Voici deux « romances » qui font partie du patrimoine que les juifs expulsés d’Espagne emportèrent avec eux et continuèrent de réciter, de chanter, de créer dans la langue de leurs ancêtres.

Ils sont tirés de Poesia tradicional de los judios españoles de Manuel Alvar (Editorial Porrua, Mexico, 3ème édition, 1979). Traduction libre de Rolland Doukhan et Paule Ferran.

El paso del Mar Rojo (Salonique) / Le passage de la Mer Rouge

El paso del Mar Rojo (Salonique) Le passage de la Mer Rouge
En catorse de Nisán — el pueblo de Israël, Le quatorze de Nissan le peuple d’Israël
El pueblo de Israel — de Ayifto salió cantando. sortit d’Égypte en chantant.
Quien con las masas al hombro, Qui, sur l’épaule avait la pâte non levée,
Quien con los hijos en brasos, Qui, dans les bras portait les enfants,
La mujeres con el oro, — lo que era mas liviano. Les femmes avec l’or, ce qui point ne pesait.
Avoltaron la cara atrás, — por ver lo que hay en camino, Tous, en se retournant pour observer la route
Vieron venir a Paró, — con un pendón corolado. virent venir Pharaon et son étendard rouge.
« Ande mos trojites, Moxé, — a muerir en despoblado, « Où nous a tu menés, Moïse, à la mort au désert ?
muerir sin simbultura, — y en la mar ser ahogados ? » à mourir sans sépulture et noyés dans la mer ? »
— « Hased tefilá jidiós — y yo haré por el mi cabo. » — « Juifs, entrez en prière, je prierai Dieu aussi ».
Tanto fue sus esclamaciones — que al cielo hizo buraco. Une clameur monta qui entrouvrit les cieux.
Salió une voz del cielo, — con Moxé hubo hablado : Du fond de la nuée, une voix dit à Moïse :
« Toma la vara, Moxé, — toma la vara en tu mano, « Prends le bâton, Moïse, serre-le dans ta main,
Parte la mar en doge calejas — y quita a los jidios a nado. » « Sépare en douze voies la mer, les juifs iront à sec. »
Ande caminaba jidió — la mar se iba resecando Où le juif mettait pied, la mer se desséchait.
Ande caminaba misri — la mar se iba sobreviand[o] Où l’égyptien allait, la mer se déchaînait.

Y un amor que yo tenía (Tetuán) / Et un amour j’avais (Tetouan)

Y un amor que yo tenía (Tetuán) Et un amour j’avais (Tetouan)
Y un amor yo tenía, Et un amour j’avais
mansanitas me diera Des pommes d’or me donnait
cuatro y sinco en una espiga Quatre et cinq en épi
la mejorsita de eya D’entre elles la plus jolie
para mi amiga ; Était pour mon amie ;
la mejorsita de eya D’entre elles la plus dorée
para mi amada. Était pour mon aimée.
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