de leur identité.

La destruction des judéo-espagnols par la Shoah.

Exacerbant les nationalismes, la montée du fascisme allait favoriser la mise à l’écart des Juifs essentiellement séphardim des Balkans, dont l’occupation et la Shoah allaient accélérer la destruction :

Grèce : en 1940 : 79 950, en 1947 : 10 371 Plus de 50 000 avaient péri.

Yougoslavie : en 1940 : 71 000 en 1944 : 14 000 rescapés, dont 8 000 furent autorisés à émigrer en Israël ; 55 000 Juifs yougoslaves avaient donc péri.

Roumanie : 15 000 Judéo-Espagnols au moins avaient péri.

Bulgarie : en 1940 : 40 000, en 1945 : 50 000.

Aucun Juif n’en fut déporté grâce à l’action du peuple bulgare qui s’opposa farouchement à l’extermination de leurs compatriotes juifs. En 1949, ils ne seront plus que 9 700, les autres ayant utilisé le droit d’émigrer en Israël.

À l’ensemble de ces victimes il faut ajouter les Judéo-Espagnols émigrés en Europe où les surprit l’occupation. 60 000 avaient péri, y compris la majorité de ceux qui étaient de nationalité turque, les autorités turques ayant peu fait pour protéger les leurs, souvent même ayant refusé leur protection malgré les multiples démarches faites en ce sens.

Tel fut le sombre sort des Judéo-Espagnols au cours de la Shoah.

Il faut ajouter que si la Turquie se maintint en dehors du conflit, les sympathies pronazies s’exprimèrent ouvertement dans la presse turque d’alors.

La politique d’élimination des minorités s’en trouva encouragée et, en 1942, lors d’un impôt exceptionnel sur les biens (varlik vergesi), le gouvernement turc agit à visage découvert : les M (Musulmans) eurent à payer 5 %, les D (Deunmés, descendants des partisans de Sabbatay-Zvi convertis à l’Islam) 10 %, mais les G (non-Musulmans) et plus encore les Juifs (on retrouve ainsi la hiérarchie établie par les théoriciens nazis) eurent à payer des sommes sans commune mesure avec leurs possibilités. Pour pouvoir payer les sommes exorbitantes qu’on leur demandait, de nombreux commerçants se ruinèrent en vendant tout ce qu’ils possédaient. Les gagne-petits qui ne purent payer furent envoyés aux travaux forcés. On tremble à l’idée de ce qui serait advenu si le cours des choses n’avait tourné à l’avantage des Alliés. C’est précisément ce que sentirent à temps les responsables politiques d’alors, qui, fin 43 — début 44, libérèrent leurs déportés, supprimèrent l’impôt en question et mirent une sourdine aux « Turcs de nom seulement ! Ennemis du peuple ! » de la presse pronazie.

L’étau se desserra un peu et le parti démocrate promit d’indemniser les victimes. On attend toujours ! Ce manque de gratitude à l’égard de citoyens qui avaient honnêtement joué un jeu de dupes et renoncé en 1924 aux protections consulaires, poussa les Judéo-Espagnols à émigrer en masse après 1945. Comme leurs frères de Bulgarie, ils l’avaient échappé belle.

Littérature judéo-espagnole.

Elle est essentiellement de deux types, liturgique (surtout en ladino) et profane.

En dépit des crises, l’imprimerie en hébreu et en judéo-espagnol resta active tout au long des siècles.

Pour l’ensemble de la production judéo-espagnole Michal Molho7 donne le chiffre de 5 000 à 6 000 ouvrages, chiffres largement dépassé par les recherches et découvertes de ces quatre dernières décennies.

Il faut y ajouter la littérature orale (romances, contes et proverbes) ainsi qu’une presse jadis florissante. On compta près de 300 titres. (Cf. op. cit., notes 3 et 4).

Renaissance du judéo-espagnol.

Depuis près de trente ans la littérature judéo-espagnole renaît. Prose et poésie fleurissent. En témoignent : E. Saporta y Beja, I Ben-Rubi, Clarisse Nicoïdski, Avner, Marcel Cohen, Henriette Asseo, Lina Albukrek, Sara Golub, Rita Gabbaï, Salamon Bidjerano, etc. Il faudrait ajouter à cette liste tous les collecteurs de contes, proverbes et romances ainsi que les nombreux auteurs qui reprennent leur thématique judéo-espagnole dans la langue de leur pays.

Le judéo-espagnol à l’Université.

Aujourd’hui on en est précisément à récupérer les vestiges de cette culture. L’Université à son tour s’en empare et les chaires de judéo-espagnol (langues, culture et civilisation) se multiplient dans le monde. La première a été créée à Paris — à l’École des Langues et Civilisations Orientales Vivantes — en 1967 ; La Sorbonne (Institut d’Études Hispaniques) et l’École Pratique des Hautes Études ont suivi. Il en fut de même dès 1972 à l’Université Libre de Bruxelles (Institut Martin Buber). Dans ces établissements où enseigne H.-V. Séphiha, ont été dirigés plus de 400 travaux (Mémoires de Maîtrise et Thèses) sur cette discipline que l’auteur appelle judéo-hispanologie. En outre, le judéo-espagnol est étudié en dialectologie dans tous les cours de linguistique des sections hispaniques ou ibériques des Universités françaises.

Il en est de même dans les universités d’Espagne où l’Institut Arias Montano de Madrid, et ce depuis 1941, édite la revue Sefarad, qui est au judaïsme espagnol ce que la revue Al-Andalus est à l’islam espagnol.

En Allemagne et dans d’autres pays européens c’est la section des Langues romanes des Universités, qui inscrit le judéo-espagnol dans ses programmes. Ainsi en est-il notamment de l’Institut für romanische Philologie de la Freie Universität de Berlin. On s’y intéresse également dans les universités de Tübingen, Munich, Trèves, Aix-la-Chapelle et Francfort, voire de Innsbrück en Autriche ; de Fribourg, de Neuchâtel et de Genève en Suisse, et, en Italie, dans les sections d’espagnol de Venise et de Padoue. S’y intéressent aussi d’autres universités, soit dans le cadre des Études Ibériques, soit dans le cadre des Études Hébraïques.

En Angleterre les sections hispaniques s’intéressent également au judéo-espagnol.

Tout récemment, en juillet 1997, le Queen Mary and Westfield College (Department of Hispanic Studies), organisait le Tenth British Conference on Judeo-Spanish auquel participèrent des chercheurs du monde entier, notamment d’Israël et des États-Unis où, soit dit en passant, le judéo-espagnol fait l’objet de multiples enseignements et recherches universitaires. De nombreux correspondants universitaires des pays cités antérieurement ainsi que de Grèce, de Pologne, de l’ex-Tchécoslovaquie, de Hongrie, de l’ex-URSS, de Bulgarie, de Roumanie, de l’ex-Yougoslavie, du Danemark, de Hollande, de Suède et de Norvège, annoncent la formation de centres d’enseignement et de recherches dans le domaine de notre discipline. C’est dire l’importance accordée à celle-ci.

Outre la langue, la littérature judéo-espagnole, et, en particulier le romancero judéo-espagnol, sollicite l’attention des spécialistes de la littérature espagnole tant dans les universités françaises qu’étrangères. En témoignent la toute récente Anthologie bilingue de la poésie espagnole de la Pléiade et la production d’innombrables disques de chants judéo-espagnols au cours des trois dernières décennies.

Enseignement communautaire et vie associative

Mais il existe aussi un enseignement communautaire :

En France, la création en 1979 de l’association Vidas Largas8 « pour la défense et la promotion de la langue et de la culture judéo-espagnoles » a permis d’introduire l’enseignement dans les communautés de Paris, Marseille et Lyon. De même en Belgique dans le cadre de l’association Los Muestros et un peu partout dans le monde.

C’est à une véritable renaissance de l’intérêt pour la judéo-hispanologie que l’on assiste. En témoignent les revues et bulletins qui naissent partout.

Les Judéo-Espagnols constituent aujourd’hui une minorité parmi les Juifs dits Séfarades voire sef9 comme ils disent aujourd’hui. Nous voici donc minorité d’une minorité qui englobe cette autre minorité des Juifs achkenazes, l’ensemble constituant une des nombreuses minorités de France.

Le judéo-espagnol sur les ondes.

Cette renaissance de la culture judéo-espagnole se manifeste aussi sur les ondes : émissions quotidiennes en Israël et à Madrid, bi-hebdomadaire en France, hebdomadaire en Belgique. En Israël après un certain rejet des langues de la diaspora, on a pris conscience des richesses linguistiques et culturelles du judéo-espagnol. À présent cette discipline s’enseigne dans la plupart des universités.

L’avenir du judéo-espagnol.

Tout ce qui précède est très encourageant. Il ne s’agit plus d’agonie, mais de renaissance. Souvent, pendant que les parents vaquent à leurs occupations lucratives, c’est auprès des grands-parents que les enfants s’initient au judéo-espagnol et s’intéressent à leur passé.

Le courant passe et nous paraît irréversible, mais il faut continuer de recueillir l’héritage des anciens. C’est dans ce but que se créent partout des Ateliers judéo-espagnols. S’y attachent aussi des chercheurs de plus en plus nombreux.

Aujourd’hui, le Bureau européen des Langues Moins Répandues ouvre sa collection des « Langues Européennes » au yiddiche et au judéo-espagnol.

La brochure10 a été présentée par les auteurs, au parlement européen le 1er juillet 1998. C’est une consécration.

Notes


  1. F. Cantera Burgos, Los Sefardíes, Madrid 1958, p. 7, repris par R. Renard dans son Sepharad, p. 52, Annales Universitaires de Mons, 1966.↩︎

  2. H.-V. Sephiha, a) « Problématique du judéo-espagnol », in Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, t. LXIX, fasc. 1, 1974, pp. 159 à 189 - b) LE LADINO (judéo-espagnol calque) : Structure et évolution d’une langue liturgique, Thèse d’État soutenue en nov. 1979, réduite à deux tomes lors de son édition par Vidas Largas, en 1982, à Paris : t. I, Théorie du ladino, 236 pages - t. II, Textes et Commentaires, 480 pages. - c) avec Richard Ayoun, Séfarades d’hier et d’aujourd’hui - 70 portraits, Liana Levi, Paris, 1992.↩︎

  3. L’agonie des Judéo-Espagnols, éd. Entente, coll. « Minorités », Paris 1977, 1979 et 1991.↩︎

  4. Le judéo-espagnol, éd. Entente, collection « Langues en péril » dirigée par H.-V. Sephiha, Paris, 1986, 242 pages et note 2,b, T. 1, pp. 048 à 060.↩︎

  5. Le judéo-espagnol, éd. Entente, collection « Langues en péril » dirigée par H.-V. Sephiha, Paris, 1986, 242 pages et note 2,b, T. 1, pp. 048 à 060.↩︎

  6. « Le judéo-fragnol, dernier-né du djudezmo », résumé in Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, t. LXXI, fasc. 1, Paris, 1976, pp. XXXI à XXXV.↩︎

  7. Michaël Molho, Literatura sefardita de Oriente, Madrid, CSIC, 1960. Voir aussi Elena Romero, La creación literaria en langue sefardí, Ed. Mapfre, coll. 1492, Madrid, 1992.↩︎

  8. Donnons ici l’adresse de l’Association VIDAS LARGAS : Association pour le maintien et la promotion de la langue et de la culture judéo-espagnoles, éditrice de nombreux livres, brochures et disques - 37, rue Esquirol, 75013 Paris.↩︎

  9. Haïm-Vidal Sephiha, « Diagnostic du judaïsme français : Une sépharadite aiguë », in Combat pour la Diaspora, Juifs d’Orient et de Méditerranée, N° 3, 2è trim., 1980, pp. 55 à 63.↩︎

  10. Nathan Weinstock et Haïm-Vidal Sephiha, Yiddish et Judéo-Espagnol, Un héritage européen, N° 6 de la collection « Langues Européennes », Bureau Européen des Langues Moins Répandues, Bruxelles, 1998, 42 pages. Idem, Version anglaise.↩︎

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