Nous pouvons nous interroger sur le silence, qui a entouré en Europe cinq ans durant le génocide des Juifs, et celui, plus ignoré encore, des Tziganes, perpétrés par les nazis et leurs alliés locaux. Croire qu’après une pareille tragédie l’humanité serait immunisée contre la violence raciste relevait sans doute de l’illusion. Illusion partagée par un grand nombre, en particulier par les Juifs, et sans doute aussi par les résistants qui dans de nombreux pays s’étaient levés pour combattre l’oppression et l’horreur nazies.

“Plus jamais ça”, s’étaient-ils juré à la libération d’Auschwitz, il y a cinquante ans avec les quelques milliers de survivants juifs.

Un demi siècle après la Shoah il faut pourtant constater que la violence et le racisme, tant en Europe qu’ailleurs n’ont pas disparu, mais ont au contraire retrouvé une force, inconnue pendant quelques dizaines d’années.

La violence des nostalgiques du nazisme touche particulièrement les Juifs par la profanation de leurs cimetières. Mais la violence d’extrême droite se traduit aussi en Europe occidentale par des menées racistes et xénophobes, allant jusqu’à l’assassinat, comme ce fût le cas pour des travailleurs turcs en Allemagne, ou tout récemment en Autriche pour des Tziganes. Cette violence prend aussi le visage de la purification et des massacres ethniques, en Bosnie ou au Rwanda, ou encore au Soudan.

Un autre type de violence est celle de la vague intégriste islamiste qui déferle sur le bassin méditerranéen, avec son cortège d’enlèvements et d’assassinats.

En Algérie les morts se comptent déjà par dizaines de milliers. Les Groupes Islamistes Armés y enlèvent et tuent de préférence tous ceux qui comptent dans la culture et la création : hommes ou femmes de théâtre, chanteurs, journalistes, écrivains et intellectuels. S’ils sont démocrates et laïques, ils sont les victimes toutes désignées de ceux qui souhaitent faire revenir l’Algérie à l’obscurantisme et à la barbarie.

Au Moyen-Orient les attentats meurtriers anti-israéliens perpétrés par des islamistes palestiniens ont pour but de faire dérailler la fragile réconciliation en cours entre les peuples israélien et palestinien.

Face à cette violence que pouvons nous, Juifs humanistes et laïques, sinon défendre précisément nos valeurs qui mettent l’homme et sa dignité au centre de toute préoccupation.

Appeler à lutter contre l’intolérance. Appeler au respect de la pluralité des cultures, et au pluralisme, y compris dans la communauté juive, où des tentations nationalistes ou intégristes se font aussi jour.

C’est aussi pourquoi une réflexion actuelle sur la Bible, sur l’histoire du peuple juif dans sa diversité, peut nous aider à rester vigilants et actifs face à la violence qui a tendance à s’installer comme système, après la mort du dernier des grands systèmes totalitaires, le communisme soviétique.

Commémorer le cinquantième anniversaire de la libération d’Auschwitz c’est aussi rester vigilants aujourd’hui.

Izio Rosenman

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